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c’est l'âge du venin. Je” ne trouve point dans ce à à rendre ma pensée ; je veux dire
qu’il faut que le venin ài t été préparé d'avance, M réserve depuis LUE R emps, et qu’il ne soit point de
oyez les expériences faites là-dessus page 82). Or, le serpêt , très-craintif en est pris à l’improviste, dépense son venin à tors et à travers, aussi bien sur la pbranene d’arbre qui tombe à ses ci côtés, que sur l'animal qui
est bont-sire une de celles AP Eaphiquené coinmen L coup de piqûres guérissent par tous les moyens, tan en est quelques-unes contre lesquelles le tr:
455000 est sans c’est a dans
directement de la glan ide sans avoir Sé rné dans la vésicule, n’est pas aussi actif qu’il pourrait l . tandis que dans les autres cas, vie Pr cohobé par son séjour dans la vésicule, il est porté pour ainsi dire à son plus haut degré toxique. Cela € ez conforme à la plupart des opérations physiologiqi w’on observe dans l’économie animale; cela ne pourrait guère être prévu et pris en considération pour le traitement, mais j'en note l'observation, parce que cela est vrai (1). + |
La saison, l’année même, peuvent influer, ainsi que je lai dit, sur la piqûre. On me rapporte de tous côtés que, pendant l’année 1845, dans quelques quartiers de l’île, notamment dans le sud, les piqûres se sont beaucoup multipliées et sont plus graves qu’à l’ordinaire. Voici l’extrait d’une lettre de M. Auguste de Venancourt (2) :
(1) Quand on repasse la vie du serpent, quand on voit sa digestion si longue et si pénible, son sommeil profond, sa tifnidité extrême, on arrive à croire que sans ces circonstances le nombre des accidents, quoique considérable, le serait encore davantage, Qui de nous, dans les routes, dans les promenades, dans nos demeures même, n’a été plus d’une fois sans le savoir exposé aux atteintes de ce cruel animal? L'autre jour, au centre de la ville, dans la boulangerie de M. Hyacinthe Fournier, quelqu’un va dans la cour, et se trouve face à face avec un serpent de 4 ou 5 pieds. Comment était-il là? on a fait mille conjectures ; mais il était là.
(2) On se plaint aussi cette année, dans la campagne, d’une prodigieuse multiplication de rats, malgré l’antagonisme qui, dit-on, existerait entre eux et les serpents. Beaucoup de pièces de cannes, qui promettaient 12 et 15
«Dans le; travail dont vous vous occupez sur le reptile qui désole-nôtre malheureux pays, vous avez porté, je crois par approximation, le nombre des décès occasionnés ,par la morsure, à deur;annuellement par commune. Or, voilà-que,.dans l’espace de moins de sept mois, j'ai déjà, en ma qualité d’offcier de l’état civil de ma commune, rédigé l'acte mortuaire de dix-huit personnes qui ont succombé victimes des morsures du serpent.
« Depuis quelque temps, toutes les morsures sont mortelles ici, et il.en est demême dans les quartiers voisins. Le docteur Clerville disait ces jours derniers à mon beau-frère, A..de Beauregard, qu'au:Vauclin, presque toutes les personnes mordues succombaient aussi. 11 semble que lhorrible reptile veuille donner un démenti formel à tous ces remèdes prétendus infaillibles. A quelle cause attribuerles nombreuses. MmOFtalités de cette année?1Jusqu’alors onavait:
lement que le plus grand nombre de piqûres et les plus graves-avaient lieu aux époques de:la canicule; cependant cette époque est déjà loin de nous, et les mortalités continuent. :» | à
‘C’est donc encore un point que j'indiqueà l'observation publique, que cette influence des saisons et des.années sur da piqûre du serpent. Le venin aurait, comme une fouled'autres ”eauses-morbifiques, rougeole, scarlatine, coqueluche, etc., des recrudescences inexplicables. : Quelle ‘analogie ! :quelle perspective ! Plus: tard on pourra consulter de: nouveau: l’opinion du: pays et avoir sur ce point-là des données plus positives. IL est certain qu'en Europe les piqûres de la vipère:sont moins graves en hiver que pendant l'été. Dans lestexpériences faites par Fontana, outre que les vipères étaient si faibles en hiver, qu’il avait de la difficulté à les obliger à mordre, leurs morsures étaient aussi beaucoup moins dangereuses. Les expériences faites en Angleterre lui ont paru moins graves qu’en France et en Italie. Dans nos régions intertropicales, quoïque les saisons soient en apparence confondues, qu'il
barriques au carré, n’en rendront que 3 et 4, tant les caunes sont ratées, Où serait donc l’uuilité des serpents? En vérité, la préseuceidu Feride lance à la Martinique est un problème bien fait pour. exercer des esprits quivse plaisent dans la considération des causes finales,
*semble régner um été ‘perpétuel, que la feuille ne: soit ‘pas ‘plutôt tombée qu’elle repousse, que les arbres soient toujours verts, les jours égaux, le soleil toujours chaud, toujours radieux, que le thermomètre ne descende jamais au-dessous “de 17 ou 18 degrés Réaumur, on peut dire que tout ceci n’est “qu’un-masque : au-dessous, les opérations de la nature restent les mêmes. Le principe, le fonà de la-vie universelle est | :modifiéet non pas -changé. Je:tiens d’un jeune botaniste qui | £& est venu faire ici des-expériences, qu’à certaines époques la séve s'endort:dans les végétaux:tout comme en Europe. Les fleurs comme les fruits ont leurs mois : mai est toujours floréal partoute la terre ; les cannes de mars ne sont plus comme “celles :d’août; les animaux ont aussi leurs amours fixes ; les maladies:même suivent. la loi: universelle et ont des retours “déterminés, périodiques.
