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ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

Je n'examinerai ici ni les probabilités ni la valeur des différentes modifications que l'administration pourrait, dans l'avenir, faire subira l'École des beaux-arts, soit qu'elle se décide à la suppression des ateliers, en aidant les professeurs en exercice à les convertir en ateliers particuliers, soitqu'elle préfère aller jusqu'à transformer l'École en une sorte de collège de France des beaux-arts, ouvrant à tous des conférences, des cours oraux destinés à instruire et à former le public en même temps que les artistes ; je n'examinerai même pas

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les détails d'organisation de l'École, telle que nous la voyons aujourd'hui. Il me semble préférable de poser les principes généraux qui, à mon avis, doivent dominer dans la question de l'éducation artistique.

Chacun pourra librement apprécier ces principes. Je laisse à ceux qui les approuveraient le soin d'en tirer eux-mêmes un jugement sur l'École actuelle et sur les divers changements qui pourraient lui être apportés.

Voici ces principes et quelques définitions qui en sont les corollaires.

L'arl^ dans Tacception qui nous occupe, est un mode d'expression, par la forme et par la couleur, du sentiment de l'artiste.

L'artiste de haut titre est animé du sentiment passionné du beau ; véritable amant de la nature, il n'en voit pas les imperfections et découvre en elle des beautés qui échappent à l'œil de l'indifférent. Il les idéalise et les combine dans ses œuvres, en leur donnant l'empreinte de sa personnalité.

"Le sentiment artistique, comme tout sentiment en général^ est essentiellement personnel. Il varie donc, suivant la nature des hommes qui l'éprouvent ; de là l'immense diversité des acceptions de

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l'art, depuis les conceptions grandioses d'un Phidias, d'un Raphaël, d'un Titien, jusqu'aux fictions légères d'un Vatteau, jusqu'aux fougues sauvages d'un Salvator ou aux fantaisies grotesques d'un Callot.

Ces hommes si divers sont tous artistes, bien qu'à des degrés très-difiPérents, parce qu'ils ont observé la nature avec une égale sincérité, suivant les diversités de leur sentiment personnel. Chacun d'eux a su, par la puissance de son exécution, nous communiquer des impressions que seul il pouvait ressentir. En nous révélant un aspect particulier, une nouvelle interprétation de la nature, une conception qu'elle leur a inspirée ; en nous la montrant plaisante ou terrible, aimable ou sublime^, ces maîtres ont ennobli ou charmé nos âmes, récréé nos esprits, varié et multiplié nos jouissances les plus délicates et les plus élevées. Le moindre d'entre eux a sa raison d'être, sa place légitime dans la série artistique ; son absence y laisserait une lacune.

L'art compris dans son ensemble se compose donc, non-seulement de ses manifestations supérieures, mais encore de toutes celles qui portent l'empreinte d'une conviction individuelle et pas-

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sionnée. Ces manifestations, quelque nombreuses et magnifiques qu'elles aient été dans le passé, restent inépuisables dans l'avenir, les nuances des sentiments humains auxquelles elles correspondent étant infinies et toujours nouvelles.

Des considérations qui précèdent, je crois pouvoir déduire logiquement les formules suivantes :

L'art est essentiellement individuel. — L'individualité FAIT l'artiste.

D'où résulte cette conséquence :

TOUT enseignement, POUR ÊTRE VRAI ET RATIONNEL, DOIT SE PROPOSER DE CONSERVER, DE DÉVELOPPER ET DE PERFECTIONNER LE SENTIMENT INDIVIDUEL DE l' ARTISTE.

Guidé par ces principes, il devient facile de juger sans passion et sans partialité les différents procédés d'éducation artistique qui se sont succédé jusqu'ici et ceux qui pourront être proposés à l'avenir.

Appliquons notre critérium à l'École des beauxarts.

L'École des beaux-arts s'est donné pour mis—

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