III. — Moyens pour remplir la troisième indication
Les acculons auxquels il faut alors parer sont si nombreux et si divers (voyez partie pathologique), qu’il est impossible de donner des règles là-dessus; quoique le nombre de gens qui succombent soit considérable, il n’y a rien d’établi. En général, lorsque le mal empire, on se contente d’augmenter et de rapprocher les doses des infusions alcooliques; on les varie, on les entasse jusqu’au rebut de l’estomac, on ramasse tous les panseurs à la ronde,—c’est un véritable sauve qui peut général;—chacun y met son grain de sel, absolument comme au thé de Mme Gibou. Je demande pardon de me servir d’une pareille comparaison dans un sujet aussi triste ; mais elle représente si bien ce qui se passe alors. L’axiome melius anceps quam nuUurn est appliqué par l’entourage du malade dans sa plu s grande acception (1).
Si il y avait une forte réaction, mouvement fébrile aprèsles premiers accidcns, M. Guyon conseille de recourir à la saignée, « autant, dit-il, pour obvier aux congestions qui tendent à se former que pour diminuer la somme du venin, en diminuant le sang qui en est le véhicule. » (Voyez les expériences de M. Leurét, Journal des progrès. ) En effet, j’ai ouï dire par des habitaps, et même par quel-
(1) Une personne présente à l’une de ces déplorables scènes me l’a ainsi racontée : c’était a l’occasion de la piqûre de M. de P.... Trois panseurs s'étant rencontrés auprès du malade, ils demandèrent à se consulter, donnant pour raison qu’ainsi bien faisaient les médecins; on les introduisit dans le salon. Voyezvous d’ici en face l’un de l'autre ces trois augures Africains ? O Molière, ils ont été plus forts que toi! —Ça ou fais, compère? dit celui-ci d celui-là. —Moin bali bagage moin [je lui ai donne ma chose). —Et ou, compère ? (et vous, compère) —Moin bali ta moin [je lui ai donné la mienne). —Et bin à présent, reprit
• ques médecins, que dans les cas de fluxion de poitrine, ils avaient eu délions effets de la saignée.
11 y en a qui donnentl’émétique comme sudorifique; peut-être serait-ce dans les cas de pneumonie une occasion de l’employer à liautc dose, suivant la méthode du docteur Rasori. Je rappelle aussi que c’est dans le cas de pneumonie, suite de la piqûre des serpens à sonnettes, que le polygala seneka a été préconisé en Amérique.
Enfin, quand il y a refroidissement général, sueurs collantes, syncopes répétées, que le tableau offre-une grande ressemblance avec le dernier accès d’une de ces fièvres pernicieuses si communes en ces climats; quelques personnes, témoins des bons effets du sulfate de kinine dans ces fièvres, pensent que ce sël doit être le remède de cette extrémité. Plusieurs lettres m’ont été écrites pour me le recommander, Oui, sans doute, le sulfate de kinine et toutes les préparations de quinqina pourront être employées. C’était la pratique du vénérable médecin Gaubert, dont le souvenir est encore dans bien des mémoires à la Martinique; Je m’en suis assuré en feuilletant les cahiers de recettes de quelques habitations qu’il assistait ; mais M. Gaubert employait le sulfate de kinine avec méthode, avec tâtonnement, par gradation, comme doit l’employer un médecin, jamais sans mesure, à plein poing, en versant dans le creux de la main, sans balance, jamais dans des lavemens de rum, etc., elc. J’âi souvent entendu préconiser cette médecine chevaleresque, j’y ai assisté en baissant la tête, par concession d’élal et qu’on m’arrachait; par désespoir, par aveu de mon impuissance, mais sans com- .plicité, d’esprit du moins. J’ai trop bien gravé en moi celte parole du philosophe St-Martin : La main de l'homme gâte tout ce qu’elle touche sans prudence.
Qnant aux cas d’amaurose, paralysie, hypochondrie, étc., qui, comme nous l’avons vu, succèdent quelquefois à la piqûre du serpent, leur opiniâtreté les fait rentrer dans le domaine de la médecine ordinaire et laisse malheureusement tout
le consultant, laissez moin ba li ta moin (laissez-moi à présent lui donner mon remède à moi). — C’est ainsi qu’ils se passèrent la casse et le séné, tout comme des D. M. P. Malheureuse profession celle qui prête a de pareilles parodies !
Ne vaudrait-il pas mieux, dans des cas pareils, abandonner le malade d la nature. Voici ce qu’on lit dans l’une des dernières gazettes médicales (26 avril) d propos de la piqûre de la tarentule, étudiée par M. Gazzoze Quand la malt ladic est abandonnée à elle-même, elle augmente pendant trois jours au point « de simuler l’apparence de l’affection la plus grave, du choléra ou du tétanos. A « parlirdu quatrième jour, elle décroît et se termioe toujours favorablement au « quatorzième ou au quinzième. Les symptômes lesplusconstans sont les suivons : « respiration anxieuse, toux convulsive, voix agitée, rauque et tenue, cardialit gie,, vomituritions, contraction des muscles abdominaux, suppression de la cr sécrétion urinaire, constipation, crampes et spasmes des membres supérieurs « et inférieurs, froid glacial et sueur visqueuse sur tout le corps, cuisson et « douleurs très vives dans la partie mordue, douleurs répandues par tout le « corps et convulsions, s
Est-il piqûre de trigonocéphale qui offre un développement de symptômes plus redoutables? et tout cela, après trois ou quatre jours, rentre dans l’ordre par l’emploi de quelques boissons diaphorétiques ! On ne meurt pas! comment pouvons-nous connaître toutes les ressources de la nature si nous nous hâtons de troubler scs opérations par des médications à tort et à travers.
le temps d’essayer contre elles de toutes les médications établies. Il faut seulement ne point passer trop rapidement d’une médication à une autre, sansprendre le temps de s'être assuré de 1 insu Aisance de celle que l'on a quittée. Le temps a fait souvent des cures que beaucoup de drogues et beaucoup de médecins n’avaient pu faire ; la persévérance conserve ici seaavantages comme en-toutes choses de la vie; et malade qui change souvent de remèdes et de médecins, mauvais signe.
Résumé du pansement conseillé par l’auteur de cette enquête.
Aussitôt qu’on est piqué par le serpent, sur le champ même, sans faire un pas de plus, placer une ligature à un pouce au-dessus de la piqûre, avec une cravate ou une bretelle, serrer convenablement;
2° Examiner les plaies, en reconnaître le nombre, juger par l’intervalle qui sépare l’empreinte des crocs de la grosseur du serpent, retirer les crocs, s’il y en a qui sont cassés dans les plaies :
3° Essuyer la plaie, la sucer soi-même ou la faire sutfer fortement à' plusieurs reprises pendant cinq ou six minutes ;
4° Frotter les plaies avec du citron ou de l’urine, ou des chlorures ou bien avec toute autre des infusions qu’on aura sous la main : mais frotter rudement, de manière à insinuer le liquide dont on fera usage au plus fond des piqûres ;
5° Cautériser avec le fer rouge ou bien avec un des caustiques indiqués, surtout avec le caustique dé Vienne ou la pierre à cautère, après scarification des plaies ou sans scarification, après application d’une ou- deux ventouses ou sans cette application ;
6° Coucher le malade chaudement, lui faire prendre une des infusions recommandées et relever ses esprits, s’il est effrayé ;
7° Essayer de prévenir le phlegmon par des' applications émollientes résolutives; si la suppuration n’a pu être évitée, ouvrir une issue au pus par des incisions multipliées et bien placées ;
8“ Dans les cas d’accidens graves et généraux', s’abandonner à son médecin..
