DUTERTRE
La chaux vive peut être un bon remède; mais suivant la . remarque de M. Blot, c’est en neutraliser l’action que de la
mêler avec l’huile et le miel.
2° Il faut en dire autant de la cendre de sarment de vigne délayée dans l'huile mate, et vantée encore par le P. Dutertre. ° Ceux ou trois gousses d'ail pour manger, et quelques
autres broyées et mises en forme d’emplâtre sur la morsure. .
A" Le poids d’un écu de mouron, pris dans du vin blanc ou daas de l’eau.
5° Le feu de la bétoine, le bouillon de toutes sortes de pouliot ou de thym, les feuilles de moutarde broyées et appliquées sur la blessure.
D’Aléchamp, ajoute le P. Dutertre, donne plus de cent sortes
de remèdes.
En voici d’autres encore tirés d' Ambroise Paré :
Et partant, les ails, ognons, poreaux, sont utiles, parce qu’ils sont vaporeux, fumieux et de ténue substance.
Autre : Prenez farine d'orge, délayée avec vinaigre : croites da chèvre, et appliquez dessus en forme de plasme. Eu.
Auire : Tout promptement on doit laver et fomenter la plaie avec vinaigre et sel et un peu de miel, le plus chaad que l’on pourra endurer, et de ce on frottera la plaie assez rudement.
Auire : Pareillement la moutarde, délayée dans l’urine ou vinaigre, est bonne. De ma part, dit encore A. Paré, je conseille de prendre promptement de l'urine et en frotter assez rudement la plaie et y laisser un linge trempé dessus; il faut laver aussi fortement que le malade pourra endui |
Je transcris patiemment tous ces remèdes, afimMd'être complet et plutôt pour l’amusement que pour lef teurs ; par là, ils verront à quels misérables tâ tonnements l'homme est condamné, même lorsqu'il s'asit d’une chose aussi importante pour lui que la conservation de sa vie, ] qu’il lui faut aller frapper à toutes les portes de la nature, demander du secours, Jamais satirique, mcraliste ou pr'é
de. | 12° # %, :°
me,
cateur, ont-ils imaginé quelque trait plus poignant pour peindre la misère de notre condition que ce cul des poulailles ? O vicissitudes de l'esprit humain! c’est ce même homme pourtant qui a trouvé tant de sciences, c’est lui qui s’appelle Homère, Newton, Bossuet ! Encore si cette prescription: et il faut leur mettre un grain de sel dans le cul et leur clore
. le bec, était de quelque vieux nègre; mais elle est d’Ambhoise
Paré, chirurgien de trois rois de France, espèce de demidieu dans l’histoire de son art. O mystérieux assemblage de bassesse et de grandeur !
En résumé, la multiplicité des remèdes prouve autant la facilité que la difficulté de la guérison; car là où tout est mauvais, il est indifférent d’employer tel ou tel remède; de même que là où tout est bon, tout doit réussir. Dans l'espèce présente, je dis que le grand nombre des remèdes doit nous rassurer, parce qwils montrent la variété de nos ressources; car pour avoir acquis quelque crédit, il a fallu que chacun de ces remèdes ait réussi au moins quelquefois. Le soin que l’on met à s’en servir, la promptitude surtout de l'application, font autant que la nature du.remède, et expliquent les alternatives de succès cet d’insuccès. L'emploi de l'urine doit fixer notre attention. Ce liquide que nous portons en nous-
nté; nous savons qu'il entre dans sa composition de l’amoniaque; ceci est assez pour expliquer son efficacité. Mais n'oublions pas le conseil d’Ambroise Paré, qu’il faut frotter rudement la partie, afin que l'urine s’insinue dans la piqûre, qu’elle délaye et décompose le venin.
Û mes peut être toujours à notre service, immédiatement, à
Ayant épuisé les ressources de la botanique locale, malgré l’axiome que le remède croît toujours à côté du ma!, on s’est adressé aux plantes étrangères; on a quitté l'observation directe pour l’analogie. On a pensé que les plantes réputées bonnes contre la piqûre des reptiles exotiques Te seraient aussi contre celles du Fer de lance. Nous avons déjà vu ce qu’il fallait croire des merveilles attribuées par Kæmpfer à l'Ophiorriza mungo; nous allons maintenant examiner ce qu'il est resté de toutes les espérances que firent concevoir, l'annonce de leur découverte, le Guaco, le Gombu-musc,
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. Nandhiroba et le Polygala Seneka, quatre des plus célèbres plantes antiophiotiques.
Bejuco ou Vejuco de Guaco. — Mikania opifera, Mikania Guaco, Eupatorium Guaco.
