‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 11 sur 81 · LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

LA RÉDEMPTION

D. Regardez, mes enfants, cette jolie petite image : sa^ez-^ous qui elle représente?

R. L'enfant Jésus! l'enfant Jésus!

D. Vous TaTez reconnu!... Cependant ce n'est pas ce nom-là que je vois au bas de l'image* Qui sait lire?... Marguerite, Tenez, mon enfant. Que lisez-vous au bas de cette image?

R* àÈsv^y SoMvwr dm monde.

D. Qu*est-ce que cela veut dire?... Est-ce qu'un petit enfant peut sauver le monde? — Est-ce qu'un homme même pourrait le sauver?

D. Non, mes enfants. Dieu seul le pouvait, et c'est lui qui nous a sauvés; car Jésus* vous le savez, était FUs de Dieu et Dieu luimême. Rappelez-vous le mystère de la sainte Trinité... etc.

D. Mais de quel malheur le Fils de Dieu nous a-t-il donc sauvés? de rinondation?... de 1 Incendie?... de la peste?... de la famine?...

R* Non l il nous a sauvés du péché.

IX» Le péché est donc on malkieor plus grand que tous les autres malheurs? \fif^nse).

D« Pourquoi? Vous ne le devinez pas?... Cest d'abord parce que ït péché Qiffense Dieu; qu'il est une désobéissance à sa loi^ une in*

gratitude envers sa bonté. Puis ensuite parce que la punition du péché aurait été terrible pour nous-mêmes. — La faim, la maladie, sont des maux cruels, certainement, mais quand nous mourrons, quand nous irons dans l'autre vie, ces maux seront finis, nous ne les souffrirons plus, tandis que la punition de nos péchés n'aurait jamais fini si le Fils de Dieu n'avait pas, en quelque sorte, fait luimême notre pénitence.

* Vous le savez, mes enfants, lorsqu'on a contracté une dette envers quelqu'un, la justice veut qu'on la paye. Mais si l'on n'a pas d'argent, comment faire? Celui à qui l*on devait pouvait autrefois séparer son débiteur de ses parents, de ses amis, de tout ce qu'il aimait; le faire prendre et renfermer dans une prison jusqu'à ce qu'il ait payé.

Dans ce cas malheureux, supposez qu'il se présente une personne très-riche qui nous aime^ qui veuille empêcher notre malheur, et vienne dire à notre créancier: « Laissez-les, je vous en prie, ne les mettez pas en prison, ne les punissez pas, c'est moi qui vais payer pour eux;» qu'alors cette personne paye ou souffre tout ce qu'il faut payer ou souffrir, et obtienne ainsi notre gràce,^ ne peut-on pas dire que cette personne qui a tant de bonté, tant d'amour pour nous, et aussi tant de richesses, ne peut-on pas dire que cette personne est notre Sauveur, notre Rédempteur, etc.?

Eh bien , mes enfants, c'est ainsi que Notre-Seigneur a obtenu notre grâce auprès de Dieu son Père, et qu'il nous a rachetés de la punition du péché. Il s'est fait homme comme nous, afin de pouvoir souffrir à notre place; ses richesses étaient ses mérites, et comme ses mérites étalent infinis^ il a pu nous racheter à un prix que n'auraient pu payer le plus parfait des hommes, ni tous les hommes enselnble, etc.

Les moyens employés par Notre-Seigneur pour accomplir notre rédemption embrassant l'histoire de Jésus-Christ tout entière, il n'est pas possible de les développer dans ce rapide aperçu. La tâche que je vous laisse ne vous embarrassera pas, j'en suis certaine. Tout, dans la vie de Notre-Seigneur, est plein d'intérêt et de charme : ce pauvre petit enfant qui naît, au milieu de l'hiver, dans une masure inhabitée, où il n'a pour le réchauffer que le souffle de deux animaux rustiques

Ce jeune enfant, rempli d'un zèle fécond, d'une science divine, qui confond l'orgueilleuse assurance des docteurs de la loi, en opposant à leur froide parole une parole de vérité et de charité

Ce maître infaillible qui, avant de perfectionner la loi, commence par s'y soumettre, qui, voulant recommander aux hommes la pureté, la pauvreté, le dévouement, les convainc par son exemple avant de les persuader par ses discours.

Ce martyr innocent qui se charge des fautes d'autrui, qui, par amour pour les coupables, par ambition de leur salut, se laisse flageller, outrager, crucifier , renier ! c'est-àdire endure l'une après l'autre toutes les douleurs humaines sans se plaindre. Que dis-je, sans se plaindre?... en priant Dieu pour ses bourreaux 1

Si vous ne saviez pas émouvoir, si vous n'étiez pas émues vous-mêmes en racontant les diverses phases de cette Rédemption sublime, le premier devoir que vous auriez à remplir serait de vous démettre à jamais de vos fonctions d'institutrices.

n est dans la religion chrétienne deux sujets qui captivent tout particulièrement les petits enfants, qui leur sont sympathiques, et qui touchent, pour ainsi dire, les cordes les plus sensibles de leur âme.

Ces deux sujets sont : la sainte Vierge et l'ange gardien. Tous deux invisibles comme Dieu; tous deux près de nous par la sollicitude la plus tondre ; tous deux empressés de nous soutenir dans nos faiblesses, d'intercéder pour nous dans nos égw*ements, cett o mère et cet ami célestes pénètrent l'esprit des enfants de la plus pure croyance, et en même temps, de la plus suave poc^sie.

Quant à la prière, si vous priez bien, vos enfants prieront

bien. Et vous saurez qu'ils prient bien quand vous les verrez quelquefois, sous l'impulsion d'un sentiment ou d'un désir, faire une prière spontanée avec des expressions à eux.