Gomme dit le poëte : 4 : Non,animum mutant qui trans mare currunt, - Ceux-lûne, changent pas d’esprit qui vont au. delà des mers.
72 “ ® L3 LA L Et moi, comme médecin, je dis :
Non animum, .non corpus mutant.
Ils ne changent ni d'esprit ni,de corps.
La nomenclature pathologique est la même partout; la vallée des larmes et des maladies s'étend de Paris au Japon et “du Japon à Paris, et la Martinique est au beau milieu de cette vallée. C’est pourquoi le Fer de lance doit être soumis aux mêmes changements que la vipère de France.
Je n’ai cité jusqu’à présent que quelques circonstances qui peuvent exercer de l'influence sur la piqûre du serpent ; il en est d’autres relatives au serpent et à la personne piquée, par exemple l’époque de Changement de peau ou de ”#ue de l’animal, la brisure accidentelle des crocs et leur remplacement encore non achevé, quelques maladies de l’animal et d’autres choses encore que l'observation révélera. (Voir la partie pathologique:) Outre toutes les circonstances .appréciables, dit
-M. Michel Levy, qui peuvent diminuer ou empêcher l’action des venins introduits dans l’économie animale, il faut qu’il y en.ait d’autres qui ont aussi la même influence, mais qui nous
“échappent, puisque, .d’après ,les expériences de M. Renault
(d'Alfort), les deux tiers des animaux que l’on fait mordre par les animaux enragés ne contractent pas la rage. Cette proportion est encore plus grande dans le tableau de M. Heat, de Berlin, elle est seulement de 1 sur 8. Dans ces expériences, tant sur les animaux qui ont été réfractaires à la rage que chez ceux qui l’ant contractée, les circonstances appréciables étaient les mêmes. »
Le pansement surtout est capital. Il est certain qu’un pansement fait trop tard ne peut arrêter aussi efficacement le développement du mal, le venin étant passé dans le torrent de la circulation. L'’omission de panser toutes les piqûres, lorsqu’il y en a plusieurs, peut entraîner ce danger. On sait que c'est une omission pareille qui a contribué à la mort de M. A**# de P**, Piqué dans sa cour, il fut pansé par ün panseur des environs, qui ne pansa que la piqûre d’un seul croc. Le blessé continua de souffrir à l’endroit de l’autre piqgüre ; on négligea de relever l’appareil, on remit au lendemain de nouvelles recherches. Au lendemain! mais quelques heures après, le mal était fait, et trente-six heures après, le malade succomba. "
En résumé, à défaut de spécifique, je dis que la médecine rationnelle, la médecine tirée des indications nous reste, et c’est ce qu'on “Agrre dans le chapitre suivant.
Traitement médical ou rationnel de la piqüre des serpents.
