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I. V. Revue de mélapliysique et de morale, novembre

Mais surtout nous aimerions à montrer, par Texemple du hobbisme, combien la considération de théories que Ton aurait crues mortes et à peine susceptibles d'éveiller un intérêt historique, peut offrir d'instructive actualité aux esprits que préoccupent les problèmes supérieurs de la vie contemporaine.

La philosophie hobbiste présente, si l'on peut dire, un double visage. Ses données initiales sont, d'une part, la sensation génératrice de toute science, de l'autre, l'impulsion appétitive, génératrice de toute' moralité. Mais de ces données une déduction rigoureuse, menée selon le mode géométrique, développe des conséquences qu'une construction purement a prioristique compose ensuite en un système harmonieux de l'homme et du citoyen. Ce système aboutit, dans l'ordre moral et dans l'ordre politique, indissolublement liés l'un à l'autre, à un étatisme absolu, qui ne tolère ni chez les sujets le plus léger maintien de franchises quelconques, ni chez le Souverain — que celui-ci soit le peuple, une élite, ou un monarque — le moindre partage des attributions inhérentes au suprême pouvoir. Ce Dieu humain, Léviathan monstrueux, que l'industrie de notre race a fabriqué artificiellement, pour s'assurer le bien par excellence, qui est la paix entre les membres d'une même collectivité, couvre de sa protection sans

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limites les activités individuelles. La crainte l'espectiieuse qu'il inspire et qui bientôt agit de manière insensible, puisqu'il contient par l'idée seule de sa force toutes les unités politiques à leurs rangs respectifs, se substitue heureusement aux alertes, anxiétés, terreurs à tout instant renaissantes qui, durant la phase pré-sociale, étaient la condition normale d'agglomérations humaines toujours en péril, toujours incertaines de leur lendemain. L'organisation civile une lois achevée, la quiétude n'a pas tardé à renaître dans les co'urs et, selon une antithèse que le chancelier Bacon avait formulée, la maxime attristante : ho?iîo Jiomini lupus a fait place à la maxime rassérénée : homo homini deus.

Cette formule devenue banale : homo homini lupus, a donné lieu à des contresens. On a compris que Hobbes avait par ces mots voulu symboliser on ne sait quelle période antéhistorique où les individus juxtaposés en groupements dépourvus de communes règles ne connaissaient d'autre voix que celle de leurs instincts, où les égoïsmes prêts à une mutuelle attaque étaient tout à la fois menaçants et menacés. M. Dunan parait d'abord favoriser cette interprétation quand il écrit : « à l'état de nature, l'homme est, selon Hobbes, une brute qui ne pense pas, qui n'a que des appétits, et qui les satisfait dans la mesure de sa force. » Mais, un peu plus bas, il efl'ace sagement la grave inexactitude qui vient de lui échapper et concède que, pour Hobbes, même en cet état primitif, l'homme est capable de pensée et de réflexion.

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Ce n'est pas assez dire. L'homme primitif, que Hobbes a exclusivement en vue, n'est pas seulement doué de réflexion, il est, par essence, raisonnable. Et c'est parce que l'on peut retracer la suite logique des ordres que sa raison lui dicte en vue de satisfaire aux plus impérieux et aux plus permanents de ses appétits, qu'il existe une morale infra-politique^ si Ton peut dire, morale qui comprend deux chapitres : l'un très court énonce les droits naturels, l'autre, bien plus abondant, développe les lois impliquées par ces droits, c'est-à-dire, en réalité, les devoirs naturels. Tout le droit, en dernière analyse, consiste dans la liberté (la liberté phj'sique, car le hobbisme n'en comporte point d'autre) d'user de ses facultés naturelles selon les dictées de la droite raison. Et les devoirs ou les lois naturelles se confondent avec ces dictées, dont la première lui commande de préserver à tout prix notre vie et nos membres, attendu que la conservation personnelle est le premier bien^ puisque, à défaut de celui-là, tous les autres s'évanouiraient. Les dictées suivantes déterminent les obligations qu'entraîne ce souci fondamental de sécurité. Entre ces obligations, il en est une qui domine tout le code de la morale naturelle et jette le pont avec la morale civile : « respecter les pactes que l'on a consentis ». Or le pacte des pactes n'estil pas celui par lequel, en vue de nous garantir cette paix, qui est le bien par excellence, nous remettons tous nos droits à l'élu de la collectivité, nous construisons volontairement l'édifice de sa toute-puis-

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