METHODES D'ENSEIGNEMENT
Paris comptait en 1909 plus de 3:200 étudiants en médecine
“inscrits”, — ce qui ne comprend pas le très grand nombre des médecins étrangers qui viennent parfaire leur éducation professionnelle et se spécialiser en quelque branche particulière, sans prendre pour cela l'inscription à la Faculté ni le diplôme de docteur : et ils sont légion.
La durée du curiculum médical est de 5 ans au minimum. N'oublions pas que l'étudiant doit être à l'a-
vance possesseur du diplôme P. €. N. — physique, chimie et sciences naturelles — avant l'admission à la Facuité.
Le programme des études est mi-partie obligatoire, mi-partie facultatif : les travaux pratiques de laboratoire et l'assistance aux hôpitaux sont obligatoires, l'assistance aux Cours théoriques est libre. Aussi ne manque-t-on pas d'être frappé par cette particularité des méthodes françaises, à savoir la liberté absolue laissée à l'étudiant d'assister ou non aux leçons théoriques. Ces cours théoriques couvrent une part seulement de chaque matière et sont de plus limités à certaines branches de notre art.
Aussi tenant compte de leur champ limité et de la liberté de l'étudiant de les suivre à sa guise, il s'en suit qu'il doit de nécessité consacrer une bonne partie de ses loisirs à l'étude personnelle des principes de notre art. Hâtonsnous d'ajouter qu'il ne s'agit pas d'un fait isolé et exclusif pour Paris. Non, et il en est ainsi par toute l'Europe: tel l'avons nous constaté en Angleterre et en Allemagne, à Vienne et à Paris. L'étudiant va puiser aux sources de son choix pour la partie théorique ; quant
à la partie pratique, la Faculté intervient, dirige l'étudiant et y joint une sanction obligatoire. Si cent ans passés l'enseignement de notre art était surtout théorique, au Contraire aujourdhui est-il surtout pratique. Ce n'est pas dans les infolios que l'on trouve ses secrets mais bien dans les laboratoires des Sciences physiques et naturelles que l’on y jette la base solide qui servira à édifier Ja Structure supérieure, comme c’est aux hôpitaux, au contact des malades que s'apprend la pathologie.
Et signe des temps, plus une école de médecine est progressive, plus son influence grandit, plus on voit ses Cours théoriques diminuer et Par contre augmenter l’importance de ses laboratoires et de ses cliniques.
Avec quelle insistance Osler, dont le talent d'enseignement et d'organisation est reconnu du monde médical entier, — avec quelle insistance n'a-t-il pas dit et répété, je le cite textuellement : “ Enlevez l'étudiant de la salle du cours théorique, faites le descendre des gradins de l'amphithéâtre, mettez-le dans les laboratoires, envoyezle à la consultation externe, tenez-le dans les salles de malades, auprès du lit du malade. Le travail des 3ième et 4ième années ne cevrait pas, notez ses dires, ne devrait pas être à l'école, mais lien et exclusivement à l'hôpital et dans les laboratoires cliniques.”
Osler a-t-il été le Premier à réclamer ces modifications de l'antique état de choses? Oh non et voilà plus de 20 ans que ce Sagace esprit qui avait nom Oliver Wendel Holmes disait: “ La païtie la plus importante, la plus essentielle de l'enseignement médical est non pas aux salles de cours, mais au lit du malade, car rien de ce qu'on y voit n'est perdu.” Voilà mê:ne cent ans qu'Abernathy écrivait : “L'hôpital est la seule école pour y former un vrai disciple d'Esculape.”
Voilà ce me semble, messieurs, quelques considérations qui valaient la peine de nous arrêter, au moment où
notre Conseil de Faculté est en Préparation d'un nou veau programme,
Pour ce qui est de la “ dissection,” les facultés en sont exceptionnelles à Paris. On enseigne l'anatomie pratique dans huit immenses pavillons, où l'on peut facilement accommoder à l'aise cent étudiants par pavillon. La “médecine opératoire ” est de même excellemment enseignée à Paris, les étudiants étant divisés en groupes de quatre-vingt-dix, à leur tour subdivisés. Les démonstrations opératoires sur le cadavre sont complétées par des planches en couleurs faites par les meilleures artistes.
