‹ Enseignement artistique, comprenantChapitre 16 sur 21 · Y^^ A. MOREL ET C-, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

Y^^ A. MOREL ET C-, ÉDITEURS

INTRODUCTION

Ma dernière brochure, Coup d'œil sur l'enseignement des beaux-arts, m'a valu cet honneur, que plusieurs artistes, sympathiques à mes idées, m'ont demandé de publier une MÉTHODE. A leur avis, je m'y suis en quelque sorte obligé, en critiquant sévèrement plusieurs des manières d'enseigner en usage aujourd'hui : — J'ai dû juger les autres enseignements, disent-ils, au nom d'une méthode préférée, je dois donc, à mon tour, exposer à la critique celle que je crois être la vraie.

La vraie !..; expression trop exclusive. [[ n'y a pas, il ne doit pas y avoir une méthode unique : tout professeur intelligent

doit rester libre de se faire la sienne, à la

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condition de la baser sur des principes vrais et des déductions rationnelles.

Mes amis insistaient : la faiblesse actuelle de renseignement leur paraît résulter de l'ignorance générale des vrais principes : — Si vous croyez les posséder, me répétaientils, il est de votre devoir de les faire connaître et de les propager. D'ailleurs, ces principes une fois admis, vous avez, assurément, une manière à vous de les enseigner, une méthode qui vous a semblé la meilleure, après une longue pratique et des épreuves répétées ; ne pourriez-vous la livrer à l'examen ?

J'étais ébranlé, je l'avoue, quand se présenta une occasion naturelle de me décider tout à fait à suivre ces sympathiques conseils. Un de mes anciens élèves, jeune artiste de talent, récemment nommé directeur d'une école d'art en province, me priait de lui venir en aide, en lui remettant en mémoire mes principaux moyens d'enseignement. Or, ce sont ces lettres à ce jeune professeur, devenu mon ami, que je me suis décidé à livrer à l'impression . Elles contiennent l'exposé de méthode qui m'était demandé.

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et, tout en pouvant être utiles au public, elles répondront, je l'espère, aux bienveillantes sollicitations dont je viens de parler.

Cet exposé rapide renferme, dans les étroites limites de quelques lettres, la substance essentielle du sujet ; ce n'est, à vrai dire, que le sommaire d'une méthode, une sorte de guide donnant les indications les plus nécessaires, et laissant à chaque professeur toute Hberté d'action, dans les limites des principes primordiaux.

J'ai déjà traité, dans de précédents ouvrages^ quelques-uns des sujets sur lesquels je viens appeler de nouveau l'attention ; le lecteur pourra y recourir ^ ; il y trouvera des exphcations et des développements utiles pour compléter le travail très-succinct que je lui présente aujourd'hui. Les passages les plus essentiels à consulter seront indiqués par des renvois, et je compléterai, par quelques notes nouvelles, les enseignements des lettres que l'on va lire.

Avant d'entrer définitivement en matière,

t. Coup d' œil sur Venseignemenl des beaux-arls. — Éducation de la mémoire pittoresque.

Vni INTRODUCTION.

qu'il me soit permis de présenter ici quelques considérations qui m'ont été suggérées par l'état de divergence où se trouvent actuellement les esprits sur les questions d'éducation artistique.

Je n'ignore pas, par exemple, qu'il existe aujourd'hui de grandes préventions contre les modèles dessinés ou gravés, particulièrement contre ceux de figures ou de fragments de figure. On est encore sous le coup de l'irritation légitime, causée par le triste souvenir des modèles de Reverdin et de Julien, avec leurs hachures si compliquées et si prétentieuses. L'expérience en a fait justice. Leur imperfection, l'abus excessif de leur emploi expHquent une réaction qu'il faut, cependant, se garder d'exagérer ; elle appellerait à son tour une réaction contraire, résultat ordinaire de toute exagération (A).

Il s'agit aujourd'hui de la plus grande simplification possible^ soit pour les traits, soit pour les ombres. Dans ces conditions seulement, les modèles dessinés ou gravés peuvent continuer à remplir leur rôle utile dans la série des degrés de l'enseignement ;

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ils ont cet avantage de permettre au professeur d'exiger une imitation complète, parce qu ils restent fixes et ne se prêtent point aux à peu près, aux interprétations.

Ces modèles sont éminemment propres, d'ailleurs, à exercer^ à développer les facultés primordiales de rectitude et de précision. Or ces facultés essentielles sont comme les outils qui doivent être mis en état avant tout travail, spus peine de laisser toujours à rœuvre des traces d'imperfection. Les dessins copiés offrent une transition précieuse entre l'étude des figures géométriques et le dessin d'après la bosse. Nous livrons à l'examen réfléchi ce point spécial de la méthode.

La question (renseignement du dessin, après avoir été longtemps délaissée, est reprise aujourd'hui avec un zèle des plus louables. Plusieurs théoriciens, paraissant également convaincus, présentent chacun leur système et en réclament l'apphcation.

11 serait très- désirable que l'État, au heu de continuer à n'accueihir qu'une seule méthode, en adoptât plusieurs et favorisât à

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cet égard Tinitiative privée. On verrait alors l'enseignement se raviver par une émulation à la fois salutaire aux élèves, aux professeurs et aux méthodes.

Rien n'est plus favorable à Fart et à son enseignement de tous les degrés que la liberté^ la spontanéité ; rien ne leur est plus contraire que la centralisation excessive^ la réglementation étroite et l'uniformité.

Mon cher ami, vous me demandez de vous aider dans votre nouvelle et difficile tâche, en vous indiquant les principaux moyens d'enseignements que j'ai pu appliquer ou concevoir^ dans le cours de mon professorat. Je m'empresse de répondre à votre appel; mais je croirais vous rendre un faible service et mal justifier votre confiance, en m'en tenant strictement aux termes de votre demande.

Les moyens d'enseignements n'ont point une valeur absolue par eux-mêmes. Ainsi que les remèdes en médecine ou les procédés de culture, ils peuvent être utiles ou dangereux, suivant le moment et la mesure de leur application ; ils doivent, pour avoir une heureuse efficacité, être

LICTTRES A UN JEUNIC PROFESSEUR.

présentés dans un ordre méthodique. Cet ordre ne peut être déterminé qu'avecla connaissance précise du but qu'on se propose et des principes sur lesquels doiventsefonder les moyens destinés à atteindre ce but.

Dans mon dernier essai sur l'enseignement, après m'étre livré à diverses considérations sur cette question si importante du but et des principes, je m'exprimais ainsi :

« L'art est essentiellement individuel, Tindicc vidualité fait l'artiste.

« D'où résulte cette conséquence :

« Tout enseignement, pour être vrai et ra- « tionnel, doit se proposer de conserver, de « développer et de perfectionner le sentiment « individuel de l'artiste \ »

Ainsi, le but auquel doit tendre tout professeur chargé d'un enseignement des beaux-arts, quel qu'en soit le degré, est le développement des aptitudes artistiques, naturelles, de chaque élève. Les moyens^ exercices ou procédés d'enseignement, les meilleurs sont ceux qui concourent le plus sûrement et le plus directement à ce but.

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