‹ Enquête sur l'évolution littéraireChapitre 4 sur 72 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

désintéressant de la vie et n^ayant d'autre préoccupation que de réaliser la synibolisation de la beauté ?

Aux Symbolistes-Décsidents, je demandais :

— La définition de leurs étiquettes, leur filiation, leurs rapports avec les Parnassiens, leur influence personnelle dans le mouvement, surtout la preuve de l'originalité de leurs tentatives et la justification de leurs procédés esthétiques; si contrairement aux écoles parnassienne et réaliste, qui traduisaient la vie par des directes sensations imagées, ils voulaient s'en tenir à en interpréter, par des métaphores ésotériques, vulgo des symboles, les abstractions essentielles.

Aux Parnassiens, je demandais s'il n'y avait pas identification entre euxetles naturalistes pour les raisons dites plus haut, et si la fin du naturalisme ne coïncidait pas fatalement avec l'épuisement du Parnasse. — Considérez-vous le symbolisme comme issu de vous ou comme une réaction contre vous ? — Et le procès des techniques nouvelles.

Des Naturalistes, je voulais savoir :

— S'ils acceptaient leur déchéance criée sur tous les toits par les arrivants du symbolisme, et les arrivés du psychologisme ; si la décrépitude d^ leurs doctrines coïncidait avec la lassitude des

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maîtres ; si MM. Huysmans <'t Maupassant ont réellement évolué ou seulement clian«^é de sujets et d'étiquette; si les jeunes d avenir j'entendais Octave Mirbeau, Rosny, C.araguel, Bonnetain, Abel HermanI, etc.), allaient accepter 1 liérita^e avec ou sans bénétice d'inventaire, si leur psycbologie ampliiierait les fails suggestifs à la Flaubert de l'analyse directe à la Benjamin Constant; si leur style atténuerait le pittoresque du rytbme et de la couleur au profil de l'entier déveb»ppement des idées ; aux jeunes et aux aines, leur opinion : sur le symbolisme et le psycliologisme, sur la carrière du naturalisme au théâtre.

Des Indépendants je voulais tirer le procès des Ecoles en général, et des théories sur Tindividualité ou l'éclectisme artistique.

A tous, et particulièrement aux pliilosoplies, j'aurais voulu demander s'ils croyaient que les tendances nouvelles l'emporteraient sur les anciennes, pour quelles raisons, par quels moyens ; si leurs manifestations esthétiques se liaient ji des mouvements de Tordre social, si elles s'inspiraient d'idées religieuses et philosophiques.

On se rendra compte qu'il fut assez peu répondu à ces questions qui me semblaient intéressantes. En dirai-je la raison? Tout d'abord, la plupart se

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révolèrent inaptes aux abstractions, aux développements ou même au simple langage des idées. Ensuite, les idées ne semblaient les préoccuper que secondairement; ils n'en usaient que comme des armes de combat, des épées ou des cuirasses, mais d'un usage utile seulement pour parer leur gloriole et pourfendre les vanités rivales. Le romancier consacré ne voyait dans le naturalisme que l'éti- ({uette sous laquelle s'était achalandé son talent, et le poète symboliste, dans le symbolisme, que la bannière où s'affichait son génie. Et, de la sorte, on a pu voir ménager les amis du camp adverse en même temps qu'égratigner ou mordre les camarades du même bord ; on se taisait sur l'un pour lui faire expier la dignité de sa vie; on blaguait celui qui avait eu des succès d'estime, et on ne pardonnait pas à celui qui avait obtenu des succès d'argent; on faisait valoir des inconnus dont on ne redoutait pas le talent, pour ennuyer ceux qui déjà connaissaient le succès!

De là ce résultat inattendu, mais dont je me félicite pour les lecteurs (car il faut bien me féliciter de quelque chose), que si mon enquête n'offre pas h l'histoire littéraire de théorisations suffisantes, elle révèle à l'histoire générale les passions foncières, les dessous d'esprit, les mœurs combatives d'un grand nombre d'artistes de ce temps. La besogne accomplie, de la sorte, malgré moi, si les

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