La recherche des spécifiques est un des. buts de la médecine, un des meilleurs 'sans doute, un des plus souhaïtables à atteindre; mais ce n’est pas toute lamédecine. Lorsque l’homme n’a pas trouvé le spécifique d’une maladie (1), il n’y a pas encore lieu pour lui de se désespérer, car il lui reste la médecine rationnelle, la médecine proprement dite, la médecine
(1) J'entends par, spécifique ce que peut entendre un. médecin : un médicament qui, à certain temps d’une maladie, abstraction faite des complications, guérit cette maladie ou bien en arrête les ‘progrès'par une vertu particulière, inexplicable, et que n’ont point les autres médic?menis.. Loin de nous d'entendre ce mot dans son acception la plus étendue, et par conséquent de courir après ceite chimère, poursuivie par le Va BEL d’un médic: nt absolu, dans lequel on peut avoir une confiance illimitée pour guérir sûrement et toujours une maladie, sans que cette
fondée sur l’étude des maladies, sur les indications curatives qu’on en peut tirer, et sur les tâtonnements de l’expérience pour remplir ces indications.
Voyons donc quelles sont les THSICHMUES qui ressortent de l'étude de la piqûre du serpent.
1° Après que le venin a été injecté dans les chairs par la piqûre de l’animal, il est reconnu qu’il y à un certain temps durant lequel ce venin ne révèle sa présence que par les si. gnes de toute lésion de continuité : douleur et écoulement de sang. Le mal est circonscrit au point piqué; c’est ce que l’on appelle son temps d’incubation. Il était bien important de déterminer la durée de ce temps d’incubation : nous avons vu que chez les animaux ‘il était de cinq à six minutes ;
2° Dans la grande majorité des cas, les effets du venin s’é-
puissance curative puisse être diminuée par aucune circonstance, La réflexion et l’expérience repoussent l'existence de pareils spécifiques.
Mais, hélas! aux meilleurs raisonnements, le peuple répondra toujours comme le coq de la fable :
Un bon spécifique ferait mieux mon affaire.
Voilà pourquoi il est toujours la dupe des charlatans,
Nous savons que, même en connaissant la nature d’un poison et des effels qu’il produit, ce n’est pas une raison pour en connaître le remède ; et celle étude que nous faisons du venin du F lance nous fait craindre que l’aide que l’on espère de la connaissance dés causes étiolo— giques des maladies pour leur guérison, ne soit pas aussi grand qu’on l’imagine. La cause et les effets sont ici bien connus, Mais à quoi servent- - ils pour le choix du remède? Est-ce l’étude théorique des fièvres intermittentes qui a fait découvrir le quinquina? On reconnait cette impossibilité de conclure de la pathologie à la thérapeutique, en refléchissant combien peu nous connaissons le mécanisme animal et combien nous sommes dans lPobseurité et dans l'incertitude sur les qualités et les vertus des corps. Cependant, même dans l’état actuel de la science, on ne saurait dire que la découverte des spécifiques tels que l’entendent les médecins soit le résultat du hasard; c’est une conséquence de l’esprit de recherche naturel à l’homme, Que fait l’homme ? Il va sans cesse s’appliquant, se mesurant à toute la nature ; il essaye la combinaison de son corps avec les autres corps, à peu près comme les chimistes qui, pour connaître une substance, la combinent avec les autres substances. Les corps encore non essayés offrant plus de chances de quelque découverte, ceux-là ont pour l’homme plus d’atirait; c’est à eux qu’il s'adresse de préférence, au fur et à mesure qu'ils se présentent, C’est pourquoi on peut dire du quinquina que lorsqu'il a été découvert, ce n’a pas été l'effet du hasard; c’est que son tour était arrivé d’êlre essayé. vatiou, aidée du raisonnement, uous sert beaucoup dans cette foi le la nature.
tendent de proche en proche, on en peut suivre la:marche-par: la rougeur, la tuméfaction.et la sensibilité des:parties;.à mesure qu’elles en ressentent l’atteinte. Mais. on. peut. encore: considérer le malcomme local, comme étant borné.aux.chairs : l'économie entière n’est pas infectée, et le pisqui peutarriver est un phlegmon diffus.
3° Enfin l’absorption est faite, le venin a passé des: chairs. aux organes; un trouble plus ou moins varié se. déclare,.les grandes fonctions se dérangent, la mort est menaçante,.
De là-trois indications :
1° Agir le plus promptement possible, ne pas attendre plus. de cinq à dix minutes, chercher à neutraliser, à éteindre le venin dans le lieu même où il a été déposé, de même qu’on prévient un vaste incendie en mettant le pied surl’étincelle qui le produirait.
2° Arrêter le venin là où il est parvenu, empêcher l’absorption de s'étendre aux organes essentiels de la vie, et combattre les effets produits par l'infection des chairs déjà atteintes.
3° Employer les remèdes que l'expérience ou que l’analogie nous apprennent être les meilleurs pour combattre les effets du venin sur le sang et sur l’économie entière.
