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tions religieuses et cela sans que personne ait le droit de préjuger de ses convictions piojjrcs pcjur encontre la foi, il jiroteste énergiquement contre le sophisme qui consiste à méconnaître ou à nier le côté « spirituel » d'une notion, sous prétexte fjue l'on en a précisé le mode d'acquisition ou que l'on en saurait décrire les déchéances pathologiques. Ce sophisme est couramment commis par ce qu'il appelle le (( matérialisme médical », matérialisme dont on reconnaît l'expression fréquente dans le langage tenu par les personnes « non sentimentales », lors- <|u'elles apprécient les dispositions éthiques de leurs amis. Et de citer, avec ([uelque humour, les traits suivants : « Alfred ne croit si fortement à l'immortalité que parce qu'il a un tempérament très émotif. La mélancolie de William au sujet de l'Univers est due à sa mauvaise digestion : il a probablement le foie paresseux. Le plaisir qu'Elisa éprouve à l'Eglise est un symptôme de sa constitution hystérique. Pierre serait moins troublé au sujet de son âme, s'il se décidait à prendre plus d'exercice au grand air, etc. Un exemple plus complètement développé de ce même genre de raisonnement est la façon tout à fait commune chez certains écrivains, de critiquer les émotions religieuses en en montrant la connexion avec la vie sexuelle. La conversion est une crise de la puberté et de l'adolescence. Les macérations des saints et la dévotion des missionnaires ne sont que des cas de l'instinct parental d'abnégation dévié. Pour la nonne hystérique, affamée de vie naturelle, le
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Christ n'est que le substitut imaginaire d'un plus terrestre objet d'affection. Et ainsi de suite.
« Nous sommes tous, continue M. William James, srénéralement familiers avec cette méthode de discréditer les états d'esprit qui nous inspirent de l'antipathie. Nous l'employons tous à quelque degré quand nous critiquons les personnes dont les états d'esprit nous paraissent forcés. Mais quand d'autres critiquent nos envolées d'âme plus exaltées et les dénomment la simple expression de notre disposition organique, nous nous sentons outragés et blessés, car nous savons que, quelles que soient les particularités de notre organisme, nos états d'esprit ont leur valeur substantielle comme révélations de la vérité vivante et nous voudrions que tout ce matérialisme médical fût forcé de tenir sa langue...
« Mais donnons à la question toute son ampleur. La psychologie moderne, découvrant des connexions psycho-physiques solidement établies, admet comme une hypothèse commode que la dépendance des états d'esprit à l'égard des conditions organiques doit être absolue et complète. Si nous adoptons l'hypothèse, alors, certes, ce sur quoi insiste le matérialisme médical doit être vrai d'une manière générale, sinon dans chaque détail. Saint Paul eut certainement un accès épileptoïde, sinon épileptique ; George Fox était un dégénéré héréditaire ; Carlyle fut sans aucun doute auto-intoxiqué en quelqu'un de ses organes. Mais, maintenant, je vous le demande, comment une telle explication existentielle des faits de l'histoire
mentale peut-elle décider en un sons on en raulre de leur signification spirituelle ;' Selon le postulat de la psychologie rapporté plus haut, il n'y a pas un seul de nos états d'esprit, élevé ou inIV'rieur, sain ou morbide, qui n'ait quelque processus organique pour condition. Les théories scientifiques sont organi- ([uement conditionnées tout autant que le sont les émotions religieuses et, si seulement nous connaissions les faits assez profondément, nous verrions sans aucun doute le foie déterminer les dires de l'athée brutal aussi décisivement qu'il détermine ceux du méthodiste que sa conviction rend anxieux au sujet de son âme...
« Dans les sciences naturelles et les arts industriels, il n'arrive jamais à personne d'essayer de réfuter des opinions en décrivant la constitution neurologique de leur auteur. Dans ce cas, les opinions sont invariablement soumises à l'épreuve de la logique et de l'expérience ; il n'importe ce que peut être le type neurologique de celui qui les professe. Il ne devrait pas en être autrement pour les opinions religieuses. Leur valeur ne peut être établie que par des jugements spirituels directement émis à leur sujet, jugements basés premièrement sur nos propres sentiments immédiats et en second lieu sur ce que nous pouvons affirmer de leurs relations expérimentales à nos besoins moraux et à l'ensemble de ce que nous tenons pour vrai.
