‹ Enseignement et démocratieChapitre 32 sur 107 · DE I80O A I · texte numérisé non relu

DE I80O A I

Pendant la période qui va de 1850 à 1881, il nous suffirait d'écrire le mot néants puisque les quelques rares écoles primaires supérieures qui subsistèrent et vécurent d'une vie assez autonome ne furent que tolérées, et seulement dans les grandes villes parce qu'elles y trouvaient un recrutement facile et qu'elles ne nuisaient ni aux collèges, ni aux lycées.

Pourtant l'idée avait fait son chemin et avec l'institution du suffrage universel, les progrès de l'industrie, l'extension du commerce et les échanges internationaux, on comprit qu'il devenait de plus en plus urgent de développer, de compléter l'enseignement primaire élémentaire.

ENSEIGNEMENT ET DÉMOCKATIE. 6

On feignit d'abord de donner satisfaction à ce besoin, en encourageant officiellement les cours du soir, dits cours d'adultes. Hélas ! on revint bien vile de son erreur. Ce n'était pas un complément d'instruction élémentaire qu'on devait donner, c'était plutôt un recommencement. On se trouvait en présence d'adolescents qui avaient presque complètement oublié les rudiments de l'instruction et l'on devait reprendre à la base, voire même souvent enseigner l'alphabet à de véritables illettrés.

On s'aperçut qu'il fallait reprendre l'idée de Condorcet, à savoir : compléter l'instruction élémentaire des enfants de cette population laborieuse qui tient le milieu entre le modeste ouvrier et le riche bourgeois, et que si le ministre Guizot avait malencontreusement accouplé deux mots qui juraient de se voir ainsi accolés : primaire et .supérieur^ on devait trouver un autre titre répondant mieux à cet enseignement qu'il fallait conserver à tout prix. On discuta sur les épithètes : professionnel., intermédiaire, spécial., pratique., usuel, moifen., moderne, etc., et Ton ne put tomber d'accord.

Enfin, au mois de janvier 1878, le ministre de l'Instruction publique. M. Bardoux, nomme une Commission en vue de jeter les bases d'une réorganisation complète de notre enseignement primaire supérieur. Sans attendre la lin des travaux de cette

l.'KNSEir.NEMF:NT IMUMAinF. SUPÉRIEUR 8o

commission, le ministre, à la dale du Hî mai do la même année, adresse aux i)rétots, une circulaire très courte, mais fort importante.

Il y est fait mention qu'une somme de 110 000 fr. a été inscrite au budget de Texercice 1878 pour favoriser la création d'écoles primaires supérieures, que le même crédit a été porté à 360 000 francs au budget de 1871) afin d'être employé à payer un certain nombre de chaires dans lesdites écoles, h y entretenir des bourses d'externes et enfin, à venir en aide aux communes au moment de la fondation du ?îOi(vel enseignement , dans les localités où il existerait des éléments convenables.

Cette fois c'était bien l'appui gouvernemental assuré. Cet appui se confirma de nouveau, le 4 novembre 1878, parle dépôt d'un projet de loi, relatif à l'organisation de l'enseignement primaire supérieur.

Ce projet est précédé d'un exposé des motifs des plus remarquables. C'est un résumé très complet de l'histoire de l'enseignement primaire supérieur.

D'après les rapports adressés en 1874 par les Inspecteurs d'académie, il n'y avait plus à cette époque que 39 écoles primaires supérieures publiques en exercice.