Nous allons maintenant passer en revue lesdifférents moyens propres à remplirces trois indications, et nous les présenterons dans l’ordre pour ainsi dire naturel de leur emploi.
Ï. — MOYENS DE REMPLIR LA PREMIÈRE INDICATION, De 1a ligature.
Aussitôt qu’on vient à être piqué du serpent, la première chose à faire est d'appliquer une ligature au-dessus de la partie piquée, afin de gêner l'absorption du venin. La meilleure ligature est celle qui se présente la première : elle ne doit être ni trop forte ni trop légère. Il ne faut pas serrer le membre avec une corde ou bien avec une ficelle, au-point d'arrêter la circulation et de produire une gangrène par strangulation des parties. Les cas de sphacèle, à la suite de ligatures trop serrées, ne sont pas rares. Il ne faut pas non plus pratiquer la ligature avec un brin de pied-de-poule ou tout autre lien aussi. dérisoire ; la nature de‘laligature ne fait rienà l'affaire. Les:
meilleures ligatures, quand la forme des parties em pérmet l'application, seraient un mouchoir plié en cravatesou bien une bretelle en tissu: élastique. On peut alors serrer convenable ment. Si la piqûre a lieu au tronc ou à la:tête, une forte pression. avec les deux mains autour de la piqûre peut suffire: Dans tousles-cas on pourra ajouter quelques frictions dirigées vers la plaie, comme si l’on voulait en exprimer le veninet les liquides avoisinants. « Quel que soit le mode de compression, « dit M. Guyon, il faut en continuer l'emploi Gurant le pan- « sement, et même quelque temps après, sans perdre de vue « les inconvénients: qui peuvent en résulter. »
Kempfer est le premier qui ait vanté les bons effets de la: ligature. Ses avantages ont'été reconnus par la plupart des médecins, et notamment par M. le professeur Bouïllaud. Paulet: est le seul qui/l’ait combattue, comme pouvant congestionner les parties et favoriser la formation des phlegmons.
De la succion.
La ligature mise, on sucera ou l’on fera sucer les piqûres. (Voir ce qui a été dit de la succion, page 159.) Par précaution, la personne qui se livrera à la succion devra, à différentes reprises, se rincer la bouche avec un peu de tafia.
La ligature et la succion doivent être pratiquées pour ainsi dire simultanément, sur-le-champ, en un clin d'œil. Ce ne sont que des moyens préparatoires et auxiliaires, dans l’attente du moyen principal et vraiment efficace, qui est la cautérisation (1).
De la cautérisation.
Cautériser utié partie, c’est la brûler, la désorganiser, afin d’être sûr de détruire le venin en détruisant avec lui les parties qui en sont imprégnées et qui pourraient servir de réceptacle à la moindre particule suspecte. Il y a diverses maniè-
(1) C’est aussi en atiendant la cautérisation qu’on pourra employer en frictions ou en lotions quelques-uns des remèdes du pays, soit l’urine, le citron ou quelqu’une des infusions indiquées, (Voyez chacun des articles” qui leur ont élé consacrés.) L'emploi préalable de ces rémèdes ne s’oppôse point à l’emploi de la cautérisation où de tout'aüire moyen; car nne er— reur répandue par les panseurs, sans doute à dessein, c’est que le panse=
res de cautériser : on cautérise avec les métaux chauffés jusqu’au rouge blanc, qui est le dernier degré de calorification à l’état solide; c’est ce que l’on appelle le cautère actuel. Parmi les métaux, on préfère le fer. et le cuivre, qui sont les plus usuels et qui entrent le plus difficilement en fusion. Un excellent cautère actuel serait un de ces petits cautères dont se servent les dentistes : c’est celui que je choisirais. Mais ici le précepte de prendre le corps le plus tôt prêt doit encore trouver son application; c’est pourquoi on pourra se servir de l'extrémité d’une clef, de tout morceau de fer un peu long et pointu qui peut s’accommoder à la forme ae la piqûre. L’instrument si commun ici appelé fer à tuyotter, pour plisser le linge, réunit toutes les conditions des cautères dont l’art fait usage.
Quel que soit l’instrument dont on fasse usage, il faut se rappeler les préceptes suivants :
1° Le cautère doit être toujours incandescent.
