LES HYMNES DE LÉON XIII ET LES PAPES HYMNOGRAPHES
Le Bulletin a déjà signalé ces belles hymnes, consacrées par le pape Léon XIII à deux patrons de son église de Pérouse. Un tel emploi des rares loisirs que peut laisser au Souverain-Pontife la sollicitude de toutes les églises n’a pas laissé d’étonner quelques lecteurs. Il n’a pourtant rien de nouveau ; la littérature ecclésiastique compte plusieurs papes hymnographes, soit dans les premiers siècles, soit dans les temps modernes. Rappelons ces illustres modèles ; ce sont ici des termes de comparaison naturellement indiqués et des plus instructifs.
Le chant des hymnes, cette partie si importante du culte catholique, remonte aux plus lointaines origines de l’Eglise ; il est indiqué, à ce titre, et par les adversaires et par les apologistes du christianisme naissant. Toutefois, des formules poétiques arrêtées n’entrèrent guère qu’au troisième siècle dans les offices de l’Eglise grecque, et au quatrième dans ceux de l’Eglise latine. Cet usage commença pour l’Occident, à Milan, par les soins de saint Ambroise ; tout le monde a lu la page de saint Augustin qui constate cette initiative, l’émotion qu’elle produisit et le succès qu’elle obtint ( Confess . ix, 7). Saint Ambroise est bien le père de l’hymnographie latine, moins lyrique, moins imagée, mais plus brève, plus ferme et aussi pieuse que celles de la Grèce et de l’Orient, illustrées par saint Grégoire de Nazianze et saint Ephrem.
i In Hercnlanum et Constantium episcopos martyres hymni Leonis XIII pont. max. Romæ, typ. polygl. de propag. fide, 1881. In-f° avec planches lithogr. — Extr. du Bull, de l’Inst., oct. 1881.
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Un pape contemporain de saint Ambroise peut être rangé parmi les hymnographes. Saint Damase, en tout cas, est le premier pape qui ait pris rang, à notre connaissance, parmi les poètes chrétiens. Ses prédécesseurs n’eurent pas, en général, une grande réputation de littérature ou d’éloquence ; il semble que la Providence divine n’ait pas voulu placer des hommes de génie sur le premier siège, dans l’ère des martyrs, de peur que l’autorité pontificale, qui devait bientôt s’affirmer avec tant d’éclat, ne parût une conquête de l’ordre humain. « Le génie était en Orient, dit fort bien Ozanam, mais l’autorité était en Occident. » Damase, le premier parmi les papes, est un écrivain élégant, un poète presque classique. Il prend dans la littérature chrétienne une place privilégiée : il fonde la poésie épigraphique. Il rédige, pour les tombeaux des martyrs, ces épitaphes solennelles dont quelques-unes se lisent encore sur les monuments les plus vénérables de Rome chrétienne. Hæc audita refert Damasus , probat omnia Christus. Ce vers, le dernier d’une inscription en l’honneur de saint Hippolyte, prêtre et martyr, naguère retrouvée par M. de Rossi, semble l’expression la plus fidèle de ce genre de poésie. Le pontife recueille et fixe en traits rapides mais énergiques les souvenirs de la tradition, et ces graves formules semblent déjà des actes d’autorité, visés par Jésus-Christ lui-même, des décrets de canonisation.
Ces inscriptions vraiment monumentales, d’une majesté et d’une précision toutes romaines, ne sont pas encore des hymnes ; mais il y a deux au trois hymnes proprement dites parmi les poésies de saint Damase. La plus remarquable est adressée à Sainte Agathe ; c’est une prière pleine de grâce et de simplicité ; le poète fait succéder à l’éloge la supplication ; il abaisse la hauteur ordinaire de son style et, pour donner à des rythmes toujours classiques un caractère populaire, il fait rimer deux à deux presque tous les vers de cette ode pieuse.
