‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 48 sur 81 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

Vous pourrez enfin leur apprendre, comme exercice de mémoire, la leçon suivante :

D. Combien connaît-on de grandes terres habitées ou parties du monde?

R. Cinq.

D. Nommez les cinq parties du monde.

R. L'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique et rOcéanîe. D. Laquelle de ces cinq parties du monde habitons-nous? R. L'Kurope.

D. Quelle contrée de l'Europe?

R. La France.

D. Qu'est-ce que la France?

R. La France est une des contrées de l'Europe. D. Quelle est la ville capitale de la France? R. C'est Paris.

D. Qu'est-ce que Paris ?

R, C'est la ville capitale de la France.

GEOGRAPHIB. 207

D. En combien de départements divise- t-on la France ?

R. En quatre-vingt-six départements, plus les départements du Haut et du Bas-Rhin que nous ont pris les Allemands ' ; puis le département formé par Tile de Corse, et les trois départements de l'Algérie.

D. Comment nomme-t-on le département dans lequel nous sommes?

R. Le département de... etc.

En voilà bien long sur la géographie ; qu'on ne s'en étonne point. Tout ce que je propose d'enseigner est non-seulement possible, mais facile, et si je l'affirme, c'est que je le sais par expérience. Dans la limite où est renfermé ce programme d'études géographiques, remarquez qu'il y a beaucoup plus pour les yeux et pour la mémoire que pour le raisonnement. C'est là un des caractères de la géographie élémentaire. Elle n'exige de la part des élèves ni calculs ni combinaisons, comme la plupart des autres études. Ici tout est sensible et fixe : le cercle qu'on embrasse peut s'élargir ou se rétrécir à volonté, sans que les parties conservées changent de lieux ou de rapports. Grâce à ces avantages sans doute, les enfants éprouvent beaucoup de plaisir à s'occuper de géographie ; et en outre il n'y a point de science plus utile, moralement et physiquement, que celle qui tend à relier les hommes répandus sur toute la surface de la terre. Cette dernière considération me dispense d'insister davantage.

1 . Comme il est à espérer que TAIsace et la Lorraine seront rendues à la France, il est utile d*en entretenir les enfants.

La mémoire des enfants est mi terrain merveilleusement préparé pour recevoir toutes les semences et les faire fructifier sans peine, sans efifort, par la seule vertu d'une activité intérieure qui ne demande qu'à s'employer. Profitons de cette favorable activité, et sans la surexciter jamais, tirons parti du secours qu'elle nous oJBfre.

En dépit de la turbulence et de la distraction naturelles à cet âge, l'esprit fait ses petites enquêtes à la sourdine, et finit par connaître, on ne sait trop comment, une quantité de choses que les yeux du corps ont à peine remarquées, que les oreilles ont entendues sans y prendre garde. Cela vient de ce que l'esprit est curieux, quoique distrait ; et qu'il saisit et retient les notions du dehors que ses messagers, les sens, lui transmettent par un mécanisme invisible.

Ce phénomène est tellement merveilleux qu'il nous échappe, ou que nous ne songeons pas à en tenir compte. Malgré l'expérience faite par des mères et des institutrices attentives, nous nous laissons aller au découragement lorsque nous ne voyons pas nos leçons porter des fruits immédiats. Combien de fois, moi-même, ne me suis-je pas surprise à désespérer de certains élèves, jusqu'à ce qu'un jour leur mère vînt me raconter, tout émerveillée, les jolies petites choses que l'enfant rapportait le soir de l'école maternelle au foyer de la famille 1 Ces témoignages répétés ont fini par m'apprendre à juger moins témérairement des facultés de

chacun. J'ai pris le parti de faire simplement désormais tout ce que je crois devoir faire, comme je crois le devoir; et, semblable au semeur, je m'en remets pour le reste à la sagesse divine.

Ceci répondrait aux personnes qui pourraient dire : « Vous enseignez à vos enfants des choses sérieuses qu'ils ne peuvent comprendre. » Si ce que nous enseignons est sérieux, •évidemment il est utile de le savoir; et si nos enfants ne peuvent encore montrer qu'ils le comprennent parfaitement, il est permis d'espérer qu'ils le montreront plus tard, si nous savons, dès aujourd'hui, joindre à l'utilité du fond l'agrément et la simplicité de la forme.

Voici donc de nouvelles leçons sérieuses ^ pour le succès desquelles je vous laisse à remplir la dernière et difficile condition que je viens d'indiquer.

PREMIÈRE IiEÇON.

Le mètre.

Vous avez fait connaître le mètre dans la leçon de dessin linéaire ; présentez-le cependant, et demande^

D. Qu'est-ce que ceci ?

R. C'est un mètre.

D. A quoi sert le mètre ?

R. A mesurer.

D. A mesurer quoi?... levais mesurer ce banc...

Appliquez le mètre, et montrant de combien le banc dépasse, dites :

D. Un mètre n'est pas assez long... Gomment faut-il donc faire?

R. Il faut mesurer un autre mètre au bout de celui-ci, et puis encore un autre^ et puis un autre jusqu'à la fin, en comptant combien vous en aurez mesuré.

