LE PRINCE ALOIS DE LICHTENSTEIN I7I
Ole social. Il dit aux riches : « Donnez aux auvres! » Et, comme il n'est pas sûr d'être »béi comme il le faudrait, il dit aussi aux pau- Tes : « Résignez-vou^ sur cette terre ; dans 'autre monde, vous serez plus heureux. » Le Tiîsérable finit bien un jour ou Tautre par se rendre compte qu'il a déjà assez de souffrances à supporter, sans celle de la faim ou du froid, et il commence à se plaindre... Chez nous le clergé a compris que si Taumône est bonne, certes, en des cas de misère n extraordinaire, et comme exercice personnel d'altruisme, ce n'est pas avec elle qu^on peut résoudre la question sociale ; si généreux qu'on suppose les riches, leur charité ne sera jamais qu'un palliatif insuffisant. Aussi le clergé autrichien s'est mis à la tête du parti des réformes sociales, il a la place d'honneur dans nos réunions publiques.
— Les socialistes les plus avancés ne parlent pas autrement, fis-je un peu étonné. Mais ils déduisent que le principe de justice conduit à l'égalité dans les jouissances... Etes-vous de cet avis?
— La justice veut, répandit le prince, que celui qui travaille mange à sa faim et puisse nourrir sa famille ; qu'il se vête confortablement et soit décemment logé. Nous voulons donc que le travailleur soit mis à même de remplir son estomac, d'abord, puis que lui et ses enfants ne soient pas couchés pêle-mêle, dans des taudis, sans distinction d'âge ni de sexe. Nous demandons, par conséquent, une diirt^e normale de
travail pour les hommes, les femmes et les enfants ; nous demandons aussi un minimum de salaire pour tous. Les prix et les heures pourront naturellement varier avec les professions et les contrées ; car, en effet, le coût des objets de première nécessité change suivant les endroits, et toutes les professions ne sont pas également fatigantes. Aussi nous paraît-il sage, au lieu de faire une loi générale, d'édicter des lois partielles pour des conditions économiques différentes,
— Pour toutes ces réformes, demandai-je, vous êtes partisan de Tintervention de l'Etat?
— Absolument. C'est le devoir des gouvernements d'intervenir; eux seuls sont assez forts pour pouvoir, avec l'appui de majorités éclairées, opérer ces transformations,
— Ne craignez-vous pas que, ces réformes une fois réalisées, les masses populaires deviennent plus exigeantes encore — et de plus en plus.
— Certes, je le crois, et je n'y vois pas de mal! Le peuple a besoin d'être mieux traité, beaucoup mieux; mais il est indispensable, dans son intérêt même, que ce soit petit à petit que son sort s'améliore. Pour cela il faut aller audevant de ses revendications, et ne pas'^attendre qu'il crie trop fort...
— Jusqu'où croyez-vous qu'on puisse aller dans cette voie ? Ainsi, ne pensez-vous pas, qu'au point de vue de l'équité stricte, les riches devraient être supprimés?