Toutefois, le vrai pape hymnographe de la période des Pères, c’est le rénovateur de la liturgie romaine, le grand docteur saint Grégoire. Il y a dans le Bréviaire huit hymnes de ce pontife qui raviva si puissamment le flambeau des lettres sacrées pour le transmettre aux temps barbares. On peut juger du ton de ces pièces par le Primo dierum omnium (aujourd’hui réformé en Primo die (juo Trinitas ), mais surtout par le chant quadragésimal Audi, bénigne conditor, fort mal à propos attribué par quelques-uns à Prudence. Le lyrique espagnol, si brillant et si riche, n’offre jamais ni cette précision, ni cette simplicité, ni ce ton à demi populaire. Dans les iambiques de saint Grégoire, il n’y a presque plus de prosodie clas-
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sique, plus d’inversions, plus d’expressions propres à la poésie ; il faut que le petit peuple comprenne, et comprenne sans effort. Pourtant, la vraie poésie n’est pas absente : nous sommes en plein lyrisme chrétien ; la foi, la piété, le repentir éclatent sous chaque vers, et si l’harmonie de Virgile et d’Horace a disparu, la mélodie plus naturelle des modernes se dégage, et la strophe et la composition entière gardent une simplicité et une grandeur qui expriment bien le vieux génie de Rome.
Léon XIII semble avoir uni sans effort, dans ses trois hymnes, le ton classique de saint Damase à l’effusion pour ainsi dire spontanée des hymnes grégoriennes. Il a eu, du reste, en ce genre, un modèle plus immédiat parmi les papes postérieurs à la Renaissance. Urbain VIII a pris part, de deux manières, à l’hymnographie du Bréviaire romain : d’abord par la réforme des vieilles hymnes plus ou moins incorrectes, qu’il lit corriger par Sarbiewski et d’autres poètes latins de l’époque ; ensuite par l’insertion de quelques hymnes qu’il composa lui-rnême. Il ne s’agit pas ici d’apprécier longuement la réforme, que plusieurs jugent avec trop de sévérité. Il suffit de dire qu’elle semblait absolument exigée par un siècle qui ne goûtait plus en aucun genre le style du moyen-âge, et qu’elle fut d’ordinaire exécutée avec goût et discrétion. Et pourtant il est permis de regretter les changements introduits dans des pièces aussi accomplies que le Veni Creator, et ceux qui firent disparaître le rythme et le ton d’autres œuvres moins parfaites, comme ( Urbs Jérusalem beata devenu Cœlestis urbs Jérusalem ). Parlons seulement de la part personnelle d’Urbain dans l’hymnographie ecclésiastique.
Il était connu comme poète latin et italien avant d’être élevé sur le Saint-Siège. Nous avons sous les yeux le recueil de ses œuvres poétiques, attribuées par le titre même au cardinal et non au pape ( Maphœi cardinalis Barberini, nunc Urbani VIII pont. max. Poëmata, Romæ, typogr. cam. apost. 1635, in-18 ; — à la suite, Poesie toscane, id.). Or, le cardinal Barberini, dans ses vers italiens surtout, est quelque peu arcade ; il raisonne avec subtilité, il décrit avec complaisance. On est toujours de son temps ; il est donc seicentiste, mais il l’est avec modération ; son accent est vif et sincère quand il poursuit de ses rimes les péchés capitaux ou qu’il vante les charmes de la piété chrétiene ; sa grâce n’a rien d’apprêté quand il chante, au milieu des beautés de sa villa de Castel-Gandolfo :
Qui dove il lago Alban le limpid’onde In vago giro accoglie, e’I mar Tirreno Lo sguardo alletta col ceruleo seno,
Il sol per l’aria i raggi d’or diffonde...
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« Ici le lac Albain arrondit en cercle harmonieux ses eaux limpides ; les regards sont charmés par le golfe azuré de la mer Tyrrhénienne ; le soleil darde partout ses rayons d’or.
« Les arhres se parent de verts feuillages, les prés de fleurs, le ciel de calme sérénité ; le vent fait entendre un doux murmure, et le rossignol lui répond en notes plus douces encore.
« Qui ne se sent revivre ? qui ne sent la joie lui entrer au cœur ? Oh ! que l’âme s’éveille donc et monte par ces degrés jusqu’à son Créateur !
