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RENAISSANCE DES LETTRES DANS LES NATIONS ROMANES

LA RENAISSANCE ITALIENNE DU XIVe SIÈCLE

Programme et résumé du cours de 1880 1

Le professeur de langues et littératures romanes entreprend l’histoire de la Renaissance des lettres dans l’Europe latine. Il s’occupera particulièrement de l’Espagne et de l’Italie, mais en les comparant toujours avec la France. Son but est de suivre fidèlement, dans ses origines et dans ses progrès jusqu’au dix-septième siècle, chacun des facteurs de ce mouvement littéraire qu’on est convenu d’appeler Renaissance : l’étude de l’antiquité classique, — le renouvellement des littératures nationales

— et le travail de l’esprit nouveau dans le domaine scientifique et religieux.

Le cours de l’année scolaire 1879-80 sera consacré tout entier à la renaissance italienne du quatorzième siècle. Pétrarque, à bon droit nommé « le père de toute la culture moderne », sera le centre et le lien des sujets d’étude qu’offre cette période de l’histoire littéraire des nations romanes.

Biographie de Pétrarque dans ses rapports avec l’histoire religieuse, politique, intellectuelle et artistique de son temps ; — étude aussi complète que possible de ses relations avec la province de Toulouse, grâce à l’amitié de Giacomo Colonna, évêque de Lombez ; — esquisse de son caractère, surtout d’après le vaste recueil de ses lettres ; — ses œuvres poétiques italiennes ; — son œuvre de renaissant et d’antiquaire,

— de philologue latin, — de poète épique (Africa), — de théologien ascétique, — de philosophe, — de politique, etc. : tels sont quelques-uns des points saillants de la route à parcourir.

Pétrarque y sera toujours rapproché, par des études comparatives, de ses prédécesseurs, de ses contemporains et de ses imitateurs. Boccace et

i Extr. du Bull, de l’Inst., 1880. — La rédaction du programme et du résumé du cours est de Léonce Couture.

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Dante obtiendront une attention particulière, mais seulement dans leurs rapports avec Pétrarque et avec le travail essentiel de la Renaissance : imitation des anciens et formation de la langue, de l’art et de la pensée modernes.

Le professeur de littérature étrangère a entrepris de retracer, depuis ses origines du quatorzième siècle jusqu’à son terme au dix-septième, l’histoire de la renaissance des lettres dans l’Europe latine ; il doit s’occuper particulièrement de l’Espagne et de l’Italie, mais en les comparant toujours avec la France.

Il a consacré trois leçons préliminaires à caractériser ce mouvement littéraire, en le ramenant à ces éléments essentiels : étude de l’antiquité classique, — renouvellement des littératures nationales, — esprit nouveau dans les recherches scientifiques et philosophiques. A ce triple point de vue, la Renaissance a été dégagée des exagérations pessimistes de ses adversaires systématiques et des éloges encore plus compromettants de ses panégyristes exagérés. L’activité merveilleuse qui la distingue a été rapprochée de l’élan non moins remarquable qui se produisit à diverses époques du moyen âge ; aussi la leçon inaugurale de M. Léonce Couture a-t-elle été un éloge du moyen âge littéraire et artistique, encore plus que de la renaissance qui lui a succédé. Mais celle-ci a été vengée à son tour des calomnies de certains admirateurs exclusifs des vieux âges, ne voyant dans le renouvellement littéraire qui a ouvert les temps modernes que paganisme artistique et naturalisme philosophique et social, au risque d’envelopper dans leurs anathèmes de grands papes, des saints, des ordres religieux tout entiers.

Dans une autre leçon, le professeur a fixé le point de départ de la Renaissance au quatorzième siècle, seulement pour l’Italie, d’où elle s’étendra à la France et à l’Espagne dans le cours du siècle suivant. Il a dit les causes diverses, — culture traditionnelle, langue, circonstances historiques, — - qui avaient privé la France, jusqu’alors initiatrice ordinaire de l’Europe romane, de donner encore cette fois le signal du renouvellement de l’art, de la poésie et de la science.

Les autres leçons du premier semestre ont retracé, sans l’achever entièrement, la biographie de Pétrarque dans ses rapports avec l’histoire religieuse, politique et surtout littéraire de son siècle. Ce grand poète, justement nommé par un critique français de notre temps « le premier homme moderne », a été choisi comme le représentant complet de la première renaissance italienne, et ses

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liens étroits avec la France ont permis de comparer souvent l’esprit et l’histoire des deux pays.

