‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 81 sur 93 · DU GOUT · texte numérisé non relu

DU GOUT

La langue de la vipère est placée entre les deux branches de l’os mandibulaire, immédiatement à l’entrée de la gueule, sur la ligne médiane; une petite échancrure, au bout du museau, permet au serpent de darder cette langue au dehors, sans ouvrir la gueule. Cette langue estsingulièrement protrac tile et rétractile. Chez un individu de cinq pieds, elle offrait quatre pouces de long et à peine une demi-ligne de diamètre. Postérieurement elle se termine à larainure du tiers antérieur delatrachée artère, au-devant de laquelle elleest placée, avec ses deux tiers postérieurs. Antérieurement elle se bifurque en deux filets grêles très-flexibles et charnus. Au repos, elle est renfermée dans uneæaine fibro-cellulaire qui la cache entièrement. La partie projetée au dehors est d’une couleur plus foncée que l’autre, qui paraît tout à fait charnue. On n’y observe ni aiguillon ni rien qui justifie l’idée de dard que s’en fait le vulgaire; ni aspérités ni viscosité. Par son peu de volume et par sa position, la langue n’est point un organe de goût et ne contribue aucunement à la déglutition. C’est un organe de tact, plus semblable à la main qu’à la langue des autres ani-

maux; elle sert à palper les coEps, à reconnaitre peut-être leurs dimensions et leur résistance. Par les mouvements rapides que le serpent lui imprime lorsqu’il est en colère, la langue sert évidemment à exprimer cette passion.

Le peu de développement de la langue, et l’état des corps que le serpent avale, tout couverts de poils et de plumes, indiquent aussi que le sens du goût doit être peu développé chez cet animal.

La bouche est tapissée par une membrane muqueuse assez lisseet peu villeuse; on trouve près de la commissure des lèvres un amas de cryptes sus-mandibulaires assez distinctes; mais il n'existe rien de semblable sur la lèvre supérieure, Il n’y a rien qui puisse être pris pour les glandes parotide, maxillaire, sublinguale ou amygdale.

Aux deux côtés de la langue sont deux baguettes fibro-cartilagineuses très-minces, arrondies, fixées antérieurement aux côtés des branches de l’os mandibulaire. Chacune de ces bagu:ttes reçoit des fibres musculaires quis’attachent également à la mandibule. C’est l'appareil hyoïde qui chez le serpent sert de point d'appui à la langue.

Lorsque la gueule du serpent est largement ouverte, les différentes parties que nous venons de décrire se présentent dans l’ordre suivant: sur la ligne médiane, les dents mandibulaires placées transversalement, petites et un peu courbes, mais moins que les supérieures ; 2° l’orifice du fourreau de la langue d’où sortent les bouts de ses filets, l’orifice du larynx en haut; 8° la voûte palatine très-courte ; 4° l’orifice postérieur des fosses nasales, sur les côtés; 5° les petites dents sus-maxillaires, sur deux rangées longitudinales gauche et droite, dirigées d'avant en arrière, en sens différeut des mandibulaires, offrant l'aspect d’une carde; plus en dehors et en avant, les crochets dressés ou en repos, récouverts de leur gaîne, leur conduit et la vésicule, recouverts par la membrane inuqueuse buccale. |

Cette membrane muqueuse, très-extensible, offre aussi des plis pour se prêter à l’extrê.ne dilatation qu’exige la déglutition de proies considérables.

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