Suit une comparaison entre ce que doit être l'enseignement primaire supérieur et ce qu'était alors

l'enseignement secondaire spécial. Le premier s'adresse à une population différente et plus nombreuse : (^ celle qui a besoin de donner à ses enfants une instruction un peu plus étendue que celle des écoles élémentaires ; c'est aussi celle des artisans des villes et des campagnes, qui n'ont pas besoin de l'enseignement un peu trop théorique des lycées et des collèges, mais pour qui un enseignement plus varié et plus substantiel que celui des écoles communales est indispensable, afin de préparer leurs enfants à toutes les professions qu'ils peuvent embrasser. »

Dans ce projet, tout en rendant hommage aux écoles de Paris, connues sous le nom d'éco/es Turgot^ qu'on a présentées comme le type à imiter, le ministre dit : « Il y a, dans ces écoles, une large organisation matérielle et un nombreux personnel enseignant que permettent à la Ville de Paris sa richesse et son immense population, aux besoins si variés, mais qu'on ne pouvait proposer comme modèle aux villes placées dans des conditions infiniment plus modestes, et à plus forte raison, aux campagnes. »

Le ministre voudrait poser en principe que les futures écoles primaires supérieures fussent érigées en externats, mais avec facilité d'y annexer un pensionnat, si les villes le jugeaient nécessaire.

l.'r.NSKh.NT.MI-.M l'HIMAIKF. SUPKUIFAH 8o

Le projet de loi de M. Bardoiix dislingaait deux sortes d'écoles supérieures : celles des villes cl celles des campagnes, les écoles urbaines et les écoles rurales ; les premières devaient être établies dans des villes ayant plus de 3000 habitants. Bien que la durée normale des études fut de trois ans, une quatrième année pouvait être autorisée dans les écoles urbaines.

Le projet de loi prévoyait en outre les conditions dàge et de capacité exigées des élèves et des maîtres, enfin un chapitre spécial était consacré aux écoles supérieures de lillcs, mais en raison des difficultés budgétaires et du manque du personnel enseignant on ne croyait pas devoir, pour les écoles de filles, imposer l'obligation comme pour les écoles de garçons. A noter encore, dans ce projet, que les dépenses nécessitées par l'enseignement primaire supérieur devaient être à la charge des communes.

Le 6 décembre 1879, Paul Bert, député, présenta à la Chambre un important projet de loi sur l'enseignement primaire en vue d'établir l'obligation et la gratuité. Il y est naturellement question de l'enseignement primaire supérieur qui, selon l'expression du rapporteur, comprend le développement des matières de l'enseignement primaire. On n'est pas bien exigeant sur les titres de capacité puisqu'il y est dit que le brevet supérieur suffit pour être directeur ou directrice de ces établissements.

Mais, à la différence du précédent projet, celui de Paul Bert exige qu'une école primaire supérieure pour chaque se.ce devra être établie dans chaque canton, dans les communes que déterminera le conseil départemental.

Les premiers textes que nous ayons à citer sont le décret et l'arrêté du 14 janvier 1881 qui déterminent les conditions que doivent remplir les établissements d'enseignement primaire supérieur pour être admis à participer dans une mesure quelconque aux encouragements de TKtat.

Ici apparaissent nettement, dès l'article premier et pour la première fois, deux catégories d'établissements publics d'enseiguement primaire supérieur :

Les cours complémentaires ou écoles d'un an annexées à l'école élémentaire ;

Les écoles primaires supérieures proprement dites ayant un personnel distinct et comprenant au moins deux années d'études.

Parmi les conditions que devront remplir les communes qui solliciteront le concours de l'Etat, il faut noter celle-ci :

Ces communes devront assurer à tous les élèves la (jraluité de l'enseuinemenl, ou, s'il est établi une rétribution scolaire, s'engager à en verser le produit intégralemenl dans la caisse des écoles.

L'arrêté du même jour, L'i janvier 1881, détermine

i.'i:xsF.ir.NKMr.M i'ium.mhi: sri'Kiur.iu 87

le miuiimim tics coiulitions à r(.Mii[)lir pour avoir droit aux subventions de l'Etat en ce qui concerne :

[" Les titres de capacité du personnel ;

:2'^ L'état des locaux ;

3"^ L'effectif scolaire ;

ï'^ Les programmes d'études ;

Page 1