La naissance de Pétrarque dans l’exil, son enfance voyageuse comme devait l’être toute sa vie, ses premières études, ont révélé ce milieu plein d’orages, mais aussi d’énergie, de foi et de patriotisme, où se formèrent les nobles âmes et les grands génies poétiques de l’Italie renaissante. Ses études en droit à Bologne, et surtout à Montpellier, ont amené le professeur à donner les détails les plus instructifs et les plus piquants sur l’organisation universitaire, l’enseignement juridique et la vie des étudiants au commencement du quatorzième siècle.

L’amitié du jeune poète italien pour Jacques Colonna, rejeton de la plus noble famille de Rome, nommé à l’évêché de Lombez, et qui amena Pétrarque avec lui à Toulouse et en Gascogne, a été l’occasion d’une étude spéciale sur les rapports de ces deux hommes illustres avec notre région : les faits étaient peu nombreux, mais ils avaient pour un auditoire toulousain un vif intérêt patriotique. La province de Toulouse n’a pas eu beaucoup d’évêques plus distingués par l’esprit et par la vertu que ce Colonna, mort encore jeune, et dont il ne reste qu’un sonnet italien, mais dont la mémoire est consacrée par plusieurs traits touchants de la correspondance latine de Pétrarque. A la saison « céleste » que ce dernier passa dans notre pays, s’est rattachée naturellement une digression sur l’origine et l’esprit du Collège de la gaie science de Toulouse au quatorzième siècle.

Après cette amitié, qui fut la meilleure sauvegarde de la vertu et de la dignité morale de Pétrarque, il a fallu raconter une passion qui devint le tourment des plus belles années de sa vie. Laure de Noves a fourni d’abord le sujet d’une leçon purement critique, où cette femme célèbre a été nettement distinguée des diverses personnalités apocryphes avec lesquelles, à diverses époques et tout dernièrement encore, on a voulu la confondre. Puis une étude à la fois historique et psychologique a permis au professeur, en racontant l’origine et les phases de ce long et malheureux amour, de révéler de plus en plus le caractère élevé, sympathique, mais dépourvu d’énergie, du grand lyrique italien, et de présenter quelques bonnes leçons morales aux plus jeunes auditeurs du cours de littérature étrangère.

Pétrarque politique s’est montré avec un mélange de grandes vues et de déplorables illusions, de noble patriotisme et d’inconséquences pratiques, dans ses rapports avec Rienzi, l’auteur de la révolution romaine qui eut son point de départ dans le couronne-

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ment du poète au Capitole en 1341. Il mérite des reproches encore plus graves à l’égard de ses bienfaiteurs, les papes d’Avignon ; mais cette partie de sa vie n’a pu être abordée qu’à la première leçon du second semestre.

La biographie de Pétrarque devait s’achever avec le premier semestre ; le second était réservé à l’exposition et à l’appréciation de ses oeuvres. Mais la vie du grand poète a débordé d’un cadre trop étroit, et la dernière moitié de l’année universitaire n’a pu suffire à l’étude de ses travaux et de leur influence. Le poète seul a été traité un peu à fond ; le philosophe et l’humaniste reviendront l’an prochain dans un tableau général de la Renaissance des lettres latines et grecques au quatorzième et au quinzième siècles.