« Bref, la clarté immédiate (immédiate luminousness), la rationalité philosophique et la plénitude de
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l'assistance morale {inoral helpfulness) sont les seuls critères valables... »
Il est remarquable qu'un Descartes, écrivant son Traité des Passions, un Malebranche composant les premiers livres de sa Recherche de la Vérité, auraient pu s'approprier de tout point un tel langage. Et, de fait, nous serions assez tenté de croire que, pour son propre compte, M. William James incline vers une sorte d'occasionnalisme, comme on en peut juger par son opuscule sur VImmortalité de l'âme^ : il se reconnaîtrait ainsi le droit de considérer tous les faits de la vie mentale, par conséquent tous nos concepts eux-mêmes, comme organiquement conditionnés, sans que ce conditionnement préjuge en quoi que ce soit de leur nature intrinsèque et de leur validité objective. Les mêmes considérations valent d'ailleurs pour tous les autres objets de l'activité spirituelle. L'explication génétique d'idées morales, telles que celles de droit, de vertu, de devoir, ne diminuera pas, quelle qu'elle puisse être, leur prise sur une conscience. De quelque manière que je me représente la façon dont le sentiment de l'honneur a pris place dans mon âme, je ne me croirai pas devenu
I. Huinan immortalily, i8gg. — Je ne veux rien exagérer. Et l'on comprendra combien un tel occasionnalisme est original, quand on saura que ce que veut établir, dans cet opuscule, M. William James, c'est cette thèse iiardie : « Même alors que la vie de notre àme pourrait être, avec une exactitude littérale, définie la fonction d'un cerveau périssable, il n'est cependant pas tout à fait impossible, mais au contraire entièrement, possible, que la vie puisse continuer encore quand le cerveau lui-même a cessé de vivre. »
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libre de forlaire à riioniieur. De même ilans Tordre théoréticjue : un sensualiste extrême aura beau ramener à des associations héréditaiies d'impressions phénoménales les notions de cause et de loi, il n'en continuera pas moins à regarder ces notions comme les fondements légitimes de la science de la nature. Pour tout dire, une vérité, en elle-même et par ellemême universelle et nécessaire, éternellement déployée peut-être devant quelque éternel Mspril. peut, dans des intelligences limitées comme les nôtres, n'avoir été introduite que par un processus empirique, graduel, relatif et il n'y aurait à cela nulle espèce de contradiction.
Il en sera de même des enquêtes auxquelles se livre le psychologue. Tant que ce dernier se tient sur son domaine, qui est avant tout descriptif, comparatif et reiationniste, la conviction religieuse ne saurait prendre ombrage. Raconter et rapprocher les unes des autres les formes multiples et successives^ d'abord à peine ébauchées, bientôt })lus déterminées, qu'aux termes de telle ou telle théorie la pensée religieuse aurait revêtues, n'a rien d'attentatoire à la valeur essentielle, à l'objectivité transcendante de celle-ci. Quant à la pathologie du système nerveux, elle ne peut écarter de son aire d'observation les affections neurotiques concomitantes des états psychiques où telle Église, la Romaine pour ne citer qu'elle, découvre une marque de sainteté et comme un signe surnaturel. Mais, d'une part, cette Eglise ne peut guère nier et, de fait, elle ne nie pas cette
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coexistence possible ou réelle. Elle ne saurait, sans une trop périlleuse imprévoyance, se mettre en opposition avec les découvertes ou acquises ou imminentes de l'esprit scientifique. S'il lui arrive de les repousserd'abord, elle netardepasà s'en accommoder'. Elle est une maîtresse d'opportunisme. La solidité de. la pathologie nerveuse et les déterminations précises, indiscutables, que cette pathologie inscrit, elle ne songe pas à les nier. Mais elle garde par devers elle son droit imprescriptible à une explication complémentaire ou, si l'on aime mieux, supérieure, qui l'autorise à envisager certains phénomènes, dont le physiologiste a décrit le côté naturel, sous un aspect différent que le ph3'siologiste ignorera à jamais et qu'elle s'est réservé : l'aspect par lequel ces mêmes faits sont susceptibles ou non de manifester à ses yeux une intervention miraculeuse. Le cas pathologique naturel peut n'être que le cadre spatial d'une intervention du surnaturel. Et, dans cet exemple «ncore, jugements existentiels et jugements de valeur n'auront pas interféré.
