‹ EnseignementChapitre 42 sur 158 · OU OU · texte numérisé non relu

OU OU

G Munere relevati 14

H Precibus foveamur 3

I Præbeant caveamus 2

Dichorée précédé d’un polysyllabe à pénultième brève

Munere congregentur

Mentibus

sentiamus

Precibus adjuvemur

Precibus

consequamur

Exceptions

N Gratæ sunt condidisti 1

O Dona sentiamus 4

Double spondée précédé d’un polysyllabe à pénultième brève

P Reddïtur exorantes 10

Q Serviat libertate 10

R Mérita suffragantur 9

S Veniain peccatorum 7

Exception

T Redemptionfs exercetur 2

Ïambe et spondée précédés d’un polysyllabe à pénultième brève

U Conférât creaturam V Facias sâcerdotem

W Dirige voluntates .

ÜUO O — —

X Mérita recensemus

ETUDES LATINES

Exception

Y Digni sunt relaxentur

YI

Z Larga protectio 05

Dom Mocquereau explique fort bien comment l’on est passé du cursus métrique au cursus rythmique, dont j’ai donné la formule d’après M. Noël Valois, qui avait lui-même transcrit les manuels didactiques du moyen âge. Je suis parfaitement d’accord avec le savant bénédictin pour reconnaître que, lorsque les liturgistes et les prosateurs de tout ordre prirent pour base du rythme prosaïque l’accent tonique seul, sans se préoccuper autrement de la quantité, il y eut tout simplement trois cursus : le planus (qui correspond à A, E) ; le velox (qui correspond à D, G, H, I, J, K, L, M, N, P, Q, R, S, U, V, W, X) ; le tardus (qui correspond à B, F, Z). Il aurait dû y en avoir un quatrième, que j’appellerais velox imparfait, correspondant à C, O, T ; mais ce cursus parut sans doute insuffisant pour la satisfaction de l’oreille et ni les théoriciens, ni les rédacteurs du moyen âge ne l’acceptèrent.

Cette analyse de la théorie de Dom Mocquereau étant donnée, je n’ai ni le temps ni l’intention de la confronter avec celle de M. L. Havet ; le docte religieux déclare qu’il a suivi la classification de ce dernier, « avec les seules modifications exigées par son sujet. » Mais il est bien permis de prendre le tableau des cadences métriques de Dom Mocquereau en lui-même, sans se préoccuper d’autre chose, et de le juger directement d’après les règles d’une sage induction.

Une remarque préliminaire. Les 1.030 pièces du Sacramentaire léonien auraient fourni à une analyse complète bien plus de 1.030 cadences finales ; on sait que non seulement la fin de la période, mais encore le plus souvent ses membres principaux, sont marqués par une cadence mesurée. Mais il n’y a pas lieu d’incidenter sur ce point : les fins d’oraisons fournissent une base suffisante d’examen, et de plus écartent le doute qui pourrait s’élever sur la question de savoir si tel ou tel membre tombe ou ne tombe pas sur un cursus.

LÉONCE COUTURE

Et maintenant, que penser du principe qui domine la théorie tout entière ?

« Le cursus des oraisons, dit Dom Mocquereau, n’est pas rythmique, mais métrique ; — il ne dépend point des règles de l’accent latin, mais des règles de la quantité latine. »

Je l’avais fait dépendre au contraire de l’accent, sans rapport avec la quantité, sauf bien entendu celle qui est impliquée dans les règles mêmes de l’accent. Mais, je le déclare d’entrée de jeu, les travaux de M. L. Havet m’ont fait voir que ma théorie avait besoin d’être, non seulement « modifiée légèrement dans la forme », comme il l’a dit avec trop d’indulgence, mais corrigée et complétée pour le fond. Toutefois, il me paraît impossible d’accepter la formule de Dom Mocquereau, qui a eu raison de rejeter la mienne, mais non de la contredire absolument.

Voici donc, je crois, la formule vraie :

a) Le cursus, dans le Sacramentaire de saint Léon, ou en général au cinquième siècle, est rythmique en même temps que métrique ; — b) le rythme y a même déjà plus d’importance que la quantité et souvent se substitue à elle.

Je prouve d’abord la première partie de cette thèse.

Supposons, si l’on veut, que toutes les cadences énumérées par Dom Mocquereau sont exactement métriques (et l’on verra tout à l’heure que cela est plus que contestable pour plusieurs) ; on n’a qu’à les accentuer d’après les règles, pour s’assurer que toutes, sans exception, sont rythmiques. Toutes, (sauf C, O et T, sur lesquelles je me suis expliqué), s’adaptent très exactement aux règles des trois cursus rythmiques, règles que j’ai exposées ici même avec une clarté à laquelle Dom Mocquereau a bien voulu rendre hommage et qui n’avait aucun mérite, vu l’extrême simplicité de la théorie que m’avait fournie M. Noël Valois, interprète des manuels techniques du moyen âge.