Mais où les méthodes françaises sont de toute première excellence et je crois même sans égales c'est pour la clinique et le stage hospitalier, Il n'y a, à ma connaissance, qu'en certains collèges de Londres et au John Hopkins qu'il y ait quelque similitude de méthodes et elles consistent en ceci que tous les étudiants depuis la deuxième année doivent suivre l'hôpital. Par groupe de 15 ou 20 ils sont répartis dans les différents services hospitaliers, où ils sont tenus d'être présents chaque matin: l'appel et l'inscription en témoignent. Là on leur fait fait prendre l'observation clinique des malades, examiner les patients, faire les recherches bactériologiques et autres courantes et prêter assistance pour les pansements, poses d'appareils, ete... Ils ont ainsi deux semestres à passer en chirurgie, deux en médecine et trois dans les spécialités de leurs choix, Y Compris la maternité.
Trois jours par semaines Je chef de service fait la visite détaillée du service avec tout son personnel: chefs de cliniques, internes, externes et stagiaires. Il examine les nouveaux entrants et donne l'instruction au lit du malade. Les autres jours, après une rapide visite des
a l'amphithéatre où il donne la chniqu
roprement dit \près Ja présentation de un où deux malades et la lecture de leur histoire clinique, 11 étudic le diagnostic, rapporte d'autres chservations sinnlaires, en un mot la question. Ceux qui sont passes par Paris se rappeleront facilement les salles combles
la clinique de Dieulafoy, de Pinard. de Guvon et Al-
barran, pour ne rappeler que les plus brillants des grands
cliniciens français de ces dernières annees
Il est à l'enseignement médical de Paris des particu-
arTites Qui sont à son crédit et ne manquent pas dé frapper
le médecin étranger, Laissez moi vous en eénumérer juelques nes
l. Tout enseignement officie! est "oratis, rit payer, saut pour les examens. Tout visiteur est le bien venu aux cours et cliniques. Durant le cours de l'anné la faculté organise dans des chniques et des laboratoires
spécifiés, des séries de cours et d onstrations pratiques spéciales. Ces cours spéciaux « is sont payants: de 30 à SO francs, 10 à 13 dollars.
I. J'attirerais encore votre attention sur le fait de l'accès si facile aux salles de malades. Sur simple présentation de votre carte de visite, SI vous etes Inconnu, vous serez bienvenu auprés du chef de service et lors de “a Visite quotidienne vous assisterez à l'examen du malade, que vous pourrez refaire vous-mêmx dans les cas propices, lorsque le chef est passé ou la clinique finie,
ITT, Rappellerai-je ce que j'indiquais il y a un in Stant au sujet du professeur français en tant que clinicien ançais est ne “beau parleur” et nous nous rendons compte de toute la justesse de ce vieux dire L rsque nous entendons le clinicien français : sa facilité, son brio d'élo- CUtIOn n'a d'égal que sa clarté de conception, * that charmmg lucidity " que le professeur Oster donne comme la charactéristique du dinicien français.
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Mais l'enseignement d'un faculté qui a l'ambition de prendre sa part dans l'orientation d'un mouvement médical international ne Saurait se Confiner aux besoins des étudiants, Elle doit s'intéresser aux besoins des tout comme elle à devoir de poursuivre dans
S laboratoires la recherche d € nouvelles méthodes d'ex- He on où de thérapeutique, Et c'est ici que Paris offre des avantages exceptionnels,
Ÿ a-t-il des branches spéciales de notre art où Paris domine :
Oui certainement, tout com € par ailleurs Vienne et Berlin ont aussi leurs Supériorités médicales. Pour avoir isite la plupart d'entre elles, tant ici en Amé rique qu'en Europe, je ne sache pas encore d'une Université qui soit seule la première par toutes ses facultés, ni de faculté qui Soit seule la première à tous les points de vue, que ce
soit Londres où FE -dimbourg, Berlin ou Leipsick, Vienne où Munich, Paris ou Lyon, John Hopkins, Phil: idelphie où arward.
Et alors en quoi excelle donc la Faculté de Médecine
de Paris?
Nommons tout d'abord la “ Dermatoto qie ”. Ici Paris tient la tête incontestablement. I, ‘hôpital St-Louis, avec ses 1,200 lits et ses dispensaires ou consultations (je me rappelle avoir vu défiler un matin 283 malades : bébés, femmes et hommes, à la consultation) offre des avantages Pratiques de tout premier ordre, Ajoutons en complément, son fameux musée où les collections Baretta en cire coloriée de toutes Îles affections Cutanées possible font l'émerveillement des visiteurs, Puis il Ya encore Lourcine et son service de spécifiques, Ricard. St-Lazare, LES
Pour ce qui est de la “ Neurologie ”, l'école de la
Salpétrière et ses 3,000 lits est trop bien connue pour qu'il faille insister,
Les Professeurs Raymond et Déjerine, élèves du grand Charcot, continuent la belle tradition de l'école, en tourés de tout un personnel de collaborateurs distingués.