Cette plante vient surtout dans la Nouvelle-Grenade, dans le Venezuela, à ia Trinidad,
Je ne crois pas pouvoir mieux la faire connaître qu’en transcrivant ici les extraits, publiés dans le N° 73 des Pelites-Affiches de Saint-Pierre, de deux ouvrages qui parurent lors de l’annonce de sa découverte; de ces deux ouvrages l’un est le Trailé de thérapeulique d’Alibert, l'autre la Notice du docteur Vargas.
On a jeté, dit Alibert, beaucoup de merveilleux sur l’histoire des remèdes propres à combattre les accidents qui se manifestent après la morsure des serpents venimeux. Quoi de plus fabuleux que ce qu’on à écrit sur la pierre renfermée dans le corps du Naja, et à laquelle on attribue une telle sympathie pour le venin, qu’elle le suce à la manière des ventouses! Redi, du reste, a déjà démontré le ridicule d’une pareille assertion. Je ne reproduirai pas non plus ce q Kæœmpfer a publié sur la plante appelée Mungo, laquelle croi avec abondance dans les contrées brûlantes de l’Inde. Je m’abstiendrai pareillement de prononcer sur les vertus attribuées au Polygala Seneka et à beaucoup d’autres plantes des pays chauds. Toutefois, la correspondance particulière que j'entretiens avec M. Zéa, naturaliste de l'Amérique méridionale, ne me permet point de passer sous silence les détails qu'il m’a communiqués relativement au Guaco. Cette plante forme un genre nouveau, auquel doivent se rapporter les Cacaliu Lauri folia et Cordi folia de Linné.
« C’est surtout au Choco, si célèbre par le platine, dont il est la patrie, que se rencontrent les serpents les plus venimeux, et c’est là que depuis longtemps on employait le Guaco pour en guérir les morsures. Quelques nègres se transmettaient ce secret, auquel ils mêlaient des prières, des cérémonies et autres actes superstitieux. Aussi le vulgaire, frappé des eff
dont il ignorait la cause, croyait qu’il y avait de la magie.
«M. Mutis, à force d'adresse, parvint à le découvrir. Il le communiqua à quelques amis qui étaient réunis à sa maison de campagne, à 80 lieues de Santa-Fé. On fit appeler le nègre Pio, esclave du cultivateur don Joseph Armero, pour tenter l'expérience. Celui-ci sv rendit en portant avec lui un des serpents les plus venimeux du pays. Ce fut dans la matinée du 30 mai 1783 que l’esclave dont il s’agit, en présence de M. Mutis, dom Diego Ugaldo, aujourd’hui chanoiïne à Cordoue, en Espagne, dom Anselme Albarez, bibliothécaire à Santa- Fé, don Pecro Vargas, corrégidor de Zipaquira, et devant plusieurs autres savants et artistes, commença les essais. Le corrégidor Vargas, voyant que le nègre prenait le serpent entre ses mains, qu’il le tournait et l’agitait sans que l’animal marquât la moindre inquiétude et envie de mordre, soupçonna que ses dents venimeuses lui étaient enlevées et en fit luimême l'expérience. Assuré qu’il les avait, et ne doutant plus de l’efficacité du Guaco, il voulut lui-même subir l'opération par laquelle le nègre s’était rendu invulnérable aux serpents. Son exemple fut suivi par plusieurs autres personnes parmi lesquelles on remarqua dom Francis Zavarain, secrétaire de M. Mutis, et don Francis Matis, un de ses meilleures peintres. Les nouveaux initiés, prenant tour à tour le serpent, le pressant et lui donnant des secousses, parvinrent à l’irriter : il
ordit le peintre Matis jusqu’au sang. Tout le monde futalors dans la consternation, excepté le nègre, qui rassura l’assemblée. Il frotta la morsure avec les feuilles du Guaco, et Matis alla, comme à l'ordinaire faire le dessin des plantes.
« Le corrégidor dressa procès-verbal, et rédigea un mémoire intéressant que M. Mutis fit imprimer dans le Journal de Santa-Fé On en a donné un abrégé dans le Semanurio d’Agricultura de Madrid. Feu M. Cavanilles fait aussi mention du Guaco dans ses annales de Ciencias naturales. La connaissance de cette plante s’est répandue rapidement dans le royaume de la Nouvelle-Grenade, et les curés secondant les efforts de M. Mutis pour en propager l’usage, on-a réussi à rendre nul le seul fléau de ce pays charmant. Personne ne meurt à présent de la morsure des serpents, écrivait M. Mutis à M. Zea. En 1798 : « Les chevaux, les moutons, etc., guérissent tous comme les hommes, quand on est à portée deleur faire boire le
sucdu Guaco. Les essais que le hasard a mis à même de fairesont si nombreux, ajoute M. Mutis, qu’on en remplirait plusieurs volumes. » Il est bien malheureux pour le genre humain que la Real Audiencia, ou haute cour de justice, siégeant à Santa- Fé, ait refusé à M. Mutis la permission de faire quelques tentatives, qui eussent été très-intéressantes, sur les criminels condamnés à mort, malgré les ordres répétés de S. M. Catholique le roi d'Espagne de ne rien épargner pour multiplier les’ observations et leur donner toute la certitude possible. M. Mutis voulait rechercher si l’inoculation du Guuco rend l’homme inaccessible à la morsure des serpents pour toute la vie, ou seulement pour quelque temps, comme les nègres le prétendent.
