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SUR L’EUCHARISTIE

Le fragment obscur, presque énigmatique, dont il s’agit, a été publié pour la première fois dans l’édition des Pensées de Prosper Faugère2, qui n’a pas essayé de l’expliquer. Dans celle d’Ern. Havet 3, il est accompagné d’une courte note explicative, mais évidemment erronée M. Aug. Molinier n’en donne aucun commentaire 4. Il est également dépourvu de tout éclaircissement dans les éditions d’Astié 5 et de Guthlin 6. Cependant, dès 1873, l’abbé V. Rocher en avait présenté un commentaire qui remplit près de deux pages fort serrées 7 ; mais ce commentaire, outre qu’il laissait plusieurs lignes absolument sans explication, ne jetait même pas sur le reste une lumière tant soit peu satisfaisante. Le mot de l’énigme manquait à l’interprète ; il n’avait pas compris à quel adversaire s’adressait Pascal dans ce canevas de polémique ; dès lors, il ne pouvait en saisir le vrai sens. Il faut dire la même chose de la note qui accompagne ce fragment dans la récente édition de M. Brunschvicg 8. Faute d’avoir connu le système attaqué par

1 Extr. du Bull, de l’Inst., 1899.

2 Paris, Andrieux, 1844 (2 vol. in-8°), t. II, pp. 372-373.

3 Paris, Dézobry, 1852, in-8°, p. 531 ; — 3e édit, et suiv. (2 vol. in-8°), t. II, p. 201.

4 Paris, Lemerre, 1879 (2 vol. in-8°), t. II, pp. 129-130.

5 2e édition (Paris, Fischbacher, 1883), p. 261.

6 Paris, Lethielleux (1896), p. 475.

7 2r édition (Tours, Maine, 1879, in-8°), pp. 360-361.

8 Paris, Hachette, 1897, in-18, p. 562. — Le fragment dont il s’agit manque dans les éditions de Ch. Louandre (Charpentier, 1861), de M. le chan. Didiot (Société de Saint-Augustin, 1896, in-8°), de M. l’abbé Margival (Paris, Poussielgue, 1897, in-12).

PHILOSOPHIE ET THEOLOGIE

Pascal, le nouvel éditeur, malgré son exactitude ordinaire et sa rare sagacité, n’a pu entendre ni expliquer cette ébauche, d’ailleurs très négligée et très elliptique, de réfutation.

J’en publiai une explication précise, en juin 1882, dans un recueil d’érudition, les Lettres chrétiennes Mais c’était tout juste dans le dernier numéro de cette publication, qui n’avait jamais eu le succès qu’elle méritait et qui allait mourir faute d’abonnés. Aussi mon travail, qui d’ailleurs n’était pas fait pour forcer l’attention par un éclat quelconque, a-t-il échappé à la plupart des travailleurs, si nombreux aujourd’hui, qui se sont voués à l’étude de Pascal. Il n’est mentionné, je crois, dans aucune des bibliographies « pascaliennes » publiées çà et là en ces dernières années, pas même dans la liste si riche qui se trouve en tête de l’édition de M. Michaut. De là l’obscurité impénétrable qui a continué de peser sur ce fragment de Pascal. Il m’a semblé que c’était une raison plus que suffisante de reproduire mon Mémoire de 1882, révisé et mis, selon mon pouvoir, au courant des derniers travaux.

Au reste, quelque intérêt que doivent inspirer ces lignes de l’auteur des Pensées, il n’y a pas lieu de croire qu’elles dussent entrer dans son grand ouvrage apologétique. Mais c’est évidemment le cas de beaucoup de morceaux que les éditeurs modernes ont mêlés aux vrais matériaux de l’œuvre projetée. Ces morceaux, étrangers à sa grande entreprise, justifient cette assertion de Nicole, que Pascal « avait accoutumé d’écrire les pensées qui lui venaient sur les sujets dont il avait l’esprit occupé 1 2. » C’étaient surtout, naturellement, les conversations des solitaires de Port- Royal qui donnaient lieu à ses réflexions et à ses ébauches de rédaction. On verra bientôt que celle-ci répond précisément à une discussion de théologie qui les préoccupa vivement à plusieurs reprises.

Je transcris d’abord exactement le fragment en question, d’après les leçons combinées de M. Mobilier et de M. Michaut 3 — la première reproduisant jusqu’à l’orthographe du manuscrit, la seconde représentant une révision rigoureuse, — la dernière en

1 T. V, pp. 398-410.

2 Préambule du Discours de feu M. Pascal sur la condition des grans (tome II des Essais de morale ).

3 Les Pensées de Pascal disposées suivant l’ordre du cahier autographe... Fribourg en Suisse 1896 (in-4°), p. 296. — Si je n’ai pas suivi purement et simplement le texte critique établi par M. Michaut dans cette belle édition, c’est que sa disposition typographique implique déjà une interprétation qui, dans le cas actuel, est au moins douteuse.

LÉONCE COUTURE

date, — du texte authentique. La plupart des indications de variantes sont dues à M. Michaut, quoique j’aie sous les yeux toutes les éditions citées :

Elle est toute 1 le corps de Jésus-Christ, en son patois, mais

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