‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 75 sur 93 · MUSCLES DE L'APPAREIL À VENIN · texte numérisé non relu

MUSCLES DE L'APPAREIL À VENIN

Ces muscles sont disposés autour de cet appareil, en deux couches : l’une superficielle, l'autre profonde; la première consiste en une masse musculaire qui s’offre à la vue, lorsque la peau de la tête est enlevée (planche 3), et forme avec la glande le renflement maxillaire ou buccal. Cette masse musculaire qui tient au crâne par des fibres aponévrotiques faciles à détacher, adhère en bas à laglande, avec laquelle elle semble faire coros. Dugès, Duvernoy, Soubeiran la divisent en trois muscles distincts : 4° le temporal antérieur qui en forme la plus grande partie, se compose de fibres qui partent de derrière l'orbite et vonts’attacher au bord supérieur dela glande à venin dont ils recouvrent près d’un tiers; c'est évidemment un muscle compresseur de la glande; quelques-unes de ses fibres postérieures forment un faisceau qui se portent à l'os maxillaire inférieur, qu’ils élèvent contre la glande. C’est ce faisceau que l’on voit, lorsque l’animal ouvre la gueule, faisant saillie sous la membrane muqueuse et formant les commissures. L’aponévrose fournie par ce muscle à la glande est très-remarquable, elle l'entoure comme d’une double coque fibreuse, envoie en arrière un prolongement nacré, très-distinct, qui va s’attacher à l’angle de l’os maxillaire inférieur.

M. Soubeiran parle chez la vipère de deux autres languettes qui se rendent antérieurement à la glande lacrymale et à la mâchoire supérieure. Celles-ci sont moins nie chez le bothrops lancéolé. D’autres brides à la face interne de la glande la rattachent à l'os ptérygoïdien externe. Ces prolongements aponévrotiques sont destinés à maintenir la glande en place, dans ses mouvements de contraction et de dilatation.

2° Le temporal postérieur, placé en arrière de l’antérieur, dont à la rigueur il peut être considéré comme la continuité, fixé au bord pariétal du crâne, descend le long de l’os intraarticulaire pour s’attacher à la face externe du tiers postérieur de la mandibule. Cest un muscle élévateur de la màchoireinférieure. Il agit aussi en comprimant la glande à venin. de bas en haut. .

3° En arrière du temporal postérieur est un muscle qui ouvre la bouche et que, pour cela, les naturalistes ont appelé digastrique. 1] descend du crâne, le long de l'os intra-articulaire qu’il recouvre, et vient s’insérer à l’extrémité postérieure de la mandibule. Agissant ainsi Comme un levier du premier genre; en même temps qu'il élève ia partie postérieure de la mandibule, il en abaisse la partie antérieure et ouvre la bouche.

La couche profonde comprend trois muscles :

4° Le temporal moyen, placé sous la glande à venin et sous le temporal postérieur, offrant la forme d’un ruban carré très-distinct, dirigé de haut en bas perpendiculairement, s’insère en haut, au bord de la crête parietale, et, en bas, au bord interne et supérieur de la mandibule. C’est un élévateur de la mâchoire inférieure et le compresseur postérieur de la glande à venin.

20 Le ptérygoïdien externe, placé sous le précédent dont il croise la direction, se dirige horizontalement d’arrière en avant, le long de l’os ptérygoïdien externe auquel il s’attache en arrière, ainsi qu'à l'os mandibulaire, passe sous une expansion aponévrotique qui unit la glande à venin à l’os ptérygoïde, se divise en avant en deux tendons et va se fixer aux deux faces internes et externes de l’os maxillaire supérieur, auquel il imprime un mouvement de bascule qui redresse les crochets, en leur faisant décrire un quart de cercle, ou bien les ramène au repos en leur imprimant un mouvement de rétrac-

tion vers la voûte du palais. Ce muscle envoie un tendon à la gaîne des crochets, qu’il ouvre ou ferme, suivant que l’animal veut ériger ou détendre ses crochets.

8° Le ptérygoïdien interne part de l’angle de la mâchoire inférieure comme le précédent et se porte à la face externe de l’aile ptérygoïde de l’os ptérygoïde interne. Il porte cette aile en arrière et en dehors. C’est le muscle rétracteur des crochets.

