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ENSEIGNEMENT MUNICIPAL DE LA VILLE DE PARIS

La ville de Paris n'a possédé pendant longtemps que deux écoles de dessin. Ce nombre, évidemment insuffisant; a été augmenté, tout d'un coup, dans une proportion excessive. Il eût été judicieux de prendre le temps nécessaire pour examiner préalablement l'état des méthodes, choisir ou former des professeurs ; il eût été convenable de n'ouvrir de nouvelles écoles que successivement, à mesure que le besoin en aurait été réellement reconnu dans l'industrie. Il est à craindre maintenant que, par faute de prévision et

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de connaissance suffisante de la situation industrielle, on n'arrive à produire un fâcheux encombrement dans plusieurs professions, surtout dans celles qui peuvent convenir aux jeunes filles.

La peinture sur porcelaine, par exemple, offrait aux femmes, il y a quelques années, des ressources assurées, des gains relativement considérables ; mais ces avantages ayant attiré un très-grand nombre de travailleuses, il n'y eut bientôt plus d'ouvrage pour tout lemonde^ et les salaires subirent de telles diminutions, qu'ils devinrent tout à fait insuffisants à l'existence même la plus modeste.

Les choses laissées à leur pente naturelle, le mal ne serait sans doute pas aussi grave que si une cause accidentelle puissante vient le précipiter; aussi qu'arrivera-t-il aujourd'hui que vingt nouvelles écoles ouvertes à la fois pour les jeunes filles, forment incessamment des élèves en grand nombre, toutes dirigées vers les professions qui passent pour être les plus prospères et les plus lucratives : la peinture des éventails, celle de la faïence, etc.. ?

Quoi qu'il en soit, les nouvelles écoles sont maintenant installées , pourvues d'un personnel complet, et l'on doit, avant de les juger au point

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de vue de renseignement, leur laisser le temps de s'établir et de faire leurs preuves.

Il ne saurait donc être question aujourd'hui de modifications dans les écoles de la ville de Paris. Tout au plus pourrait-on tenter certaines expériences dans quelques écoles primaires, non certes pour y introduire l'enseignement du dessin, mais pour rechercher s'il serait possible de rendre les jeunes enfants plus aptes à le recevoir plus tard.

L'enseignement primaire, tout en donnant aux enfants les connaissances indispensables, devrait, à mon avis, s'appliquer d'une manière plus particulière à exercer leurs organes, à développer leurs facultés , de manière à rendre plus faciles les enseignements de la seconde éducation. Agir ainsi, ce serait imiter l'ouvrier judicieux qui, avant de se livrer sérieusement au travail, met en état les mstruments dont il doit se servir.

Afin de simplifier cette question, si vaste en ellemême, je prendrai pour exemple la branche d'enseignement qui m'estplus spéciale, etje choisirai, parmi les organes dont on peut entreprendre et faire l'éducation, le sens de la vue, c'est-à-dire ici la faculté de déterminer par la vision la grandeur et la proportion des objets.

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Toutes les personnes qui se sont consacrées à renseignement du dessin savent quelle difficulté persistante l'élève commençant rencontre dans l'appréciation des grandeurs.

Cette difficulté est telle, qu'à vrai dire, elle n'est jamais entièrement surmontée; non-seulennent les élèves, mais les artistes les plus habiles n'exécutent jamais sans un effort pénible cette partie de leur tâche qu'ils appellent la mise en place ou la * mise ensemble; parce qu'il s'agit surtout, dans cette opération, de porter des jugements sur les dimensions relatives et sur les distances.

Or, il y a là en jeu une faculté qui ne se montre, peut-être , si rebelle que pour avoir été trop négligée dans le principe. A mon avis, l'éducation devrait agir sur elle dès le premier âge, afin de la soumettre plus tôt à une gymnastique fortifiante et graduée, qui en corrige, dès l'origine, les imperfections naturelles.

Je proposerais, à cet effet, d'introduire dans l'enseignement primaire^ peut-être même dans les salles d'asile, certains exercices ayant pour but de développer, chez les enfants, lajustessedu.coup d'œil.

Ces exercices seraient d'une extrême simplicité ; en voici le spécimen :

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Sur une feuille de papier ou sur un tableau noir serait tracée une ligne droite sur laquelle on indiquerait par deux points une grandeur métrique, soit un centimètre. Puis les enfants, munis d'un crayon, devraient, à tour de rôle, reproduire la même grandeur sur une autre ligne droite préalablement tracée. Dès que cette petite opération leur serait devenue familière, ils auraient à la répéter de mémoire, c'est-à-dire sans avoir sous les yeux le modèle de la grandeur à indiquer.

On ne tarderait pas, je l'espère, à fixer ainsi dans la mémoire des enfants le souvenir précis d'un centimètre, puis de plusieurs, du mètre entier^ de plusieurs mètres, etc.

Il est impossible d'indiquer ici tout le développement , toute la variété que ces exercices pourraient recevoir. Ils s'appliqueraient bientôt à tous les objets qui seraient sous les yeux des enfants.

On pourrait demander, par exemple, d'évaluer en mesure métrique les carreaux d'une fenêtre, la fenêtre elle-même ; le rapport existant entre la hauteur et la largeur de la porte ; la distance qui sépare entre eux les arbres du jardin ; ces petites leçons, rendues facilement attrayantes, devien-

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draient bientôt des sujets d'amusement pendant les récréations et les promenades.

L'habitude ainsi acquise de se rendre compte des grandeurs, au moyen d'une unité de mesure empruntée aux mesures usuelles, et gravée dans la mémoire, donnerait à l'œil une méthode de jugement et une grande précision dans l'appréciation des proportions et des rapports des objets extérieurs ; ce premier apprentissage deviendrait d'une grande utilité dans les différentes professions et industries auxquelles les enfants sont destinés.

Quant au dessin proprement dit, qui ne sent de quel secours lui serait cette préparation? Son enseignement se trouverait ainsi affranchi, du moins en partie, d'une de ses premières difficultés, et l'on pourrait espérer pour l'avenir des résultats plus sûrs et plus prompts que par le passé.

Comme je n'ai jamais enseigné des enfants ausi^i jeunes que ceux des écoles primaires et des salles d'asile, je n'ai pu mettre en pratique les exercices que je propose; mais j'en soumets l'idée à l'examen sérieux des hommes de progrès et d'initiative, en la recommandant à leur attention toute particulière, au nom de leur sollicitude pour les progrès des jeunes générations.

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