‹ Enseignement pratique dans les écoles maternelles; ou, Premières leçons à donner aux petitsChapitre 47 sur 81 · Réponse textuelle · texte numérisé non relu

Réponse textuelle

Les plus intelligents auront vite fait le rapprochement et

s écrieront :

R. LaSarthel laSarthe!

D. Oui, c'est la Sarthe, qui entre dans le département par le nord, qui coule jusque dans la ville du Mans, la traverse, et sort du département par.., par quel côté?

Indiquez .

R. Par le couchant.

D. Mais elle traverse encore d'autres villes que la ville du Mans; elle passe...

Indiquez :

A Fresnay, à Beaumont, au JSfans, à la Suze^ à Malicome, à Sablé Voyez-vous bien? elle passe à Fresnay, à Beaumont, au Mans, etc.

Recommencez cette phrase jusqu'à ce que les enfants la sachent par cœur ; descendez toujours, comme ici, le cours des rivières, en faisant la nomenclature des endroits qu'elles arrosent.

Si par hasard un enfant vient à s'écrier : Moi^ fai vu la rivière à Sablé/ ne comprimez pas son élan ; c'est un secours, une facilité qui s'offre à vous. Répondez à l'enfant :

D. Le jour où vous l'avez vue, saviez-vous son nom?

R. Non, madame, papa ne me l'avait pas dit.

D. Eh bien! voilà que vous le savez à présent, et vous pourrez dire, quand vous retournerez à Sablé : « Cette belle rivière que je vois, c'est la Sarthe. Cette eau vient du Mans comme moi, mais par un autre chemin; puis elle s'en va plus loin que Sablé, bien loin, par le couchant. »

— Elle est donc bien longue?

pourra demander un autre enfant.

— Oui, elle est bien longue, puisque, depuis Fresnay jusqu'au Mans oncompte 40 kilomètres de chemin, et depuis le Mansjusqu'à Sablé 40 kilomètres encore, ce qui fait déjà 80 kilomètres dans rintéricur de notre département, sans compter ce qu'elle a de plus en dehors, et toutes les courbes qu'elle fait. Mais il y a encore

d'autres rivières beaucoup plus longues; il y en a qui ont 400 kilomètres depuis leur source jusqu'à leur embouchure!...

Expliquez brièvement ropposîtion de ces deux mots, dont Fun exprime l'endroit élevé où le cours d'eau commence, et l'autre endroit inférieur où il finit.

Et puis il y en a aussi d'autres qui sont beaucoup plus petites, et qui n'ont que 20 ou 30 kilomètres.

Frappez ainsi l'esprit des enfants par le rapport ou par le contraste des choses entre elles.

Il est possible que le premier interlocuteur, revenant à ses souvenirs, vous dise :

« Et puis j'ai vu aussi de grands bateaux sur la rivière de Sablé.

— Quelle rivière ? demanderez-vous, pour accoutumer l'enfant à l'appeler par son nom de Sarthe. Quand il l'aura fait, si la leçon de géographie a duré un temps suffisant, vous pourrez entrer dans son idée, parler avec lui de bateaux, et trouver là le germe d'une leçon toute différente qui, en amusant encore, instruira toujours.

CINQUIÈME LEÇON

Suites des notions sur le département.

Vous emploierez des procédés analogues à ceux qui viennent d'être convenus pour enseigner le cours des autres ^rivières du département; et quand ces rivières seront bien connues, vous demanderez, en suivant leur cours sur le tableau, non pas où se jet te ^ mais où descend telle rivière. Le moi jeter présente à l'esprit des enfants une action violente tout à fait fausse : les cataractes se jettent^ mais les cours d'eau descende?it. Demandez donc :

D. Où descend la rivière VHuisne?

R. Dans la Sarthe.

Comment ne le diraient-ils pas si vous le leur faites voir?

D. Où descend la rivière le Loir?

R. Dans la Sarlhe.

D. Où descend la Sarthe ?

R. Dans la Mayenne.

D. Qu'est-ce que la Mayenne ?

R. C'est une rivière plus grande que la Sarthe.

D. Où descend la Mayenne ?

R. Dans la Lotre*.

D. Qu'est-ce que la Loire ?

R. C'est un cours d'eau* plus grand que la Mayenne.

D. Où descend la Loire?

R. Dans la mer.

Qu'ils répondent ceci de mémoire seulement.

D. Savez-vous ce que c'est que la merV

Personne ne pouvant savoir ce que vous n'avez peut-être pas encore enseigné, vous direz avec gaieté quelque chose d'analogue à ceci : « Ah! pour le coup, nous voici au plus difficile ; je ne vous dirai pas aujourd'hui ce que c'est que la mer, cette grande mer qui est si belle ! vous êtes peutêtre trop jeunes pour comprendre...

— Oh! non, madame, s'écrieront tous ceux que vous aurez su intéresser.