J’ai reçu ces jours-ci là visite de M. le comte de Goertz, jeune voyageur allemand, chargé par son compatriote, le docteur Lenz, .d’expérimenter les effets de Veau de chlore sur la piqûre du trigonocéphale. Le docteur Lenz, qui s’est beaucoup occupé des serpens, et principalement de la vipère d’Allemagne, a trouvé que le traitement par Veau de chlore était le plus efficace contre la piqûre des vipères. M. de Goertz a fait, au Jardin des Plantes de cette ville, quelques essais sur des pigeons et sur des lapins; après avoir scarifiéles piqûres faites par le trigonocéphale, il a frotté avec Veau de chlore, il en a même administré à l’intérieur à ces petits animaux, à la dose d’une cuillerée à café mélangée à une grande cuillerée d’eau. Quelques-uns de ces essais ont réussi.
Déjà, dans ce journal, M. Peyraud avait proposé de panser la piqûre dû trigonocéphale avec la solution de chlorure d’oxide de sodium, telle qu’on en vend dans les pharmacies.
« Le docteur Schlegel, conservateur du musée des Pays-Bas, qui a publié sous » le litrede Physionomie des serpens, un très savant ouvrage, recommande les » chlorures. Suivant lui, les antidotes de la morsure des serpons peuvent en » grande partie être relégués dans le chapitre des préjugés et des fables. Il con- » sidère comme des charlatans tous les charmeurs et' les guérisseurs ; il ne eroit
iS4 —
» Qu’aux médecins qui recommandent de bien laver la partie mordue, de la sca- » rifier, de'la Ventouser ; il préconise les ligatures au-dessous et au-dessus de la »-plaie, pour prévenir la propagation du poison dans la circulation ; il prétend » enfin qu’il faut administrer des sudorifiques a haute dose, du chlorure de potasse » intérieurement et des frictions avec l’huile d’olive.
(Extrait de la Revue britannique.)
Ces expériences sur le Chlore et sur les chloruresméritent d’être poursuivies, car ce sefàit Un grand avantage dans le traitement de la piqûre des serpensd’avoir un médicament aussi efficace que la cautérisation, mais qui n’en aurait pas les inconvéniens et qui donnerait de plus promptes guérisons.
Prophylaxie de ta piqûre du serpent.
Mais le meilleur moyen de ne point mourir de la piqûre du serpent ne seraitce pas de commencer par détruire les serpens, afin qu’ils ne piquent plus personne ? J’espère que cette vérité ne trouvera point de contradicteurs, pas même ***, et que d’emblée elle pourra prendre rang au nombre des axiomes de M. de Lapalisse. Mais les moyens, les moyens de détruire le serpent!!! Hoc opus, hic labor est / Eh bien ! précisément ce sont ces moyens que j’ai l’intention de vous soumettre, ami lecteur, sous ce mot grec et pédant de prophylaxie. Par prophylaxie on entend en médecine l’ensemble des Moyens dont on se sert pour se préserver d’une maladie; par prophylaxie de la piqûre du serpent, nous entendrons l’examen des moyens qu’on peut employer pour se préserver de cette piqûre.
Ces moyens sont plus nombreux et plus variés qu’on ne le croirait au premier abord. Un jeune avocat de celle ville, M. Jaham de Volinières, a eu déjà l’idée -de les résumer et de les classer suivant le règne de la nature, où on les pouvait prendre (voyez le Journal officiel du 24 juillet 1844J. Nous adopterons sa division, et pour commencer, nous commencerons par le règne végétal. Il semble, en effet, que si ce précieux secret existe, parunesorte de convenance et d’harmonie de la nature, ce doit être au sein de quelque plante que la maiu paternelle de Dieu l’a déposé.
Dans le cours de cette enquête vous avez vu que diverses plantes avaient été présentées comme ayant la vertu d’écartêr les serpens, soit des lieux ou croissaient ces plantes, soit des personnes qui s’en frottaient ou qui s’en inoculaient les sués. Ainsi agissaient le trèfle du pays ( aristotochia triloba ), àïhii 'lg t'àb'dc, l’accacia, la racine du citronnier, le guaco , l’ophiorizza mungo (1). (Voyez les chapitres dans lesquèls il a été traité de chacune de ces plantes en particulier.J On m’a écrit que le roebu jouissait aussi de cette propriété merveilleuse, et que si les caraïbes s’en servaient, c’était moins par vain ornement de leur toilette sauvage que pour se préserver de la piqûre des serpens et des autres insectes. Mais il süffira de faire observer que les caraïbes
(1}Pline dit que les serpens aiment beaucoup le genevrier et le fenouil, mais qu'on n’en trouve point sous ta rue la fougère, le trèfle, le frêne, et qüe la bétoine les fait mourir. On ne les trouve point dans les vignes à l’époque de la floraison. Beaucoup d’autres plantes sont signalées enbore comme antipathiques au serpent; la vipérine, qui a ses semences faites comme des têtes de Vipère, leur donne la mort, etc., etc.
desilesoù n’existe pasle trigonocéplialc, avaient aussi la coutume dose peindre avec le rocou. Quant aux autres plantes antiophiotiques, nous avons vu quelesfa’its que l’on citait en preuves de leur vertu étaient loin d’être authentiques, qu’ils étaient combattus par des faits contraires et non moins graves, de manière à laisser dans une terrible incertitude ceux qui voudraient tenter sur eux-mêmes de ces hasardeuses expériences. On cite dans le pays plus d’une personne à qui celte témérité a été fatale ; on parle encore au Lamentin du géreur Lacase, qui, s’étant laissé persuader par un nègre de faire usagé d’un secret de cette sorte, fut piqué et mourut de la piqûre. M. Guyon fait mention de cette histoire, qui s’est passée de son temps: elle m’a été confirmée par M. Girardin de Mongèrald et par d’autres.
J’ai, dans les pages précédentes, rappelé plusieurs autres fijits semblables arrivés à des preneurs de serpens. Les expériences tentées par moi sur lés animaux ne sont pas plus engageantes ; que l’animai eût été frotté avec le guaco, avec le trèfle ou avec le tabac, il n’en était pas moins toujours piqué. J’ai même essayé des odeurs les plus repoussantes pour notre odorat; du sulfure fie potasse, de l’assa fatida, elles n’ont pas été répulsives pour le serpent: le trigonocéphale s’élançait avec la même fureur sur lès chiens ou sur les poulets qui en avaient été imprégnés préalablement.
Mais, me dira-t-on, vous ne pouvez nier qu’il y ait des nègres preneurs de serpens, de véritables jongleurs, aussi hardis que ceux qui, dit-on, existent dans les grandes Indes, lesquelsjouent avee.les serpens, font cent tours dans les foires et dans les fêtés de paroisses, à la vue de tout le mondé : il faut qu’ils aient pour cela quelque secret.