« Quand on veut se prémunir contre la morsure des serpents, et acquérir la faculté de porter impunément sur soi ces animaux, les nègres procèdent de la manière suivante : ils font six incisions, deux aux mains, deux aux pieds, et une à chaque côté de la poitrine. On exprime le suc des feuilles du Guaco, qu'on verse sur les incisions, comme lorsqu'on veut inoculer la petite vérole. Avant l’opération, on fait prendre deux cuillerées de suc à celui qui va être initié, on l’avertit qu’il doit prendre le même suc chaque mois, pendant l’espace de cinq à six jours ; car s’il néglige de le faire quelque temps, sa vertu s’évanouit, et il aura besoin d’une nouvelle inoculation: C’est à cette précaution que M. Mutis et le savant € régidor de Zipaquira attribuent les effets préservatifs du Guaco. Toutefois, l’usage le plus ordinaire est de porter sur soi des feuilles de cette plante, dans les lieux infestés de serpents, pour s’en délivrer; car l’odeur leur imprime un état de stupeur ou d’étourdissement. »
(ALIBERT, Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale. )
Le Philosophical Magazine (vol. 12, p. 36) rapporte quelques observations de dom Pedro d’Orbiès y Vargas sur cette plante précieuse, dont il assure que les Indiens d'Amérique se servent pour se garantir de la morsure des serpents venimeux ; voici ces observations :
+. «Le grand nombre de serpents venimeux qui abondent dans les parties brûlantes de l'Amérique, à mis ies malheureux Indiens etles nègres qui fréquentent les bois, presque toujours les
pieds nus, dans la nécessité de chercher les moyens les plus propres à combattre les effets funestes que produit la morsure de ces reptiles. De tous les remèdes connus, il n’en est pas qui puisse être comparé au suc de la plante rampante appelée Vejuco ou Bejuco de Guaco. En effet, ce suc guérit non-seulement les maux que cause la morsure des serpents, mais garantit encore de tout fâcheux accident ceux qui en avaient avant d'être mordus ; de là vient que les nègres et les Indiens, qui connaissent cette plante, saisissent les serpents les plus venimeux sans le moindre inconvénient. Ils en firent d’abord si grand mystère, qu’ils en acquirent beaucoup d’importance et retirèrent beaucoup d'argent, tant des personnes mordues par les serpents que de celles que la curiosité portait à les voir manier ces animaux dangereux.
« J'avais souvent entendu citer, dans le royaume de Santa- Fé, où j'ai pris naissance, la grande habileté de ces nègres, que mes compatriotes appellent empiriques; mais élevé dans la capitale, située dans un district assez frais et qui ne fournit point de serpents venimeux, il me fut impossible de rencontrer de ces empiriques avant l’année 1788.
« Étant alors à la Mariquita, j’entendis parler d’un esclave invulnérable à la morsure du serpent, et qui jouissait en conséquence d’une grande réputation. Ce nègre appartenait à un habitant de l’endroit même où je me trouvais. Déterminé à
“m'assurer de la vérité du fait, je suppliai le maître de m’envoyerl’esclave muni d’un nombre suffisant de serpents; ce qui me fut accordé sans difficulté.
«En mai de la même année, le nègre se présenta chez moi avec un des serpents les plus venimeux que fournisse le pays. L'animal était renfermé dans une calebasse : je témoignai à lempirique combien je désirais qu’il me montrât un échantillon de ses talents, à quoi il répondit que ma curiosité serait bien vite satisfaite ; et, tirant le serpent de l’espèce de bouteille qui le renfermait, il le mania avec tant de confiance et de tranquillité que je ne pus m'ôter de l’idée qu'il avait préalablement dégarni la bouche de ce reptile de ses armes dangereuses ; mais, cuvrant celle-ci, il me la fit voir parfaitement intacte, et dès lors je ne doutai plus qu’il ne possédât le secret d’endormir, en uelque sorte, sa méchanceté ; car il paraisfait aussi apprivoisé et aussi doux que l’animal le plus innocent.
