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Botanique spéciale, 3 leçons par semaine

(1) L’année précédente M Reichardt avait donné un cours spécial sur les Mousses cl les Fougères-

Que l’on sc reporte maintenant en Belgique et que Ton compare ce qui existe en Allemagne avec les programmes de nos universités !

Et Ton s’étonne de ne pas voir plus souvent surgir de véritables savants, de ne pas avoir des études plus solides : et l’on voit nos jeunes botanistes être obligés d’aller chercher à l’étranger le complément indispensable de leurs études !

Mais ce qui nous étonne, nous, c’est de voir encore une pléiade de jeunes savants sc former en Belgique.

Nous ne faisons pas ici le procès à la botanique seulement. Nous la prenons comme exemple, mais ce que nous disons de celle science est également vrai de toutes les autres, des sciences naturelles en particulier.

L’enseignement devient chez nous trop professionnel. Dans notre organisation sociale, l’institution de nos universités, gouvernementales ou libres, semble avoir surtout pour but de pourvoir la Société d’avocats, de médecins, d’ingénieurs. Sous ce rapport elles satisfont pleinement à ce qu’on attend d’elles et, en réalité, elles dolent notre pays d’un corps médical, d un barreau, d’une magistrature et d’autres professions libérales qui ne le cèdent à ceux d’aucun autre pays. Mais ce ne devrait pas être le seul but des universités. Les facultés de philosophie et des sciences sont trop sacrifiées respectivement à celles de droit et de médecine auxquelles elles conduisent.

Dans la plupart des cours on a énormément à enseigner et l’on s’adresse à un public nombreux et hétérogène. Ce que les cours gagnent ainsi en étendue il le perdent en profondeur. Ils suffisent amplement pour la préparation aux carrières professionnelles, mais nous les croyons souvent insuffisants pour les aspirations scientifiques.

Les universités doivent avoir un autre but et pourvoir à un second besoin de la société, celui de fournir au pays des savants, comme les académies de peinture et de musique doivent faire éclore des peintres, des sculpteurs et des compositeurs. Or c’est précisément ce but là qu’elles ont peine à atteindre pour ne pas dire plus. Là nous semble toute la question de l’enseignement supérieur et s’il était porté remède à ce mal là, nous n’aurions plus rien à désirer et bientôt plus rien à envier aux nations les plus favorisées. Le prétendu abaissement des études n’est pas vrai des carrières professionnelles, mais il n’est que trop réel dans le domaine de la science elle-même.

On est frappé, quand on parcourt les programmes des universités allemandes de l'extrême multiplicité de l’enseignement dans toutes les branches des connaissances humaines et surtout dans les facultés des sciences et de philosophie, lesquelles constituent en définitive le fondement de toutes les sciences humaines. Ainsi tous les talents, toutes les aptitudes des professeurs trouvent à sc produire: ainsi des idées neuves, des écoles nouvelles peuvent s’établir; ainsi le progrès peut sc continuer dans le sein de ce qui est le plus progressive en ce monde, la

science, les connaissances humaines. Ainsi la jeunesse avide de s'instruire trouve-l-elle de nombreuses sources pour s’abreuver; tous les germes qu’elle apporte avec elle seront fécondés; toutes les aspirations seront sou tenues.

Le devoir du gouvernement nous parait être de multiplier les sources de 1’enseignement; de favoriser, d’exiger peut-être des cours privés et publics; d’encourager largement les cours libres, d’ouvrir des chaires à tous ceux qui sont dignes d’y entrer. Divers moyens ont été proposés et essayés. Le nôtre pourrait être aussi mis à l’épreuve. Il consiste, répétons-le, à fixera l’université les jeunes talents parla création d’emplois secondaires avec faculté d’ouvrir des cours annexes de ceux dont la connaissance est nécessaire pour les examens professionnels.

Aussi, en Allemagne encore, il n’est pas de professeur d’une chaire scientifique qui n’ait au moins un assistant. On ne comprendrait même pas comment chez nous on peut s’en passer. Nous avons, il est vrai, la meilleure de toutes les raisons, la nécessité. Les professeurs les plus importants ont même deux ou trois assistants.

Par une mesure récente, l’arrêté du 50 janvier 1804, tous les docteurs sont autorisés sous certaines conditions à ouvrir dans les universités de l’Etat des cours privés portant sur des matières complémentaires de renseignement officiel. Nous applaudissons à celle décision, et surtout à l’esprit qui l’a inspirée. Elle est peut-être trop libérale, en ce sens que nous aurions préféré voir les facultés prendre les garanties dont elles doivent entourer leur autorisation, sous la forme des épreuves du doctorat spécial. Mais nous l’acceptons telle qu’elle est, dans toute sa libéralité. Reste à savoir quels effets elle produira dans la pratique et quel accueil lui est réservé de la part de ceux qu’elle concerne : les docteurs d’une part, les universités de l’autre : les premiers se présenteront-ils : les secondes autoriseront-elles? Quel esprit animera les uns et les autres?