« Il y a dix-huit mois environ, un. nègre appartenant à M. Poulet, du Lame.n- » tin, vint au bourg de cette commune avec quatre serpens qu’il faisait mouvoir » en tous sens ; ils étaient de belle grosseur, le negre les mettait sur sa, tête, au- » tour de son cou, en sautoir, accompagnant tous ces tours d’une chanson dé sa » façon. Plusieurs fois, le plus gros des serpens se repliant sur lui-même, vint » lui mettre la tête dans la bouche, puis lui lécher les lèvres. Le lendemain, ce » nègre vint chez moi répéter devant ma famille son spectacle de serpens ; je lui » demandai s’il voulait me donner son secret moyennant récompense, il y con- » sentit et me promit de me le faire connaître. Je voulus m’assurpr que les crqcs » n’avaient pas été arrachés; le nègre ouvrit la gueule des serpens et me lit voir » les crocs, je lui demandai encore si en payant les femelles pleines 5 fr. etlés » mêles gros ou petits 1 fr, il ne serait pas possible d’organiser des compagnies » avec les paresseux et les vagabonds du pays, pour détruire les serpens, il me » répondit qu’oui, et que dans deux ans cette pesté maudite (les serpensj pour- » rait être ainsi détruite. Comme je partais ce jour-là pour la Trinité, je lui dis » de revenir la semaine suivante, afin d’aller avec moi dans les bois, à la chasse » des serpens ; que s’il prenait ceux que nous trouverions, parce que je me dé- » fiais de ceux qu’il avait déjà apprivoisés; j’irais sur le champ trouver le géné- » ral pour lui proposer une mesure si utile au pays. Le soir' même je préparai » un petit mémoire dans ce but. Mais à mou retour, j’appris que le pauvre » diable, en voulant initier un habitant à son secret pour un doublon, alla dans » une touffe de bambous où se trouvaient des serpens et en prit d’abord un avec » la main droite: mais ayant étendu la main gauche pour en saisir un autre, il fut » mordu, eut des accideus très graves et perdit trois doigts de cette main. Le- » bruit courut alors qu’il avait négligé de frotter sa main gauche.avec l’hcrbr
avec effroi, les enfans crient, les femmes aussi, les Européens qui passent s'arrêtent étonnés; il y a bruit, tumulte, tapage, toute la pompe d’un charlatan, et Die y Dac est un grand sorcier ! Cet homme vint un jour me vendre un serpent artistementlové au fond d’un panier, et qui n’y était retenu, disait-il, par d’autre lien que par la force de sa volonté. (Peut-être Die y Dac est-il magnétiseur.) A chaque fois qne je voulais m’approcher dn panier :— Prenez garde, criait Die y Dac en me retenant, —prenez garde, il va voyer sur vous.... Puis, saisissant l’animal par la nuque, il l'entortillait autour de son bras, et pressant sur les glandes de la mâchoire, il faisait jaillir le venin à distance.—Voyez, ajoutait-il, voyez comme il est en colère !—Mais la docilité de l’animal et même certaine odeur de putréfaction, ayant éveillé mes soupçons, - je saisis un moment pour renverser le panier d’un coup de pied, et l’on vit alors que le serpent était mort, et peut-être même depuis plus d’un jour ! jam'fœtëbat! Tant est grande l’audace de ces charlatans, tant'ils comptent sur la crédulité populaire. Je ne suis pas bien sûr que Die y Dac ait perdu de son crédit, même aux yeux de beaucoup de ceux qui furent témoins de celte scène.
II. Une autre fois, c’est un autre qui me fait éveiller à cinq heures du matin, tant il est pressé de me vendre un secret contre la piqûre du serpent.—Très bien, lui dis-je, un peu contrarié de mon sommeil troublé, vous arrivez à. propos, nous allons faire sur le champ l’expérience, j’ai là deux serpens: troussez votre pantalon, et nous ferons piquer votre jambe.—Lequel faut-il apporter? me dit mon domestique,,comprenantroa pensée; est-ce le jaune qui n’a pas piqué depuis huit jours?—Oui, fis-je, ce jaune-là.—Pas la peine, pas la peine, reprend le psylle, ce n’est pas ainsi que je l’entends. Et là dessus il prit son chapeau et
III. A un autre qui me proposait, au nom de l’autorité municipale, d’assister à des expériences qu’il faisait sur des serpens à lui, je lui ai proposé à mon tour de nous rendre dans une pièce de cannes en coupe ou de se jeter dans quelque ballier et de saisir le,premier venu serpent qu’on signalerait. Je ne l’ai plus revu.
IV. Feu M. Lacombe fils, ayant trouvé prés de la maison de campagne qu’il habitait aux bords de la rivière, une peau de serpent, fit marché avec des preneurs de serpens pour rechercher le propriétaire de cette dépouille suspecte, qui, suivant les habitudes de l’animal, ne devait pas être éloigné. Deux voisins, MM. Montés et Merlande, voulurent assister à cette recherche ; M. Montés remarqua bientôt que l’un des nègres gardait toujours son chapeau et semblait craindre de le laisser tomber à chaque fois qu’il se baissait. A plusieurs reprises, M. M... l’engagea à se débarrasser de celte gêne, et comme il n’en fit rien, M. M..., frappé de cette obstination, du bout de sa canne fit sauter le chapeau, et à l’instant il en sortit un gros serpent qui y était caché. M. M... de faire un saut de surprise.—Rassurez-vous, rassurez-vous, maître, lui crie le nègre en fuyant, il n’a pas ses crocs 1
Il n’a passes crées ! voilà donc tout le secret. O vous qui désormais assisterez à de pareilles jongleries, assurez-vous que les vrais crocs existent et que les crocs que l’on vous présente ne sont pas les crocs supplémentaires ou de rechange. (Ces crocs de réchange sur un.serpent de moyenne taille sont ordinairement au nombrede 7 à.8; leur dimension est très variable, il y en a qui ont presque la longueur des crocs véritables, les autres vont en décroissant, jusqu’à navoir qu’une ligne au plus. Ces derniers sont cartilagineux, 'fous ces crocs sont couchés au fond d’une poche séreuse placée en avant et en dedans de la vésicule, ils ne
sont point fixés dans l’alvéole, ils ne tiennent au serpent que par un petit repli de la membrane d’enveloppe, en forme de mcsentère, ils n’ont par conséquent aucune communication avec la poche à venin, et sont inuocens. Nous reviendrons plus tard sur la description de cet appareil dans la partie pathologique.J
Et pourtant, malgré toutes ces recherches infructueuses, toutes ces expériences décourageantes, toutes ces promesses trouvées fausses, toutes ces fourberies dévoilées, il me reste une arrière espérance, une foi obstinée, rebelle à toute démonstration contraire, une foi de peuple. Je ne puis me résoudre à croire que Dieu, cegrand donneur, comme l’appelle Montaigne, qui nous a donné tant de choses, et tant de choses superflues, nous ait laissés désarmés, sans défense contre les surprises d’un animal aussi vil que le serpent; il y a, oui, il a y sans doute dans quelque coin de la nature une herbe bienfaisante pour l’homme et antipathique au serpent; c’est à nous ù la trouver. On sait qu’entre certaines plantes et certains animaux, il y a une action répulsive ou attractive fort remarquable ; cette analogie suffit pour entretenir nos espérances. Ainsi, le persil est mortel aux perroquets, le poivre est funeste aux sangliers et aux cochons, la valériane attire les chats, etc., etc. (Voyez dans la botanique de M. Virey l’énumération de ces diverses antipathies.) Il y a des plantes pour enivrer les rivières, et les lois sur la pèche fluviale ont été obligées d’interdire la pèche qui se fait par les plongeurs avec certains appâts qui attirent les poissons jusque dans leurs mains, tant cette pêche est destructive. Pourquoi donc n’existerait-il pas quelque chose de semblable contre le serpent ? donc il faut chercher, mais chercher avec ordre, avec suite, avec critique, et ne point s’endormir dans une fausse sécurité sur la foi du charlatanisme.