2 Il vaut mieux cautériser un peu plus que pas assez. Souvent dans l’escarre par la brûlure des parties, les premières atteintes par le cautère forment une croûte qui préserve les parties sous-jacentes et arrête la continuité d’action du cautère. Dans le cas où l’on soupçonnera que le croc a pénétré profondément, on incisera les escarres une ou deux fois, et chaque fois on reportera le cautère au fond de la plaie. Nous avons vu (partie pathologique) que les plus longs crocs ne devaient guère entrer dans les chairs au delà d’un demipouce; ceci peut servir de guide pour l'application des cautères. |
4° Le cautère, entre des mains inexpérimentées, est moins dangereux que-l'instrument tranchant. L'avantage du cautère actuel en particulier est de pouvoir être manié commodé-
ment d’un panseur est neutralisé par le pansement d’un autre panseur. Il suffit de considérer un seul moment la nature de ces pansements pour reconnaître la fausselé de celte opinion, car une infusion de poivre de Guinée, par exemple, ne peut détruire les effets d’une infusion de tabac. Les fourbes parlent ainsi pour s’assurer de leurs malades, pour empêcher qu’ils ne passent à d’autres; mais rappelez-vous que quelle que soit la lotion dont vous fassiez usage, il faut frotter rudement la partie, afin que le liquide s’introduise dans les plaies et détruise le venin, car c’est en détruisant le venin qu'il agit, et non par aucune vertu particulière et mystérieuse,
ss MR re
ment : on ne brûle que les parties que l’on veut brûler; sen action est instantanée ; quinze secondes seulement, en appuyant le cautère sur les chairs aussi fortement que possible, donnent une escarre convenable. La douleur n’est très-vive qu’au moment même de l’application et fort supportable après. Le cautère actuel n’a d'autre inconvénient que d’effrayer et de rebuter les sens; on peut dire qu’il y a des personnes qui préféreraient se laisser mourir plutôt que de s’y soumettre.
Si, par une cause quelconque, on ne peut recourir au cautère actuel, on le remplacera par les caustiques.
Le meilleur caustique, suivant l'abbé Fontana, est la potasse caustique, potasse à la chaux, pierre à cautère ; on en prendra de petits morceaux d’une ligne carrée environ, et on les fera fondre dans les piqûres en appuyant fortement, afin d’insinuer le caustique aussi profondément que le venin. On pourra, suivant le cas, faire deux ou trois applications sur chaque piqûre. Comme la potasse caustique a pour inconvénient de se fondre et de couler sur les parties voisines, ce qui en porte l’action au delà de ce que l’on voudrait, il faudra préserver les parties en les couvrant avec un morceau de sparadrap, de diachylon ou bien avec un linge ou une feuille d’arbre trouée au milieu, vis-à-vis les piqûres, ne laissant que la place nécessaire à l’action du caustique. On essuiera ce petit appareil au fur et à mesure que la potasse se fondra.
Le caustique de Vienne, qui n’est qu’une autre manière de préparer la potasse (5 parties de potasse et 7 parties de chaux vive), n’était pas connu-du temps de Fontana; il offre tous les avantages de la pierre à cautère sans en avoir les inconvénients : on le manie facilement; il suffit de le délayer avec un peu d’alcoo!, on en forme une pâte qu’on divise à volonté, et dont l’action peut être circonscrite : c’est le caustique que je recommande ; son action est complète au bout de dix à douze minutes.
La pierre à cautère et le caustique de Vienne doivent être conservés dans des flacons bouchés à l’émeri, et si l’on prend soin de ne pas les exposer à l’air et de boucher les flacons à mesure qu’on en retire ce dont ona besoin, ces deux substances se conservent indéfiniment sans altération; mais sion leur laisse absorber ‘humidité et l'acide carbonique de l'air, elles pas sent à l’état de sous-carbonates et deviennent presque inertes.
Le caustique auquel M. Blot donne la préférence est le beurre d’antimoine ou chlorure d’antimoine. Voici la manière dont il recommande de s’en servir : — On trempe un morceau de charpie effilée dans le chlorure, qui est presque toujours liquid? à cause de sa grande solubilité à l’air; on en fait pénétrer quelques gouttes dans les piqûres, qu’on agrandit si elles sont trop étroites, et si l’on n’a pas l’assurance de ne pouvoir atteindre sans cela jusqu'à leur fond; on applique ensuite un petit tampon de charpie imbibée du caustique, puis par-dessus d'autre charpie, mais sèche, et on entoure le tout d’un bandage convenable. On peut essayer de faire pénétrer le beurre d’antimoine dans la plaie à l’aide d’un petit morceau de bois aigu qu’on à préalablement trempé dans ce caustique, ainsi que le conseille Sabatier.
