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L’ENSEIGNEMENT BOTANIQUE A PARIS EN

Mon c ii i: n monsieur Morren,

— A part le cours de M.Chatin, à l’école de Pharmacie, la botanique ne se donne qu’au second semestre qui commence suivant les écoles, à des époques différentes. Généralement fin de mai, commencement d’avril.

La botanique possède à Paris de nombreuses chaires, et trois jardins botaniques.

Les cours sont, absoluments libres et gratuits. Je les suis avec une simple carte d’étudiant bénévole qui ne m’a pas coûté un liard. Et encore n’ai-jc jamais eu besoin de m’en servir. Des hommes de tout âge, des hommes du monde, des dames, là où l’entrée leur est permise, forment le public de ces cours, public assez souvent variable selon les caprices de la mode ou du goût. Généralement un groupe d’auditeurs sérieux assiste avec régularité. Le reste est le premier venu, qui veut passer une heure agréable et instructive. Nulle condition n’est requise à proprement parler, même à l’école de médecine, où pourtant ce sont les élèves qui forment la majorité; les autres sont quelques médecins, pharmaciens, herboristes, et quelques hommes de loisir, nombreux à Paris qui suivent par goût les cours et les herborisations.

Sous le titre d’ Histoire naturelle médicale , Mr Bâillon donne à l’école de médecine un cours de botanique les lundi, mercredi et vendredi de 1 1 heures à midi, depuis la fin de mars jusques au milieu d’août, époque où l’école se ferme. Les étudiants en médecine le suivent en grand nom-

(1) Un de nos amis, jeune et savant docteur en sciences naturelles, a bien voulu, sur notre demande, pendant qu’il est à Paris, pour compléter scs études, nous adresser une lettre pour nous renseigner sur l’enseignement de la botanique dans la capitale de la France. Nous croyons qu’il est utile et intéressant de la publier ici.

bre, de 550 à 400 auditeurs approximativement, avec les curieux, les oisifs, dont j’ai déjà parlé. Son cours se complète par des herborisations assez fréquentes.

Dimanche dernier 28 juin, nous sommes allés explorer la belle forêt de Fontainebleau. Au départ nous étions environ 120. Mais à peine 80 d’entre nous ont suivis jusqu’au bout, entre autres une demoiselle fort courageuse, ma foi, car il n’y a pas que les étudiants, qui fréquentent les herborisations; un grand nombre d’étrangers y assiste comme aux cours.

Je me suis vainement adressé au secrétariat de l’École pour avoir quelques renseignements sur le nombre des élèves. On n’en fait pas de rapport, m'a-t-on dit, puisqu’il n’y a pas d’appariteur pour demander les cartes et pour noter les présences. Et tel cours a 000 auditeurs (le cours de 31. Trousseau , par exemple; le grand amphithéâtre est alors tout plein), tandis que tel autre, comme celui d’IIygiène, compte à peine 100 auditeurs. Le cours de 31. Bâillon est bien suivi ; il a, d’après mon évaluation, de 5 à 400 auditeurs. Il en est de même pour les cours scientifiques de la Sorbonne, pour lesquels les candidats à la licence et au doctorat en sciences, doivent seuls se faire inscrire, encore ne les suiventils que quand ils le veulent bien. Cette catégorie d’auditeurs est peu nombreuse : au secrétariat on m’a dit qu’il n’y avait que 6 élèves inscrits pour la licence; le reste est formé de curieux, d’auditeurs libres, de vieillards, d’abbés. En somme, un auditoire très-varié, où se trouvent fort peu d’étudiants, fréquente le cours de 31. Duchartrc, les mercredi et les vendredi à midi, du 15 mars au 28 juin. J’ai régulièrement suivi ce cours : de 50 à 80 personnes y assistent. 31. Duchartrc ne fait pas d’herborisation. Cette année il avait pris pour objet du cours : la physiologie végétale. L’année prochaine ce sera le tour des familles naturelles et de la géographie botanique.

31. Chatin professe pendant toute l’année, 5 fois par semaine, un cours de botanique à l’École de Pharmacie. Là il y a moins d’étrangers : les élèves sont en plus grande majorité qu’à l’École de 31édecine, puisque l’École de Pharmacie est plus loin du centre. J’ai assisté une fois à ce cours, qui compte régulièrement de 00 à 80 auditeurs, m’a-t-on dit. 31. Chatin traite aussi très-fréquemment de la botanique rurale. J’ai assisté à une herborisation de ce professeur au Bois de Boulogne : nous étions très-nombreux. Un jardin de pharmacie bien entretenu est attenant à l’école.

Au 3Iuséum d’histoire naturelle, les cours sont absolument libres, et suivis par des hommes de loisirs et d’études et par des auditeurs d’aventure.

31. Brongniart, sous le titre de Physiologie comparée , y a donné cette année, depuis le mois de mars, un cours sur les dicotylèdons gymnospermes, les monocotylédons , les cryptogames et les plantes fossiles, les

lundi, mercredi et vendredi à 91 /2 heures. C’est un cours très-intéressant, que la clinique des hôpitaux m’a malheureusement empêché de suivre. J y ai compte de 40 à 50 auditeurs.

31. Decaisnc est professeur de culture. Il parle des applications de la physiologie végétale à la culture et de l’histoire des végétaux cultivés, les mardi, jeudi et samedi à 8 1/2, depuis le mois de mai. 11 a 55 à 50 auditeurs.

M. Georges Ville enseigne la physique végétale au Muséum. 11 traite des conditions et des agents qui déterminent, favorisent et règlent la production des végétaux. Son cours est considéré comme une préparation a l’élude pratique des principaux systèmes de culture. Une trentaine d’auditeurs suit sou cours.

Le collège de France ne compte pas de professeurs de botanique.

Le conservatoire des Arts et Métiers est la Sorbonne de la classe ouvrière. Les cours s’y donnent le soir.

H est inutile de dire qu’ils sont gratuits, libres de toute inscription, de tout contrôle. Pour tout appariteur, un garde de Paris, en faction, y maintient l’ordre. Us sont très-bien suivis par des ouvriers et des patrons, et par beaucoup d’autres personnes qui veulent s’instruire.

M. lioussingault y donne la Chimie agricole (action de l’engrais et de l’atmosphère sur la végétation; alimentation des hommes et des animaux) le dimanche à 10 5/4 du malin et le jeudi à 7 1/2 heures du soir.

31. Moll y enseigne YAg riculture (assolement et rotation; direction de l’entreprise agricole) à 7 1/2 heures du soir les mardi et jeudi, elM. 31a n gon, les Travaux agricoles et le génie rural (travaux du sol, récolte, constructions) à 7 1/2 heures du soir, les mercredi et samedi.

Vous voyez bien, Monsieur, aux litres seuls de ces cours qu’ils ne rentrent plus dans renseignement classique de la botanique.

Outre les cours, nous avons des conférences. Ainsi M. Georges Ville, du Muséum, a donné quelques conférences agricoles à l’institut de Vincenncs. J’ai à vous mentionner de plus un cours pratique d’arboriculture au jardin de Luxembourg.

Le jardin botanique du Muséum est bien tenu : Les serres, l’orangerie sont fort belles. Un musée de botanique se trouve aussi dans l’établissement.

Le jardin botanique de l’École de médecine est enclavé dans le jardin du Luxembourg. Il est pauvre en espèces : une pétition circule parmi les étudiants pour qu’il soit rendu convenable.

Paris. 2 juillet !8{i'i.

Votre bien dévoué, Charles Heypens.

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