— Il est vrai, répondrez-vous, quand on est attentif et qu'on réfléchit... Cependant, mes amis, je ne peux pas vous

1 . Je crois bon d'altendrc pour expliquer que ce qui est la Mayenne ici B^appellc un peu loin la Maine, La raison de ce changement, s'il y en a une, n'est pas assez frappante ; et puis ce n'est pas une étude approfondie que tous faites faire.

2. Il en est de môme du nom de fleuve, que vos enfants apprendront suffisamment plus tard. La chose importe aujourd'hui plus que le nom. Rien n'est plus didlcile que de savoir se borner.

dire à présent ce que c'est que la mer, il est déjà tard et je suis fatiguée ; car il y a quelques enfants babillards qui m'ont obligée à les reprendre... Mais un autre jour, la première fois que vous serez tous bien sages, je vous promets de vous le dire. »

Ainsi vous aurez excité la curiosité de vos enfants, cette curiosité providentielle qui ôte à l'étude ses épines, et sans laquelle l'homme n'ayant le désir de rien apprendre, n'apprendrait rien de plus que la brute.

SIXIÈME mÇON.

Résumé des deux leçons précédentes.

Quand ces diverses connaissances seront acquises, vous pourrez les résumer ainsi :

D. Gomment se nomme le département qui a le Mans pour cheflieu ?

R. Le département de la Sarthe.

D. Pourquoi est-il nommé le département de la Sarthe?

R. Parce qu'il est traversé par une rivière qu'on appelle la Sarthe.

D. Par quel côté la rivière la Sarthe entre-elle dans le département?

R. Par le nord.

D. Dans quelles villes passe la Sarthe* en traversant le département?

R. Elle passe à Fresnay, à Beaumont, au Mans, à la Suze, à Malicorne et à Sablé.

D. Par quel côté la Sarthe sort-elle du département?

R. Par le couchant.

D. Où descend-elle?

R. Dans la Mayenne.

D. Quel est dans notre département la plus grande rivière après la Sarthe»?

1. Négligez la distinction entre ville et bourg, ou traitez-la spécialement.

2. Je suppose que vous avez dit précédemment ce qui coneerne ces deux rivières, puisque ceci n'est qu'un résumé.

R. Le Loir.

D. Quel est dans notre département la plus grande rivière après le Loir ?

R. L'Huisne, etc.

SEPTIÈME LEÇON

Administration.

Si VOS enfants désiraient aller plus loin, et qu'un certain nombre vous en parût capable, vous pourriez leur apprendre encore ceci :

D. En combien d'arrondissements a-t-on divisé le département de la Sarthe ?

Comme vous n'avez pas encore parlé d'arrondissement, personne ne saura vous répondre. Vous réitérerez votre question comme surprise qu'on ne vous réponde pas. Cette insistance aura pour résultat d'attirer davantage l'attention sur l'objet où vous voulez qu'elle vienne. Alors vous direz :

Puisque vous ne savez pas ce que c'est qu'un arrondissement, regardez bien, je vais vous le faire voir.

Plutôt que de définir en ce moment le mot arrondissement ^ faites-le comprendre en traçant sur la carte, à la vue des enfants, et avec un crayon d'une couleur différente, la circonscription des arrondissements, vous attachant simplement à conserver entre eux les rapports de situation et d'étendue, et à enclore, autant que possible dans cette circonscription, les villes et les bourgs tracés qui en font partie. Commencez par le premier arrondissement, et dites en le traçant, ainsi que vous ferez pour les autres :

Voici le premier arrondissement. — Voici le deuxième arrondissement. —Voici le troisième arrondissement. — Voici le quatrième arrondissement.

eÉOGRAPHIK. 203

En général, îl faut conserver dans les démonstrations et les nomenclatures Tordre dans lequel sont habituellement disposées et réglées les choses qui en font l'objet. C'est un moyen de rendre plus facile aux enfants le travail qu'on leur présente, de leur en donner aussi ime mémoire plus nette, car nos diverses connaissances se coordonnent ordinairement dans notre esprit selon l'ordre dans lequel on nous les a enseignées.

D. Combien y a-t-il d'arrondissements dans le département de la Sarthe?

R. Quatre.

répondront les enfants instruits par leurs yeux.

D. Quelle est la ville chef-lieu du département et du premier arrondissement ?

R. La ville du Mans,

D. Quelle est la \ille chef-lieu du deuxième arrondissement? R. La ville de Mamers.

D. Quelle est la ville chef-lieu du troisième arrondissement? R. La ville de la Flèche.

D. Quelle est la ville chef-lieu du quatrième arrondissement? R. La ville de Saint-Calais.

Faites ensuite comprendre qu'un arrondissement est une partie du département confiée aux soins d'un fonctionnaire appelé souS'préfet; que ce fonctionnaire est comme le moniteur d'un autre fonctionnaire chargé de tout le département, et appelé /?re/e/; que le préfet est lui-même comme le moniteur du gouvernement qui Ta nommé ainsi que les sous-préfets, pour faire les affaires du département, y maintenir l'ordre, et veiller à ce que les lois du pays et les décisions du gouvernement y soient exécutées.