«À la suite d’une longue conversation que j'eus avec le nègre, qui répondit à toutes mes questions de la manière la plus satisfaisante, je lui donnai à entendre combien je serais flatté de posséder, ainsi que lui, l’art de manier les serpents avec sécurité, et, le voyant peu éloigné de m’acccrder cet avantage, j’achevai de le gagner par l'offre d’une récompense, dont il eut l’air d’être fort satisfait.
« Le jour suivant il se présenta devant moi avec les feuilles de la plante de Bejucv, qu'il humecta et pila en ma présence pour me faire avaler deux grandes cuillerées de leur suc exprimé,
« Il introduisit ensuite le même suc dans trois incisions qu’il pratiqua entre les doigts de chaque main: il répéta cette espèce d'inoculation aux deux pieds ainsi que sur la partie droiteet gauchede la poitrine; puis, me présentant le serpent ilm'invita àle saisir sans crainte. Je crus devoir lui faire quelques observations sur les conséquences funestes qui pouvaient en résulter pour moi; mais,'le voyant toujours plein de confiance en son art, je m'emparai hardiment du reptile, qui ne fit jamais le moindre mouvement pour me nuire, quoique je l’eusse alternativement lâché etrepris plusieurs fois. Il arriva cependant qu'un des assistants, ayant voulu courir les mêmes hasards, fut mordu par le serpent à la seconde épreuve; mais cette morsure ne produisit qu’une très-légère inflammation à la partie mordue. Un, %
« Deux de mes valets, qui avaient aussi subi l’inoculations encouragés par ces essais, parcoururent la campagne, et en rapportèrent d’autres serpents non moins venimeux sans en recevoir la moindre atteinte.
« En un mot, j’ai depuis cette époque pris dans mes mains plusieurs de ces reptiles, après avoir simplement bu un peu du suc exprimé du Bejuco de Guaco, et ces épreuves ayant été souvent répétées, soit sur ma personne, soit sur mes domestiques, toujours avec le plus heureux succès, je résolus; en 1791, de publier sur cet antidote remarquabie un mémoire, qui fut inséré dans une feuille périodique publiée chaque semaine à Santa-Fé. J'y joignis une description de la plante et tout ce qui me parut propre à rendre publique et générale une découverte qui promet de si grands avantages à l’humanité. On trouvera dans ce papier, en date.du 30 septembre 1791,
le détail exact de toutes mes expériences, ainsi que le nombre et les noms des personnes qui y assistèrent.
« Je me permettrai de joindre ici la tradition répandue parmi les Indiens et les nègres de la vice-royauté de Santa- Fé, sur la manière dont fut faite la découverte des vertus de cette plante. Un oiseau de l’espèce du milan décrit par Catesby sous le nom de Faucon-Serpent, ne vit principalement que de serpents dans les régions chaudes et tempérées de cette partie du nouveau monde. Cet oiseau à un Cri monotone, souvent très-désagréable par sa répétition, qui imite la prononciation du mot guaco, ce qui lui a fait donner ce nom par les indigènes, qui prétendent qu'il attire par ce cri les serpents, sur lesquels il exerce une espèce d’empire. Ils joignirent à cette tradition une infinité d’autres fables ; mais il est de fait que le Guaco poursuit ces reptiles partout où il peut les découvrir, et les Indiens et les nègres qui vivent presque entièrement dans les forêts et les champs assurent que pour s’en saisir avec plus de sûreté, cet oiseau commence par manger quelques feuilles de la plante de Bejuco. La chose est possible : ils peuvent avoir ainsi découvert et fait un heureux usage des propriétés de cette plante; ici, comme dans bien d’autres circonstances, l’instinct des animaux nous a conduits à une découverte importante et utile. »
(Notice sur le Guaco. Orbies y Vargas.)
Dans un autre imprimé que j'ai sous les yeux, la fable de la découverte du guaco est rapportée tout au long sous forme de nouvelle : « Un esclave marron, dans les environs de Guyana, sur les bords de l’Orénoque, aurait vu l'oiseau appelé guaco livrer combat à un serpent des plus venimeux. (Suivent tousles détails du combat.) L'oiseau resta vainqueur, grâce aux feuilles de guaco qu’il allait becqueter à mesure qu’il se sentait blessé. L’esclave, ayant répété sur iui cette audacieuse expérience, n’hésita pas à se présenter au gouverneur de Caraças (il y a de cela, dit-on, environ cinquante ans ); il fit des essais publics, et reçut pour livrer son secret une récompense de 50,090 dollars. »
Est-il possible de préciser davantage un fait? Comment douter encore après une pareille publicité? Mais cette historiette est probablement controuvée, c’est une invention de quelque journaliste pour remplir les colonnes de son journal.