Les cliniques du Professeur Jouffroy à Ste-Anne, du profeseur Ballet à Bicêtre, du Professeur Marie sur l'aphasie de Broca sont des oeuvres de le science française qui resteront.
Et si je parle des affections “ génito-urinaires ” les noms de Guyon, Albarran, Bazy, Legueu, Hartman, toute ia pléiade des maîtres et des brillants élèves de Necker, viennent immédiatement à l'esprit.
Je sais que Berlin a son Casper et son Nitze. Mais Paris par l’école de Necker, oriente la science médicale au point de vue qui nous occupe. Non pas que Paris soit pis que les autre nitales et plus riche de ce fait en affections génito-uri: . Oh! à ce point de vue les grandes villes d'Europe à d’A mérique se ressemblent singulièrement et il n'en est pas que je sache qui détiennent le diplôme de la vertu. Mais Paris a la meilleure organisation; et les cliniques d'Albarran sont aujourd’hui suivies comme l'étaient celles de Guyon et de Thompson. Le matériel est abondant et les cliniques données deux fois la semaine, toujours au sujet d'un ou de plusieurs malades du service, sont suivies d'une intervention chirurgicale, pour préciser ou exemplifier les dires de la clinique.
À ce service de Necker, est attaché un laboratoire, sous la direction du Dr. Motz, où Albarran, Legueu et la pléiade de Necker ont poursuivi leurs recherches. Les travailleurs y sont toujours bienvenus.
N'oublions pas les services de Hartman à Lariboisiè-
ra mm,
re, de Bazy à Beaujon, de Legueu à Laennec, et les cliniques, fort nombreuses et bien quotées.
En fait de “Chirurgie” Paris ne le cède à aucune rivale. Tout d'abord les facilités pour la dissection sont complètes : et nous savons tous qu'une connaissance parfaite de l'anatomie est la base d'une bonne chirurgie,
Deux fois l'an, au printemps et à l'automne, la faculté fait donner des séries d'exercices pratiques de chirurgie sur le cadavre: chirurgie opératoire de la face et de la tête, du tronc, de l'abdomen, des Organes génito-urinaires, des membres. Les Professeurs Segond et Hartmann en ont la direction, avec l'assistance d'un personnel distingué d'agrégés ou de Prosecteurs en anatomie. Chaque opération d’abord décrite à l'aide d'excellentes planches en Couleurs, dont est célèbre à bon droit la faculté de Paris, est faite par le professeur sous les yeux des élèves, dont le nombre est toujours limité, Puis répétée par chacun des médecins sur le cadavre.
Si je rappelle en plus, les visites journalières aux hôpitaux, l'examen des malades avec le chef de service Ou ses assistants, les cliniques tri-hebdomadaires, les séances d'opération, où l'on peut voir de près et, en plus pour celui qui le désire, la facilité d’un stage comme bénévole, voilà ce me semble d'aussi grandes et d'aussi amples facilités qu'on en puisse souhaiter.
En fait de “ Bactériologie * l'Institut Pasteur donne chaque année, un cours complet, ouvert à tous les médecins, et où les manipulations Pratiques suivent le cours théorique, donné par les Directeurs de l'Institut et leurs adjoints. Quelqu'un, en vue du professorat. désire-t-il Poursuivre des études spéciales où faire des recherches particulières, qu'il est le bienvenu, sur présentation, à
travailler dans les jaboratoires spéciaux du Prof, Roux,
du Prof. Metchnikoff. Borel, Dominici. Sicard, etc...
Quant aux “Spécialités de la tête: veux, oreilles, nez ct gorge 1 serait difficile ce semble d'ébranler la renommée de l'École de Vienne. Et cependant, nous pouvons dire qu'à ce point de vue, Paris offre des avantages exceptionnels, Des séries de cours théoriques, suivis d'exercices" pratiques, sont organisés dans les différentes cliniques. Tout médecin désireux de se spécialiser dans cet art, complètera ces cours par un stage dans une des | cliniques des maitres qui sont: Lapersonne, Lermoyez, Trousseau, Chatelier, Abadie,... pour ne rappeler que les plus célèbres,
Enfin, s'agirait-il d'étudier la ” Physicothérapie ”, Rayons X et Radiumthérapie, que Paris est au premier rang. Nous savons que l'Institut du Radium de Paris, sous la direction du Prof. Wickham est le premier du monde. C'est à Paris que l'on va s'apprivisionner de Radium, —. et c'est dans la Capitale française que l'étude de la thérapie par cet agent a été poussée plus loin.
