DU COEUR. — DES VAISSEAUX ARTÉRIELS ET VEINEUX.— DE LA : CIRCULATION
Le cœur est petit relativement au volume de l'animal (chez un bothrops de cinq pieds, il avait à peine la grosseur d’une pétite amande); il est placé à la réunion des 4/5 postérieurs avec le cinquième antérieur du corps de l’animal, environ à quatorze pouces du museau, au-devant de la colonne vertébrale, au-dessous des poumons, au-dessus du foie, un peu en arrière et à gauche. Il est enfermé dans un péricarde, où il flotte librement; ce péricarde se compose d’un feuillet fibreux et d’un membrane séreuse particulière qui le tapisse à l’intérieur, qui lui est propre et tout à fait distincte de la grande séreusesplanchnique; le tissu du cœur est musculaireetrouge; il est doué d’une vitalité très-résistante. Plumier dit l’avoir vu qui palpitait encore quatre heures après la mort; la même observation a été maintes fois faite parmoi plus de quinze heures après la mort. Le cœur a la forme d’un cône, il se compose de deux oreillettes très-distinctes, séparées par une cloison complète, plus membraneuse que musculaire; l’oreillette droite plus spacieuse que la gauche; l’une et l’autre offrent des colonnes charnues à leur intérieur. La droite reçoit lesorifices des veines caves; la gauche celle de la veine pulmonaire, qui-est tantôt simple et tantôt double. Ces oreillettes communiquent avec deux ventricules qui leur correspondent. Ces deux ven-
tricules ne sont point entièrement séparés l’un de Fautre, comme chez les animaux supérieurs ; entre leur cloison interventriculaire et le bord libre de celle qui sépare les oreillettes, il y a une interruption qui laisse une ouverture ovale par laquelle le ventricule droit communique avec le gauche. Ou bien le ventricule peut être considéré comme unique, mais séparé en deux loges inégales qui communiquent entre elles; la loge supérieure ou ventricule gauche, plus spacieuse et à parois plus épaisses, est destinée à pousser le sang dans l’aorte. La seconde loge inférieure ou ventricule droit correspond à l'embouchure de l’artère pulmonaire. Les communications des ventricules avec les oreillettes sont garnies de valvules semilinéaires fixées aux parois des ventricules par des cordes tendineuses, comme chez les animaux supérieurs. La position de ces valvules, surtout dans le ventricule droit, est telle que dans la systole du cœur, au moment où le sang est repoussé par la contraction des ventricules, elles ferment l’ouverture de la cloison interventriculaire. L’artère pulmonaire et l’aorte ont leur embouchure à la partie droite de la baseducæur. L’orifice de l'aorte est dans la loge supérieureet celui de l’artère pulmonaire Gans la loge inférieure. Leurs embouchuressont également garnies de valvules semi-lunaires.
Ainsi le sang rapporté de tout le corps dans l'oreillette droite par les veines caves est versé dans le ventricule droit. Là, il se partage en deux; une partie, poussée dans l'artère pulmonaire, va se révivifier dans le poumon, d’où elleestreportée dansl’orcillette gauche et delà elle est versée dans le ventricule gauche; l’autre coule directement du ventricule droit, dans le ventricule gauche, sans passer par le poumon. 11 y a donc dans ce ventricule gauche un mélange des deux sangs. Un veineux entièrement, non révivifié, l’autre révivifié. C’est ce mélange des deux sangs qui est poussé en partie dans l’aorte pour aller se distribuer au reste du corps, et en partie dans le ventricule droit pour être reporté au poumon par l’artère pulmonaire; les valvules, en se tendant ou se détendant, dirigent le sang, dans les mouvements de la systole ou de la diastole, vers les divers orifices par où il doit passer.
L’artère pulmonaire est simple, monte et se recourbe sur la base du cœur et ne tarde pas à atteindre le poumon dans lequel elle se distribue ; elle est d’un petit calibre, n'étant pas
destinée à donner passage à toute la masse du sang, comme chez les animaux supérieurs.
L’aorte, après un tronc très-court, très- près de son origine, se divise en deux branches : l’une se courbe à droite, l’autre à gauche; l’aorte droite, qui est la moins volumineuse, se subdivise en deux autres branches, dont l’une, la carotide commune» se porte à la tête et fournit tout le long du cou les artères intercostales et celles de l’æsophage et de la trachée; l’autre, après un court trajet, pénètre dans la colonne spinale.
Après avoir fourni les artères de la partie antérieure du tronc, l’aorte droite se rétrécit et descend sous le foie et va s’anastomoser avec l'aorte gauche, qui vient à sa rencontre sans avoir fourni aucune division. Les deux aortes ainsi réunies ne forment plus qu’un seul vaisseau, aorte descendante, de laquelle naissent, par des troncs impairs, les artères intercostales paires, la mésentérique et les artères qui portent le sang aux viscères. [Il n’y a pas de tronc cæliaque; l’aorte se termine à la queue, où elle se bifurque en deux artères sacrées ou caudales.
Les veines de la partie antérieure du corps rapportent au cœur le sang de la tête et de toutes les parties situées en avant du cœur; leur tronc réuniformel1 veine cave antérieure. La veine cave inférieure ou postérieure présente également un tronc unique qui résulte de la réunion des veines rénales, spermatiques, hépatiques, intercostales postérieures et cauda-les. La veine-porte ne forme pas un système distinct; la veine cave inférieure, avant de s’ouvrir dans le cœur, pénètre à travers le foie, et au moment où il en sort, forme une espèce de sac ou sinus très-remarquable qui est comme une double oreillette droite.
Il y a deux veines pulmonaires qui accompagnent l'artère unique et se jettent dans l'oreillette gauche; en général, les veines sont beaucoup plus nombreuses et plus volumineuses que les artères, et s’en distinguent par le peu d'épaisseur de
leurs parois; le sang veineux est plus foncé aussi que le sang
artériel ; comme le sang des reptiles, il est peu riche en matières solides, et les globules elliptiques qui y nagent sont d’un volume considérable.