« Qu’elle déchire le bandeau des vains désirs, pour diriger ses efforts vers la vérité suprême et s’enflammer d’amour pour le Bien qui est là-haut ! »
Le poète formé dans le bosquet des Arcades était digne, on le voit, de chanter dans le sanctuaire du vrai Dieu. Ses poèmes sacrés le montrent bien. Il est faible peut-être dans la paraphrase ; quoi d’étonnant quand la paraphrase se prend à des textes tels que le Magnificat ou le Te Deum ? Il est parfois trop artiste, trop renaissant, trop compliqué dans ses grandes odes religieuses ; celle de saint Jean-Baptiste commence par une description de la lune :
Invicta bigis Cynthia, candido Pellens ore tenebras ;
celle de sainte Madeleine, par un portrait encore plus classique de la Volupté :
Innixa pennis versicoloribus,
Bombyce fulgens divite,
Molles revincta floribus Crines...
Mais l’ode à saint Louis est vraiment belle ; on peut la rapprocher des meilleures odes italiennes de Chiabrera, le Pindare du temps, à qui Urbain VIII lui-même promettait l’immortalité. Il faut y signaler une esquisse rapide et brillante des croisades, et cette prière finale, bien digne d’un pape ami de la France et qu’on déclarait de son temps « aussi Français qu’un bourgeois de Paris », mais qui voulait avant tout rester fidèle aux saintes aspirations des grands papes du moyen-âge :
« Invincible monarque, voilà que la France s’est unie de nouveau à l’Espagne par les liens du sang. Fais, maintenant qu’une étroite alliance rapproche les cœurs et les armes ! Hélas ! l’Europe se détruit elle-même dans les luttes insensées ; l’Afrique n’est plus qu’un affreux désert ; la Grèce, les pieds chargés de fers, soupire
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après toi, et le Jourdain et le tombeau du Christ, qui attendent un vengeur, se plaignent de tes retards... »
Le même accent résonne dans les hymnes, les vraies hymnes d’Urbain VIII. Les principales sont insérées au Bréviaire romain , et nos lecteurs doivent les connaître. Elles sont consacrées à sainte Elisabeth de Portugal (8 juillet), à saint Herménégilde (13 avril), à sainte Martine, vierge et martyre romaine (30 janvier). Il me suffît de rappeler la belle prière qui termine cette dernière hymne. Après une exposition très élégante des modestes vertus et du courage héroïque de la sainte, le pieux pontife lui demande la paix de Rome et de la chrétienté, et la défaite du Croissant :
Tu natale solum protégé, tu bonæ
Da pacis requiem Christiadum plagis :
Armorum strepitus et fera prælia In fines âge thracios
« Protège le sol de ta patrie ! Accorde aux pays chrétiens les bienfaits, les loisirs de la paix ; chasse le fracas des armes et les cruelles batailles jusqu’aux frontières des Turcs !
« Réunis sous le drapeau de la croix les armées des rois de l’Europe, délivre Jérusalem de ses chaînes et, vengeresse du sang innocent, renverse à jamais la puissance infidèle !... »
C’est le dernier cri des croisades, dit dom Guéranger, à propos de cette supplication que l’Eglise a consacrée et qui est toujours sur les lèvres de ses prêtres. Elle suffît pour donner l’idée soit du style classique d’Urbain, soit de son inspiration chrétienne. « Cet enthousiasme pour la guerre sainte est l’un des caractères les plus frappants de la vie et de la poésie religieuses dans les temps modernes, disait l’an dernier un professeur de notre Faculté des lettres. Il subsiste, malgré les progrès du paganisme littéraire et du rationalisme historique, jusqu’au milieu du dix-septième siècle ; je pourrais vous le montrer encore très vivant dans la forte génération qui précède le règne personnel du roi-soleil. Mais bientôt Boileau vient se moquer des « palmes idumées ». Il est dans son rôle : il poursuit une rime banale, un lieu commun usé. Mais, en même temps, il constate, sans s’en douter, l’affaiblissement d’une des plus nobles passions qui puissent faire battre le cœur — la passion religieuse — et l’éclipse des plus nobles inspirations du génie — la poésie et l’art chrétiens 1. »
Léon XIII ne promène pas sa muse à travers les ombrages et les eaux de Castel-Gandolfo ; le progrès du siècle lui a ravi, avec tant