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Si maintenant, je désirais ce melure par une comparaison entre l'enseignement médical en France et en Allemagne, je grouperais ainsi mes remarques finales. Les LABORATOIRES sont à la fois et plus nombreux et mieux installés en Allemagne, grâce à la libéralité très large des pouvoirs publics, J'ajouterai que les recherches — research work — dans toutes les directions sont poursuivies sur une plus grande échelle dans les laboratoires de l'Allemagne — |
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qu'ils soient universitaires ou hbres — L'Allemagne semble être devenue la terre de la recherche. Non pas que la France reste inactive, et J'y insiste, mais le mouvement n'y est pas aussi général ni aussi productif.
I y a cependant deux points sur lesquels les travaux de laboratoire sont en France au premier rang: c'est pour la Bactériologie et la Dissection.
Quant à l'ENSEIGNEMENT CLIA\ ÎIQUE, il est supérieur en France: parce qu'il est d'un ordre plus élevé, qu'il est donné avec une maîtrise oratoire qui n'a pas d'égale, qu'il est complété de l'observation et de l'examen quotidien des malades dans les salles,
Si maintenant il s'agit des COURS DE PERFEC- TIONNEMENT — de post-graduate work — ji] faut reconnaitre, quand on a pris part a leur fonctionnement sur place, que chacun des deux pays offre des avantages qui lui sont particuliers et exclusifs.
\insi en \llemagne, en avril et octobre, sont organisés des COURS de VACANCES Ferien Cursus — à l'intention des médecins désireux de compléter leur instruction sur certains points et de se mettre au c« urant des dernières méthodes de recherches cliniques où de laboratoires, des plus récentes acquisitions thérapeutiques, tant médicales que chirurgicales. Ce: COUTS Spéciaux, où n'y a pas d'étudiants et où tout le matériel hospitalier est à l'usage des médecins, durent 4 à Ô semaines et sont organisés de telle sorte que les cliniques commencent tôt le matin et se poursuivent jusqu'à 3 heures de l'aprèsmidi: les médecins passent d'un service hospitalier dans un autre, Ces Ferien Cursus sont d'un immense avantage pour les praticiens de Campagne où même de la ville, et tout également sont-ils un attrait pour les étrangers qui savent qu'à telle époque ils trouveront à Berlin et dans les autres grands centres universitaires, tels que Munich, Leipsich, Bonn, Heidelberg, .. des séries de cliniques et
de travaux de laboratoire qui couvriront tous les sujets, et ce dans un temps limité.
À Paris, que fait-on dans cette direction ?
On se meut, on avance (mais combien lentement.) I y a déjà plus de 12 ans passés on inaugurait ce système nouveau, frappé que l'on était de leur vogue en pays étrangers. Je me rappelle les premières séries de ces cours à la clinique gynécologique Broca-Pozzi et à la Maternité Beaudelocque. Depuis lors on y a ajouté, mais ces Cours qui se donnent isolément dans divers services hospitaliers, chez Landouzy, chez Dieulafoy, chez Pozzi, chez Triboulet, manquent de cohésion. Ils ne constituent pas un programme complet, et de plus ils sont isolés. Aussi le médecin de province ou de l'étranger, qui ne peut laisser sa clientèle de longs mois, mais serait disposé à aller passer 4 à 6 semaines à Paris pour se retremper à la vraie source et se “ mettre au point ”, se trouve-il perdu à Paris, comme d'ailleurs dans les autres centres universitaires français.
On n'a pas encore pensé sérieusement à lui en France et pourtant c'est bien lui qui constitue la masse, c'est le praticien général qui en tout Pays, ayant moins de loisirs à sa disposition pour continuer son perfectionnement par des lectures et des études, est en plus grand besoin d'une rénovation à la fois fréquente et passagère. Voilà ce qu'il trouve à tous les centres universitaires en Allemagne.
Au contraire s'agit-il de la formation d'un spécialiste,
. Qui doit alors durer de longs mois, plusieurs années, reconnaissons les immenses avantages de Paris, pour ces raisons que je donnais: la haute compétence et le talent oratoire de ses maîtres, leur clareté d'exposition, le contact journalier avec les malades des salles — et c'est surtout en affections nerveuses et urinaires, en dermatologie et en chirurgie qu'excelle Paris.
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