OU RYTHME PROSAÏQUE DANS LES ORAISONS LITURGIQUES DE L'ÉGLISE LATINE
Je n’ai pu que depuis peu de jours prendre pleine et sérieuse connaissance d’un article italien sur le rythme des oraisons liturgiques, inséré dans la Musica Sacra de Milan du 5 mars dernier, sous la signature de Dom André Mocquereau, bénédictin de Solesmes. Le savant religieux y dit d’abord quelques mots de la modeste étude que j’ai publiée sur le même sujet dans la Musica Sacra de Toulouse d’octobre 1892, et que la revue milanaise (janvier-février 1893) a bien voulu traduire en italien pour ses abonnés. Je n’ai qu’à remercier Dom Mocquereau de ses expressions beaucoup trop élogieuses pour ma personne et pour mon travail. C’est encore avec une courtoisie non moins flatteuse que ses éloges, qu’il présente son mémoire comme propre à corriger « quelques légères inexactitudes » du mien.
Sa doctrine, on le verra tout à l’heure, est pourtant assez différente de la mienne. Elle est donnée, d’ailleurs, comme identique à celle de M. Louis Havet, professeur au Collège de France, qui, dans plusieurs communications à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et dans son savant mémoire sur la Prose métrique de Symmaque (Paris, E. Bouillon, 1892), a vu tout autre chose que le rythme (fondé sur Y accent, non sur le mètre ) dans le cursus primitif. M. Havet n’en a pas moins parlé avec la même indulgence que Dom Mocquereau de mes modestes essais sur la même matière. Il dit, par exemple, après avoir établi la vraie nature du cursus primitif : « II y aura lieu de reprendre les indications d’ailleurs très précieuses de M. l’abbé Couture, et d’en modifier légèrement la forme... »
l Extrait de la Musica sacra, sept. 1893.
ETUDES LATINES
C’est parfaitement mon avis, si ce n’est que je marquerai plus fermement ce qu’il y avait de défectueux et d’incomplet dans mon essai.
Mais laissant de côté les beaux travaux de M. L. Havet, qui étudie en ce moment les rythmes métriques de Cicéron, en une suite de savants articles, dans la Revue de philologie, de littérature et d’histoire anciennes, je ne veux faire connaître ici que le mémoire de Dom Mocquereau ; j’en donnerai un résumé fidèle, pour indiquer ensuite, en toute sincérité, ce qui me paraît le véritable état de la question.
Voici d’abord sa proposition fondamentale :
« Le cursus des oraisons et des préfaces n’est pas rythmique, mais métrique ; il ne dépend point, par conséquent, des règles de l’accent latin, mais des règles de la quantité latine. »
L’auteur fait ensuite observer que Dom Pothier avait, dès 1880, indiqué le cursus métrique dans son livre sur les Mélodies grégoriennes. Il faut remarquer cependant que les explications de Dom Pothier étaient notablement incomplètes sur toutes les espèces de cursus, et ne mentionnaient pas du tout le cursus tardus. Il faut dire aussi, à sa décharge, qu’il n’avait pu avoir connaissance de la thèse de M. Noël Valois, qui parut la même année et sans laquelle ni M. Misset ni moi n’aurions sans doute reconnu le rythme des collectes.
Voici maintenant, d’après Dom Mocquereau, la classification des cadences finales des 1.030 oraisons du Sacramentaire léonien, avec leur quantité métrique. La syllabe finale des cursus n’est pas marquée, parce que la quantité en est indifférente, comme celle de la dernière syllabe des vers latins. Le chiffre placé à la fin des lignes marque combien de fois chaque cadence revient dans les finales des oraisons :
9 temps en 5, 6 ou 7 syllabes A Corde curramus
— u cj o
B Sorte participes
C Nostra cumulentur
D Capere valeamus
LÉONCE COUTURE
Exceptions : mêmes types, avec î temps de plus
E Digni reddamur 3
F Dignos efïiciant 3