Le beurre d’antimoine a, encore plus que la pierre à cautère, l'inconvénient d'étendre son action sur les parties saines, à cause de sa grande solubilité ; c’est ce qui en rend l’usage plus restreint dans la chirurgie. On a essayé de remédier à cet inconvénient en le solidifiant au moyen des préparations suivantes, imaginées par le docteur Canquoin : chlorure de zinc et d’antimoine, 4 once; farine de froment, 3 onces; eau distillée, 60 gouttes. |
Cette pâte, au bout de quelques heures, donne une escarre de deux lignes de profondeur ; son action serait peut-être un peu lente pour un cas pressant, mais on pourrait en essayer.
Chaussier recommande de brûler sur les piqûres un petit cylindre de coton ou de charpie, imbibé d’alcool.
A défaut des moyens précédents, on se servirait des acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique. Mais l’abbé Fontana regarde ces acides comme moins efficaces que la pierre à cautère. À
J'ai lu que dans quelques parties de l'Amérique, on se contentait d'appliquer sur la piqûre du boiquira, du soufre en poudre ou de l’alun pilé.
J'ai déjà dit comment l’arsenic était employé comme caustique.
Enfin je suis persuadé que le nitrate d'argent (dit Si improprement pierre infernale), taillé en crayon et enfoncé dans la plaie, suffirait dans un grand nombre de cas, surtout dans les cas de piqûres de petits serpents. |
Mais tous les caustiques dont j’ai parlé jusqu’à présent ne sont point des objets usuels et qu’on peut se procurer à volonté ; il faut les avoir à l’avance, car on peut être pris à l’improviste. Dans ce cas, plutôt que de ne point cautériser, il vaudrait mieux se servir d'huile bouillante, d’eau bouillante: de tafia bouillant, qu’on verserait sur les piqûres au moyen d’un entonnoir fortement appuyé sur leur pourtour, de manière à garantir les parties voisines.
C’est encore dans ces cas qu’on pourrait recourir, faute d'autre, à la cautérisation de M. Mayor, qui est un marteau ordinaire plongé dans l’eau à l’état d’ébullition et appliqué ensuite sur les parties.
Je suis si convaincu de l'efficacité de la cautérisation, que je ne me lasse pas d’énumérer tous les moyens qui peuvent eu faciliter l’usage. Dans les expériences faites par moi avec diverses substances et déjà rapportées çà et là dans cette enquête, je n’ai sauvé que deux fois les animaux, et ceux-là avaient été cautérisés. Fontana, qui s’est livré, comme je l’ai déjà dit, à plus de six mille expérimentations, s’est arrêté à la pierre à cautère comme au seul moyen efficace. M. Blot exclut tous les autres pour la cautérisation ; M. Guyon, qui a guéri tous ses malades, les a tous cautérisés. On peut voir en effet dans ses observations, qu'il cautérisait promptement et réellement.
« C’est le seul moyen, dit-il en. se résumant, sur lequel on « puisse compter ; mais on sent qu’il doit échouer si l’on y re- « Court trop tard : lorsque le venin est déjà absorbé, le succès dépend de la promptitude de son application. »
Enfin les médecins sont unanimes. L’analogie vient encore à l'appui de cette opinion : on à obtenu les meilleurs effets. de la cautérisation contre la morsure des animaux enragés, contre toutes les piqûres faites avec des instrumens imprégnés de substances putrides, contre toutes les causes de gangrène.
Cautérisez donc les piqûres des Fers de lance, cautérisez promptement, etnon point pour la forme, pour acquitüe science et de conscience, pour dire que vous avez fait ce. que la médecine ordonne, et que néanmoins vous n’avez pas guéri ; mais cautérisez réellement pour vous sauver, vous et les vôtres. Que vos économes, vos Commandeurs, portent sans cesse sur eux. au jardin même, soit le caustique de Vienne, soit tout autr
des caustiques indiqués, et que le nègre piqué soit pansé sur- Le-champ de la piqre, avant d’être porté à l’hôpital. Hélas! si comme moi vous suiviez les ravages du monstre, tant de mutilés, tant de morts (dix-huit en cinq mois dans un seul quartier !), vous seriez étonnés de votre résignation, Ô vous! exposés en première ligne aux coups d'un pareil animal!
