I.'kCOI.E l'UlMAlRi: FllA.NÇAISE
Ne risquons pas, par des leçons d'une trop imprudente générosité, de mettre dans un prochain avenir une France moralement désarmée en face de nations où les instincts de conquête et de domination doivent certainement l'emporter longtemps encore.
Disons bien haut, puisque c'est une vérité volontiers proclamée par des penseurs de tous les pays, qu'il serait non seulement injuste mais funeste au progrès de la civilisation que, pour avoir servi avec trop de confiance les causes de la paix et de la fraternité, nous fussions à la fin victimes d'un coup de force. Ajoutons que le génie largement humain du peuple qui a fait la Révolution rayonnera dans le monde avec d'autant plus d'efficacité qu'il pourra s'appuyer sur une puissance mieux affermie, et que si la France républicaine, avec l'esprit qui l'anime aujourd'hui, avait en Europe la prépondérance qu'eut la France monarchique avant les désastres napoléoniens, tels crimes qui s'accomplissent librement hors de nos frontières et qui révoltent notre conscience d'hommes civilisés, ne se commettraient sans doute pas.
Ainsi nos élèves emporteront de l'école non la haine et le mépris de l'étranger — ce qui serait insensé et funeste — mais, en même temps que l'amour réfléchi de l'humanité, l'amour ardent et le
Qi ENSEIGNEMENT ET DÉMOCRATIE
respect profond de cette grande personne morale qu'est la République française, servante du Droit et créatrice de paix entre les peuples ; — non l'ambition des conquêtes par la violence ou par la ruse, mais le désir des succès légitimes dans les œuvres d'expansion pacifique, dans les arts, dans les entreprises de toute nature qui ont pour objet d'accroître la prospérité morale et matérielle du pays.
En nous quittant, ils seront déjà des patriotes — des patriotes ennemis d'un absurde chauvinisme, mais résolus à tous les sacrifices pour que la France soit mise désormais à l'abri des coups de main et qu'elle prospère en toute sécurité dans les voies de la justice et de la paix.
Le second écueil, c'est que l'éducation scientifique — nécessairement si modeste — soit entendue de telle sorte que l'élève ne tiendrait guère pour vérité certaine que ce qui donne prise à l'observation directe, qu'il ferait bon marché de ce qu'on nomme vérités morales, qu'il professerait volontiers du dédain etde l'intolérance vis-à-vis des opinions d'aulrui lorsqu'elles ne cadreraient pas tout à fait avec sa propre expérience, et qu'enfin le respect étroit et mal compris de la science ne le conduisît à une sorte de fanatisme à rebours.
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i.i; TYi'i: ii'i'Nr. bonne kcolf. I'Himaiiu: fuançaisf.
Arrivcau lormotlo ecUe étude qui n'est, vous l'avez vu, que l'historique incomplet des progrès matériels et moraux de l'enseignement primaire, si l'on me demandait de décrire, en dix lignes, dans sa réalité présente, le type d\iue bonne école primaire française, je dirais :
C'est vraiment déjà une maison d'éducation.
Elle n'est pas trop mal installée, et la fréquentation de ses élèves n'est pas trop irrégulière.
Elle est pourvue d'un outillage suffisant et de maîtres assez cultivés, presque toujours dévoués.
Elle sait procurer à la plupart de ses élèves les connaissances élémentaires et les habitudes pratiques nécessaires à tout homme dans toute société civilisée ; elle y ajoute parfois une première initiation professionnelle.
Elle exerce et respecte passablement leur intelligence, elle discipline leur volonté, leur inspire le respect de la règle, et leur met au cœur quelques sentiments élevés et généreux, le plus souvent en dehors de toute préoccupation religieuse. Enfin, elle amorce efficacement leur éducation de bons Français et de bons citoyens d'un pays libre. — Malheureusement, ses élèves lui échappent trop tôt pour que son
action sur eux ne reste pas, malgré tout, un peu superficielle et fugitive.