Le docteur Vargas n’en dit aucun mot, et certes, il n'aurait pas oublié une circonstance aussi solennelle, aussi favorable au-remède qu’il voulait préconiser. Suivant lui, cependant, c’est toujours l’observation de l’antipathie d’un oiseau contre le serpent qui aurait révélé les propriétés du guaco. Nous avons déjà vu qu’une semblable origine avait été attribuée par Kæmpfer à la découverte de l’ophiorizza mungo. Dans l’histoire de tous les arts, on trouve des traditions pareilles; et sans sortir de la médecine, ne dit-on pas que l’usage de la saignée nous à été appris par lecheval, qui, chaque printemps, se frotte et s’écorche aux épines des buissons pour se tirer un trop-plein de sang. C’est la cigogne qui nous aurait enseigné les effets des clystères qu’elle s’administre elle-même. Une foule de médicaments purgatifs nous seraient révélés par les animaux, etc., etc. Est-ce humilité à l’homme de se mettre ainsi en laisse de la bête pour trouver les choses qui lui sont nécessaires, et de croire que l'instinct aveugle est un meilleur guide que la raison? Mais n'est-ce pas aussi un beau spectacle de représenter l’homme au centre de la création, l'œil et l’oreille aux aguets, interrogeant le moindre bruit, le moindre mouvement, les étoiles du ciel, la feuille qui tombe, le vent qui siffle, l’oiseau qui vole, le moindre pas des animaux, pour en tirer ces inductions hardies qui élargissent le cercle où il est emprisonné et agrandissent son domaine?
Une découverte si précieuse ne pouvait rester bornée au lieu où elle avait été faite. Comme la Martinique est connue dans le monde pour être le repaire du Fer de lance, on s’empressa d’y apporter le guaco. La Gazette du pays répéta les éloges d’Alibert et du docteur Vargas; chacun voulut avoir du guaco chez soi, puisque, grâce à cette plante, on ne mourrait plus de la piqûre du serpent. MM. de Schack, Badollet et Houdeleck en répandirent l’usage; on en plantait partout. Je ne sais combien de temps dura cette vogue, mais déjà en 1823 le guaco avait perdu de sa renommée, et M. Blot écrivait ces lignes : |
« On à donc naturalisé le guaco aux îles de la Martinique « et de Sainte-Lucie; on a répété les mêmes essais contre la « vipère Fer de lance, et malheureusement toujours sans « succès. À quoi tient cette différence dans les résultats ? A « la différence des espèces de serpents, à des circonstances
« qu’on n’a pas appréciées. S'en était-on laissé imposer dans « les premières expériences? les a-t-on faites dans des cas « où les blessures ne devaient pas être graves? Cependant les « témoins étaient des hommes difficiles à tromper; ils s'é- « taient assurés que l’animal avait ses crochets, que son ve- « nin n'avait pas été épuisé. M. de Humboldt lui-même, dont « on ne peut révoquer en doute ni la bonne foi ni l’attention « nécessaire en pareille occasion, a vu un serpent très-veni- « meux, le Coluber corallinus, détourner la tête à l'approche « d’une baguette imprégnée de guaco. D'un autre côté, « M. Guyon vient de me communiquer le fait suivant : Il a « renfermé dans un cylindre de verre une jeune vipère, et lui « a présenté, à l’extrémité d’un bâton, des feuilles broyées de « guaco; bien loin de détourner la tête, l’animal y enfonça « ses crocs avec fureur. Répétée avec d’autres vipères, cette « expérience a toujours eu le même résultat. » (BLoT, page 27.)
En 1835, M. Guyon répéta dans sa thèse la même opinion sur le guaco. Aujourd’hui, on peut dire qu’à la Martinique personne re se sert du guaco. Quelques personnes me Payant pourtant signalé comme l’une des plantes les plus efficaces contre la piqûre du serpent, j'ai fait venir d’Angostura une fiole d'extrait de guaco, préparée par M. Vallée, pharmacien de cette ville, et j'ai fait l'expérience suivante :
Un chien assez fort a été présenté à un serpent de 5 pieds, qui l’a piqué à l’épaule. Immédiatement j'ai rasé les poils, j'ai incisé toute l'épaisseur du derme, au niveau des piqûres des crocs, et j'ai frotté les plaies avec de l'extrait de guaco; j'en ai fait boire quatre grandes cuillerées à l’animal. Une demiheure après, le chien était triste, tremblait, traînait la patte ; l'épaule était le siége d’un gonflement considérable. L'animal est mort à minuit. Le tissu cellulaire de lépaule et du cou offrait l'épanchement noirâtre dont j’ai parlé.