Ce que nous venons de dire de l'information psychologique doit s'étendre à toutes les formes de la recherche critique et historique. J'aurai beau m'étre
I. Personne n'a mieux que Franr-ois Bacon fait remarquer la souplesse tactique des théologiens. Dans leur altitude devant toute découverte, il note deux moments : i<^'' moment : la découverte est encore liypotliétique ; ils la nient et la condamnent au nom de l'Ecriture ; 2* moment : la découverte est établie ; ils affirment qu'elle n'est point si ueuve et qu'on aurait pu la lire déjà dans l'Ecriture, si cette dernière avait été mieux comprise.
l'enseignement d'état et la pensée religieuse 6.'i
convaini'ii (jiic le dooTne chrélicii de la Trinité divine fait renaître, sous une forme d'ailUMirs lutuNclle, les notions néo-Platoniciennes des hvpostascs et de la -pbooo:, en quoi, si je suis croyant, cette persuasion altérera-t-elle le caractère sacré cjue j'attrijjue à ce dogme ? Et je n'invoquerai même pas, pour me pleinement rassurer, l'hypothèse trop ingénieuse de ces apologistes qui ont admis, dans ranticpiité phiK)Sophique, une sorte de révélation avant la lettre, hypothèse résumée toute dans le mot fameux : T{ è'st'.v ô nxâtiov ; Mo)J7Y); aTTi/.'.'^wv. « Qu'est-ce que Platon ? Un Moïse attique ? » Sans s'engager dans les aventures d'exégèse, il sera toujours loisible à l'orthodoxe de se demander si celte rencontre entre les parties vives d'un dogme donné et tels ou tels articles d'une doctrine grecque ou judéo-grecque ne s'expliquerait pas autrement que par un syncrétisme intentionnel, une combinaison arl)itraire opérée par les auteurs de ce dogme ? Pourquoi ne pas admettre, dira-t-il, que l'antiquité païenne ait eu, par l'organe des plus éminents de ses penseurs et de ses poètes, des pressentiments signalés et nombreux de la vérité chrétienne ? L'Eglise s'est fréquemment honorée de presciences de cet ordre, chez un Virgile par exemple ou chez un Sénèque. C'est pourquoi la dogmatique <:hrétienne incorporant dans son système certaines conceptions des philosophies antérieures, ce ne serait plus la foi nouvelle se taillant son credo dans l'étoffe des spéculations anciennes ; ce serait l'immuable Vérité reconnaissant et reprenant, partout où il brille,
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son propre bien. — Enfin, pour emprunter un exemple à des temps moins lointains, en quoi, si l'histoire consultée me révèle que la prétention des Papes à rinfaillibilité en matière de dogme, toujours combattue au sein de l'Eglise elle-même, n'a prévalu, en 1870 au concile du Vatican que par un concours de circonstances politiques exceptionnelles (selon quelques-uns, il eût suffi à la France, pour en prévenir raffirmation officielle, d'annoncer, comme représailles, le rappel de notre corps d'occupation) en quoi, disons-nous, ce fait admis détournera-t-il le catholique exact de professer et de se juger tenu à professer que l'infaillibilité pontificale est une vérité de foi ?
En de certains cas, il est vrai, la difficulté devient tout à fait épineuse et l'on peut être fort embarrassé, si Ton consulte notre critère. Ce sont ceux où le doi^me se ramasse, en quelque sorte, dans un fait, qui, précisément parce qu'il est un fait, s'insère dans l'histoire et relève de la critique. Prenons un exemple remarquable qui, par delà l'Océan surtout, a fait et fait encore répandre des flots d'encre et de paroles : celui de « la succession apostolique ». Les Episcopaliens proclament comme un article de foi que cette succession a été ininterrompue : Jésus a imposé les mains à Pierre et Pierre fut le premier évéque de Rome. C'est là le principe de toute ordination. De Pierre « les clefs » passèrent à l'Église romaine, puis de celle-ci aux Églises anglicanes. Ce point doctrinal offre aux yeux de ses défenseurs une telle importance qu'il fait dire
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au tiiéologien lladdan : « sans évùcjiics point de pi-rtres ; sans évèques et sans j)rètrcs |niiiit de Ic^iliniitc certaine' des sacicnieiils ; sans saci-einenls point d union ceilaine avee le corps niNslicpic du (duist, c'csl-à-dii'e avec son Kglise, sans cette dernière, j)oint d'union certaine avec Ie(diiisl et sans celte union point tle salut. » Chrysippe, léCulant les prétentions acataleptiques de la Nouvelle Académie, n'a jamais forgé de sorile j)lus rigoureux, l'.t l'on voit que la solidité de ce sorile dépend loule tle son premier anneau ; entie les évèques el Jésus s'est placé un intermédiaire : la mission épiscopale de l^i(îrre. Or toute la (.'haîne est rompue et la doctrine se brise si la thèse de certains critiques est fondée, selon cjui Pierre n'aurait jamais quitt(i la Palestine et son voyage à Jlome serait purement fabuleux.