1 L. Couture, Pétrarque et J. Colonna.
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d’autres droits, celui de jouir de cette calme et poétique villégiature. D’autre part, ce n’est pas contre les Turcs que son vers sonne la charge ; l’ennemi du moment, mille fois plus redoutable, est au milieu de nous. Et notre Pontife est bien de son temps. Il en a les communes préoccupations et aussi les dons les plus rares. Dans les rudes épreuves de sa charge, il appelle à son aide, avec l’indéfectible foi de Pierre, la philosophie et la poésie, ces deux nobles consolatrices, ces deux sœurs trop souvent ennemies, qui près de lui s’entendent et s’allient à merveille. Urbain VIII, comme les lettrés de son siècle, ne connaissait guère le moyen âge, l’ère glorieuse de la monarchie catholique et des Docteurs de l’Ecole ; il ne cultivait du moins que la science et l’art renouvelés de P antiquité classique. Léon XIII connaît et admire ces grands siècles de civilisation chrétienne, et il en restaure, avec autant de succès que d’intelligence, la forte tradition philosophique. Mais en cela tout différent de certains catholiques français, médiévistes excessifs, qui ont voulu établir un rapport essentiel entre la religion chrétienne et le latin barbare, Léon XIII reste fidèle aux traditions de bonne latinité, aux habitudes de culture délicate dont la Papauté ne s’est jamais départie depuis la Renaissance. Patron des bonnes études, il est le successeur de Léon X comme d’innocent III ; il veut que nous apprenions la philosophie dans les traités de saint Thomas d’Aquin, mais le latin dans les classiques. Latiniste très compétent lui-même, il excelle dans les vers comme dans la prose ; mais il n’est ni renaissant ni seicentiste ; son vers est très chrétien et très classique tout à la fois.
Une autre inspiration s’y trahit aussi : son amour profond pour l’église et la vieille cité de Pérouse, dont il célèbre les deux évêques martyrs, les deux patrons toujours honorés d’un culte patriotique autant que religieux. Le premier est saint Herculanus, tué par les Goths, et dont le corps fut découvert d’une façon miraculeuse, au rapport de saint Grégoire le Grand (Dial. 1. III). Quelle chaleur d’imagination, quelle noblesse d’accent dans la description du siège de Pérouse et du courage de son évêque !
« Déjà les derniers malheurs menacent la ville ; de toutes parts l’ennemi la presse, de toutes parts on entend les cris des citoyens désolés.
« Mais, pasteur invincible et vigilant, tu parais, Herculanus, et tu fortifies ces cœurs brisés par l’angoisse, abattus par la peur.
« Et d’une voix ardente : Combattez, ô mes fils, pour la foi des aïeux ! Dieu même est à votre tête : gardez-lui ses temples et votre patrie !
« Ces accents rendent au peuple son courage et sa vigueur ; tous n’ont plus qu’un désir : combattre à outrance et triompher ! »
Et en effet, ils résistèrent sept ans entiers, dit la tradition ( Sep tem vel annos te duce Urbem stetisse est proditum). Mais enfin la ville fut emportée par la ruse, et l’évêque souffrit glorieusement la mort, cette mort qui lie à jamais un martyr à la cité qu’il aima et dont il devient le protecteur céleste. De là cette apostrophe à Pérouse, la vieille ville étrusque, glorifiée par le triomphe d’Herculanus :
Lætare, etrusca civitas, Tanta refulgens gloria, Attolle centum gestiens Caput décorum turribus.
Mais ce n’est pas tout d’avoir une illustre origine et d’étonner les yeux par cette forêt de vieilles tours. Il faut combattre un ennemi plus redoutable que les envahisseurs du sixième siècle, une barbarie plus funeste que celle des Goths de Totila. Ce danger nouveau est signalé en deux vers :
Novo impetita prælio,
Ausus repellas impios...
Mais ces deux vers en disent assez. Pérouse a été armée par Léon XIII lui-même pour la croisade du dix-neuvième siècle ; elle sait comment elle doit protéger la foi de la nouvelle génération, pour rester fidèle aux leçons de ce pontife, qu’une médaille commémorative représentait naguère entouré de jeunes écoliers.