4° Le sphéno-ptérygoïdien va de la face opposée à la base du crâne, et tire l’os ptérygoïde interne en avant eten dedans.

5° Le sous occipito-articulaire est une bande de fibres musculaires qui s’attachent à l’occipital par un fort tendon et à los mandibulaire par leur autre bout, près de son articulation avec l'os tympanique; ce muscle rapproche de la ligne médiocre les os mandibulaires gauche et droit et doit modérer leur écartement dans la déglutition des grosses proies.

6° On trouve encore à la voûte palatine du serpent d’autres fibres musculaires, désignées suivant leurs directions et leurs attaches, en : sphéno-palatin, sphéno-vomérien, sphéno-ptérygoïdien et post-orbito-ptérygoïäien. Ces muscles servent surtout à la déglutition

7° Outre ces muscles qui prennent leurs attaches sur le crâne, il y en a d’autres qui viennent des parties voisines de la colonne vertébrale et qui concourent aussi soit à l'ouverture de la gueule, soit à l'expulsion du venin; ce sont les cervicomaxillaires, situées en arrière de la tête et sur la nuque, allant des vertèbres cervicales à la mandibule, et recouvrant le muscle digastrique en formant le plancher inférieur de la gueule.

8° Les costo-mandibulaires et les costo-hyoïdiens, qui, comme l'indique leur nom, vont des côtes à la mandibule et au cartilage hyoïde et abaiïssent aussi la mâchoire inférieure.

Les différentes pièces de l’appareil à venin, les os qui lui servent de leviers, les muscles qui le mettent en mouvement, sont, comme les os du crâne, exactement les mêmes chez le bothrops lancéolé que chez la vipère d'Europe, et en général que chez tous les solénoglyphes. On peut donc dire que ces animaux ont été jetés dans un même moule dont les dimensions varient. Les distinctions entre les genres et les espèces qui composent ce sous-ordre des serpents venimeux ne sont point fondées sur des caractères plus différentiels que ceux

qui servent à distinguer les races humaines ; la taille, la couleur, ou quelque conformation particulière de leur enveloppe extérieure. Si l’expérience n’était dangereuse, il serait curieux de vérifier l’action du climat sur ces différents genres; de voir, par exemple, si la vipère deviendrait bothrops à la Martinique, et le bothrops, vipère en France?

La considération des attaches des muscles et de la direction de leurs fibres, explique l’action de chacun d'eux. Ces muscles concourent à deux actes de l’anima!l qui se ccordonnent trèsbien entre eux. 1° Les blessures qu’il fait pour arrêter sa proie et la déglutition de cette proie, dont il se nourrit.

Ainsi, lorsque l’animal veut avaler une proie, ou qu’il se situe pour mordre, il ouvre la gueule. Alors agissent les muscles abaisseurs de la mâchoire inférieure : digastrique, cervico-mandibulaires, costo-mandibulaires et costo-hyoïdiens. En même temps la mâchoire supérieure, qui fait corps avec le crâne, est porté en arrière par les muscles vertébraux. Ce mouvement de totalité augmente l’écartement des deux mûchoires supérieure et inférieure, et par conséquent l’ouverture de la gueule.

Cette ouverture de la gueule est également nécessaire pour mordre et pour saisir la proie. S'agit-il d’avaler cette proie? le rapprochement des mâchoires est opéré de haut en bas par les temporaux élévateurs du maxillaire inférieur et par les sous-occipito-articulaires qui rapprochent les côtés gauche et droit de cet os. La proie ainsi pressée chemine vers la gorge. Ces différents muscles font l'office des constricteurs orbiculaires des mammifères.

Les muscles qui vont au sphénoïde et des os de la base du crâne à l'os ptérygoïde interne et au palatin sont particuliers aux mouvements de cet os et mettent en jeu les petites dents dont ceux-ci sont garnis, lesquelles sont tournées en arrière, empêchent la proie de refluer en dehors de la gueule et la forcent de se diriger vers l’œsophage. Ces petites dents sont donc des points d'arrêt qui retiennent la proie. 11 n’y a aucune mastication.