Faites ressortir les rapports de subordination qui existent des divers fonctionnaires au gouvernement, de tous les Français à la loi, et de tous les hommes à Dieu. Faites apprécier

les avantages de la saine discipline, celle qui ressort de la raison et de la justice.

Voilà un thème très fécond en développements utiles* N'abordez cependant que ceux qui sont clairs et pratiques. Si cette leçon fait naître des incidents, provoque des questians, ne les repoussez point ; recueillez, au contraire, toutes celles qui seront fondées. Qu'importe que cela vous interrompe peut-être? Votre objet n'est pas de dérouler une leçon réglée par vous dans un ordre imperturbable, mais bien d'instruire les enfants par les moyens qui leur plaisent, et dans le moment qui leur convient.

HUITIÈME LEÇON

Carte de France.

Un autre jour vous tracerez la carte de la France, dans l'intérieur de laquelle vous crayonnerez un grand nombre de compartiments irréguliers figurant les départements. Ne vous astreignez pas, dans le dessin général, à suivre avec une exactitude minutieuse les détails des contours^ qui varient même sous la main des géographes ; attachez-vous principalement à la configuration de l'ensemble. Cependant, vous tracerez votre département avec assez de soin pour qu'il soit facile à reconnaître entre les autres, et pour que les enfants puissent apprécier du premier coup d'oeil la position qu'il occupe à l'égard des autres départements et des points cardinaux. ( Voir la planche 6, à la fin du volume.)

Sur cette carte vous ne figurerez de chefs-lieux que les plus importants, comme Lyon, Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Nantes, etc. : j'aurais dû commencer par la ville capitale Paris, qui est comme le grand chef-lieu de toute la Finance,

Vous ne figurerez également de cours d'eau que les plus grands, tels que la Seine, la Loire, la Gironde, le Rhône, etc. Ce sera le moment de dire que ces cours d'eau s'appellent /fewve^. Vous pourriez dire encore qu'il n'est pas étonnant que les fleuves soient larges et profonds, puisqu'un grand nombre de rivières viennent augmenter leurs eaux en s'y mêlant, et coulant ensemble jusqu'à la mer.

Servez-vous, pour rendre cette explication plus sensible, de la comparaison que vous offrent les ruisseaux après une violente pluie. Les petits ruisseaux sont semblables aux rivières, puisqu'ils descendent comme eUes dans des ruisseaux plus grands ; et ceux-ci, aboutissant à la rivière, sont à leur tour l'image des fleuves, qui aboutissent à la mer, etc.

Vous expliquerez donc sommairement le cours des fleuves, leur source et leur embouchure ; vous direz l'importance relative et l'industrie particulière des viUes remarquables tracées sur le tableau. Vous ferez reconnaître sur cette carte les quatre points cardinaux, le nom des pays limitrophes, sauf le côté de l'Océan, que vous direz vouloir réserver pour la leçon sur la mer. Aujourd'hui vous direz simplement et sans autre explication, que la France est bornée au couchant ipaiV Océan.

Quant aux autres départements, vous ne les enseignerez point en détail comme le vôtre ; Vous vous bornerez à dire qu'ils sont tous, ainsi que le vôtre, divisés en arrondissements ; qu'ils ont tous une ville chef-lieu ; tous un préfet, dessous-préfets, des rivières, des industries, du commerce : que quelques-uns ont des montagnes ; vous direz les phénomènes physiques de quelques autres, etc. Il est bien entendu qu'afin de vous faire comprendre, vous emploierez toujours des expressions, des sujets de comparaison simples, clairs et faciles à saisir. Souvenez-vous que les enfants ne voulant

prendre aucune peine pour concevoir, il vous est d'autant plus obligatoire de vous bien expliquer.

Ou peut même apprendre encore aux enfants, et je crois que cela ne leur serait pas inutile, la nomenclature des départements de la France et de leurs chefs-lieux , mais il faudrait le faire en mariant si intimement le nom du cheflieu à celui du département, qu'ils demeurassent unis dans la mémoire sans la fatiguer, et plutôt comme un jeu que comme un travail. Cette étude, assez difficile à l'âge où l'esprit ne se souvient plus guère qu'à l'aide du raisonnement, est facilement acceptée des enfants qui sont toujours assez superficiels. Elle leur plaît si on la leur présente comme une grande difficulté^ et si on leur en fait, avec gaieté, une sorte de piquant défi ; elle leur plaît surtout, quand on peut y joindre quelque trait historique ou quelque particularité intéressante.

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