Le triomphe de Pétrarque au Capitole, point de départ de la révolution romaine du tribun Rienzi, et les relations du poète avec cet étrange personnage avaient amené le professeur à esquisser déjà le caractère de la politique de Pétrarque. Politique de poète : l’imagination domine la raison ; ou du moins l’enthousiasme étouffe l’intelligence de la réalité. Mais la politique de Pétrarque s’est révélée encore mieux dans la noblesse de ses aspirations et aussi dans l’incertitude de ses moyens et le vague de ses principes, à propos des rapports qu’il eut avec ses souverains, les papes d’Avignon, et depuis avec divers princes italiens ses protecteurs, mais surtout avec le trop célèbre Visconti, archevêque de Milan, qui avait rêvé dès lors l’unification de la Péninsule. En parlant des papes d’Avignon, M. Couture a vengé leur séjour en deçà des Alpes des vieilles calomnies trop longtemps répétées par les historiens les plus graves ; il a montré la fausseté ou l’exagération des reproches adressés au caractère et aux mœurs de plusieurs d’entre eux ; il a rappelé surtout les services qu’ils rendirent à notre Midi et à la France entière. Mais en même temps, il a plaidé au moins les circonstances atténuantes pour les attaques si vives et si constantes de Pétrarque contre la cour pontificale. Ce n’était pas l’esprit révolutionnaire ou schismatique qui les inspirait ; au contraire, c’était, au fond, le plus vif attachement à la chaire de Pierre, compromise par la servitude et les délices de l’exil, et l’amour le plus patriotique pour Rome, condamnée à tous les malheurs par l’absence de ses Pontifes. Seulement les diatribes de Pétrarque manquaient presque toujours de mesure et d’opportunité ; elles étaient trop souvent outrageantes et involontairement calomnieuses ; elles portaient enfin le triste caractère de l’ingratitude, à

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l’égard au moins de ce doux et spirituel Clément VI, qui le poursuivait de ses bienfaits. Aussi la grande œuvre du retour de la Papauté à Rome fut-elle obtenue, non par l’illustre écrivain qui était l’admiration et l’idole de son siècle, mais par d’humbles servantes de Dieu : Brigitte, princesse de Suède, et Catherine, fille d’un teinturier de Sienne.

Quant aux trames des Visconti, il n’y a plus lieu d’y mêler Pétrarque ; il ne fut guère retenu à la cour de Milan que par ce goût des lettres qui se répandait peu à peu, grâce à lui surtout, parmi les princes italiens. Les nombreuses missions politiques, qui remplissent la seconde moitié de sa vie, témoignent surtout de l’autorité que lui avaient acquise ses travaux poétiques et littéraires. M. Couture s’est attaché surtout à démêler dans cette période le progrès spirituel de cette belle âme, progrès longtemps arrêté par les passions et les intrigues mondaines, mais favorisé par les malheurs mêmes de la vie et par l’action continue d’une foi vive et profonde qui ne se démentit jamais. Il a montré, en racontant les dernières années de Pétrarque, le caractère de plus en plus édifiant de ses correspondances, l’affection qui le portait vers les pieux sanctuaires et vers les cloîtres des religieux de tout ordre, l’austérité presque effrayante de sa vie et son esprit de prière qui se développa surtout dans son séjour auprès de sa fille, à Venise, et dans cette maison d’Arquà, près de Padoue, où il rendit le dernier soupir en 1371.

De l’œuvre littéraire de Pétrarque, qui est immense, une seule partie a été étudiée cette année, mais c’est la plus intéressante. Sa poésie toscane, en effet, est la source d’où a coulé, non pas seulement la lyrique italienne, mais toute la lyrique sérieuse et passionnée des peuples modernes. Le Canzoniere est, à ce point de vue surtout, une œuvre digne de la plus sérieuse attention. — L’étude qu’en a faite le professeur de littérature étrangère de l’Institut catholique a débuté par une recherche exacte des origines poétiques de cette œuvre. Son premier guide, ici, a été Dante, surtout dans son précieux traité De vulgari eloquio. Une analyse raisonnée de cette œuvre singulière et trop peu connue a permis de mettre en relief, d’une part, la priorité chronologique des langues d'oïl et d’oc et de leurs poésies sur celles de la Péninsule italique ; d’autre part, le caractère initiateur de la lyrique provençale par rapport à celle des premiers rimeurs italiens. Du reste, l’erreur de Dante en ce qui concerne le toscan a été corrigée et clairement expliquée ; le caractère privilégié du dialecte florentin a pu être reconnu, en dépit de l’affirmation contraire du grand épique, sans rien enlever au

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mérite de la critique pénétrante qui caractérise cet essai de philologie comparée écrit en plein moyen âge.

Ainsi les troubadours sont les premiers précurseurs de Pétrarque ; ce sont eux qui, à vrai dire, ont inauguré dans le monde moderne la lyrique sérieuse et sentimentale. Une esquisse rapide a suffi au professeur pour montrer ce qu’il y avait de nouveau dans cette poésie née au milieu du luxe des cours féodales de notre Midi. Elle chanta l’amour, mais l’amour timide, respectueux jusqu’à l’adoration, et d’ailleurs relevé par l’honneur chevaleresque.