C’est surtout par des mouvements de latéralité qu’agissent les mâchoires séparément et distinctement; ainsi, l’on voit le côté droit de l’os mandibulaire s’avancer sur la proie, s’y enfoncer, tandis que le côté gauche est immobile. C'est au

contraire le gauche qui avance, quand le droit reste en place. Ce mouvement de latéralité est très-remarquable. On dirait celui desjambes d’un cheval, allant l’amble. La proie ainsi saisie, tantôt à droite, tantôt à gauche s'enfonce dans la gorge. Les crochets de l’animal, dans cet acte de la préhension des aliments, sont ses grappins, et ses petites dents, des tenailles.

Lorsque l’animal ne fait que mordre, ou plutot piquer, les mouvements de totalité imprimés aux deux mâchoires ouvrent la gueule. Mais c’est surtout la mâchoire supérieure qui, par le retlressement de la tête, contribue à cette ouverture, l’inférieur s’abaisse alors moins. En même temps l’os maxillaire supérieur, en basculant sur le frontal, éprouve un mouvement particulier qui dirige les crochets en avant et les rend horizonnaux et perpendiculaires à la bouche. Il est mû par l'os ptérygoïdien externe et par son muscle, qui agissent comme la détente d’un fusil, soit pour armer, soit pour lâcher le coup. Les crochets implantés dans les alvéoles du maxillaire supérieur, n’ont aucun mouvement qui leur soit propre. Rien de plus précis, rien de plus admirable que le jeu de ce petit appareil à venin. Les crochets enfoncés, les mâchoires se rapprochent; c’est alors quel’inférieure sert de point d'appui à la supérieure et peut ajouter à sa force et à l’enfoncement des crochets. C’est aussi en ce moment, que se fait, dans certains cas, l’impression despetites dents inférieures qu’on voit quelquefois à côté des blessures, bien autrement profondes, faites par les crochets. Mais la gueule ne se ferme jamais brusquement par le rapprochement des machoires, comme dans les morsures ; si les choses se passaient autrement, lorsque l’animal manque son but, il serait exposé à se blesser avec ses crochets dressés et ramenés brusquement contre la machoire inférieure. Tous les mouvements imprimés aux leviers formés par les os, viennent des muscles élévateurs et abaisseurs. Ceux-ci, en agissant sur les leviers, agissent aussi sur la glande à venin, l’avertissent d'entrer en action, de sécréter le venin et par la compression qu’ils exercent sur elle, ils l’aident à chasser ce venin au dehors. Il y a là une synergie des plus remarquables, pareille à celle de la sécrétion de la salive et des mouvements nécessaires à la mastication.

L’expulsion du venin accomplie, on conçoit qu’il y ait détente dans la tension de l'appareil, et que l’os ptérygoïdien

externe, revenant sur lui-même en arrière, ramène l’os maxillaire supérieur à sa place et porte les crochets en arrière contre le palais, de façon qu’ils ne peuvent pas s’opposer à l'entrée de la proie dans la gueule et par suite à la déglutition.

a simple élasticité des tissus suffirait pour expliquer ce retour des choses, au repos, puisque ces mouvements peuvent être exécutés même après la mort, en ouvrant la gueule de l'animal. Mais il est probable que les muscles ptérygoïdiens exercent aussi une action volontaire de rétraction d’abord sur l’os ptérygoïdien externe et puis sur le maxillaire supérieur sur lequel le muscle pterygoidien externe a une attache.

Par là s’explique le dissentiment qui existe entre quelques anatomistes relativement à la coordination des mouvements de la déglutition avec ceux qui déterminent le redressement des crochets. Les uns, comme Duvernoy et Cuvier, attribuent le redressement des crochets à un mécanisme particulier et volontaire ; les autres ne veulent voir dans cet acte que l'effet mécanique de l'ouverture de la gueule. Ces deux opinions n’ont que le tort d’être exclusives l’une de l’autre, car les deux sont également vraies.

Dans ces mouvements dont la gueule du serpent est susceptible, je n’en vois aucun qui puisse se rapporter à la succion dont certains auteurs le croient capables. Tout, au contraire, dans la gueule de cet animal, paraît être contraire à cet acte. fl n’a point de lèvres pour saisir le conduit lactifère, ni de langue, ni de joues pour faire le vide nécessaire à la traction du lait; ses crochets et ses dents sont aussi contraires à l’exercice de cet acte.

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