Avec les Eglises anglicanes la siluation est grave évidemment, non tout à l'ait désespérée. Un dialecticien tant soit peu avisé s'en tirera par une distinction enlre le sens mystique ou symbolique et l'intei'prétation littérale et matérielle ; il lui sullira de ne prendre qu'au premier de ces sens « l'imposition des mains » par Jésus'. Mais vis-à-vis d'autres Eglises, telles que la Romaine, nous aurons à compter avec une dogmatique de moins facile comj)osilion. Elles ne s'accommoderaient pas d'une transaction aussi
I. V. The Open Court, juin 190a : The A postolic succession. Do<jma and crilicism.
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simple. D'autre part, cependant, ces mêmes Eglises ne s'exposeront pas volontiers au risque d'une réfutation péremptoire ; elles éviteront les coups précis de la critique historique. Aussi leurs affirmations vraiment catégoriques porteront-elles sur des périodes delà durée où l'on peut tenir pour infiniment probable que l'authentique lumière de l'histoire ne pénétrera jamais pleinement. On peut opiner, admettre comme vraisemblable que Pierre est ou n'est pas descendu à Rome. De certitude scientifique ou de quasi certitude sur ce point, comment en acquérir ? Et ainsi, dans ces cas extrêmes, forcément rares, les jugements existentiels ne sauraient être assez fermes pour que nos jugements de valeur en soient irrémédiablement troublés. Aussi bien, dans l'enseignement secondaire, les maîtres n'ont guère à soulever de ces problèmes critiques obscurs, peut-être insolubles. Ils ont assez à faire d'exposer et de faire comprendre les vérités prouvées ou tout au moins garanties par de hautes probabilités. Pour toutes ces raisons, les cas dont nous venons de parler sont de ceux qu'un éducateur judicieux fera plus sagement de ne pas soumettre aune discussion qui aurait trop de chances d'être stérile, sans issue, sujette aux affirmations les plus arbitraires et également embarrassante pour le libre penseur et pour le croyant.
Enfin rappelons que nous avons pris grand soin, lorsque nous avons fait nôtre la distinction posée par M. William James, de prendre en une acception moins flottante son expression de « jugements de
valeur ». Oui, avons-nous dit, de ralviir <ihsolur, c'est-à-dire de réri/r transcmilaiilc. Sans (juoi nous courrions le risque, si peu ((ue nous ellleurerions un sujet inettanl la [)ensée religieuse en cause, tic nous entendre interdire tout <'oiiini(Mitair(' |)liil(iso|)ln(|ut', logique, sociologique ou moral. Sans doute il faut que je puisse dire que les enseignements renlennés dans le Sermon sur la Montagne sont, pour le piiilosophe lui-même, les plus sublimes que des oreilles humaines aient entendues. Mais il j'aut (jue je le puisse comparer aux entretiens d'un Socrate, aux maximes d'un Marc-Aurèle, même aux méditations d'un Confucius ou d'un Çakya-Mouni. Comparaison qui aboutira, nous le reconnaissons, à un jugement de valeur, mais non j)as de vérité transcendante, cette dernière ayant été mise, par position même, hors de cause.