Une petite fille de cinq ans (elle est près de moi pendant que j'écris ces lignes), sujette à des frayeurs nocturnes qui la réveillent en sursaut et lui font pousser des cris qui alarment sa mère, ajoutait un soir à sa prière habituelle : « Mon Pieu ! faites-moi la grâce de ne pas faire de mauvais rêves, pour ne pas réveiller maman cette nuit ! » Cette enfant-là croyait de tout son esprit, et elle priait comme eUe aimait, de toute son àme.

Développez donc chez vos enfants de généreuses affections, établissez en eux la croyance religieuse, et il vous sera facile ensuite de faire comprendre que l'homme n'est point ici-bas seul et isolé de Dieu, car le besoin qu'il éprouve de prier, et le charme qu'il trouve dans la prière, senties gages les plus touchants de leur invisible union.

Je croirais vous faire injure en vous traçant ici des formes de leçons sur la sainte Vierge, l'ange gardien, la prière. Si vous croyez, si vous aimez, si vous êtes mères, laissez parler votre cœur, il saura se faire comprendre.

Lorsque vous aurez à aborder des sujets moins simples, et par conséquent moins accessibles à des esprits peu exercés, préparez vos enfants à la leçon de catéchisme par des notions préliminaires qui feront appel à leur intelligence. Choisissez, autant que possible, vos exemples, vos analogies, dans la vie de vos élèves, ou du moins dans un ordre de choses à leur portée. Soyez précises dans toutes vos explications , soyez sincères surtout ; et si vous avez bien compris et bien exécuté. Dieu aidant, la foi religieuse s'établira pour toujours dans les âmes qui vous sont confiées.

Ici, comme pour le Catéchisme, nous ne donnerons que des indications sommaires. Il existe des traductions autorisées de la Bible, et des abrégés où vous pourrez puiser matière à des renseignements plus étendus.

Cependant, comme l'Ancien Testament contient beaucoup de choses qui ne conviennent pas aux enfants, j'ai cru pouvoir dresser, dans les limites de nos modestes fonctions , une liste des chapitres ou des passages qui peuvent leur être racontés.

Bien que cette liste s'étende à presque toutes les divisions de la Bible, ce n'est point un cours complet d'Histoire sainte que je vous engage à faire. L'École maternelle est l'école des commencements : elle doit tout ébaucher, mds ne rien finir. J'ai voulu seulement circonscrire un champ où vous pussiez moissonner à votre gré, sans préoccupations ni dangers.

Le caractère particulier aux enfants de votre école, et vos dispositions personnelles, vous guideront dans le choix des sujets indiqués. En détachant les faits, tâchez néanmoins d'en faire sortir la succession, les rapports, et l'enchaînement naturel. Revenez surtout aux évangiles des messes : dans l'avenir ils repasseront sous les yeux de vos enfants plus fréquemment que les autres, et perpétueront dans les esprits le souvenir de la moralité que vous aurez su en faire surgir.

Je croîs bon de régler la portée de chaque leçon d'après ridée qu'elle renfenne plutôt que d'après la longueur du texte. Tel passage gui n'a que deux lignes, par exemple ces paroles du Créateur : Faisons r homme à notre images peut fournir, par les développements qu'il comporte, une leçon plus étendue que le plus long chapitre des Nombres.

Quand vous rencontrerez des passages qui, par leur clarté et leur simplicité , seront à la portée des petits enfants , récitez-les tels qu'ils sont. Mais racontez dans des causeries naïves et judicieusement présentées les histoires qu'il convient d'abréger, ou dont la signification ne peut bien se révéler qu'à l'aide de réflexions. Telles sont l'inébranlable foi d'Abraham dans les promesses du Seigneur, foi poussée jusqu'au plus immense sacrifice ; l'heureuse persévérance de Jacob chez Laban, la conduite patiente de Joseph dans ses malheurs, sa studieuse sagesse, sa clémence pour des frères coupables, etc., etc.

Avant de commencer un récit de la Bible, que vous ferez de préférence le matin, annoncez-le à vos enfants avec une gravité douce et pleine de respect pour le sujet sacré. Tâchez que la même disposition passe en eux, et qu*elle les prépare à vous écouter avec recueillement. Faites alors votre récit sans interruptions, sans distractions, de peur d'en troubler la solennité. Le récit terminé, commencez les commentaires , le dialogue. Suggérez les remarques que l'on ne songe pas à faire. Satisfaites avec intérêt aux questions qui vous seront peut-être adressées, ce seront autant de moyens de faire ressortir les points essentiels de la leçon, et d'en çraverle souvenir par de religieux enseignements.

La majesté des Écritures vous apprendra à ne vous servir dans ces occasions que de mots non recherchés, mais choisis, et l'habitude que vous avez de parler à de petits enfants

VOUS donnera en même temps la naïveté indispensable pour communiquer avec ces jeunes intelligences.

Après vous avoir expliqué, chères collègues, la méthode qu'il m'a semblé convenable de suivre moi-même dans l'enseignement de l'Histoire sainte, je vais essayer de joindre l'exemple au précepte. A ce moment, je me sens troublée d'une crainte secrète ; car toujours, malgré les efforts que l'on s'impose, l'œuvre demeure au-dessous de la pensée. Rien n'est beau et désirable comme la douceur et la simplicité de l'expression alliées à la noblesse; mais rien n'est plus difficile que de les réunir, car cette alliance c'est la perfection. Quelque éloignés que soient mes récits de ce que je voudrais qu'ils fussent, mes enfants les comprennent et s'y plaisent : je vais donc simplement vous parler conmie je leur parie, et si uri jour vos pupilles et les miens aiment Dieu de tout leur cœur et leurs semblables comme eux-mêmes, nous n'aurons rien à regretter, car ces mots résument et indiquent toute notre tâche envers eux.

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