Le seul reproche raisonnable qui puisse être fait à la cautérisation, c’est de laisser à sa suite des plaies dont la guérison entraîne la perte de plusieurs semaines, tandis que présentement avec les remèdes du pays on guérit beaucoup de piqûres en cinq ou six jours; mais dans les cas où de promptes guérisons ont eu lieu après l'emploi de ces pansements vulgaires, il est loin d’être prouvé que l'honneur leur en doive être rapporté. Nous avons assez insisté sur ce point acquis par l’observation et par les expérimentations, qu’il y a beaucoup de piqûres même sans pansement qui guérissent sans accident, et comme ce sont les nègres qui jusqu’à présent ont pansé les piqûres de serpent (1), ils ont dû avoir plus d’une fois de ces rencontres ; ils ont profité du bénéfice de cette indistinction et s’en prévalent. Plures sanat, dit Galien, cui plures fidunt. Mais par cela même qu'ils agissent indistinctement, ils ont dû laisser passer aussi bien des cas graves. Or c’est précisément à cause de cette indistinction, dans laquelle nous vivons présentement, des cas graves d'avec les cas légers qu’il faut pour le moment cautériser tous les cas indistinctement ; une expérimentation régulière et générale de la cautérisation apprendra à en diriger et à en modérer l’emploi, et l’on arrivera à exclure les cas où l’on pourra s’en passer. Presque tous les soldats cautérisés par M. Guyon avaient repris leurs rangs au bout de cinq semaines ou un mois.
Je n'ai point parlé jusqu'à présent d’un mode de cautériser
(1) Sur beaucoup d’habitations on a remarqué que lorsqu'il y avait un panseur altitré, rétribué pour le pansement de chaque piqûre, les cas de piqûre ne tardaient pas à se multiplier, Et comme le diagnostic, c’està-dire la conslaiation de l’accident, est abandonné aussi bien que sa cure au panseur, les pansements et les rétributions aussi se multipliaient ; ce qui a fait juger par beaucoup de propriétaires, qu’il y avait entre les piqués et le panseur une entente très-cordiale, La crainte de la cautérisation mettrait à l’abri de cette supercherie,
tout particulier, et qui a été ici plus souvent employé que les autres : C’est la déflagration de la poudre à canon sur et dans les piqûres. « Le docteur Delabusquière, dit le Palladium de Sainte-Lucie, après avoir incisé les piqûres, remplit les incisions d’autant de poudre qu’elles peuvent contenir etenflamme cette poudre, après quoi il applique sur la plaie un Cataplasme de pied-de-poule. T1 n’a jamais perdu personne. » La poudre à canon est aussi employée de la même manière à la Martinique; cela plaît aux imaginations fanfaronnes, à qui il faut en tout du bruit et de l'éclat, et qui veulent au moins tirer parti de leur souffrance en la tournant au profit de leur réputation de
bravoure ; mais évidemment ce mode de cautériser doit être le moins préférable de tous; il agit plutôt en superficie qu’en profondeur, produit une plaie large comme celle d’un vésicatoire, mais n’atteint pas le venin dans la chair. M. Guyon dit qu’on peut aussi reconnaître dans la déflagration de la poudre l’action d’une ventouse, à cause du vide qui est produit; je trouve cette explication un peu subtile. Enfin, voici le jugement que portent de ce mode de cautérisation MM. Olivier, d'Angers et Marjolin (Dictionnaire de médecine, art. CAUTÉRISA- TION). « On n’emploie plus la poudre à canon comme moyen de cautériser, sa déflagration est trop rapide, et les escarres qui en sont l'effet ont trop peu de profondeur pour qu’on puisse accorder quelque confiance à ce moyen dans le traitement des morsures envenimées. »
Mais jusqu’à quel moment la cautérisation, quel que soit le moyen dont on se serve, est-elle encore applicable avec espérance de succès ? La solution de cette question est sans doute fort importante; mais dans l’état actuel de nos connaissances sur les accidents suites de la piqûre du Fer de lance, elle ne saurait être établie avec précision; une étude attentive nous pourra désormais donner des règles meilleures. Dans les observations rapportées par M. Guyon, nous voyons que la cautérisation faite une fois, trois quarts d'heure après la piqûre, a été suivie de succès.
M. Pravas a montré qu’une pile voltaïque de trenteéléments, dont les deux conducteurs en platine étaient mis en contact avec les petites plaies faites par les crochets de la vipère, suffisait pour neutraliser le venin, pourvu que l’on continuât pendant quelques instants l’action du galvanisme.
De l'ammoniaque ou aicali volatil.
Appliquée sur a peau, l’ammoniaque, suivant son degré de concentration et la durée de son contact, produit ou la rubéfaction, ou la vésication, ou la cautérisation : c’est donc un caustique comme les précédents, et qui devrait avoir sa place parmi eux. Mais la grande renommée dont l’ammoniaque a joui dans le traitement des piqûres envenimées mérite que nous lui consacrions un paragraphe particulier; car ce n’est pas seulement à cause de son action locale et comme médicament externe que l’ammoniaque a été préconisée, mais c’est aussi administrée à l’intérieur, à cause d’une vertu sudorifique ou même spécifique qu’on lui a supposée dans les cas de piqûres venimeuses.