2° Il est à redouter (|ue toutes les explications et distinctions qui précèdent ne soient impuissantes à apaiser les théologiens, « gent irritable », dirait le poète ; que tout notre bon vouloir, notre résolution tenace de nous conformer au [)i'incipe de* neutralité sans sacrifier, il est vrai, aucun des droits de notre raison, ne se brisent contre leurs exigences et leurs susceptibilités. Ils nous objecteront : « Le gage que vous nous offrez est insignifiant, enfantin, ce gage qui consiste à ne pas vous prononcer sur la réalité d'une existence surnaturelle et de sa manifestation aux yeux des hommes, sous forme de révélation. Vous raisonnez, en effet, comme si le credo reli-
giciix était, en quelque sorte, une vérité atomique, qu'il suffirait de désigner et de mettre purement et simplement à part de tous débats. Or il n'en va nullement de la sorte. Ce credo est au contraire un complexus serré et délicat, constitué par tout un ensemble de propositions mutuellement solidaires et dont aucune ne saurait être compromise sans que l'unité organique du tout soit elle-même menacée. Et l'étude de ce complexus forme précisément l'objet d'une sévère et subtile science, à laquelle des mains étrangères ou inexpertes ne sauraient impunément toucher et qui n'est autre que la théologie. Telle observation pychologique, qui semble ne concerner qu'un point de pathologie mentale, n'aboutirait à rien moins qu'à ébranler le dogme de la communion des Saints. Telle affirmation, historique celle-là et dont on penserait, à première vue, qu'elle se borne à fixer un simple point de chronologie, ne tend à rien moins qu'à contester l'immutabilité de l'Eolise et l'infaillibilité de son enseionement\ Telle thèse de philosophie pure, que vous jugeriez ne relever que de la plus abstraite métaphysique, serait de nature à nier les arrêts certains rendus par les conciles relativement aux articles fondamentaux de la foi catholique - et à cette vérité des vérités : l'exis-
1. Nous eu avons eu récemment un exemple saisissant dans le sévère accueil fait par les autorités ecclésiastiques à l'exégèse, pourtant si respectueuse, de M. l'abbé Loisy.
2. C'est ainsi qu'une discussion, concernant l'idée de la substance dans son rapport avec les attributs, a ses contre-coups sur le dogme de la transsubstantiation. Descartes en su' quelque chose. De même une théorie
l'enseignement d'état et r.v i'Hnsée religieuse 69
tence d'un Dieu en trois personnes, bien que sul)stantiellement un. Nous ne pouvez, dès lors, éluder ce dilemme : ou l)ien vous observerez, une réserve absolue non seulement sur tous l(^s articles de la foi, mais sur toutes les ([ueslions de fait ou de droit cpii, directement ou indirectement, tendiaient à ramener ces questions et ce sont des provinces entières de votre enseignement rationnel dont il vous faudra vous dessaisir; ou bien cet enseignement refusera de se laisser ainsi déposséder de la plus belle partie de son domaine et nous prévoyons que chacune de vos classes deviendra, en dépit de vous-mêmes, un nid à hérésies et ce sera vraiment se moquer que de nous parler encore de neutralité scolaire. »
— Ce dilemme est redoutable, insoluble même, sitôt qu'on nous v enfei-mc. Le tout est de savoir si nous sommes réduits à nous y laisser enfermer.
Et d'abord, entre les théologiens il y a lieu de tracer une démarcation. Nombre d'entre eux, et ce ne sont ni les moins érudits, ni les moins profonds, ni les moins pieux, il s'en faut de beaucoup, estiment que leur science avec ses épines s'adresse non aux laïques mais aux clercs, c'est-à-dire à ceux-là (jui, en vertu d'un mandat quelconque, peuvent être tenus pour les interprètes officiels de l'Eglise enseignante. L'idée maîtresse et distinctive à laquelle cette Eglise s'attache étant l'unité, l'invariabilité de son enseigne-
conceniant la liljerté et le déterminisme peiil mettre en péril le dogme de la {fràce et faire verser soit dans l'hérésie de Pélagie ou d'.Vrminius soit dans celle de Calvin ou des Jansénistes.
