‹ Enseignement et religionChapitre 37 sur 45 · LE LÉVIATIIAN ET LA PAIX PERPÉTUELLE · texte numérisé non relu

LE LÉVIATIIAN ET LA PAIX PERPÉTUELLE

sance ? Cet élu désormais réunira dans ses mains le glaive de justice et le glaive de guerre. Législateur unique, il déterminera le tien et le mien, il définira le crime, il édictera les sanctions. Le corps de ses décisions constituera le droit civil. La morale naturelle de tout à riieure, morale toute platonique et que les instincts indisciplinés demeuraient, en fait, maîtres de démentir, abdique devant la morale de l'Etat. M. Dunan ne s'explique pas que l'une et l'autre morale puissent ainsi persister côte à cote; il reproche à Hobbes cette inconséquence de juxtaposer au droit naturel un droit différent propre à l'homme social. Mais il oublie que le second est l'émanation du premier, que la morale primitive ne coexiste pas plus avec la morale civile que le bouton ne coexiste avec la fleur en la(|uelle il s'estépanoui. Dudevoir de respecter ses pactes, auquel se ramène toute la morale selon la nature, est né le devoir a d'obéissance simple », en qui se résume toute la morale sociale, prescrite par la Souveraineté.

Ainsi donc la morale naturelle tout à la fois a disparu devant la morale civile et demeure immanente à celle-ci. On ne conçoit pasbiencommentla seconde pourrait se placer en opposition avec la première. Y a-t-il une hypothèse imaginable, aux termes de laquelle le Souverain pourrait être supposé dicter cet ordre absurde : «je t'ordonne de ne tenir nulcompte du pacte qui me soumet ta volonté » ? Or, la fidélité au pacte, conséquence du premier devoir: «veuille à tout prix préserver la paix », condensait, nous le répétons^

tout le code des droits et des devoirs selon la nature. Dès. lors tombe l'objection capitale de M. Dunan contre le système : « la constitution de TÉtat a été pour moi une ruse, l'obéissance que je lui donne est une ruse encore, l'un des moyens dont j'use pour me conserver... ; c'est un moyen... qu'à tout moment je dois être disposé à sacrifier à la fin pour laquelle il sert. Sous les apparences d'un citoyen soumis aux lois, je suis un révolté. » — En aucune manière, répondrait Hobbes. L'édification de la souveraineté n'est point une ruse, mais, ce qui est bien différent, l'œuvre artificielle, même le chef-d'œuvre du génie humain. Cette œuvre, c'est la loi naturelle ou, en d'autres termes, la raison, qui a prescrit de l'accomplir et la même raison avait au préalable enjoint le respect des contrats, respect non pas extérieur ou affecté, mais loyal, sincère, intime, obligeant la conscience « dans le for intérieur)), assujettissant déjà aux libres et douces chaînes delà reconnaissance les intentions. Ruser avec le pacte, c'est déjà trahir le pacte ; c'est forfaire, intentionnellement, à la loi civile et, par suite, à la loi naturelle invisible et présente sous les stipulations des législations établies. Et que l'on ne dise pas : « logique, tout cela! l'homme, dans la cité, ne se réduit pas à une pure force intellectuelle que l'abstraite Logique meut et dirige.» — Ici, répondrons-nous, une distinction est nécessaire : ceux pour qui la souveraineté, selon la conception hobbiste, légifère, se peuvent répartir en deux classes: les irrationnels et les réfléchis. Ces derniers seront

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