Mais, quoique née à son insu d’une influence chrétienne, elle ne fut pas religieuse, ni même pleinement spiritualiste et sérieusement morale. Elle ne connut ni l’élévation du platonisme, ni l’idéal de la philosophie chrétienne. Aussi, quand elle eut achevé ses chansons et fixé sa place dans les annales de la poésie, pût-elle disparaître sans qu’une note manquât au concert de la lyrique moderne, parce que son rôle était pris par la poésie italienne, qui devait l’égaler d’abord et la dépasser ensuite.

Ce lent progrès a été l’objet de deux leçons, pleines de citations et de remarques intéressantes. Trois écoles principales épurent, élèvent successivement la lyrique inaugurée par les Provençaux. — - Les poètes de la cour de Sicile ne font guère que répéter les troubadours ; ils ne se dégagent même jamais tout à fait des rudesses provinciales, et ne parlent pas encore le volgare nobile si cher à Dante. — Les Bolonais, élevés dans une ville universitaire, portent dans la poésie le sérieux et la subtilité des discussions juridiques ; leur école atteint même, avec Guido Guinicelli, une élévation morale entièrement inconnue aux troubadours et qui décèle l’influence de la tradition platonicienne. — Mais cette poésie si noble était froide et peu vivante ; l’école toscane lui donna la chaleur et le mouvement de la vie réelle ; Guido Cavalcanti effaça Guinicelli. Et bientôt Dante, avant d’être le chantre incomparable de la vie chrétienne dans sa Divine Comédie , fut le lyrique à la fois le plus idéal et le plus vivant dans ses Rime, dont les plus touchantes sont mêlées à la prose de ce récit de jeunesse, qui a pour titre : La Vita nuova, la Vie neuve, la Vie jeune. Il y a dans le sentiment de ces pièces tant de grâce et de fraîcheur, et dans la mystérieuse figure de Béatrice, qui devait se transformer encore dans le poème sacré, un degré si intense de passion contenue et de vie surnaturelle que Pétrarque lui-même n’est pas allé si loin dans cette voie où, cependant, la postérité lui accorde le premier rang.

Ce succès s’explique par l’importance de son œuvre, et aussi par le souci du style, en quoi Pétrarque l’emporte sur tous ses rivaux.

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Mais c'est le fond même de son inspiration sentimentale qui a surtout préoccupé le professeur. Deux leçons ont à peine suffi à mettre en relief, par des citations et des commentaires, les traits essentiels de l’amour chanté par Pétrarque (il ne s’agissait plus de la passion de l’homme déjà jugée dans le premier semestre, mais de celle qui vit dans les vers du poète). C’est un amour vrai et vivant, quoique profondément idéaliste ; inquiet, mêlé de vifs remords jusqu’à la période de la pleine tranquillité ; religieux, aspirant sans cesse à la perfection, à la vertu dont la beauté sensible est le voile et le symbole. Si ce dernier caractère apparaît déjà, non sans quelques défaillances, dans la première partie du Canzoniere, consacrée à la vie de Laure, il brille surtout dans la seconde partie, la plus noble et la plus émouvante, le Canzoniere in morte di Laura, vraie élégie chrétienne, qui débute par le murmure du désespoir et qui s’achève dans la paix de la résignation et les joies de l’extase.

Les défauts de cette œuvre poétique sont assez connus. Le professeur, tout en les croyant fort exagérés par la critique moderne, ne les a pas dissimulés ; il n’a fait grâce ni aux obscurités, ni aux pédanteries, ni aux subtilités du poète trop savant et trop raisonneur. Il a reconnu de plus l’excessive indécision de l’image de Laure dans l’œuvre lyrique de Pétrarque. Mais il a trouvé un portrait plus vif et plus achevé de cette beauté mystérieuse dans les Trionfi du même poète. L’analyse de ce poème, rapprochée de la Comédie de Dante, a montré l’union assez mal assortie de l’esprit du moyen âge et de l’érudition de la Renaissance. Dans cette conception, vaste et multiple comme une galerie de verrières ou un portique sculpté, l’Amour triomphe de l’homme, la Chasteté de l’Amour, la Mort de la Chasteté, la Renommée de la Mort, le Temps de la Renommée, la Divinité du Temps. Dans chacun de ces triomphes se pressent des acteurs historiques ou fabuleux, souvent dépourvus de vie et d’intérêt ; mais au centre brille la modeste héroïne, en qui se personnifie admirablement l’amour le plus sublime, celui qui sait se cacher et se sacrifier.