L’art d’enchanter et de prendre les serpens est un art qui a existé en Egypte, dans l’Inde, comme une véritable profession : c’est le fond du suc de tout jongleur: beaucoup de savans en ont longuement écrit. Les jongleurs de l’Egypte formaient une caste à part et se vantaient d’être les descendansdes psylles qui habitaient l’ancienne Lybie ; cet art était aussi familier aux Marses, peuple de l’ancienne Italie : il y avait dans la Grèce des ophigenoi. 'L’esprit se résout difficilement à admettre qifuu art aussi général, aussi public, n’ait été que mensonge et jonglerie, et qu’il ne repose sur aucun fondement (4).
(1) Au risque d’encourir le reproche de bavardage, j’ai préféré rapporter des anecdotes locales, qui sont plus particulières au trigonocéphale, mon sujet ; j'aurais pu disserter plus longuement sur les psylles (roycz, si vous en êtes curieux, Schlegel, Physionomie des serpens, — Geoffroy, Description de l’Egypte,— Pline, Elien, Lücain, — et l’écrit de M. Spalding, intitulé: Sur les enchantemens des serpens, —mémoires de l’académie de Berlin) ; j’aurais pu me liorer à des rapprochemens, à des analogies sans fin, remanier des généralités rebattues, faire parade d’une érudition facile. Parmi les raisons qui m’en ont.détourné, je rappellerai ces paroles de Mme de Staël : « Rien ne l'ennuyait autant (M. Necker) que les idées générales lorsqu’elles étaient communes .— Oui, me disait-il une fois, j’aimerais mieux qu’un homme vint m'apprendre le plus petit fait, m’apprendre de quelle couleur est la voiture qu’il vient de rencontrer dans la rue, que de venir comme ce monsieur de l’autre jour me dire : « Je ne « sais pas si vous êtes de mon avis, Monsieur ; mais je crois que l’amour-propre « est le mobile de toutes nos actions, » ou toute autre maxime aussi rabattue. En effet, les événemens, quelque peu importuns qu’ils soient, sont moins fades,
Mais ici c'est seulement des psylles martiniquais dont nous avons à nous occuper; plus lard nous verrons le parti qu’on en pourrait tirer.
Si du règne végétal nous passons au minéral, nous pourrons y rapporter l’examen de ces terres où, dit-011, de mémoire d’homme on n’a jamais rencontré de serpens: tels sont l’ilel Duchaxel et la pièce de cannes de l’habitation Séguin, à Slc-Marie (voyez la partie physiologique), si toutefois c’est dans la nature du terrain et non dans quelque herbe ou dans quelque chose de plus mystérieux encorequegitcettcpropriété. Maisavant de passer à cet examen il y aurait une expérience préalable et indispensable à faire, ce serait de constater si des serpens portés dans ces lieux meurent ou bien s’en éloignent et n’y peuvent séjourner ; autrement on s’exposerait à réaliser l’apologue de la. Dent d’or, sur la nature de laquelle on disputa longtemps, et qu’on reconnut être un coûte lorsqu’on voulut en constater l’existence.
Au règne minéral, nous rattacherons aussi (ceci pour l’ordre adopté) ( I ) les pièges, appâts, embûches que l’on peut tendre aux serpens; car dans ces pièges et dans ces appâts il entre toujours du fer et des poisons qui sont tirés du règne minéral.
En effet, le serpent, tout rusé qu’il est, l’est encore moins que l’homme. Il y a quelque temps, M. Mougeuol m envoya un serpent vivant et pris à la ligne comme un poisson. Le fer de l’hameçon sortait du ventre de l’animal à peu près au niveau de l’estomac; il était impossible qu’il eût été introduit lâ par aucun artifice, il fallait qu’il eût été avalé par le serpent. Voici ce qui me fut raconté ; M. M*”*, ayant eu un jeune poulet piqué, s’en servit comme d’un appât et lui passa un hameçon à travers le corps, puis il laissa le piège dans le voisinage du lieu où il soupçonnait que devait être le serpent. En effet, l’animal père de la ruse s’y laissa prendre, et le lendemain on put arriver jusqu’à lui en suivant la ligne attachée à l’hameçon. Le fait est aussi authentique que possible. J’ai su
réveillent une réflexion plus nouvelle dans la tète que les pensées communes. Rien n’est si froid, si privé de vie que de telles pensées, car ce qui est commun en tout genre est répété par tout le monde et n’est senti par personne. Le goût que je connaissais à mon père pour l'observation des faits et des hommes m’avait accoutumé à n’avoir point de distraction en ce genre, et je n'apprenais rien, je ne remarquais rien que je n’y joignisse l’idée de lui raconter ou de lui écrire. » (Mme de Staël, Eloge de M. Necker.)
J’ai pensé que le public serait du goût de M. ISecker, et j’ai pensé aussi que la rencontre ici de cette page de Mme de Staël serait pour lui comme celle d’une rose au milieu d’un hallier.
(1) Il ne faut pas oublier te feu : c’est une très vieille observation, que les serpens en ont peur, ab igné aborrhere apud cardanüm liabemus, et voici ce qu’en dit le P. Dutertre : — Lorsque les habitons savent qu'il y a une mauvaise couleuvre dans leur case, ils font du feu dans le milieu de la case et disent pour raison qu’elles fuyent lorsqu’elles le voient. Mais cela leur sert de peu, car elles se fourent sous les coffres, dans les recoins de la case, dans des paniers, dans des barils et dans d'autres choses semblables .— Ou sait que dans la coupe des cannes, lorsque l’on reconnaît qu’il y a beaucoup de serpens dans une pièce, il est d'usage de réserver un bouquet au milieu pour que les serpens s’y amassent, et on finit par y mettre le feu. La plupart des serpens sont alors brûles ou asphyxiés, et ceux qui assoient de fuir sont tués par l’atelier.
était adoré en Egypte pour la même cause; dans beaucoup de contrées, les aigles, les vautours et les corbeaux sont, en retour du môme bienfait, religieusement épargnés. On lit dans Ælien que ce furent des codions qui délivrèrent la Campanie d’une certaine espèce de serpens très dangereux.
Les habitons de notre belle Martinique devraient chercher à s’appliquer le bénéfice de cette prévoyance divine, eux si souvent exposés aux atteintes du cruel trigonocéphale. L’animal dans lequel ils ont cru reconnaître ce caractère d’opposition au serpent, est la couresse du pays, coluber cursor.