Une autre expérience n’a pas été plus heureuse.
M. Canezza, qui possédait un gros morceau de liane de guaco, prépara lui-même une infusion avec du rhum, fit piquer vers midiun jeune chien, le pansa lui-même : à quatre heures, l’animal était mort.
Je ne crus pas devoir poursuivre davantage mes cRPetIen” ces sur le guaco; ma conviction était faite.
Quant à la propriété qu’on lui suppose d’écarter les serpents, aux faits déjà rapportés par M. Blot, j'ajouterai celui-ci : M. Touin, notaire en cette ville, m’a affirmé qu’au temps où le guaco était à la mode, M. son père en ayant planté au Morne- Rouge, quelque temps après, lorsque la liane était en pleine végétation, on tua sous son feuillage un serpent qui avait cherché cet abri pour s’y endormir paisiblement.
Je ne puis terminer cet article sur le guaco sans arrêter l'attention quelques instants sur cette autre propriété nentralisante ou même répulsive du venin des serpents qu’on suppose à l’inoculation de son suc dans le corps de l’homme. On a vu ce que le docteur Vargas dit de cette pratique : le guaco préserverait de la piqûre du serpent comme le vaccin de la petite vérole. Quelle précieuse découverte, si elle était vraie! Nous n’avons rien de mieux à souhaiter que des spécifiques comme le vaccin; c’est le dernier mot, le nec plus ultra de la médecine humaine! avec cinq ou six préservatifs comme cela, l'humanité changerait de face. Mais, hélas! au milieu des maux innombrables auxquels nous sommes en proie, la vaccine est unique en son genre ; c’est une de ces vérités que la Providence nous jette à ronger de temps en temps pour nous faire prendre patience et nous empêcher de trop désespérer. Mais cette vérité a été la mère de beaucoup d'erreurs, de beaucoup de mécomptes, par les fausses applications auxquelles elle a donné lieu. 11 est à craindre que la prétendue vertu préservative du guaco ne soit de ce nombre. Dans une des lettres qui m'ont été envoyées pour me vanter le guaco, je trouve le fait suivant :
« La Gazette officielle de Curaçao publiait dernièrement un « article relatif à l’inoculation du guaco. Un habitant de la « province qui s'était inoculé le guaco, avait un énorme ser- « pent àsonnettes bien apprivoisé. L'homme jovait avec l’ani- « mal Comme avec un enfant, lui faisait des caresses qui lui « étaient rendues; au dîner, le serpent montait sur la table, « mangeait dans les plats; il faisait cent autres gentillesses « semblables qui montraient évidemment l'efficacité de l’ino- « culation du guaco, car on ne pouvait les attribuer au bon « naturel de l’animal. Cela dura six ans. Mais un jour on ou- « blia de donner à manger à ce serpent. Le maître, à son re- « tour des champs, voulut se livrer à son divertissement or-
2e MN en
« dinaire ; mais cette fois le serpent le mordit si fort qu'il en « coula du sang, et cinq minutes après, le pauvre homme « tomba comme frappé d’une attaque d’apoplexie foudroyante. « Signé JAMMES, ayant habité longtemps différentes pro-
« vinces de la Côte-Ferme. »
À Sainte-Lucie, le guaco ne paraît pas avoir fait meilleure fortune qu’à la Martinique ; car dans l’article du Palladium de Sainte-Lucie déjà cité, l’auteur de cet article reproche aux habitants de n’en pas faire usage : — And yet tho this day we are not aware that the least effort had been made to introduce it here, where it is so greatly wanted. — A la Martinique, malgré la première importation, le guaco manquait entièrement. Un officier distingué de la marine, M. Bedel Dutertre, en a rapporté dernièrement quelques plants de la Trinidad. J’en ai planté dans mon jardin : il vient mal. Suivant le Palladium de Sainte-Lucie, on trouverait encore du guaco dans cette colonie à l’anse Cleret, près la rivière.
Le lecteur a maintenant sous les yeux toutes les pièces relatives à cette plante, si vantée dans le temps. Qu'il juge.
N° 39. — Ambrette ou gombo-musc ou musqué ( Hibiscus abel moschus ou moschatus).