Il suit de là, remarquons-le bien, que, la classification précitée fût-elle exacte d’un bout à l’autre, la meilleure façon de l’inculquer à des étudiants quelconques, ce serait de la réduire à quatre classes, correspondant aux trois cursus démontrés ici l’an dernier, plus un quatrième, le « velox imparfait » dont j’ai parlé tout à l’heure. Je défie en effet les esprits les plus compréhensifs d’embrasser d’une vue d’ensemble ces vingt-six cadences diverses (sans compter d’autres encore, que Dom Mocquereau signale en note d’après le

ETUDES LATINES

Sacramentaire gélasien, toujours avec la conviction de leur qualité métrique et non rythmique). Je défie surtout la mémoire la plus tenace et la plus expérimentée de les retenir et de les rappeler au besoin. Donc, si l’on veut soit bien saisir théoriquement, soit exprimer par une bonne lecture ou un chant correct les cadences régulières des pièces liturgiques ou de la prose métrique des auteurs chrétiens et profanes des premiers siècles, il est bon de les ramener d’abord à quatre formes rythmiques, sauf à expliquer ensuite ce que le mètre ajoute à l’accent tonique dans chacune d’elles.

Ici, je crains qu’on ne m’accuse d’être allé trop vite, en démontrant ce que Dom Mocquereau a rejeté, mais qui est absolument exact d’après sa classification elle-même — savoir que toutes ses cadences depuis A jusqu’à Z sont rythmiques — et en oubliant de démontrer ce que j’admets en partie avec lui, qu’elles sont, ou du moins que plusieurs d’entre elles sont en même temps métriques.

Je ne leur avais pas reconnu ce caractère dans mes premières études sur ce sujet ; je l’ai accepté depuis, grâce à M. L. Havet, qui est aussi le guide du savant religieux de Solesmes. Naturellement, je ne l’aurais pas fait sans raison. Voici donc mes motifs pris, pour cette fois, dans les seuls matériaux fournis par la liste ci-dessus des cadences finales du Sacramentaire léonien.

Etudions le cursus planus (A et E).

Dans ce type, la forme corde curramus (un trochée suivi d’un trissyllabe commençant par deux longues) revient 378 fois. L’autre

forme, où le trochée est remplacé par un spondée, digni reddamur,

ne paraît que 3 fois. D’autres formes encore ( esse placatum, emun-

dat benignus, tua pelluntur) ne se montrent jamais dans la série extraite du Sacramentaire léonien ; toutefois Dom Mocquereau luimême les signale (p. 39, ire colonne, note 2) dans le Sacramentaire gélasien, mais seulement 2 ou 3 fois chacune. Toutes sont également légitimes comme cadences rythmiques ; mais évidemment la supériorité numérique énorme qui met hors de pair la première

forme, corde curramus, nous la désigne comme le type vrai de la quantité fixe du cursus planus primitif. M. L. Havet vient du reste de montrer cette cadence finale déjà bien marquée dans le De oratore de Cicéron.

Le cursus tardus a lui aussi son type métrique facile à déterminer par le même procédé. Il est sous la lettre B dans la série de

Dom Mocquereau : sorte participes, forme métrique reproduite 183 fois ; il faut pourtant remarquer le type Z larga protectio, métri-

LÉONCE COUTURE

quement irréductible à B puisqu’il a un temps de plus, et qui paraît de son côté 95 fois, ce qui peut sembler excessif pour une exception.

Quant au cursus velox, gardons-nous d’en prendre le type métrique dans D (malgré son équivalence quantitative avec A et B, types primitifs des deux autres cursus ) : son petit coefficient d’emploi s’y oppose évidemment. Le type métrique du cursus velox est dans J, K, L, M. Si je ne choisis pas entre ces formes, qui ont chacune presque le même nombre d’exemples et qui arrivent ensemble au chiffre 237, c’est que je suis très porté à les croire équivalentes, même prosodiquement : il suffit pour cela de supposer : 1° que le polysyllabe précédant le dichorée final ne compte dans la cadence

que par ses deux dernières syllabes : ainsi, à cette place, mentibus

équivaut a precibus ; 2° que la syllabe finale de l’iambe qui précède le dichorée peut être traitée comme une finale de vers ou de cadence, c’est-à-dire être indifféremment brève ou longue, de sorte

que muner e, à cette place, équivaille à mentibus (en position).