J’ai déjà soumis au lecteur, dans la partie physiologique de cette enquête, les raisons qui m’empêchaient de partager sur ce point l’illusion générale. Depuis, il m’est parvenu des renseignemens qui m’ontébranlé : M. Duchatel, feu ledoctcur CorneltedeSt-Cyretd’autresm’onlécrit pourm’nflirmer qu’ils avaient été témoins des combats qui se livrent entre la couresse et le serpent, et dans lesquels la victoire reste toujours à la couresse. M. lîlot, ayant jeté un petit serpent de 11 pouces dans un puits où se trouvait une couleuvre de 2 pieds, a vu la couleuvre happer le serpent derrière la tête et le tenir sous l’eau jusqu’à ce qu'il fût noyé ; il m’a même envoyé le serpent, que j’ai disséqué, et j’ai pu reconnaître à la nuque les traces des morsures de la couleuvre.
Je ferai remarquer que MM. Duchatel et Saint-Cyr n’ont point indiqué les dimensions des combattons dans les combats dont ils avaient été les témoins : que dans celui vu par M. Blot, la couleuvre était beaucoup plus forte que le serpent. Car si on peut admettre que les couleuvres l’emportent sur les serpens d’une certaine grosseur, il restera toujours comme chose inconcevable que les couleuvres, dont la dimension ordinaire ne dénasse pas 2 pieds et demi, puissent venir à bout de serpens qui ont souvent 5 et 6 pieds. Dans la première partie de cette enquête, je regrettais de n’avoir pu opposer, dans une expérience faite exprès, et sous mes yeux, ces deux animaux l’un à l’autre; j’ai pu depuis me donner cette satisfaction. J’ai mis en présence d’un serpent de 5 pieds et demi deux couleuvres des plus fortes qu’on puisse trouver (2 pieds et demi) ; d’abord ce fut dans une cage de fer : les couleuvres, dans une attitude qui exprimait la frayeur, fuyaient au plus haut de la cage, s’y blolissaient et se tenaient aussi loin que possible de la portée du serpent. Celui-ci, impassible, n’avait pas l’air de s’en apercevoir et n’exprimait que le dédain. Je les ai mis ensuite en liberté sur le gazon, toujours les couleuvres s’éloignaient, et chaque fois que je les obligeais à passer près du serpent, si celui-ci faisait mine de s’élancer, les couleuvres hâtaient leur fuite. Il n’y eut aucun abordage: enfin je les ai laissés ensemble les uns et les autres plusieurs jours dans la même cage, et j’ai toujours observé entre eux la plus parfaite intelligence. Cela, avec les autres raisons déjà exposées ailleurs, m’empêchent de revenir de ma première opinion, malgré les respectables autorités qui me sont contraires.
Le seul quadrupède agreste que possède la Martinique est le manicou (rat musqué ou sarigue). Nous avons vu qu’il servait souvent de pâture aux serpens; mais cela ne paraît pas se passer toujours sans combat ; M. Filassier, ayant rencontré un manicou étendu mort dans un champ de manioc, au gonflement noirâtre dont la cuisse de l’animal était le siège, il reconnut qu’il avait succombé à la piqûre d’uu serpent. A quelques pas de là, il trouva un serpent mort aussi, et tout lacéré de coups de dents; il était clair qu’un duel avait eu lieu, et comme il convient à gens de cœur, les deux combattans étaient restés sur le terrain.
M. le docteur Du troulau m’a écrit que M. Lisenson, chirurgien de marine au camp des pitons du Fort-Royal, a eu occasion d’observer au naturel un combat
entre un rat et un serpent, et que la victoire est restée au rat. Cependant, on trouve bien souvent des rats dans l’estomac desserpens; mais cela prouve que si le serpent est hostile à toute la nature, toute la nature le lui rend bien et ne se laisse pas opprimer en victime obéissante.
Mais le secours que nous pouvons espérer des animaux sauvages est trop éventuel pour que nous puissions y compter, et nous n’en faisons mention ici qu’à titre d’encouragement pour montrer que le serpent n’est pas un ennemi si terrible qu’on n’en puisse triompher.
C’est encore à nos fidèles gardc-dc-corps, le chien et le chat, que nous pourrions faire un plus sûr appel contre cet ennemi. J’ai déjà parlé du chien du père Feuillèe, qui le préserva de l’atteinte d’un énorme serpent ; M. Filassiér, le même déjà cité, m’a raconté qu’il avait un chien qui arrêtait les serpens etquisavaittrèsbien les prendre sans se laisser mordre 1 : le chien saisissait le moment où le serpent voulait s’élancer, sautait en arrière pour esquiver te coup, et happait le serpent près delà tête, avant que celui-ci eût le temps de se relover. Tout le monde connaît l’histoire du chevalier Dieudonné de Gozon, qui délivra l’ile de Rhodes d’un énorme serpent, au moyen de chiens dressés par lui. Il y a dans les histoires d’autres faits semblables.
On lit dansBulfon, article chat, que des moines dcl’ile de Chypre avaient dressé des chats à prendre les serpens. Voici ce que j’ai vu :—J’avais un jeune chat en qui j’avais reconnu la précieuse qualité de détruire non-seulement les rats, mais tous les insectes, même l’immonde ravet. Un jour il arriva au milieu de mon salon tenant à la gueule une forte couleuvre qu’il rapportait d’un morne voisin. Mes domestiques m’appelèrent pour être témoin de ce spectacle ; je vis que c’était surtout par la tête que le chat avait saisi et tenait cette couleuvre, qu’il s’acharnait sur sa proie, et ne la céda qu’avec peine lorsqu’on voulut la lui retirer. Quelque temps après, ce chat revint au logis avec la gueule et la tête enflées ; je reconnus sur les alvéoles de sa mâchoire inférieure deux ecchymoses, résultat évident de quelque morsure. Mais il était impossible de reconnaître si l’animal qui avait mordu était une couleuvre, une scolopendre ou un serpent.— Pourquoi les chats ne sont-ils pas dans nos campagnes plus nombreux qu’ils ne le sont?
Mais voici une autre sorte d’aides, meilleurs et plus sûrs que ceux que nous venons d’énumérer: ce sont les oiseaux. En général, tous les oiseaux des colonies servent par leurs cris à nous faire découvrir les retraites des serpens. Gn n’a pas oublié qu’au premier rang figurent le rossignol et la gorge blanche, M. Martineau père raconte qu’attiré un jour par les cris d’une gorge blanche, le long d’une lisière, il tua un petit serpent ; aussitôt l’oiseau de voler sur une autre branche et de continuer ses cris, autre serpent trouvé et tué pareillement ; l’oiséau vole à une troisième branche et conduit à un troisième serpent. Ainsi, de branche en branche, suivant ses indications, M. M*** parvint à tuer sept petits serpens. N’y a-t-il pas là de quoi déclarer la personne de ce charmant oiseau inviolable, même à nos petits garçons ? On dit que les canards sont très avides de la chair des serpens et en général de toutes lés plantes vénéneuses. Ceux du royaume de Pont acquéraient par ces alimens tant de vertus, que Mitliridàte employait leur sang dans ses fameux contre-poisons. J’ai fait avaler à un canard de longs crocs d’un trigonbcéphale avec les vésicules pleines de venin ; le canard a très bien digéré et les crocs et le venin. Quelques faits me portent à penser que nous pourrions bien enrôler aussi contre le serpent ce bel oiseau à bcc jaune
au plumage noir à reflets bleux, et qui porte sur sa tête une aigrette si martiale, le paoui ou hocco, qui nous vient de la Côte-Ferme, et dont la Martinique possède quelques échantillons, seulement par curiosité. Le paoui mange les anolis, je l’ai vu dévorer un petit serpent que je lui avais jeté. (Je dois dire que ce petit serpent était mort.) La multiplication du paoui à la Martinique serait une véritable conquête, car cet oiseau est aussi domestique que le pigeon ; il voltige pendant le jour dans le voisinage, mais il revient chaque soir h la maison du maître. On dit que sa chair, quand il est jeune, est aussi bonne à manger que celle du dindon. Que de raisons pour le cultiver!