Pétrarque lyrique n’est pas tout entier dans ses vers d’amour. Il y a dans le Canzoniere la poésie religieuse et morale, dont le chefd’œuvre est la canzone si célèbre : Vergine bella..., l’une des plus belles poésies qu’ait inspiré le culte de la Très-Sainte Vierge. Il y a surtout la poésie patriotique, qui mérite une attention particulière, parce qu’elle se rattache à l’histoire nationale et parce qu’elle est le point de départ d’une genre spécial de lyrique. Le professeur a fait connaître par des analyses et des citations les canzoni pa-

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triotiques, surtout celle qui commence par ces mots : Halia mia... Il en a fait ressortir les idées maîtresses, qui sont restées comme un héritage dans la poésie italienne : l’horreur de l’étranger et l’appel à la concorde. II a montré la continuité de cette tradition poétique dans une esquisse où dominaient surtout les deux noms de Filicaia, au dix-septième siècle, et de Léopardi au dix-neuvième. Mais après avoir fait admirer de son mieux les magnifiques inspirations, le patriotisme ardent et parfois découragé de ces chantres sublimes, il a dégagé cette noble persistance du génie national (au moins dans le domaine poétique) de toute solidarité avec la pensée révolutionnaire, qui maudit tout ce que respectait Pétrarque : l’Eglise, la justice et la liberté.

Dante et Pétrarque ne représentent pas toute la poésie italienne au quatorzième siècle. La lyrique familière et gracieuse, l’épopée romanesque apparaissent avec Boccace, le troisième patriarche de la littérature italienne et le père de la prose toscane. Les oeuvres poétiques de ce Florentin né à Paris ont été analysées très brièvement ; il suffisait d’en faire voir, d’une part, le ton païen et parfois sensuel qui devait trop caractériser la Renaissance ; d’autre part, l’imperfection de forme, qui en a diminué de beaucoup la portée. Le professeur n’a pas eu le temps d’insister beaucoup plus sur le Décaméron ; mais après avoir apprécié avec une juste sévérité, dont Boccace lui-même (Boccace pénitent, converti pour ainsi dire par Pétrarque) lui donnait l’exemple, l’immoralité de ces contes trop fameux, il a eu soin de faire ressortir, avec les meilleurs critiques de l’Italie contemporaine, le caractère trop latin, trop synthétique de la phrase de Boccace, qui a eu sur la prose italienne des âges suivants une influence souvent funeste. Il a montré, au contraire, dans des prosateurs moins étudiés du quatorzième siècle, Cavalca, Passavanti, Jean Villani, etc., le vrai génie de la prose, net, aisé, précis et lumineux.

Le cours s’est terminé par une appréciation générale du caractère, du génie politique, de l’influence de Pétrarque : âme sympathique, trop riche d’imagination, trop dépourvue d’énergie volontaire ; génie passionné, mais en même temps sobre et réfléchi, préparé par une culture exquise, exploité par un travail sévère jusqu’à la minutie ; langue poétique parfaite ; inspiration élevée, dans un domaine trop peu étendu peut-être ; modèle toujours admiré, il n’a cessé d’inspirer la poésie élégiaque du monde moderne, mais ce n’est pas seulement comme poète que Pétrarque agit sur ses contemporains et sur le courant général de la Renaissance ; le poète seul se survit, il est vrai, pour la postérité ; mais

c’est comme sage et comme humaniste que Pétrarque a exercé peut-être sur son temps l’action la plus décisive. Nous avons déjà dit que M. Couture a renvoyé cette partie de son sujet au second semestre de l’année prochaine : le premier sera consacré à la muse italienne du quinzième siècle et à la renaissance de la poésie et des arts à la cour des Médicis.

Au moment où je publie les trois leçons sur Pétrarque et Jacques Colonna, évêque de Lombez, extraites de mon cours de cette année à la Faculté libre des lettres de Toulouse, ce cours s’achève, et je puis en mettre sous les yeux de mes lecteurs un sommaire analytique.

La Renaissance des Lettres dans les nations romanes

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