‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 80 sur 93 · DE L'OUIE · texte numérisé non relu

DE L'OUIE

Les serpents entendent-ils ? Ce fait est en question à la Martinique. Les nègres assurent que dans la coupe des cannes, malgré le bruit que produit ce travail, mêlé souvent de chants, de rires et de conversations, les serpents ne bougent que lorsqu'ils sont à portée de voir les travailleurs, et loin de fuir et de gagner les falaises, les bois et les halliers qui bordent la pièce de cannes et où ils seraient en toute sûreté, ils ne se lèvent que pour aller se relover à très-peu de distance, comme s’ils n'avaient aucun souci du danger. Ce qui permet d’en tuer à la fin un assez bon nombre, en mettant le feu à un bouquet de cannes qu’on leur ménage pour dernier asile. Un habitant très-croyable, M. Auguste de Belligny, m'a raconté qu'ayant trouvé un serpent endormi, il lui avait tiré un coup de fusil à poudre, sans l’éveiller. Voici une autre expérience que j'ai plusieurs fois répétée. Devant la cage à claires voies où étaient des Fers de lance, lorque je tirais des coups de pistolet, ils s’agitaient aussitôt le coup tiré. Si je tirais par derrière la paroi mat, de manière que le feu de l’arme ne fût pas vu, les Fers de lance ne bronchaient pas et restaient im-. passibles. Tout cela joint à l’absence complète de tout ce qui pourrait tenir lieu de l'oreille externe et du tympan, me faisait croire que le serpent était sourd.

L'étude anatomique que je viens de faire de cetanimal m'a appris qu’il y avait cependant, dans son organisation, deux parties que les naturalistes rapportaient à l’audition. La première est un petit stylet osseux, d'une ligne et demie au plus de long, chezles plus gros bothrops lancéolés, caché dans l'épaisseur des chairs, sous l’os mastoïdien, dont le bout externe est dirigé en dehors, et en arrière vers l’os tympanique

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et dontle boutinterne tient au crâne + Mu d’un trou orbiculaire qui, au dire de l’anatomiste Wendischman, serait la fenêtre ovale. Point d’autres osselets, ni caisse, ni tympan, ni canaux demi-circulaires, ni labyrinthe, ni rien qui puisse être rapporté à l'oreille interne des animaux chez lésquels le sens de l’ouïe est plus développé. Ge petit os serait l’analogue de la columelle plus visible chez les sauriens. L'ouïe serait ainsi, chez les ophidiens venimeux, réduite à sa plus simple organisation. Le serpent ne percevrait point les ondes aériennes sonores. Mais, par l'intermédiaire du corps appuyé sur le sol, il recevrait l’impression des sons développés dans la continuité des corps solides ambiants. Il entendrait ainsi les pas de l’homme et non sa voix.

Suivant d’autres anatomistes anciens, il est vrai, Bonneterre, Charras, Blot, l'oreille externe du serpent pourrait bien être ce trou ou orifice singulier qui a servi à distinguer la famille des crotaliens et qui est placé entre l'œil et les narines dont ils semblent, au premier abord, une double ouverture. Ce trou qui a donné son nom aux bothrops, est arrondi ; chez les gros individus, il est très-distinct et peut offrir une ligne de diamètre. Il est entièrement recouvert par la peau qui adhère solidement aux parties osseuses sous-jacentes et qui en fait un véritable trou borgne, sans aucune communication avec les parties sous-jacentes. Quelquefois l’épiderme demi-transparente qui s’en détache, peut offrir l’apparence d’une membrane du tympan, mais par la moindre traction il est possible de s’assurer que ce n’est qu’une lame épidermique qu’on a sous les yeux. La peau enlevée, on reconnaît que le trou borgne est formé par une fossette osseuse creusée en grande partie dans le maxillaire supérieur et complété en haut par le frontal antérieur. Au fond se trouve un trou qui perfore la paroi osseuse et fait communiquer la fossette avec un sinus ou anfractuosité creusée à la face interne du frontal antérieur. Un nerf considérable, qui est la branche la plus forte des nerfs de la face des serpents, vient se rendre à ce petit appareil, qui d’ailleurs est sans rapport avec la columelle décrite précédemment.

On a donc pensé que cet appareil, autant que l’osselet considéré comme une columelle, pouvait être l'organe de l’audition chez les reptiles venimeux, et que s’il est placé au milieu

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__ de la face, au lieu d’être sur a parties latérales, c’est que sa *° place était prise par act à venin, qui exigeait une grande mobilité et des dimensions très-variables, et par conséquent un appareil musculaire très-développé. Il faut dire que la columelle se trouve chez tous les ophidiens, tandis que le trou borgne n'existe que chez les venimeux. gi Suivant d’autres, le trou borgne ne serait qu’un appendice des fosses nasales comparable au sinus maxillaire. Everard, Home et Cuvier en font un larmier analogue à celui des mammifères qui sont pourvus de cet appareil. M. Auguste Duméril croit que la pénétration de l’air dans ces petites Cavités n’est peut-être pas sans influence sur E. AE du venin. Mais les protéroglyphes, entre autres le Naja, qui sont très-venimeux, ne présentent pas de trous borgnes : il en est de même des solénoglyphes vipériens. Jusqu'à présent on doit dire que l'usage du trou borgne ou fossette des crotaliens est loin d’être connu.

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