« Il existe à la Trinidad, dit M. Guyon, une sorte de corbeau qui fait la guerre » aux reptiles, dont il se nourrit en partie. Le respect que lui portent les chasi) seurs l’ont rendu familier ; on le voit se promener par bandes dans les villes et » les villages ; c’est même sur lui que les habitans se reposent pour l’enlèvement » des immondices des rues, dont ils n’ont pas à s’occuper du tout. Cette opéra- » tion est faite chaque jour et h des heures tellement fixes, qu'on peut dire que » jamais ordonnance de police n’a été sous ce rapport plus ponctuellement » exéculée.
» En 1821, l’abbé Legaulfe, qui habitait la Trinidad, après avoir fait un long » séjour à la Martinique, eut l’heureuse idée d’opposer à la vipère fer-de-lance n le corbeau de la Trinidad. A cet effet, il eu fit passer une cinquantaine d’indi- » vidus h la Martinique, où ils se seraient sans doute promptement propagés, vu » les rapports de climat qui existent entre cette colonie et la Trinidad. Malheu- » reusement, au lieu de les mettre en libel lé à leur arrivée, on les tint enfermés, n et presque tous moururent. Celte morlalilé fut due en partie à la cause que » nous signalons, et en partie aussi à une épizootie qui ù cette époque régnait ù » la Martiniqne en même temps que la fièvre jaune (1).
» Depuis, et sur la proposition de M. Moreau de Jonnès, on emporta dans la » même colonie et dans le même but un oiseau qu’un bâtiment de l’Etat avait » été chercher au cap de Bonne-Espérance. Cet oiseau est le serpentaire (ou sêcté- » taire, ou messager, falco serpentarius des naturalistes), très connu par la des- » tructiou qu’il exerce sur les reptiles. Sa taille le rendrait plus propre que le » corbeau de la Trinidad pour combattre la vipère fer-de-lance ; j’en dirais au- » tant de la nature de son bec comme aussi de sa force, et de sa force relative- » à la cigogne. Malheureusement encore la Martinique n’en reçut que deux in- » dividus, dont l’un mourut presque aussitôt son arrivée. On les avait déposés n au Jardin de botanique, où les curieux allaient les visiter. Là, j’ai été souvent » témoin de la manière habile dont l’animal se défait du reptile, et que je raeûn-
“ D’abord par des coups de patte lancés perpendiculairement sur la tête, avec “ une précision et une vigueur incroyables, il a bientôt étourdi son adversaire. “ Après quoi, landis que d’une patte il l’assujettit sur le sol en le serrant avec “ force, le saisissant avec le bec derrière la nuque, par un mouvement rapide “ de torsion, il lui luxe les vertèbres. J’ajoute que rien n’est beau comme “ l’animal, lorsque, apercevant sa proie, son œil s’anime, brille et que tout son “ corpe frémit. Quel que soit du reste l’oiseau à l’aide duquel on cherche à se “ débarrasser de la vipère fer-dc-lauce, on ne peut espérer, sinon d’atteindre le “ but, du moins d’en approcher, qu’autant que la multiplication de l’oiseau
(1) Pourquoi l'expérience ne serait-elle pas renouvelée aujourd’hui, et dans
“serait en rapport avec celle du reptile, laquelle est très grande. D’après cela,
“il conviendrait sans doute qu’on ne se bornât pas à l’introduction d’une seule “ espèce, d’autant plus qu’il est telle espèce, et ce cas paraît être celui du ser- “ pentaire, dont on ne pourrait pas se procurer beaucoup d’individus à la fois.
“ Qu’on introduise donc, dans les îles infectées par la vipère, un ou plusieurs “ des oiseaux dont nous venons de parler; qu’on en favorise la propagation. “ Telle est l’œuvre que je signale aux autorités locales : il en est peu de plus “ philantropiques ! »
Il n’est pas un seul habitant de la Martinique qui ne s’associe à cette conclusion de l'honorable M. Guyon.
C’est une des belles parties de notre histoire que cet échange géographique des x-essources de la terre, ces colonisations de plantes, d’arbres, d’hommes ou d’animaux ; cela agrandit l’existence humaine, que de belles branches de commerce pourraient en sortir !
Mais le véritable antagoniste du serpent dans la Création, c’est l’homme, l’homme armé des mille ressources de son industrie et animé du souffle divin de lacivilisation. Partout où l’homme a posé définitivement son empire, le serpent a <: H obligé de reculer devant lui et de lui céder la place. Voyez ce qui s’est passé dans l’Amérique ; le boiquira y régnait en maître, plus maître certes que le sauvage dont il se faisait adorer : aujourd’hui, dans les états défrichés de l’Union,
; peine rencontre-t-on, même en les cherchant, quelques boiquiras. Un jeune naturaliste m’a assuré qu’il n’avait pu s’en procurer un seul, quoiqu’il ait parcouru dans tous les sens la montagne près de New-York, appelée encoie aujourd’hui Snake Ilill (colline du serpent). A la Martinique, il est sûr que le nombre des serpens, tout considérable qu’il est encore, l’est beaucoup moins qu’il l’était dans les premiers jours de la colonisation.
Qn lit dans le P. Duterti-e : ‘
« Un gentil-homme digne de foy m’a dit que disnant avec un pi-estre de l'isle, iltomba une vipère du haut de la case au milieu des plats qui étaient sur la table. — Et Mme Duparquet m’a assui-é qu’un jour, pensant prendre sur le chevet de son lit le bonnet de nuit de son mari, elle prit à pleine main un gros serpeut qui dormait. ».
Certes, aujourd’hui de pareils faits sont inouis; et M. le gouverneur de la Martinique n’est pas exposé à faire dans sa chambre à coucher de pareilles rencontres.
