LS
Mais je le répète, l’ammoniaque, administrée témérairement, tumultueusement (comme cela a lieu souvent ici), par deS
mains ignorantes, peut produire de grands désordres; c’est
pourquoi M. Peyraud, pharmacien en cette ville, a proposé dernièrement de substituer à l’ammoniaque son acétate, dit Esprit de Mindererus, qui est aussi un sudorifique, mais qui peut être porté sans danger jusqu’à la dose de deux gros à une demi-once dans une potion, ce qui en rend l’usage plus maniable.
Mais qu’on n’oublie pas que l’ammoniaque perd promptement son activité, à cause de la rapide volatilisation du gaz; il faut la tenir bien bouchée, et par précaution la renouveler de tem s en temps. Pour agir convenablement, elle’doit être à 18°.
Des scarifications.
J'ai déjà parlé en divers endroits des scarifications (Voy. passim) : il n’y a ici qu'une seule voix sur leur utilité dans le pansement de la piqûre du serpent; tout le monde s'accorde à les recommander. Je suis pourtant convaincu que beaucoup de personnes qui se servent de ce mot n’en savent pas au juste la valeur.
La scarification est une légère incision faite avec une lancette ou un bistouri promené légèrement sur la surface de la peau et qui en entame à peine l'épaisseur. Or les personnes qui parlentde scarifications entendent des incisions pratiquées sur les piqûres, même pour les élargir. Ces incisions, pour être efficaces, doivent être faites avec hardiesse, elles doivent pénétrer plus profondément qu’il ne faut, plutôt plus que pas assez, afin d'atteindre toutle venin: elles doivent être au moins aussi profondes que la longueur des crocs. Il faut pour cela intéresser la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, souvent dans les régions délicates où les gros troncs artériels et nerveux, les gaînes des tendons peuvent être lésés, comme, par exemple, à la malléole, au poignet, au jarret, à l’aine. Nous autres chirurgiens, lorsqu'il nous faut conduire le fer dans ces parties, nous ne procédons qu’avec la plus grande circonspection : comment donc des personnes étrangères à l’anatomie peuvent-elles avoir la témérité de porter la main sur leurs semblables?
Le
« Mon père, dit M. Blot, qui a exercé longtemps la médecine « à la Martinique, a vu des nègres débrider, inciser sans mé- « nagement sur des artères considérables, diviser ces vaisseaux «et les malades expirer d’hémorrhagie (1). »
Mais le plus ordinairement les scarifications ne produisent pas l'effet qu’on en attend, parce qu’elles sont faites comme le mot le veut, légèrement ; on ne met pas à nu le fond de la piqûre, l’opération est insuffisante. Ce n’est donc pas d’une dispute de mot qu’il s’agit ici; le mot mal entendu a produit un grand mal. De là ces pratiques sauvages, absurdes, signalées déjà, et dont l'ignorance a des conséquences si graves qu’elle est criminelle et motiverait une répression judiciaire.
Il n’y a pas non plus beaucoup d’accord entre les médecins sur les avantages des scarifications. Suivant Fontana, loin d’être utiles, elles font le plus souvent beaucoup de mal. La partie mordue et scarifiée est plus disposée à se gangrener. Dans ces derniers temps, elles ont été combattues par M. Brainard comme débilitant le ton d’une partie engorgée et déjà fort affaiblie, et rendant les accidents plus rebelles et plus graves. Paulet, au contraire, exalte en ces termes les scarifications : « L’immersion du venin porté dans les chairs est souvent trèsprofonde, au delà de cinq lignes, et peut dépasser la portée des escarrotiques, qui ne font alors qu’enfermer le venin dans les chairs. Il n’y a donc, dans les cas simples et même compliqués, qu’une principale induction toujours majeure à remplir, qui est de donner issue au venin de la manière la plus sûre et la plus prompte, et je n’en connais pas d'autre que celle qui consiste à ouvrir des ruisseaux de sang et d'humeur, non par une saignée qui n’ouvre que la veine, ne produit qu’une hémorrhagie simple etne peut atteindre le venin, mais par des moyens qui ouvrent tous les vaisseaux sanguins, Iymphatiques ou autres, et entraînent tout au dehors, tels que les
(4) J'aime à citer textuellement; j'ai plaisir à pouvoir répondre, par des paroles qui ne sont pas de moi, au reproche de critique continuelle qu’on me pourrait faire, C’est un appui que je cherche, j'ai besoin de l'approbation des autres. Outre qu’il est difficile de vouloir refondre une pensée et de la représenter avec d’autres termes que ceux de l’auteur, puisqu'il n’y a qu’un seul mot propre, et qu’à la rigueur on peut dire qu’il n’y a point de synonymes. C’est pourquoi cette pelite opération de citer les autèurs est très-hasardeuse et expose tous les jours à des réclamalions, Que d'auteurs se plaignent de n’avoir pas été compris!