CHAPITRE XIV, Ecozx p# CnicAGO.— TRAVAIL DANS L'ATELIER
Il y a à l'école d'enseignement manuel de Chicago des ateliers de dessinateurs, de charpentiers, de tourneurs sur bois, de fondeurs, de forgerons, etc.
Dans ces divers ateliers, la méthode d'enseignement est la même ; elle est dirigée par les mêmes principes ; elle tend au même but : faire non seulement des ouvriers habiles, mais surtout faire des hommes. Un rapide récit de ce qui se passe dans un atelier sutlira donc pour faire counaître comment l'enseignement est donné à l'école de Chicago.
L'atelier des tourneurs sur bois va nous servir d'exemple,
Le professeur de cet atelier fait d'abord l'histoire de l’art du tourneur, qui se perd dans la nuit des traditions égyptiennes, qu'on trouve florissant chez les Grecs et les Romains, qui sert à embellir les cathédrales du moyen-âge, qui devient à la mode parmi la noblesse des 17e et 18e siècles, et qui a produit tant d'œuvres r'emarquables de nos jours. Quelques moments s’écoulent ainsi avec fruit.
Une autre partie de la leçon est ensuite employée à faire connaître la nature, les qualités, la valeur, les usages du bois qui va être travaillé: le noyer noir.
Le professeur, tenant dans la main un morceau de bois d’un brun pourpre, demande : ‘* Comment s'appelle ce bois, où le trouve-t-on, à quel usage est-il surtout employé ?”’ Plusieurs élèves se lèvent pour répondre. L'un dir: “ C'est du noyer noir;” l’autre : “Il se trouve dans l’ouest de l'Amérique du Nord et il abonde surtout dans la vallée du sa ;”’ un troisième: ‘ On s'en sert pour les constructions et pour les meubles.”
On explique ensuite que cet arbre grandit rapidement, qu'il peut être bien poli, et, qu'à l'usage et exposé à l’air, il devient complètement noir. On décrit ensuite ses fleurs, ses fruits ; on constate qu'il ut en grande faveur dans l'Ouest, à cause de la rapidité de sa croissauce et de ses nombreux usages.
Les courroies, les poulies, les roues, les tours ayant été mis en mouvement pur la vapeur, chaque élève se place devant son tour. 11 fait courir son outil bien aiguisé sur le bois qui tourne, pour faire soit un pied de table, soit un bâton de chaise, soit une petite palissade, etc. Le bois dont il doit se servir est aux pieds de l'élève et l'ouvrage qu'il doit exécuter, dessiné par lui-même, est sur son établi. Il travaille son bois jusqu'à ce qu'il ait pris la forme du dessin placé sur l'établi. Ainsi se passent les deux heures de la leçon pendant lesquelles le professeur a surveillé tous ces jeunes ouvriers, prêtant son assistance à ceux qui sont trop embarrassés. Les relations du maître et de l'élève sont d’ailleurs telles que l'élève adresse ses questions avant de s'engager dans une fausse voie. Maïs
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si la méthode de l’enseignement gradué est anivie, l'élève perd rarement l'avantage d’un pas fait sûrement pour comprendre et faire en avant le pas qui succède immédiatement. C’est la méthode russe. et c’est la méthode suivie dans tous les ateliers de cette école Dès que l'élève s'est rendu maître d'un outil, il se rend plus facilement maître de celui qui est au-dessus, car chaque outil donne une suggestion de la nature de celui qui lui succède, et chaque addition au fonds de connaissance de l'élève lui apporte une plus grande facilité de compréhension.
La leçon finie, chaque élève présente au professeur l'ouvrage qu'il vient de terminer. Celui-ci adresse alors ses critiques amicales, Il fait ses commentaires sur chaque ouvrage, il indique les défauts et demande les critiques des élèves. Elles se font librement. Une conversation animée s’en suit, amenant les explications du professeur sur les causes de ces défauts, et les conseils pour y remédier. Enfin les ouvrages des élèves sont marqués suivant leurs dégrés de perfection ; puis la leçon est terminée.
Les fondateurs de l’école manuelle de Chicago ont établi cette école parce qu'ils avaient la con iction que cette nouvelle éducation est mieux équilibrée que l’ancienne, qu’elle fait de l'élève un homme complètement armé pour la bataille de la vie, armé mentalement, moralement et physiquement. En conséquence, les exercices de l'atelier ont été combinés avec des exercices intellectuels d’un caractère assez étendu ; par suite certaines connaissances intellectuelles sont nécessaires pour être admis à l'Ecole. L'élève doit être âgé d’au moins quatorze ans, et aura à subir, avant son admission, un examen sur l’arithmétique, la géographie, la langue anglaise avec analyse grammaticale et logique, écrire une étude sur la ville de Chicago, son accroissement rapide, ses communications par eau et par terre, son commerce, ses manufactures, etc.
L'élève ayant été admis à l'Ecole de Chicago reçoit, pendant les trois ans qu'il y passe, l’enseignement suivant :
PREMIÈRE ANNÉE — Arithmétique, Algèbre, Langue anglaise, Histoire, Physiologie, Géographie physique, Dessin mécanique et à main libre. Travaux d'atelier : .Charpentiers, Tourneurs sur bois, Sculpteurs sur bois. soins et usage des outils.
SECONDE ANNÉE — Algèbre, Géométrie plane, Physique, Mécanique, Histoire, Littérature, Dessin géométrique et mécanique, Travaux d'atelier : Moulage, Fonderie, Forge, Ajustage, Soudure.
TROISIÈME ANNÉE — Géométrie, Trigonométrie, Tenue de livres, Littérature, Economie politique, Chimie, Dessin de machine et architectural. Travaux d'atelier: Outils pour Limeur, Tourneur, Ajusteur, pour forer, etc., Etude des soins et de la conduite des machines à vapeur et des chaudières,
On peut apprendre le latin à la place de la langue anglaise, de la littérature et de l’histoire. On enseigne chaque année les propriétés des matières: bois, fer, airain, ete dont on s’est servi.
Pendant toute la durée des cours, une heure par jour, au moins,
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DANS L'ÉCOLE PRIMAIRE. 37 est consacrée au dessin et pas moins de deux heures au travail de l'atelier. Le reste du temps est employé à l'étude et à la récitation. Avant d'être gradué, chaqne élève doit construire une machine d’après les dessins et les modèles qu’il à faits.
La nouvelle éducation, adoptée par l'Ecole de Chicago, uni intimement l’enseignement manuel et l’enseignement intellectuel. Y’est, aujourd’hui, un fait reconnu que la science découvre et que l'art utilise, et que ces deux forces font mouvoir le monde moderne.
Le grund nombre de gens qui sont employés dans les arts industriels ne peuvent s’y distinguer sans une éducation scientifique. S'il n’a eu un enseignement manuel et technique, l’ouvrier de l’avenir ne peut espérer s'élever au-deseus du rang d’une pièce d’une machine. Pour éviter ce malheur, les écoles communales doivent être des établissements d'enseignement manuel aussi bien que d’enseignement intellectuel. Eiles doivent faire ressortir la dignité du travail non pas seulement par des préceptes, mais par l'exemple. L'enseignement technique et manuel doit faire partie du système général d'éducation.