‹ Enquête statistique et bactériologique sur l'évolution des maladies typhoïdiques dans le ...e corps d'armée en 1914-1916: Leurs relations avec les vaccinations antityphoïdiques et antiparatyphoïdiquesChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'histoire des guerres antérieures à celle que nous vivons nous enseigne que de tous temps, à côté des ravages causés par les armes, une large part de morbidité revient au développement des maladies épidémiques dans les armées en campagne. Part si large même que, jusqu’à ces dermières années, l'opinion avait survécu que dans toute guerre les maladies sont plus redoutables que les coups de l'ennemi. Depuis la « peste ». d'Athènes qui sévissait au début de la guerre du Péloponèse jusqu'aux épidémies de typhus, de fièvre typhoïde et de choléra qui décimèrent les troupes au cours de la guerre de Crimée et de 1870, en rappelant la variole de cette même année et le paludisme de l'expédition de Madagascar, on peut dire que cette opinion a été constamment justifiée. Ancrée dans

rene l'esprit public, elle faisait redouter à beaucoup, à l’occasion de la guerre actuelle, une réédition des précédentes calamités épidémiques. Chez un esprit non prévenu des progrès quotidiens de l'hygiène, une pareille crainte peut paraître fondée : des armées réunissant des effectifs jusqu'ici inconnus, massées dans une zone territoriale à peu près fixe et par conséquent exposée à des souillures continuelles, soumises à des conditions d'existence et de combat aussi dures que possible au cours d’une lutte dont la durée étonne, quelles meilleures circonstances pour l’éclosion et le développement de ces fléaux terribles qui tant de fois rendirent vains le courage et l'obstination des guerriers. Ce n’est pas l’une des moindres surprises de cette guerre, qui nous en réserva beaucoup cependant, que la part extrémement réduite des maladies infectieuses dans la morbidité générale. Actuellement, il est vrai, aucun chiffre, même approximatif, ne peut être apporté sur ce sujet, car nous ne possédons pas encore de statistiques donnant les nombres respectifs des malades et des blessés. Mais, de ce que nous avons observé nous-même dans notre Corps d'armée et de ce que nous savons par les renseignements concordants obtenus dans la plupart des Corps d'armée stationnés dans le voisinage, il est évident que les proportions anciennes sont renversées el que le nombre des malades par maladies infectieuses proprement dites doit être singulièrement réduit par rapport au nombre des blessés. Cette surprise n’étonne pas quiconque a suivi les progrès de l'hygiène accomplis sans bruit, mais incessamment, depuis le début de l’ère pasteurienne. Tel est le résultat

0e qui honore les premiers maîtres de la bactériologie et de l'hygiène, maîtres dont les premiers travaux renfermaient le germe et toute la substance de préceptes dont la mise en pratique défend notre santé. Une guerre est une vaste expérience pour tous, elle est cruellement réalisable, mais apporte dans ses tristesses les plus beaux enseignements. Celle-ci a jusqu'ici amplement démontré que des mesures adoptées pendant le temps de paix pour la protection contre les germes morbides ne perdaient rien de leur valeur en temps de guerre. Cette constatation sur une échelle si étendue. dans des conditions si difficiles, est un solennel hommage rendu à une doctrine.

C’est à la méconnaissance des causes des maladies infectieuses que l’on doit cette stagnation, à travers les siècles, des mêmes fléaux qui, sous des noms divers : « pestes » dans l'antiquité et au moyen âge, typhus et choléra dans les temps plus rapprochés, ont ravagé les armées en campagne. Dans un récent article, de Moon, reprenant une question souvent traitée, suppose avec vraisemblance, que les « pestes » d’autrefois n'étaient pas différentes des maladies épidémiques que depuis nous avons appris à distinguer et à combattre. L'influence de la misère et de la famine, plus fréquentes auparavant, favorisaient encore le développement de ces maladies Jamais complètement éteintes. Ces causes prédisposantes, quel que füt l’importance de leur rôle, n’ont Jamais été que secondaires et, malgré le souci de les restreindre par le maximum possible de confort au cours de la guerre actuelle, 1l est évident que nous eussions eu quand même à

RARES Er.

déplorer l’éclosion d’épidémies meurtrières, sans la connaissance exacte des agents microbiens, et partant, des moyens de défense à leur opposer. Il ne faudrait cependant pas se méprendre et tenir pour négligeable le rôle de ces mesures qui ont veillé aux qualités de l'alimentation, de l'habillement, du chauffage et du logement des troupes. Elles ont été édictées sagement, accueillies favorablement, suivies aussi scrupuleusement que possible. Elles ont demandé pour devenir agissäntes le concours de tous et restent une garantie de la sollicitude éclairée du Service de Santé aux armées. Des circulaires nombreuses et abondantes, précises dans leurs moindres détails, en constituent un éclatant témoignage et demeurent les directrices hygiéniques des troupes en campagne.