Evidemment, le trigonocépkale fuit devant nous : il ne se tient que dans les bois, dans les lialliers, c’est-à-dire dans les endroits où la main de l’homme ne passe que rarement. Mais pourquoi lui laisser même ces retraites, d’où il ne sort que trop souvent encore pour porter le deuil dans nos familles ? Avec tous ces pièges, embûches, aides et assistances dont nous avons parlé, et suivant le vœu^ tais parM. Duchatelelpar beaucoup d’autreshabitans, pourquoi ne pas poursuivre notre ennemi jusque dans ses derniersîelranchemens ? Ne devrait-on pas organiser des compagnies avec les paresseux, les vagabonds du pays, avec surtout ces prétendus psylles dont l’adresse aujourd’hui ne sert qu’à tromper? Poui’quoi n’en pas faire des chasseurs de serpens ? Dans tous les pays civilisés, on voit des hommes qui parcoui-enl la campagne et qui font marché avec les propiiétaires de détruire les rats, fouines, belettes et tous les animaux malfaisans qui infestent leurs champs et leurs greniers, et dont la poursuite doit être aussi diffi-
cile que celle des serpens. Ce métier, en apparence si humble et si bas, a ourni à l’un de nos romanciers modernes une de ses poétiques créations. Ceux qui on t lu le roman de Georges Sand, intitulé : Les frères Mauprat, se rappelleront toujours l’hidalgo Marcasse, le preneu d’taupes, avec sa longue échine et sa longue épée, s’avançant, comme un acrobate, à la poursuite des rats, le long des poutres et solives du château de St-Sévére. Mais laissons parler l’enchanteresse : on ne refait pas la prose de Georges Sand.
« Marcasse, dit preneur de taupes, faisait profession de purger de fouines, belettes, rats et autres animaux malfaisans les habitations et les champs delà contrée. Il ne bornait pas au Berry les bienfaits de son industrie : tous les ans il faisait le tour du Limousin, de la Marche, du Nivernais et de la Saintonge, parcourant seul et à pied tous les lieux ou on avait le bon esprit d’apprécier ses talens, bien reçu partout, au château comme à la chaumière ; car c’était un métier qu’on faisait avec probité de père en fils dans sa famille, et que ses descendans font encore. Il avait un gîte et une besogne assurée pour tous les jours de l’année. Aussi régulier dans sa tournée que la terre dans sa rotation, on le voyait à époque fixe reparaître dans les mêmes lieux où il avait passé l’année précédente, toujours accompagné de son petit chien et de sa longue épée, etc.
» On l’appelait don Marcasse, parce qu’on lui trouvait la démarche et la fierté d’un hidalgo ruiné.
» Beaucoup pensaient qu’il y avait quelque sortilège dans son air mystérieux, et que ce n’était pas seulement la longueur de son épée et l’adresse de son chien qui faisaient si merveilleuse déconfiture de laupes et de belettes : on parlait tout bas d’herbes enchantées au moyen desquelles il faisait sortir de leurs trous ces animaux méfiaus, pour les prendre au piège; mais comme on se trouvait bien de cette magie, on ne songeait pas à lui en faire un crime.
» Je ne sais si vous avez assisté à ce genre de chasse ; elle est curieuse surtout dans les greniers à fourrage. L’homme et le chien grimpant aux échelles et courant sur les bois de charpente avec un aplomb et une agilité surprenantes, le chien flairant les trous des murailles, faisant l’oflico de chat, se mettant à l’alfCit et veillant en embuscade jusqu’à ce que le gibier se livre à la rapière du chasseur. Celui-ci lardant la botte de paille et passant l’ennemi au fil de l’épée. Tout, cela, accompli et dirigé avec gravité et importance par don Marcasse, était, je vous assure, aussi singulier que divertissant. »
C’est ainsi que le génie sait tout ennoblir. Sachent donc les preneurs de serpens qu’ils peuvent être un jour chantés aussi bien qu’Achille et Agamemnôn. Mais ce n’est point dans les romans seulement que je trouve les bons effets de cette utile, quoique petite industrie. Dernièrement, on disait dans le journal la
« Le 2 décembre, en vertu d’un arrêté de M. le préfet du Loiret, rendu sur les plaintes des habitans des communes d’Ingré, Huisseau et Gémigny, a eu lieu une grande battue au loup dans la forêt de Montpipeau, appartenant à la couronne, à M. le marquis de Sesmaisons, et à quelques autres personnes. Cette battue, conduite par M. le marquis de Gasville, que le préfet avait chargé de la diriger, a étè couronnée d’un succès complet. Quatre loups de taille colossale ont été tués par les tireurs : c’est M. de Grasville lui-même qui a abattu le premier, animal vraiment monstrueux, auquel il a placé une balle dans l’oeil, au moment où il lui venait en tête
» A six heures du soir, l’intrépide chasseur rentrait triomphalement à Orléans, apportant à la préfecture les quatre loups attachés derrière sa voiture. Oh né saurait se figurer l’enthousiasme des populations réunies pour cette battue administrative, et qui ont regardé avec raison ce brillant résultat comme un service important rendu au pays. Cinq autres loups ont été vu6 dans le cours de cette même journée, mais n’ont pu malheureusement être atteints.
» Le fait qui précède remet en-mémoire qu’il existe en France Une classe de fonctionnaires publics dont les attributions et les services sont si peu connus, que les trois quarts de ceux qui, par hasard, entendent prononcer leur nom, le regardent comme le titre de quelque office de l’ancien régime dont il ne reste plus de traces aujourd’hui. Ce sont les officiers de louvêterie auxquels le Code forestier cependant attribue le droit de chasser dans les forêts de l’Etat les animaux nuisibles, à charge par eux d’entretenir une meute, des valets de limier, etc. Les lieutenans de louveterie existent donc réellement, au nombre de près de trois cents, et bien qu’ils ne figurent pas au budget, ces places sont assez recherchées par les gentilshommes de province. S’ils ne coûtent rien à l’Etat, ils n’en sont pas moins zélés à remplir leurs fonctions ; on peut en juger par le petit article suivant que nous empruntons aux Annales forestières :
« D’après un relevé des états fournis à l’administration forestière par les lieutenans de loâveterie,. voici quel serait le nombre des animaux dangereux ou nuisibles détruits pendant l’année 1841-1842 :—Loups, 274; louves,,173; louveteaux, 293 ; sangliers, 490 ; renards, 2,944 ; blaireaux, 331 ; chats sauvages, 362; putois, 411; fouines, 748; ensemble, 6,126 pièces. »
C’est ainsi que des loups l’Angleterre est déserte. (Lafontaine.)
J’ai lu, je ne me rappelle plus où, qu’en Irlande les corbeaux sont très redoutés, et que dans l’île de Féroé il y a un.antique usage qui oblige tout habitant a apporter un bec de corbeau dans des réunions annuelles qui répondent à nos comices agricoles.
J’ai ramassé ces citations de gauche et de droite, je les mets sous les yeux du lecteur pour exciter notre émulation, pour montrer que dans une société bien ordonnée il n’y a pas de petit soin, de petit emploi; que l’homme, à l’exemple de la divinité, doit veiller à tout, être toujours prêt à porter la main partout où son empire est menacé. Pourquoi par exemple a-t-on aboli, et pourquoi ne rétablit-on pas, mais sur une plus grande échelle, la prime établie par M. le général Donzelot pour chaque tête de serpent? Au lieu de restreindre cette prime aux environs du Fort-Royal, comme elle l’était autrefois, ne pourrait-on pas l’étendre ù toute la colonie? ne pourrait-on pas charger Mvl. les maires d’en faire la répartition dans leurs communes? L’un de nos représentons, M. le baron Max Delhorme, en a fait, il y a deux ans, la proposition au Conseil colonial, et M. le directeur de l’intérieur avait promis de donner suite à cette proposition.
