L'ORGANISATION UNIVERSITAIRE
Par le Dr Eugène Saint-Jacques
Prof.-adjoint de clinique chirurgicale à l'Université Laval et Chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
Messieurs,
Trois choses surtout frappent le voyageur qui parcourt l'Allemagne et davantage encore celui qui a résidé pour quelque temps en pays transrhénans:
L'omniprésence de l'élément militaire ;
Les forêts de cheminées attestant une activité industrielle sans cesse grandissante, — et troisièmement :
Ce que nous aurions dù probablement signaler tout d'abord ;
L'importance qu'occupe la vie universitaire dans la vie nationale.
(1) Allocution du Président de la Société Médicale de Montréal à la séance inaugurale de janvier 1419.
Examine-t-on la disposition géographique des univ sités, qu'on les aperçoit se détachant comme autant de phares — 22 — distribués par l'immensité des pays allemands, de la Vistule au Rhin. Et si l'on consulte le calendrier universitaire, il nous apprend qu’elles sont fréquentées par plus de 33,000 étudiants ainsi répartis :
Philosophie et Lettres. Droit. Médecine. Théologie. 15,000. 12,000. 7,000, 4,000.
Comment sont donc nées et ont grandi ces 22 universités, au point d'atteindre la réputation dont jouit par tout le monde la science allemande ?
L'Empire allemand n'est que d'hier pourtant. Mais chaque duché ou royaume qui le compose actuellement était déjà vieux sur l'échiquier européen et s'était développé indépendamment depuis de longs siècles Rois et princes, ducs et barons depuis longtemps rivalisaient au champ des armes. Mais graduellement l’homme s'était civilisé, et raffiné et avec le XIVe siècle brillait déjà l'aurore d'une ère nouvelle qui allait rénover l'Europe entière. L'esprit commençait à dominer et muzeler les instincts de la brute, qui semblaient avoir jusque là dominé l’homme.
L'Italie la première s’éveille au souffle de la Renaissance, et les Universités de Bologne et Padoue sont les pionnières du réveil médical. Bientôt les Ecoles de Montpellier et Paris deviennent célèbres et Wenceslas, qui avait étudié aux flancs de la colline Ste-Geneviève, fonde en 1348 à son retour en sa capitale de Bohème, à Prague la vaillante, la première université des pays allemands. Le XVe siècle n'était pas encore né, que les universités de Vienne et Heidelberg avaient déjà vu le jour, dans le mouvement d'enthousiasme général. Dès lors chaque roi et chaque prince, par ambition ou jalousie de son voisin, voulut son université la plus glo-
rieuse et la plus recherchée de icutes. Et c'est ainsi qu'à l'ouverture du XIXe siècle existaient déjà 22 universités dispersées de l'Elbe au Rhin, de la Baltique aux Alpes. La Philosophie et le Droit primaient partout tandis que bien modeste était la place occupée par la Médecine. A la vérité, durant le XVIIIe siècle, l'Ecole d'Angleterre avait encore ajouté au patrimoine que lui avait légué Sydenham. Hunter — l'argus médical comme on se plaisait à l'appeler — Cullen et Brown faisaient école et orientaient la pensée médicale. Mais notre art était encore dans l'enfance.
Cependant à son tour il allait s'éveiller et prendre de l'aile: il avait jusque là attendu en vain le maitre qui put le mettre sur la voie de la vérité et rendre possible son évolution scientifique. Bichat fut ce maitre et c'est au ciel de la France que brilla cette étoile. Il différentia les tissus et montra qu'à leur diversité anatomique correspondait une diversité fonctionnelle. C’est Bichat qui cent ans passés écrivait déjà de la jeune mais impérieuse autorité de ses 25 ans:
“ Puisque les maladies ne sont que des altérations des propriétés vitales et que chaque tissu est différent des autres sous le rapport de ses propriétés, il est évident qu’il doit en différer aussi par ses maladies. Dans tout organe composé de différents tissus, l’un peut être malade, les autres rester sains. Plus on observera les maladies et plus on ouvrira de cadavres, plus on se convaincra de la nécessité de considérer les maladies locales non point sous le rapport des organes composés qu'elles ne frappent presque jamais en totalité, mais seulement sous celui de leurs tissus divers qu’elles attaquent presque toujours isolément.”
Dupuytren et Cruveilher poursuivirent l'oeuvre si bien commencée par Bichat et créèrent l'ANATOMIE PATHOLOGIQUE MACROSCOPIQUE, tandis que
Laennec, Louis et Grisolle posaient les bases de la CLI-
NIQUE, “ Tous les étudiants accouraient à Paris vers IS4O a remarqué Osler. A son tour l'Ecole de Vienne prenait le pas. Tandis que Rokitansky expliquait les lé- SIONS Macroscopiques, Skoda montrait les relations qui EXIStent entre le symptôme et la lésion anatomique: la clinique moderne était née.
nentôt l'Allemagne allait émerveiller le monde en ouvrant des horizons nouveaux par les travaux de Vir- Chow sur la PATHOLOGIE CELLULAIRE : il semblait que a nature m'aurait plus de ecrets pour l'oeil di
l'homme It C'était maintenant aux savants allemands
que l'on accourait Mais fut-il jamais déesse plus instable que la Gloire! Quelques années s'étaient à peine écoulées que la
grande inconstante, si habituée aux rives de la Seine, retraversait le Rhin et amenait le monde étonné et incredule à l'Ecole de Pasteur
La France et l' emagne eussent-elles ete seules choisies comme bienfaitrices de l'Humanité souffrante, Qu'il y aurait eu des recriminations. Et voilà sans douté pourquoi l'Angleterre aussi fut appelée à ce rôle, glo- FIENX €t léparateur à fa fois: N'est-ce pas à bon droit qu'elle est fière de Lister. qut a rendu possible ies merveilles je Hrurgie moderne
\irchow, Pasteur, Lister
Voilà un patrimoine dont nous sommes Justement et jalousement fiers. I] nest pas de plus grandes batailles livrées ni de plus glorieuses victoires gagnees que celles de ces géants — et l'ombre de leurs lauriers suffira à nous abriter pour le doux repos après le long labet: terminé.
En Allemagne
ST nous recherchons les facteurs de la science alle mande et les causes qui lui ont assuré l'influence mon-