‹ Enquête sur la question sociale en EuropeChapitre 31 sur 57 · LE PRINCE ALOÏS DE LICHTENSTEIN · texte numérisé non relu

LE PRINCE ALOÏS DE LICHTENSTEIN

teau blanc, au milieu d'arbres et de parterres; un vestibule sans décoration, sans tapis, tout nu, simplement garni de deux sièges de bois ancien, un large escalier de pierre, aux hautes murailles froides et blanches. Au premier étage, un vaste salon où abondent des cabinets italiens incrustés d'ivoire et de nacre, et des panneaux en marqueterie ; quelques portraits, des tableaux, de vieux sièges en chêne très nombreux et de formes variées, des brochures sur une table.

Le prince paraît avoir quarante ans. Grand, mince dans une redingote noire boutonnée, un peu luisante; une petite tête d'oiseau, oblongue, le haut du front dégarni, les cheveux très courts, les yeux bleu-gris spirituels, le nez long et courbe, la moustache blonde plutôt rousse, le menton petit, la bouche large, une figure glacée avec du violet et du vert dans les ombres. Aussi, malgré le sourire aimable des lèvres minces et les gestes abondants de ses longs doigts effilés, l'expression générale est gelée.

— L'une des causes principales de l'anti-sémitisme en Autriche — sinon la principale — me dit-il, c'est que le crédit, tout le crédit est aux mains des juifs, qui en abusent d'une façon exorbitante, honteuse. Quand nous avons parlé socialisme, ici, ce sont, en effet, les juifs que nous avons trouvés devant nous. Ce sont eux qui pressurent le peuple, et puisqu'ils peuvent le faire impunément dans l'ordre actuel des choses, ils s'opposent de toutes leurs forces, de tous leurs moyens — et ils sont nombreux ! — à tout chan-

lyo ENçrÊTE srR la question sociale

gement... Lors des dernières élections, desni*| lions ont. été dépensés, donnés au peuple poœ qu'il vote contre nous et, malgré cela, malgré des trafics sans nom, nous avons été élus! Nous avons avec nous les trois quarts des électeurs de Vienne et par conséquent des députés vien nois, sans compter de nombreux partisans. dans la Basse-Autriche. Notre parti progresse toi^ les jours et, avant peu d'années, nous serons en mesure d'appliquer, de faire appliquer plutôt de bons morceaux de notre programme socialiste...

Socialiste ! J'avais beau m'y attendre, le moi dans sa bouche me surprit. Le prince de Uàtenstein socialiste I Le même qui, riche à millioûs déjà, doit bientôt hériter de pays entiers, avoiVa lui une garde princière ! De quel principe po"" valent bien s'inspirer les théories de cet arist^ crate ?

— Vous êtes prince, monseigneur, dis-je, e^ puis-je vous demander par quel sentiment vous vous laissez guider en intervenant ainsi enfaveur des misérables dans leur conflit avec ceux ^ possèdent? La charité?...

.— Oh! non! la charité ce n'est pas suffisa^^' Nous pensons mieux: c'est au nom de la justice que nous voulons, nous socialistes catholiqftf^^' que l'ouvrier ait de quoi vivre et jouisse du pr^' duit de son travail. Ce qui rendra votre clen]^ de France impopulaire à la longue, vous verreZ) c'est sa conception fausse et maladroite de son

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