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CHAPITRE XV ECOLES DES ARTS ET MÉTIERS DE MONTRÉAL

Il y à quelques mois, l'Honorable colonel Rhodes, ministre de l'agriculture, de passage à Montréal, fut visiter l'Ecole des Arts et Métiers. Chef du département auquel ressortit cet établissement, le ministre a voulu, par cette visite, montrer quelle vive sympathie il avait pour cette Ecole, et prouver aussi que le gouvernement prenait uu grand intérêt à son succès et à son développement,

Auprès du ministre se trouvaient MM. J. X. Perrault, B. J. Coghlin, A. Rhodes, surintendant des usines de MM. Peck. Benny et Cie., de Montreal. M. S. C. Stevenson, secrétaire du conseil des Arts et Métiers, la courtoisie faite homme, servait de guide aux visiteurs; il ne pouvait y en avoir de plus compétent, car tout le monde sait quels soins conciencieux, quel dévouement sans bornes M. Stevenson met au service de l'Ecole.

La visite terminée, une visite d’une heure, plusieurs allocutions ont été prononcées.

Le colonel Rhodes parla le premier. Enthousiasmé de ce qu'il venait de voir, il félicita, en termes émus, les jeunes gens des progrès déjà accomplis. Cos progrès sont la preuve des efforts que font ces jeunes gens pour devenir de braves citoyens, d’habiles ouvriers ; aussi le ministre leur promit-il son appui le plus sérieux pour encourager l’école, la maintenir prospère, et la faire progresser, “Je ferai, dit-il, pour vous, jeunes gens, ce que je ferai pour ma propre famille. Vous réussirez avec du travail, car si Dieu n’a pas reparti à tous des aptitudes intellectuelles égales, il a

donné à tous le talent de la main qui. aïdé, développé par l'enseignement que vous recevez, vous fera vite arriver à une grande habileté dans von métiers.”

M. J. X. Perrault félicita les élèves de l'enthousiasme qu'avait causé à l'Honorable colonel Rhodes la vue de leur travaux. Il adressa ses remerciements au ministre pour ses promesses qui font entrevoir un avenir brillant pour l'Ecole, et il lui signala comme un défaut sérieux la petitesse des locanx qui obligent à refuser l'entrée des classes à de nombreux jeunes gens pleins de zèle et de bonne volonté.

En terminant. M. &. C. Stevenson remercia chaleureusement le colonel Rhodes d’avoir pris sur son temps si précieux pour venir passer près d'une heure à l'Ecole. Ce sera pour les éièves une : récompense, en même temps qu'un encouragement. Il est heureux en présence du ministre, de faire l'éloge des élèves pour leur assiduité au travail, et des professeurs nour l'excellence de leur enseignement. Les bonnes dispositions de l’Honorable colonel Rhodes permettent à M. Stevenson de lui dire que l'octroi accordé aux élèves est insuffisant pour leur donner tout le confort nécessaire et, ce qui est bien plus grave, cet octroi ne permet pas d'admettre des centaines de jeunes gens vû l’exiguité des locaux.

M. B J. Coghlin ajouta aussi quelques mots, et exprima sa satisfaction d’avoir pu assister à cette réunion; avant elle, il ignorait l'existence d’un établissement si utile et appelé à rendre tant de services à la population ouvrière.

Plusieurs de ceux qui liront ce qui précéde se demanderont, peut être, de quel établissement nous voulons parler, car souvent on ne connait pas ce qui existe le plus près de soi. Nous allons donc dire ce qu'est l’écolé des Arts et Métiers, dans quel but elle a été fondée et à quels résultats excellents sont arrivés les élèves qui l’ont fréquentée.

L'école des Arts et Métiers. située 76 et 30 rue Saint Gabriel, tout près des bureaux du gouvernement, a été fondée, il y a quelques années, en 1872, sous la direction du Conseil des Arts et Métiers de la province de Québec.

L'école. qui ne regoit que des garçons au-dessus de 15 ans, “a pour but de donner l’enseignement technique du dessin et de ses nombreuses et utiles applications à l’industrie, à ceux qui ont du goût et de l’inclination pour ces objets, plus spécialement aux ouvriers et aux apprentis” En un mot, l’Ecole a pour but d’enseigner le dessin industriel et ses applications,

Par dessin industriel que devons-nous entendre? Un maître dans la matière, le regretté professeur Walter Smith, va nous l'ap-

rendre,

a Autrefois, dit-il, dans les écoles privées et dans les écoles du dessin, on enseignait le dessin surtout comme amusement, donnant l'occasion de produire de jolies images.

&“ Le dessin industriel, quoique moins intéressant pour l'élève

qui croit avoir du goût, du talent et du génie, parce qu'il est soumis à une règle plus sévère et à un but plus défini d'utilité, peut être enseigné à tous ceux qui se livrent à une industrie quelconque. Il fera de l'artisan. employé à l'atelier un ouvrier plus économe, achant tirer meilleur parti de ses matériaux et pouvant produire des objets de meilleur goût ; conséquemment plus utile pour luimême, plus profitable à son patron, en un mot un homme plus parfait et plus productif pour la société.

Le dessin industriel, ou mécanique, base de tout art industriel, grâce auquel on peut créer des objets de bonne qualité et.ayant un cachet d’exactitude, apprend à tracer avec précision “le plan d’une maison, à imprimer à son architecture le caractère d’un goûl épuré, et à construire d’après des méthodes sûres.”

L'enseignement de ce dessin industriel, mécanique, est soigneusement donné à l’école des Arts et Métiers de Montréal.

On y enseigne aussi le dessin, dit à main-levée ou de composition, qui est essentiellement du domaine artistique. Et en agissant ainsi, on suit un plan bien conçu. En effet, dit encore M. Smith, {| faut ensoigner aux élèves, non seulemont l'exactitude et la pus qui découlent de la science. mais encore la variété et la

eauté qui résultent de la culture du goût et de la pratique du dessin à main-levée par la reproduction de ce que l'œil observe ”

L'école des Arts et Métiers eut des commencements bien modestes, deux classes seulement: une classe de dessin mécanique, uno classe de dessin à main-levée.

Plus tard, on fonda une classe de chimie dont le docteur Duval était chargé; on dut y renoncer, car les ouvriers n’en comprenäient point l’utillté. On essaya ensuite d'établir une classe de gravure sur bois, professeur M. J. L. Wiseman ; on dut aussi bientôt la supprimer, faute d'élèves. Les graveurs sur bois de notre ville, étant occupés toute la journée, n'y venaient point se perfectionner, et de plus les divers procédés récents de la photogravure. ete., tendent À faire diminuer le nombre des graveurs sur bois. Une autre classe, celle de stuc ou scagliola, dont M. R. Rogers était professeur, a été formée l'année dernière, parce qu'elle n'était pas fré, .-eutée par un nombre suffisant d'élèves.

En établissant ces classes, en faisant ces essais, le Conseil des Arts et Métiers avait voulu répondre aux besoins et aux nécessités tous les jours croissants de notre industrie, de même que donner satisfaction aux demandes réitérées du public pour l'amélioration de l'éducation technique.

Ces classes, n'ayant jamais réuni des élèves en assez grand nombre, et pour cela même n'ayant pu produire de bons résultats, le conseil se décid:, à les AE Lie

Aujourd’hui, l’école esten bonne voie, Dix classes y sont fondées ; plus de 420 élèves les fréquentent et les résultats obtenus par les élèves qui ont suivi les cours de l'école, prouvent péremptoirement l'excellence et l'utilité pratique de l’enseignement qu'on y donne,

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