S'il est nécessaire, vous aiderez \os enfants à vous expliquer ce procédé qu'ils ne conçoivent peut-être que vaguement ; plusieurs épreuves étant faites, vous demanderez de nouveau :

D. Â quoi sert le mètre ?

R. A mesurer les longueurs.

DEUXIÈME IiEÇON.

Le litre.

Faites voir un litre pour les liquides (mesure bien connue des enfants du peuple), et demandez :

D. Qu'est-ce que ceci ?

R. C'est un litre.

D. A quoi sert le litre î R. A mesurer du vin.

Faites répondre par plusieurs enfants qu'on y mesure aussi du lait, du cidre, du vinaigre, de Teau-de-vie, de rhuHe, etc. Apprenez-leur que toutes ces choses qui mouillent ce qui les louche^ s'appellent liquides. Ils comprendront mieux cette définition pratique qu'une définition savante. Pour faire bien connaître l'usage du litre, prenez un seau d'eau, et mesurez-le litre à litre, puis demandez encore :

D. A quoi donc sert le litre?

R. A mesurer les liquides.

D. Ne se sert-on du litre que pour mesurer les liquides?

Faites voir un litre pour les graines et autres matières sèches, et dites :

D. Cette petite boîte contient-elle autant que ce litre?

POIDS ET MESURES» 2il

Pour le prouver versez le contenu de l'un dans l'autre.

D. Cette petite botte s'appelle litre aussi; mais ce ne sont pas des liquides qu'on mesure dans ce litre-là. Savez-vous ce qu'on y mesure?

Faites-vous répondre qu'on y mesure des haricots, des fèves, des lentilles, toutes sortes de graines, enfin les matières sèches. Plus tard, vous parlerez du décalitre, de Thectolitre, etc.

TROISIËMB IiEÇON.

Le gramme.

Montrez une balance; faites-vous-en dire le nom et Fusage, cherchez les différentes matières qui se vendent au poidsy et qui sont très nombreuses.

D. Comment pèse-t-on... le tabac, par exemple?

R. On met le tabac dans l'un des plateaux de la balance.

D. Et que met-on dans l'autre plateau?

R. De petits poids en cuivre.

D. Tous ces petits poids sont-ils de la môme grosseur?

R. Non, il y en a de gros, de moins gros et de petits.

D. Savez-Yous comment se nomme le plus petit des deux poids que vous voyez mettre dans la balance quand votre maman vous envoie acheter pour un sou de tabac ?

R. Non madame.

D. Eh bien c'est un gramme; et celui-ci (faites-en voir un), celuici qui lui est semblable, est un gramme aussi.

Répétez le mot gramme^ et faites-le prononcer.

D. Le poids qui est une fois plus gros et une fois plus pesant qu'un gramme, c'est deux grammes ; un autre, dix fois aussi gros, pèse autant que dix grammes; et ainsi, toujours en augmentant, les poids que vous connaissez pèsent vingt grammes, cinquante grammes, cent grammes, deux cents grammes, mille grammes, deux mille grammes. Ceux-là servent à peser les grosses marchan-

2i2 POIDS ET MESURES.

dises, les ballots, la filasse, etc. Plusieurs de ces poids ont un nom particulier très difficile, que je vous apprendrai un autre jour si vous êtes bien sages.

QUATRIÈME LEÇON

L*are.

Le lendemain, dites à vos enfants :

D. Je voudrais bien savoir quelle est la grandeur de notre cour; comment donc faut-il faire ?

R. Il faut la mesurer.

D. Avec quoi?

R. Avec un mètre.

D. Vous avez raison.

Il est probable que votre cour a pour le moins dix mètres carrés ; si cependant ni la cour ni la classe ne présentaient cette surface, vous réserveriez la première leçon de mesures agraires pour un jour de promenade, où vous pourrez alors expérimenter en pleine campagne. Sur les lieux, vous direz à vos enfants que, pour mesurer la surface^ ou superficie des champs, des prés, des bois, il aurait été trop long de mesurer mètre à mètre (essayez de le faire pour en démontrer rinconvénient), qu'alors on a eu l'heureuse idée de les mesurer à l'aide d'un carré dont chaque côté a dix mètres de long, ce qui fait cent mètres pour tout le carré ; qu'on a appelé ce carré are, et qu'on a fait de Vare la mesure de surface des terrains ; comme on fait du mètre la mesure poiu* les longueurs ; du litre la mesure pour les liquides et les graines et matières sèches ; du gramme la mesure pour le poids des objets. Qu'ainsi au lieu de dire : « Notre cour a