C’est à Sainte-Lucie, en 1814, que le R. P. don Manuel Sedent y Badia, curé à la Soufrière, ancien missionnaire de la Côte-Ferme, fit connaître le gombo-musc. Il avait appris des Indiens de Venezuela et de Santa-Fé l'emploi de cet antidote. « Un Indien vient-il, disait don Manuel, à être piqué du serpent, il se panselui-même sur-le-champ, et continue sa course et son travail sans accident. » Ce récit, fait par un ecclésiastique respectable par son âge et par sa qualité, encouragea les habitants de Sainte-Lucie à en faire l'épreuve, et leurs succès ont pleinement confirmé la vérité de l’assertion. De 1814 à 1821, plus de cent cures ont été obtenues par MM. H. de Bernard, du Vieux fort, Mac-Dianet, de Laborie, et Taillasson, du Grand-Cul-de-Sac de Castries, et par plusieurs autres habitants. ( Extrait de la Gazette de la Martinique, du 29 septembre 1824. s
Le remède fut apporté à la Martinique par un anonyme qui le fit connaître dans la gazette de cette époque, par des notes à la date des 12 mai 1821 et 29 septembre 1824. Voici la composition qu’il donne du remède, ainsi que la manière de s’en servir :
Composition du remède. — « Prenez des graines de gombo musqué (ambrette) bien sèches, pulvérisez-les et passez-les par un tamis très-fin ; mettez de cette poudre dans une bouteille de pinte jusqu’au tiers de ladite bouteille environ, puis remplissez-la de bon tafñia ou rhum blanc : une livre de poudre, divisée en cinq doses égales, sert à faire cinq bouteilles de ce remède. Chaque bouteille étant pleine de la composition cidessus, on la bouche et la tient en réserve pour l’usage.
Pansement. — « Lorsqu'il arrive qu’un individu ou un animal a été mordu du serpent, on agite fortement le composé, et lorsque le liquide est bien mêléavec le marc, on en fait de suite avaler au malade un verre à toast (environ 3 à 4 cuillerées à bouche). On fait ensuite quelques légères scarifications à l'endroit mordu, on frictionne la plaie avec un linge imbibé du liquide, ensuite on l’applique en compresse, et à mesure qu’elle sèche on l’arrose : six à huit fois suffisent. Demiheure après le premier pansement, on administre une deuxième dose du spécifique, pareille àla première, et le traitement est terminé.
e S'il s’est écoulé quelque temps depuis que la morsure a eu lieu, le pansement se fait comme ci-dessus, si ce n’est qu’il faut activer l’action du remède en faisant avaler au patient trois verres de quart d'heure en quart d'heure. Si, par un plus long retard encore, le vomissement avait commencé ou survenait, on ne cesserait de faire boire au malade un verre du liquide immédiatement après chaque vcmissement, jusqu’à ce qu’il soit arrêté, et dans ce cas, dès qu’il se serait écoulé 20 ou 25 minutes sans vomissement, on donnerait une dernière dose, et le traitement sera terminé : bien entendu que dans touts les cas possibles, il ne faut jamais négliger la scarification de la plaie et l’application des compresses imbibées du remède. » |
Depuis cette époque, le gombo-musc est resté en usage à la Martinique : beaucoup d’habitans n’emploient pas d’autres remèdes, et la plupart des pharmaciens en vendent de tout
préparé. Voici la recette que M. Mori joint à sa préparation 8
Traitement de la piqüre du serpent par la liqueur du gombomusc.
« Aussitôt qu’un individu aura été piqué du serpent, on lui
fera prendre le plus tôt possible un verre à vin plein de liqueur de gombo-musc, on pratiquera une scarification cruciale
sur la piqûre, après quoi on appliquera une ventouse. Immé-
diatement après, on bassinera avec la liqueur de gombo-musc, à laquelle on ajoutera une quantité égale d’alcali volatil, et on posera des compresses-imbibées de ce même mélange qu’on renouvellera toutes les demi-heures, Toutes les heures on donnera un verre à liqueur de gombo-muse, qu’on alternera avec une tasse de café très-fort, dans laquelle on aura ajouté 5 à 7 gouttes d’alcali volatil. Le malade sera tenu très-chaudement, et on cessera l'administration du remède lorsque la transpiration sera devenue abondante.
« Durant quelques jours, on ne donnera qu’une nourriture légère, et ensuite on purgera avec une médecine de manne, sel et rhubarbe.»
On voit que dans cette formule on a jugé convenable d’ajouter à l’action du gombo-musc l’aide de l'alcali et du café. C’est qu'avec le temps le gombo-musc a perdu de son premier crédit, et il lui est arrivé ce qui est arrivé à tous les remèdes précédents, il est tombé dans les amalgames. C’est un fait remarquable dans l’histoire de la thérapeutique, que cette réussite des premiers essais d’un remède ; l’histoire des modes les plus frivoles n’est pas plus variable. On dirait que le sort conspire à nous induire en erreur, ou plutôt n’est-ce pas un effet de cette précipitation avec laquelle l’homme se jette dans le nouveau et se voue à l'inconnu? Tant le point acquis reste toujours imparfait 4
De la noix de serpent et du Nandhiroba.