Avant de passer à la seconde partie de la thèse énoncée plus haut, il est peut-être bon de prévoir la question suivante, naturellement suggérée par ce qui précède : le rythme (ou la disposition uniforme et régulière des accents toniques) est-il, dans les cadences métriques, un effet voulu, ou bien une suite purement fatale, un fait concomitant de la quantité métrique ?

La réponse n’est pas douteuse : le rythme est voulu. En effet, on peut très bien imaginer plusieurs équivalents métriques des formes précitées, qui auraient leurs accents à d’autres places ; mais on

n’en trouve, dans la réalité, aucun exemple : ainsi le type sorte

participes aurait pour équivalents métriques très exacts : gloriâm

videant, — grandiora sequi, — sit tibi proprium, — gaudeantque

s imul, qui déplaceraient soit l’accent tonique, soit l’accent secondaire. — Or, aucun de ces déplacements ne se produit dans aucune des formes énumérées par Dom Mocquereau ! Ce qui prouve, ce me semble, sans réplique, que les rédacteurs des collectes se préoccupaient de l’accent en même temps que de la quantité.

Il reste à démontrer que, dans ces mêmes formes, le rythme a plus d’importance que la quantité et même se substitue souvent à elle.

ETUDES LATINES

A vrai dire, cette conclusion ressort assez clairement de ce qui précède. La plupart des cadences classées par le savant religieux de Solesmes violent le mètre de leur type régulier. L’existence de ces cadences irrégulières nous porterait même sans doute à rejeter la théorie métrique, si la rareté relative de leur emploi ne marquait une exception, une déviation par rapport au type primitif. Il faut donc admettre pour chaque genre (et j’ai montré plus haut qu’il y en avait quatre), une forme à la fois rythmique et métrique, qui est la forme primitive et régulière, et plusieurs formes irrégulières quant au mètre, mais invariablement fidèles au rythme.

Ainsi, l’accent tonique seul explique à merveille les formes les plus excentriques du tableau emprunté ci-dessus à Dom Mocquereau. Prenons quelques-unes de celles qu’il a notées lui-même comme exceptions.

E. digni reddamur. — Il est clair que c’est au fond le même type que A, corde curramus, mais avec une faute de quantité. La finale de digni est longue d’après la prosodie ; elle ne l’était sans doute

pas plus que celle de corde dans la prononciation courante du cinquième siècle. Ainsi corde curramus et digni reddamur sont deux cursus plani, le premier primitif, c’est-à-dire à la fois métrique

(corde curramus ) et rythmique (corde curramus ) ; le second purement rythmique (digni reddamur) , ce qui montre bien que le rythme, déjà présent et vivant dans le cursus métrique, tendait à s’y faire toute la place en chassant la quantité, dès la première époque de la littérature liturgique latine.

N. gratæ sunt condidisti. — C’est un cursus velox purement rythmique. Gratæ sunt, dans la lecture simplement accentuée, se prononce comme mûnerum, dôminum, etc., c’est-à-dire avec l’accent tonique sur la première syllabe, et l’accent secondaire sur la dernière ou sur le monosyllabe qui en tient lieu. Donc gratæ sunt condidisti, forme qui ne paraît qu’une fois dans le Sacramentaire

léonien, est identique rythmiquement à K mentibus sentiamus, forme qui revient 68 fois. Mais il renferme une faute de quantité, que déjà sans doute la prononciation ne permettait plus ou presque plus de percevoir.

Y. Digni sunt relaxentur est dans le même cas, avec trois fautes de quantité au lieu d’une. Mais ne considérez que le rythme, — et certainement le rédacteur liturgique n’y a considéré que cela, vous avez la même forme, le cursus velox :

LÉONCE COUTURE

Digni sunt relaxéntür.

Et de même :

câpere valeâmus ; münere relevâti ; précibus foveâmur ; prâebeant caveâmus ; rédditur exorântes ; sérviat libertâte ; mérita suffragântur ; véniam peccatôrum ; conférât creatüram ; fâcias sacerdôtem ; dirige voluntâtes ; mérita recensémus.

Il faudrait maintenant reprendre en sous-œuvre la classification des cursus tracée par Dom Mocquereau. En modifiant sa formule et en justifiant ces modifications par l’examen de ses propres exemples, j’ai donné au moins les principes d’un tableau schématique plus simple et plus exact. On pourrait, ce me semble, fixer comme il suit les quatre espèces du cursus métrique :

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