‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 84 sur 93 · DU FOIE, DU PANCRÉAS, DE LA RATE, DES REINS ET DU PÉRITOINE · texte numérisé non relu

DU FOIE, DU PANCRÉAS, DE LA RATE, DES REINS ET DU PÉRITOINE

Le foie commence au-dessous du-cœur et des poumons et descend à onze pouces en dessous; côtoie l’æsophage. est allongé, fusiforme, peut être partagé en deux lobes égaux par une rainure superficielle qui loge les grosses veines allant au cœur; son tissu est rouge fauve comme celui des mammifères. La vésicule biliaire n’est point accoléé au foie. On la trouve à deux pouces en dessous, libre, flottante et suspendue en quelque sorte aux vaisseaux biliaires. Son volume est considérable (sur le serpent de 4 pieds 1/2, elle était grosse comme un petit œuf de poule). On la trouve toujours remplie par une bile abondante et très-verte, toujours fluide, lorsque l'animal est récemment tué. Le canal cystique remonte et, par sa jonction avec l’hépatique, qui quelquefois est multiple, forme le cholédoque qui s'ouvre dans l'intestin grêle, près du pylore, après avoir traversé le pancréas. Le cours de la bile se fait ainsi en remontant, par une sorte de reflux, ce qui doit en rendre la sortie difficile.

Le pancréas est très-développé : placé au commencement de l'intestin grêle et à la fin de l'estomac, son tissu serré, jaune rougeâtre, se compose de lobules dont les conduits excréteurs se réunissent en un canal commun qui s’ouvre dans l'intestin près du cholédoque ; par son volume, on doit supposer que le pancréas doit jouer dans la digestion du serpent un rôle considérable.

La rate est, au contraire, très-petite, pas plus grosse qu’un pois; elle peut échapper à une recherche peu attentive, au point que son existence, chez les reptiles, a pu être niée; elle est placée sur le pancréas, en avant, à côté du pylore, ronde, d’un rouge brun. La petitesse de son volume indique qu’elle a moins d'importance que chez les mammifères et les oiseaux; ses rapports avec le pancréas sont remarquables.

Lesreins sont volumineux, allongés, aplatis, bosselés, placés contre la colonne vertébrale, offrant la texture et la couleur des reins des oiseaux, par l'impossibilité d'y distinguer deux substances et par le défaut de calices et de bassinets ; ils donnent naissance aux uretères, qui sont très-longs et vont s’ouvrir dans le cloaque.

Les ophidiens n’ont point de vessie urinaire.

Je n’ai jamais trouvé dans les reins ni dans les uretères du bothrops lancéolé de ces concrétions ( alcaires si abondantes dans l'urine de certains reptiles. Je n’ai jamais ouï dire qu’on en ait trouvé non plus dans les cages où l’on conserve quelquefois de ces animaux.

Tous les organes renfermés dans l’abdomen sont enveloppés de la séreuse péritonéale qui leur fournit des attaches, les maintient à leurs places et qui fait suite à celle qui tapisse les organes thoraciques; c’est dans les replis de ce péritoine qu'on ‘trouve la graisse abondante blanchâtre, dont la quantité varie suivant l’état d’'embonpoint de l’animal. Cette graisse est recueillie par certaines personnes qui la regardent comme un bon remède contre les douleurs rhumatismales et nerveuses.

Le bothrops lancéolé, comme tous les ophidiens, n’a point de diaphragme; c’est la séreuse dont nous venons de parler qui se prolonge dans la cavité thoracique, entoure les poumons et leur sert de plèvres.

ORGANES RESPIRATOIRESe

Les organes respiratoires se composent d’une trachée et d’un appareil pulmonaire. Le serpent n’a point de larynx ni de glotte, a moins qu’on ne veuille appeler ainsi l’orifice su-

périeur de la trachée dans la bouche et le petit bourrelet qui borde cet orifice. Mais il n’y a certainement rien qui puisse être rapporté aux cordes ou aux cavités vocales. Cette disposition explique le mutisme du serpent Le bothrops lancéolé ne fait entendre aucun cri, ni sifflement. Je n’ai jamais constaté le soufflement admis par quelques personnes lorsque l'animal est en colère et consigné dans l'Enquête. J'ai cepen-

ant bien des fois excité des Fers de lance, soiten captivité, soit en liberté, lorsque je voulais leur faire mordre quelque animal. La trachée commence à l’entrée de la bouche, derrière la langue et son fourreau; elle n’a point d’épiglotte(elle avait vingt-huit pouces de long sur un serpent de cinq pieds.) Elle est donc très-longue proportionnellement à ce qu'elle est chez d'autres animaux; elle est composée d’anneaux cartilagineux, en partie complets et en partie incomplets. Ces derniers, dent le tiers postérieur est membraneux et réticulé, commencent un peu au-dessus du tissu pulmonaire et semblent se fondre et se perdre dans ce tissu, auquel ils fournissent un réseau fin et blanc qui forme, pour ainsi dire, le squelette des cellules pulmonaires. Il n’y a pas de bronches.

Les poumons ou plutôt le poumon est placé d’abord aux deux côtés de la trachée, qui semble le partager en deux; c’est un corps spongieux d’un rouge vif clair, plus développé à droite qu’à gauche. La position de la trachée est la seule circonstance qui fait distinguer en apparence deux poumons. Car, en arrière de la trachée, c’est un même corps continu placé au-devant et sur les côtés de la colonne vertébrale et descendant un peu au-dessous du cœur. Ge corps est formé de mailles bien distinctes très-larges, béantes, polygonales, aussi régulières que les alvéoles d’un rayon d'abeilles, séparées les unes des autres par des cloisons épaisses, tendues, blanches, presque fibreuses, fournies évidemment par l’épanouissement de la portion membraneuse de la trachée. Les artères et les veines pulmonaires se ramifient sur les parois des cellules pulmonaires, de manière à y former un réseau peu serré; à en juger par le diamètre de ces vaisseaux, le poumon ne doit recevoir que le tiers du sang de l’animal, et comme il n’est pas susceptible d’une grande dilatation, il en résulte que la surface vasculaire destinée à recevoir le contact del’air, est peu étendue et que l’hématose doit être lente et incomplète.

De.

C’est ce qui explique la température de l’animal, qui ne s'élève guère au-dessus de dix degrés. Le poumon n'est point entouré d’une poche séreuse particulière qu’on puisse appeler plèvre; il n’y a pas surtout ce repli qui partage l’appareil pulmonaire en deux et qui, chez les animaux à deux poumons distincts, circonscrit l’espace appelé médiastin. Néanmoins, le poumon n’adhère point aux côtes, il en est séparé par le prolongement de la grande séreuse splanchnique, qui lui tient lieu de plèvre. Comme les serpents n’ontpoint de diaphragme, la respiration a-lieu surtout par le jeu des côtes; peut-être même le tissu pulmonaire dont le réseau fibreux forme la charpente, a-t-il la force de se contracter; ce que l’on peut conjecturer par l'épaisseur des cloisons qui séparent les cellules,

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