« Je vais décrire un arbre dont le fruit guérit parfaitement les morsures des serpents les plus dangereux, et dont la vertu n’est contestée de personne. J’en puis parler comme témoin oculaire, m'en étant servi pour guérir un nègre de notre ha-
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bitation de la Martinique, qui avait été mordu à la jambe par un serpent très-gros. L'arbre qui porte ces fruits vient de l’isthme de Darien. On trouve dans cet endroit-là des serpents extrêmement venimeux qu’on appelle serpents à sonnettes, parce qu’ils ont au bas de la queue une peau roulée, sèche comme un parchemin, qui fait du bruit pour peu qu’ils se remuent, ce qui sert à les faire découvrir. Nonobstant cet avertissement, plusieurs flibustiers qui traversaient cet isthme pour gagner la mer du Sud où ils allaient faire la course, furent mordus par ces serpents, et seraient péris infailliblement, si les Indiens qui les accompagnaient ne leur eussent fait connaître le remède unique qu’on peut apporter aux morsures de ces sortes de serpents, dont le venin est si puissant et si vif, qu’il tue en moins de trois ou quatre heures ceux qui en sont infectés.
« Je ne sais pas comment les Indiens appellent cet arbre, ni si le P. Plumier ou quelque autre botaniste l'a baptisé et enrôlé dans quelque régiment d'arbres supposés de même espèce. Pour nous autres qui ne cherchons pas tant de façons, sans nous embarrasser du nom de l’arbre, nous nous contenterons d'appeler son fruit noix de serpent. On ferait peut-être bien mieux de l'appeler amande de serpent. On verra par la suite de mon discours si j’ai raison.
« Je n’ai vu à la Martinique que deux ou trois arbres de
cette espèce, dont les graines avaient été apportées par nos flibustiers. Ils étaient à peu près. de la grandeur de nos abricotiers de France.
« Dès qu’on se sent mordu, il faut casser la coque pour en tirer l’amande, la mâcher, et appliquer le marc sur les trous que les dents du serpent ont faits, et s’ils sont éloignés, en mâcher deux et les appliquer sur les trous, après en avoir légèrement scarifié les environs. On enveloppe ensuite la partie blessée, et au bout de deux heures, on lève l’appareil et on met un second cataplasme mâché et accommodé comme le premier. Ce marc fait élever de petites vessies qui sont remplies de venin comme une eau claire et roussâtre. On les perce pour l’en faire sortir, et on applique ce même cataplasme jusqu'à ce qu’il cesse de faire élever des vessies. Pour l’ordinaire, il n’est pas besoin d’un troisième appareil. On met sur les scarifications un emplâtre d’onguent rosat ou divin pour
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refermer les pétites blessures, et on sé trouve païfaitement guéri. J'ai vu l'expérience de ce que je viens d'écrire m'a été confirmée par tant de témoins oculaires, qu’il faudrait être pyrrhonien déclaré pour en douter.
« Jai dit dans ma première partie qu'il fallait empêcher de dormir ceux qui ont été piqués ou mordus des serpents. Le remède que je donne ici exempte de ce soin ; car cette amande, mâchée par le blessé, lui excite un si grand picotement dans la bouche, avec une si abondante salivation, qu'il n'a pas le temps de songer à fermer les yeux. Le nègre que je fis traiter avec cette amande fut en état de travailler au bout de trois jours. J'ai goûté de cette amande : la chair est blanche et ferme, mais je doute qu'il y ait rien aa monde de plus amer et de plus cuisant. » up :
(P. LABAT, pages 234 et suivantes.)
Quelques botanistes ont Cru reconnaître que la noix àserpent était la même plante qu?le nandhiroba où randhiroba. Ce nandhiroba a été vanté par le docteur Ricord-Madiana comme un excellent contre-poison du jus de manioc, du suc du mancenillier et de quelques autres plautes toxiques.
Il y a quelques années, une polémique assez vive eut lieu
à la Guadeloupe entre le docteur Raiffer et M. Lerminier,
DE TT et M. Darboussier, habitant, pour savoir à qui reviendrait l'honneur d’avoir découvert le nandhiroba dans cette colonie. Je ne sais si cette plante existe à la Martinique, je ne déciderai pas si c’est la même noix que la noix à serpent; mais ce qu'il y a de certain, c'est que parmi le grand nombre de remèdes en usage aujourd’hui, je n’ai trouvé ni nandhiroba ni noix à serpent, malgré le passage du P, Labat.
Le grand nombre de synonymies du pre nhu doit en rendre la recherche très-difficile.
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