Mais en supposant que des docteurs soient autorisés et qu’ils ouvrent des cours, quel sort leur est-il réservé? Quel avenir les altend-t-il ? De quoi vivront ces jeunes gens et quelle sera leur position? On nous répondra qu’il n’incombe pas au gouvernement de pourvoir aux besoins de tous ceux qui se présentent à lui, et qu’ils doivent trouver le salaire légitime de leur travail académique dans l’inscription qu’ils sont en droit de réclamer de leurs auditeurs; que si leur cours est bon, répond a un besoin réel, il sera suivi et dès lors salarié : que d’ailleurs ils sc trouvent dans le droit commun et sont déjà favorisés par l’hospitalité qu’ils reçoivent de l’université. Sans doute, tout cela est vrai. Mais telle n était pas notre question. Nous ajouterons encore que le gouvernement ne connaissant pas la valeur des candidats qui sc présentent pour ouvrir un cours ne saurait sc les attacher de suite cl que celle épreuve est précisément instituée en vue de permettre aux talents et aux aptitudes de se produire. C’est un agrégariat que l’on crée et qui se recrute

non par faveur ou noniinaliou du pouvoir, mais librement par une sorte de concours permanent, ce qui vaut bien mieux qu’un concours momentané et accidentel.

Notre question sera désormais mieux comprise. Que peut espérer le jeune homme de talent, qui aura réussi dans son enseignement préparatoire? La mort la plus prompte possible de l’un des titulaires du professorat. Cette espérance est malséante , inavouable et sa réalisation souvent à longue échéance; elle sci*ail parfois trop ambitieuse. Mais en admettant qu’elle puisse être nourrie, de quoi peut vivre, pour tout dire en un mot, celui qui se prépare ainsi au professorat. Du produit d’un cours que les étudiants ne doivent pas suivre pour leur examen. Cela ne saurait être sérieux. Mais ce qui nous parait vrai, c’est que si le jeune homme a du talent, la pratique de la médecine, l’exercice du barreau, les besoins de l’industrie ou quelque autre chose l’auront bientôt attiré et distrait de l’université. Si l’on pouvait le fixer par quelque fonction utile d’ailleurs, il ferait dès lors partie de l’Université? Je voudrais qu’on pût le nommer préparateur, conservateur, assistant, ou quelque autre chose semblable. Dès lors il serait rassuré pour son avenir. Non pas qu’il doive nécessairement arriver au professorat dans l’université à laquelle il est attaché, mais continuant à faire preuve de talent, lorsque quelque part dans le pays une position plus ou moins supérieure à la sienne deviendrait vacante, l’opinion publique se porterait sur lui. Pour la botanique les besoins sont grands et les positions nombreuses. Que chacun dans la limite de sa compétence cite les carrières auxquelles telle ou telle science peut conduire.

Il n’en est pas autrement en Allemagne. Les universités se font une véritable concurrence et cherchent à s’attirer les savants en renom. La plupart des professeurs passent plusieurs fois dans leur vie d’une université à une autre. Qui agrégé ici, devient professeur extraordinaire ailleurs, puis professeur ordinaire dans une troisième université et à chaque déplacement il voit sa position s’améliorer.

Les agrégés ne jouissent en Allemagne d’aucun traitement et n’interviennent en aucune façon dans l’administration de l’université. Us n’ont pas officiellement les prérogatives du professorat. Cependant ils sont nombreux et donnent des cours importants et fort suivis.

Chez nous, il faut bien le reconnaître, l’esprit scientifique n’est pas aussi vivace qu’en Allemagne. Et puis nous aimons, dans notre esprit pratique, une position stable, quelque mince quelle soit ; nous aimons, en outre, à reconnaître l’intervention d’un pouvoir, l’esprit d initiative

n’est pas aussi développé qu’il pourrait l’être. Ici se fait sentir la part d’influence qu’exerce sur notre esprit notre voisinage méridional.

Jamais, à aucune époque de leur histoire , les universités ne furent considérées comme faisant partie de l’administration. Leur autonomie est considérée comme la pratique du grand principe de la liberté de la

intégrité. En France, l’administration nous semble prévaloir trop dans le régime des Académies ou des Facultés, comme on nomme les différents corps qui composent l’Université de France. Quant à nous, nous nous trouvons entre l’Allemagne et la France et l’intlucnce de ces deux puissants voisins se fait également sentir. Cependant, l’état de la législation est libéral et le Gouvernement, loin de combattre l’esprit d’initiative dans les Universités, cherche au contraire à le développer. Chez nous, comme en Allemagne, le Gouvernement s’est réservé l’approbation du programme des cours afin de s’assurer si toutes les matières nécessaires pour les examens y sont convenablement professées. 11 doit être entièrement satisfait sous ce rapport, car les litres des cours sont presque sans exceptions copiés sur les termes mêmes de la loi. Mais il est peut-être le premier à regretter de ne voir rien figurer au programme que ce qui doit s’y trouver. 11 engage à ouvrir des cours privés et des cours publics, mais son appel est peu entendu. Chaque cours est comme un traité général cl encyclopédique de la matière, point de cours spéciaux, de monographies; on ne sort pas du nécessaire professionnel. Sans méconnaître plusieurs causes de cet état de choses, il nous parait que la principale est le trop petit nombre de professeurs; la plupart se trouvent déjà trop surchargés par l’accomplissement de leurs fonctions obligatoires. 11 faut donc chercher à en augmenter le nombre, bientôt alors viendra l’émulation, l’esprit scientifique sera surexcité; on sortira un peu du cadre officiel et professionnel. Et puis enfin l’autonomie universitaire sera renforcée.

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