L’autre évêque chanté par le Souverain-Pontife, saint Constantius, subit le martyre au deuxième siècle, comme le rappelle ici même une courte notice en prose latine, du style le plus sévère et le plus pur. Son culte a gardé à Pérouse une solennité toute particulière : il est honoré, dès la veille de sa fête, par une procession où assiste tout le corps municipal, et qu’on appelle la procession des lumières, à cause des feux de joie et des illuminations qui se prolongent fort avant dans la nuit. Une première hymne de Léon XIII est destinée à cette vigile : le pieux empressement des pèlerins, l’ardeur de leurs prières, le merveilleux éclat des feux allumés de toutes parts, sont décrits avec une chaleur de style qui trahit une jeunesse persistante d’âme et de talent. Cet amour pour les saints et cette joie naïve des fêtes religieuses sont le caractère indélébile de la poésie el du culte catholiques. Si quelqu’un voulait voir dans
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ces manifestations, retracées complaisamment par le poète sacré, un trait propre à la dévotion moderne, je le renverrais à un écrivain chrétien du plus beau siècle de l’Eglise, à saint Paulin de Bordeaux et à ses longs poèmes sur les pèlerinages et les processions des fidèles de son temps au tombeau de saint Félix de Noie.
La dernière hymne de Léon XIII est destinée au jour même de la fête de saint Constantius. Son martyre y est raconté dans un rythme plus savant que celui des pièces précédentes, et surtout avec un rare bonheur de précision et d’énergie dans le langage. Voyez, par exemple, comme le poète a su montrer, en deux strophes, l’eau bouillante préparée pour l’héroïque pasteur, l’émotion de la foule, l’ordre donné au bourreau par le préteur, et puis le miracle de ce bain mortel devenu plus doux et plus rafraîchissant qu’une source limpide qui court à travers les Heurs :
Æstuant thermæ saliente flamma :
Densa plebs circum stat anhela : Prætor Clamat : I, lictor, calida rebellem Merge sub unda.
Mergitur : plantas simul unda tinxit,
Frigidus ceu fons per amœna florum Defluens, blando recreata mulcet Membra lavacro.
Nos lecteurs savent déjà par quel touchant retour sur lui-même Léon XIII termine ce chant lyrique en l’honneur de son prédécesseur sur le siège de Pérouse. Un de nos collaborateurs leur a cité ces trois strophes (voir Bull, de l’inst., juillet, 1881), et quoiqu’il ait privé d’avance notre modeste étude de son plus bel ornement, nous le remercions d’avoir rendu en vers français heureux et faciles cette admirable prière de l’évêque appelé tout à coup à diriger la barque de Pierre par l’orage le plus menaçant qui fut jamais. C’est ainsi que la foi et la piété soutiennent toujours nos pontifes dans leur lutte incessante contre l’erreur et le péché. C’est ainsi que les hymnes de Léon XIII nous révèlent un héritier de la sainteté des Damase et des Grégoire, comme de leur inspiration poétique et de leur goût pour les bonnes études.
APPENDICE i
Dive, Pastorem tuâ in urbe quondam Infulâ cinctum, socium et laborum,
Quem pius tutum per iter supernâ Luce regebas.
l Extr. du Bull, de l’Inst., juillet 1881.
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Nunc Pétri cymbam tumidum per æquor Ducere et pugnæ per acuta cernis Spe bonâ certâque levare in altos Lumina montes.
Possit o tandem, domitis procellis,
Visere optatas Léo victor oras !
Occupet tandem vaga cymba portum Sospite cursu.
Le pasteur qui naguère héritait à Pérouse De ta couronne d’or et de tes saints travaux,
Celui que dirigeait ta tendresse jalouse Aux brillantes clartés des célestes flambeaux.
Pilote maintenant de la barque de Pierre, T’appelle encor. Tu vois sur les flots soulevés Pencher mon frêle esquif. Je lutte, mais j’espère !... Mes regards suppliants vers toi se sont levés !
Fais qu’aux vents déchaînés, calme je tienne tête ! Que de chaque ouragan je surmonte l’effort !
Léon victorieux, plus fort que la tempête,
Puissè-je du salut atteindre enfin le port.