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ment, il importe que nul de ses dignitaires ou de ses délégués ne présente aux fidèles des articles de croyance erronés ou suspects. Sa doctrine doit être comme un étalon monétaire immuable, absolument correct, absolument pur, auquel on puisse, en toute sécurité, rapporter une richesse métallique quelconque pour en détermihier mathématiquement la valeur. D'où il résulte que toute hérésie doit être (c'est notre théologien qui parle) de la part des autorités sacerdotales, recherchée, dénoncée et condamnée, quand celui qui la commet dogmatise au nom même de cette foi qu'il a mandat de propager. Mais le fidèle laïque qui, en son àme et conscience, adhère aux propositions fondamentales de sa confession et qui, sans nulle affectation de dogmatiser, de se donner pour un arbitre sur ce qui est ou non de foi, ne demande qu'à exercer en toute liberté son raisonnement, sera-t-il donc traité en suspect, en brebis galeuse et l'Eglise se privera-t-elle bénévolement de l'élite de ses ouailles ? Les théologiens dont nous parlons, esprits ouverts, intelligences avisées, se garderont d'une telle sottise et ils s'en gardent en effet. Leur libéralisme intellectuel (nous en pourrions citer de très honorables exemples) n'entraîne de leur part aucun renoncement à leurs convictions, aucune infraction, si légère soit-elle, à leur orthodoxie. Mais il discerne d'avec l'accessoire l'essentiel et, s'il était plus largement pratiqué, bien des désaffections seraient épargnées à l'Eglise, bien des bonnes volontés ne seraient pas sans retoiu^ rejetées dans l'incroyance.
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Les théologiens, les ecclésiasticjues ;iiiX(|U(ls nous faisons allusion ne nous emprisonnetonl pas dans le dileninie tient on nous nienacail. Avec eux, ii(jti-e méthode de ncutialilé ne nous l'xposera pas à ce <|ue nous nommerons Veiciunniunir/ifio/i jirralable.
Par malheur à côté de ces lh('()l()<^i(Mis i-aisonnables, il y a les autres, les éristi(|ues, les contentieux et, derrière eux ou au milieu d'eux, les militants du cléricalisme, qui mènent contre les établissements séculiers d'éducation la guerre inexpiable, poui- (jui tous les moyens sont bons (|uand il s'agit de déconsidérer leurs concurrents aux yeux de la société bien pensante. Vis-à-vis de ceux-là nous n'avons qu'une attitude à garder : l'indifTérence. — Et, en vérité, ce serait l'aire un métier de dupes que de chercher un terrain d'entente avec eux. Quant à se livrer contre eux à un assaut de dialectique, la duperie serait plus flagrante encore. A franchement parler, les conditions de la lutte entre eux et nous seraient trop inégales. Eux ne connaissent que l'offensive ; leurs positions propres sont hors d'atteinte, par la raison que, maîtres de syllogiser et de subtiliser à leur guise, ils peuvent à tout moment, dès que leur assiette logi{|ue est menacée, faire intervenir leur suprême loi, leur raison d'Etat, c'est-à-dire l'injonction formelle des Conciles ou des Papes. Avec eux donc, pas de milieu : ou le silence ou l'hérésie. Et nous ne voulons pas du silence.
Ceux-là donc, nous les négligerons sans regret. Et c'estdu côté des famillesque nousnousretournerons.
72 ENSEIG?iEMEÎST ET RELIGION
D'elles seules nous avons souci. C'est auprès d'elles que nous ambitionnons de trouver crédit. Et voici le langage que nous leur tiendrons :
« Vous êtes pénétrées de l'importance souveraine de la croyance religieuse et, cette croyance, vous entendez que, de notre fait, elle ne subisse chez vos enfants nulle atteinte. C est fort bien. Nous nous sommes à nous-mêmes donné pour règle de ne l'afl'aiblir en rien, en même temps que nous nous sommes imposé de ne rien dire pour la corroborer.
« Maintenant, de deux choses l'une. Ou bien votre foi à vous-mêmes est ombrageuse, méticuleuse,^ inquiète detoute parole qui, à propos d'un objet quelconque, pourrait avoir sur elle un fâcheux contrecoup ; attachées par conséquent à la plus soupçonneuse orthodoxie ; estimant qu'en matière de credo rien n'est fondamental et rien secondaire ; que tout flottement sur un détail fait branler le système en son entier; que les revendications delà raison doivent passer à l'arrière-plan, dès que la foi entre en scène ; que croire est le premier bien, le seul nécessaire et que raisonner est du superflu. En ce cas, nous ne sommes point vos hommes et vous vous tromperiez en frappant à notre porte. C'est aux théologiens du second genre, à leurs disciples, à leurs sectateurs, que vous devez vous adresser. — Toutefois, par charité chrétienne, nous voulons bien vous avertir que, même auprès de ceux-là, il ne vous sera pas très facile de réunir toutes les garanties que vous désirez. « Le potier, dit un proverbe grec, est malveillant au