‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 60 sur 93 · TABLEAU SYNOPTIQUE · texte numérisé non relu

TABLEAU SYNOPTIQUE

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Quand on considère les particularités si peu marquées auxquelles le naturaliste est obligé de se rattacher pour classifier des êtres d’une organisation aussi simple que le serpent : la forme des écailles, de la tête ou du museau! Il est facilement concevable qu’il doit être souvent impossible à l'œil de saisir ces particularités, pour ainsi dire au juger, lorsque l'animal est vivant, en pleine liberté, au milieu de ses domaines, les halliers ou la forêt, fuyant ou prêt à faire usage de ses redoutables crochets contre qui voudrait le regarder de trop près. Car même sur la table du laboratoire, avec des livres et des gravures, cette détermination de la famille du genre ou de l’espèce ne peut se faire sans une étude attentive. Je ne m'étonne donc plus si des voyageurs, des habi- : tants, étrangers à l’histoire naturelle, interrogés par moi, comme on a pu le voir dans la première partie de cette enquête, afin de constater si le bothrops lancéolé existait dans d’autres lieux que la Martinique et Sainte-Lucie, n’ont pu me faire que des réponses peu sûres. Aujourd’hui, après avoir examiné la collection du muséum de Paris et les livres de la science, je puis affirmer que les bothrops lancéolés, qui y sont conservés, ne proviennent que de la Martinique ou de Sainte-Lucie. Peut-être même existe-il quelque légère différence entre les individus rapportés de chacune de ces colonies. Mais la provenance de l’une ou de l’autre n’étant pas toujours certaine, j'indique ce fait aux observateurs qui seront à même de reprendre plus exactement cette comparaison. M. Badier, dit Lacépède, très-bon observateur, qui a passé plusieurs années à la Guadeloupe, m'a montré deux serpents de l'espèce de la vipère Fer de lance, qu’il hrs de

Cayenne et de la Dominique.

J'ai déjà dit, page 4 de l'enquête, que très-certainement il n'existait à la Dominique aucune espèce de serpent venimeux. Dans la collection du museum, je n’ai trouvé qu’un bothrops atrox indiqué comme provenant de Surinam. Les descriptions que Sonnini et Bajon donnent des serpents de la Guyane se rapportent au crotale horrible. Cependant la continuité du territoire peut faire penser que le bothrops atrox se trouve aussi bien dans la Guyane française que dans la Guyane hollandaise. Si l’on considère combien les caractères spécifiques qui font distinguer le bothrops atroxz du bo-

throps lancéolé sont, pour ainsi dire, microscopiques, on admettra facilement que les voyageurs et autres personnes, qui neregardent pas de si près, peuvent les confondre (1). Que si on entend rarement parler dans notre colonie de Cayenne de gens morts de la piqûre de serpents, ce doit être à cause de la rareté, de la dispersion et de lisolement des habitants, qui ne permettent pas à ces accidents d'arriver à la notoriété publique et les ensevelissent dans la solitude des forêts vierges.

Dans le tableau synoptique dressé par M. le professeur Schlegel de la distribution géographique des reptiles, un grand nombre est rapporté à la Martinique, dont la colonne des serpents vénéneux se trouve ainsi très-chargée. Je répète encore affirmativement qu’excepté le bothrops lancéolé et la couresse, il n’y à pas à la Martinique d’autre ophidien. Une note de M. Duméril, dans son Erpétologie, explique les erreurs de M. Schlegel. M. Duméril a été aussi frappé du grand nombre des reptiles dont la Martinique est indiquée comme lieu de provenance. Tous les spécimens qui manquent d’indication, sont rapportés à cette colonie : tel est l’élaps cerclé envoyé par M. Plée. Il est cependant hors de doute qu’il n'existe à la Martinique aucun élaps. Mais la Martinique étant la plus commerçante des colonies françaises est un entrepôt par où passent les envois faits à la France; en outre, la terrible renommée du Fer de lance, particulier à cette île, absorbe toutes les autres, et nous fait attribuer tous les serpents. Evidemment le proverbe, qu’on ne prête qu'aux riches, nous est rigoureusement appliqué.

(1) M. Duméril père lui-même s’est laissé prendre à une confusion de ce genre. Il raconte que, en 1851, dans la forêt de Fontainebleau, ayant saisi une vipère (Pelias Berus) pour une couleuvre vipérine, elle lui fit des blessures qui furent suivies d'accidents assez effrayantis, (Voyez Erpétologie, 1. vi.)

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