Outre les primes, je voudrais que chaque année on distribuât des médailles aux meilleurs panseurs, à ceux qui feraient preuve qu’ils ont conservé à la société coloniale un grand nombre de travailleurs qui, sans eux, eussent été victimes de la piqûre du trigonocéphale, de même qu’en France on distribue des médailles ù ceux qui ont pratiqué un certain nombre de vaccinations, ou porté des secours à des noyés et à des naufragés, ou à tout citoyen en danger de périr. Cette distribution se ferait solennellement à certain jour de l’année, qui serait une fête publique présidée par M. le gouverneur et par toutes les autorités. Les
preuves à fournir seraient des certificats délivrés par les maires, par des habitans notables, et non bien entendu par des compères et des premiers venus. Il y aurait enquête, vérification par une commission administrative, enfin toutes les sûretés contre la fourberie, toujours prête à se glisser partout.
Mais cela coûterait de l’argent ; il faudrait des impôts nouveaux. Comptezvous donc pour rien l’avantage de vivre dans une société régulière, et qui diminue pour vous,, vos enfans, vos serviteurs,, vos, amis, les mauvaises chances de la vie? Ne souhailez-vous pas d’embellir vos demeures, de les peindre, de les. orner, de leur ajouter tout le luxe superflu dont elles brillent ? Et nlest-elle pas aussi votre demeure, celte ville et cette campagne où vous vivez, où vous marchez la nuit et le jour, où vous demeurez plus encore que dans vos maisons ? Ne fautil pas entretenir vos routes, éclairer vos rues, écarter de dessous vos pas comme de dessus vos têtes tous les mille dangers qui vous menacent ? Payons donc les impôts, ô mes frères ! payons-les, parce qu’ils sont nécessaires, parce qu’ils sont utiles : veillons seulement à ce qu’ils ne soient pas détournés de leur destination pour soudoyer, l’intrigue et la flatterie I
Enfin, fatigué de marcher si lentement et d’avancer si peu dans les rudes sentiers de l’observation, ennuyé des étroites limites de la réalité, il m’arrive quelquefois de sortir du monde connu, de donner carrière à mon imagination, de fermer l’oreille aux voix importunes, et de m’élancer à toute vapeur dans les vastes champs de la fantaisie, et je rêve.... non pas comme notre ami le fabuliste,. que,
' Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Je vais détrôner le Sophi.
(mais ce qui est peut-êLre moins possible encore) que tous les hommes sont bons. que la religion les a enfin domptés et assouplis, que la civilisation les a rendus mdulgens les uns pour les autres, sans envie, sans dénigrement, résignés aux choses qu’ils ne peuvent empêcher ; que les gouvernemens sont établis précisément pour remédier aux inégalités qui sont du fait de la nature, et qu’elle ne multiplie que trop ; que tous les efforts de l’homme tendent è former ce niveau de bien-être général qui ne laisse place à aucune juste plainte; qu’il n’y a plus que des ministres de l’agriculture, de la santé publique; du commerce, de l’instruction publique, et autres de ce genre; qu’on ne parle de guerre que contre les fléaux, les inondations, les maladies, les trcmblemens de terre et les serpens. Or, dans cette nouvelle utopie que je fonderais d'ans notre Martinique (1), voici quel serait le programme d’une fête :
Par un des beaux jours d’hivernage, qui sont ici les plus beaux jours, quand ils sont beaux, un jour que le ciel limpide et bleu, sans un nuage, la mer calme et diaphane, sans uue vague, placés en face l’un de l’autre comme deux belles
(IJ Une des plus belles fictions de l’antiquité, est celle du jardin des Hespérides rempli de pommes d'or et placé sous la garde d'un affreux dragon. J’aime quelquefois à voir dans cette fiction un mythe de notre chère Martinique, la première des îles qui s’offre au navigateur fatigué de sa longue course à travers l’océan, celle qu’ils ont surnommée la reine des Antilles, qui s’élève au milieu des flots, comme une verte émeraude enchâssée entre une perle et un
- loO -
eliaque jeune homme souhaiterait, non pas un Anglais, non pas un Américain à' dévorer.
Optât aprum fulvumve leonem,,
mais un trigonocéphale : car ce jour-là serait le jour de la guerre, de la battue aux serpens, le jour des morts pour le trigonocéphale ! La jeunesse se réunirait toute en armes dansl’unede ces grandes savanes qui serv nt de portes à la villede St-Pierre ; les bannières des chefs déploieraien t au soleil leurs riches couleurs et leurs franges dorées ; on se répandrait dans la campagne à plusieurs milles, et à un signal donné toute cette armée faisant volte-face, se renverserait sur la ville et pousserait devant soi tous les trigonocéphales cernés dans cette vaste enceinte. Aucun buisson, aucun trou, aucun hallier aucun coin ne serait négligé ; on visiterait, on fouillerait, on examinerait tout, on feuilleterait chaque arbre, afin de ne laisser échapper aucun des ennemis. Arrivé sur lés bords de ces escarpemens où la plaine se précipite en falaises et se fond en abîmes-redoutables, les sièges en seraient faits, comme de hautes citadelles. Ici, l’adresse aurait les honneursdu courage; c’est à qui escaladerait ces hauts lieux, les uns sur des échelles, les autres suspendus aux lianes (t), aux pointes et aux fentes des rochers. Le fer, le feu, le souffre feraient déguerpir l’ennemi des retraites qu’on pouvait croire inaccessibles.
Cependant, la troupe moins ingambe et moins hardie des vieillards et des hommes mariés, se tiendrait échelonnée et embusquée le long de cette circonvallation tracée autour de la ville, et qu’on appelle les boulcvarts. Les trigonocéphales, obligés de fuir par ce passage, achèveraient d’être immolés, sans que personne eût à courir un danger. C’est ainsi qu’en France, le chasseur attend le long d’une coupe de bois le chevreuil ou le rusé renard, poussé par la meule des chiens ou des batteurs.
Enfin la chasse finie, des monceaux de trigonocéphales seraient livrés aux, flammes 1 charmans auto-da-fés que l’histoire ne couvrirait jamais d'anathèmes! Je voudrais ensuite qu’on se rendît au temple de Dieu,—car toujours au Seigneur tout honneur,—qu’on célébrât des actions de grâces comme pour la plus belle victoire, que l’église entonnât ses plus beaux chants, ceux qu’elle a chantés pour Kocroy ou pour Austerlitz ; puis la fête se terminerait par des couronnes distribuées aux plus heureux d’entre les vainqueurs, aux. héros de la journée, par ■des festins, par des chants, par des danses, avec toute la pompe enfin du plus pompeux des opéras.
Cette fête se renouvellerait chaque année, et dans toutes les communes de la colonie.
Risum lenealis amici.
Qu’élait-ce donc que tous ces jeux isthméen, ncmèen, pijthique, olympique, etc., etc.? n’était-ce pas des solennités consacrées au souvenir de la délivrance d’un pays de quelque monstre semblable au trigonocéphale?
Ex illo celebratus hotws, Italique minores Seroaoere Diem,
dit Evandre célébrant la commémoration de Cacus, semiKominis Cad, étranglé par Hercule. (Virgile, ch. vin.)
Dernièrement, M. Arnoux me racontait qu’à son retour de France, lorsqu’il brûlait encore du feu sacré de l’émulation européenne, il avait consacré tous les
(1) C’est par le moyen des lianes que les Gaulois faillirent escalader le Capitole,