J. Vos enfantg ont appris, dans la leçon de dessin, qu'une surface se compose d'une longueur et d'une largeur. Rappelez-le s'il est nécessaire.

cent mètres carrés, » on dit : « Notre cour a un are. » Au lieu de dire : « Votre champ a quatre cents mètres carrés, » on dit : « Votre champ a quatre ares. » Au lieu de dire : « Ce pré a six cents mètres carrés, on dit : « Ce pré a six ares, » Exercez-les bien là-dessus, et remarquez que nous ne les conduisons point, cette première fois, jusqu'à la dizaine de chacune de ces unités : mètre^ litre j are^ gramme^ parce que cette dizaine prend un autre nom, et qu'il ne convient pas d'aborder une seconde difficulté avant de s'être familiarisé avec la première.

CINQUIÈME IiEÇON.

Le stère.

Pour le stère^ vous direz simplement que c'est la mesure dont on se sert pour le bois de chauffage ; que cette mesure a le volume et quelquefois la forme d'un mètre cubeS c'està-dire un mètre de longueur, un mètre de largeur, un mètre d'épaisseur, c'est-à-dire un mètre dans tous les sens. Vous pourrez, au moment où se fait votre provision de bois pour l'hiver, le faire mesurer au stère devant vos enfants, et même vous pourrez en tout temps composer une membrure de stère ou mètre cube, avec les premières bûches venues.

SIXIÈME LEÇON

Le franc. .

Le franc étant l'unité ,du système monétaire de notre pays, c'est par cette pièce que vous commencerez votre leçon.

1. Vos eDfants ont déjà appris, dans la leçon de dessin linéaire, ce que c'est qu*un cube. Ne le leur laissez point oublier.

2t4 POIDS ET MESURES.

Vous ferez d'abord remarquer la couleur, la forme du franc, la matière qui le compose. Vous parlerez de l'argent seulement, car la raison qui oblige à y mêler de l'alliage trouvera ,^ mieux sa place dans une leçon sur la fonte des métaux, et ^ sur la fabrication des objets métalliques. Vous ferez remarquer aussi l'effigie de la pièce, son poids qui est de 5 grammes, enfin sa valeur conventionnelle, qui est en même temps la valeur intrinsèque de 5 grammes d'argent, au titre de * l'argent monnayé.

Puis vous parlerez de l'usage du franc pour les achats de toutes sortes et de toutes valeurs. Vous direz que pour nous procurer de quoi satisfaire aux mille besoins de notre vie, il nous faut quelque chose à donner en échange aux personnes qui prennent la peine de travailler pour nous. Ce quelque chose ne peut être que notre travail ou le prix de notre travail ; et en effet, quand nous achetons quelque chose avec l'argent que nous avons gagné, c'est comme si nous l'achetions avec le travail qui nous a procuré cet argent.

Mais tous les objets qu'on achète n'ont pas la même valeur. Il en est un grand nombre qui valent moins d'un franc; comment donc fera-t-on pour les payer? Faudra-t-il payer un franc l'objet qui ne vaut qu'un demi-franc? ou un cinquième de franc ? ou moins encore? Non, cela ne serait ni juste ni économe. Faudra-t-il couper une pièce d'un franc en parcelles de la valeur du prix de l'objet? Cela serait difficile. Les choses sont étabhes d'une manière plus commode : le franc a été divisé en dix parties ou dixièmes appelés décimes^ et en cent parties ou centièmes appelés centimes. Le sou double, ou gros sou, est un décime, et représente dix centimes ou un dixième de franc. Le sou simple représente cinq centimes, ou un vingtième de franc. Vous

verrez tout à l'heure comment le mètre, le gramme, le litre, etc., ont été aussi divisés en dixièmes appelés déci^ et en

: centièmes, appelés centi.

Le franc n'a que des diminutifs ou sous-multîples ; il n'a

! point d'augmentatifs ou multiples comme les autres unités du système métrique. La pièce de cinq francs, celle de \ingt francs, etc., n'ont aucun nom particulier, elles se désignent simplement parle nombre de l'unité monétaire.

Procédant ensuite par questions, pour mettre toujours vos enfants véritablement de moitié dans la leçon, vous leur demanderez :

D. Combien faut-il de centimes pour valoir un sou?

R. Cinq.

D. Combien faut«il de centimes pour valoir un décime?

R. Dix.

D. Combien faut-il de centimes pour valoir un franc?

R. Cent.

D. Combien faut-il de décimes pour valoir un franc?

R. Dix.

D. Combien faut-il de sous de cinq centimes pour valoir un franc ?

R. Vingt.

D. Viagt sous de cinq centimes font combien de centimes?

R. Cent.

D. Et cent centimes valent?...

R. Un franc.

D. Puisqu'il y a cent centimes dans un franc, combien y en a^ t-il dans un demi-franc?

Page 1