Ces mesures, malheureusement souvent négligées et souvent impraticables dans une guerre de mouvements, s’imposaient avec rigueur dans la guerre de stationnement; les cantonnements ont été aménagés, surveillés, nettoyés, assainis. Sous l'autorité des Commissions de salubrité, prévues par le Règlement du Service de Santé en campagne, les travaux de voirie, l'enlèvement des fumiers, l'incinération des ordures, l'épuration des eaux, la désinfection des feuillées, le renouvellement et l’aération de la paille de couchage ont élé exécutés. Dans la mesure du possible, on a veillé à la propreté des hommes et de leurs vêtements, soit au moyen de camions-lavoirs pourvus d’étuves à désinfecter, soit au moyen d’appareils à douches, les uns perfectionnés, dons pour la plupart, d'œuvres nées de la guerre; les autres, plus rudimentaires, ima-

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CAS ginés et modifiés selon les circonstances par les médecins de corps de troupe, tous également utiles. L’alimentation et l’habillement des hommes, en particulier la lutte contre le froid, ont été pour les services chargés de ce soin l’occasion de succès remarqués. Partout, à la tranchée comme au cantonnement, au bivouac et pendant les étapes, le souci de réduire les causes de maladies s’est révélé et l'application de tous ces moyens de défense a nécessité un effort gigantesque mais combien digne d’admiration.

S1 complètes qu’on puisse les imaginer et si parfaitement exécutées qu'elles aient pu être, ces mesures d'hygiène eussent-elles suffi à maintenir l’état sañitaire dans un état de prospérité qui fait l’étonnement général?” En temps de paix, ces mesures concourent au maintien de la santé publique, mais actuellement le milieu, le champ d’expérience est Lout autre, et l’énumération des procédés de défense ne doit pas nous mener sans discussion à l'affirmation de leur efficacité. Dans les conditions de promiscuité réalisées par la guerre de stationnement, si l’on considère l'énorme quantité d'individus rassemblés sur un étroit espace, dont beaucoup, malgré un état de santé apparemment bon, doivent déceler des germes pathogènes, si l’on songe qu’en raison des cruelles nécessités du combat, une forte proportion de cette population est constituée, au moins par périodes, d'hommes fatigués et hyporésistants, il est presque certains que, en dépit de toutes précautions, nous eussions assisté à l’éclosion de la maladie la plus difficile à éviter dans une semblable agglomération : la fièvre typhoïde.

Endémique en toutes les régions, elle se contracte et se propage avec une telle facilité que des mesures de prophylaxie globale sont inopérantes du fait même des conditions et des circonstances d'évolution. Le choléra lui est comparable à cet égard, mais 1l ne naît pas sur place, c’est une maladie d'importation qu'il est relativement facile d'éviter. Le typhus égalément. La fièvre typhoïde était le grand danger et, d'ailleurs, ce danger a existé, s'est manifesté lorsqu’aprèsles pénibles débuts de la campagne, nos troupes fatiguées se sont fixées sur le territoire pour la défense des tranchées. Ce danger, menaçant par sa rapidité d'extension, appelait un secours immédiat, 1l fallait contre le fléau un moyen prophylactique puissant et rapide, nous possédions la vaccination antityphoïdique.

La vaccination antityphoïdique n'est pas toute récente : mise à profit, à la suite des travaux de Wright pendant la guerre sud-africaine, elle a rendu au Maroc et en Algérie d'inappréciables services. Les résultats obtenus durant ces expéditions coloniales, auxquels 1l faut ajouter ceux des épidémies massives d'Avignon venaient de faire généraliser quelque temps avant la guerre, l'emploi dans l’armée du vaccin de M. le professeur Vincent. Mais cette pratique n'avait été étendue qu'aux classes actives de l’armée, et il a fallu la guerre pour agrandir le champ de la méthode. Les résultats, immensément plus nombreux, apportent, mais avec le maximum de démonstration, la preuve déjà établie de la valeur de ce procédé de préservation.

Entreprise dans des conditions extraordinairement

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