Ce fut d’abord à la faveur d’une fausse théorie sur l’acidité du venin soutenue par Mead que l’ammoniaque fut indiquée comme le remède de la piqûre des serpents. Sa grande renommée remonte à une guérison opérée en 1747 par le célèbre Bernard de Jussieu, qui dans une herborisation pansa et guérit avec l’eau de Luce, préparation où entre l’ammoniaque, un étudiant en médecine mordu à la main en trois endroits par une vipère. Gette guérison fit un bruit. extraordinaire dans le monde, probablement à cause du grand nom de l’auteur : Habent sua fata, medicamenta quoque.
D’autres observateurs, Sonnini, Sage, Mangili, Prus, citèrent des faits à l’appui de celui de Bernard de Jussieu.
Je ne sais à quelle époque l'usage de l’ammoniaque passa à la Martinique ; mais on a vu que dans plus d’un des remèdes dont j'ai donné la formule, l’alcali volatil entrait comme élément, et que sur beaucoup d'habitations il constituait à lui seul le traitement de la piqûre du serpent. Au temps où écrivait M. Guyon, on en faisait un grand abus, et ce médecin rapporte plusieurs cas dans lesquels l’usage immodéré de l’ammoniaque à pu être considéré comme une des causes de la mort.
Mais telle est l'incertitude des vogues thérapeutiques qu’aujourd’hui on est bien revenu de cette confiance illimitée, accordée à l’ammoniaque. Voici le jugement qu’en porte le dernier des dictionnaires de médecine publiés (article AMMONIA- QUE) : « Quant à la réputation, même populaire, que l’ammo-
« niaque a acquise dans le traitement des piqûres envenimées,
« elle se fonde sur le fait célèbre de Bernard de Jussieu, fait « si mal observé et si mal jugé. Vainement Fontana, le toxi-
« cologiste le plus logicien, l'expérimentateur le plus ingé-
« nieux et le plus habile, a-t-il démontré la puérilité de l’ob-
« servation de Jussieu; vainement a-t-on constaté mille fois « que la morsure de la vipère et que les blessures faites par « la plupart des insectes venimeux ne causent presque jamais « la mort, on n’en a pas moins persisté à croire que l’eau de « Luce et l’ammoniaque empêchent de mourir le petit nom- « bre de malades à qui on les administre. Quant à moi, je n’ai
« jamais vu l’usage externe ou interne de l’ammoniaque mo-
« difier en quoi que ce fût les symptômes de l’empoisonnement
« causé par les blessures des animaux venimeux, et loin de
« partager l'opinion de Mangili, de Sonnini, de Sage, je me «range au contraire à celle de Fontana et de Gaspard, qui
« pensent que l’ammoniaque et ses combinaisons, telles que « l’eau de Luce, etc., sont nuisibles ou tout au moins inutiles. »
Russell dans l’Inde, Harlhan en Amérique et beaucoup d’autres ont aussi constaté l’inefficacité de l’ammoniaque dans nombre de cas.
C’est aussi l'opinion de M. Guyon : On s’élonne, dit-il, page 926, de voir encore l’ammoniaque présentée comme le spécifique du poison des reptiles. Quant à moi, en face d’opinions si contraires, je ne sais trop à quoi m'arrêter. Plusieurs fois, entre mes mains, sur des animaux, l’ammoniaque a été sans succès ; une seule fois j’ai réussi, mais l’animal avait été piqué à l'oreille. Peut-être le siége de la blessure, qui est une partie du corps si isolée des autres, diminua-t-il la gravité du mal. Quoi qu’il en soit, après les autorités qui sont contre lammoniaque, on doit aujourd'hui être fort réservé sur son emploi et ne plus s’y confier aveuglément, mais en surveiller les résultats (1). | |
Lorsque l’on administre l’ammoniaque à l'extérieur, il ne
8 (1) L’ammoniaque est un remède dangereux : beaucoup de médecins ont signalé des cas où ce médicament a déterminé des asphyxies mortelles chez des personnes à qui on l'avait fait respirer pour les faire revenir de syncopes prolongées ; sa vapeur très-volalile avait cautérisé Les membranes muqueuses des voies respiratoires. Ingéré dans l'estomac, lPalcali a produit des im— flammations gasiro-intestinales, et même son administration à des doses