LES INSTITUTEURS SUISSES EN APPRENTISSAGE A BERNE
M. Seidel avait dit, au congrès du Havre, que ce qui se faisait à Berne prouvait que dans l’espace de quelques semaines, un instituteur peut s’instruire dans les travaux manuels de façon à être capable de les enseigner dans son école,
st la Revue pédagogique du 15 septembre 1886, nous trouvons les détails du fait signalé par M. Seidel.
A Berne, il y a quelques années, fut inauguré le cours d'exercices manuels à l’usage des instituteurs déjà en fonctions, qui s’y rendaient de tous les cantons de la Suisse. Ce cours durait un mois, le mois de vacances, et, pendant ce temps, ces instituteurs étaient au travail de 6 heures du matin à 7 heures du soir, à l'exception des trois heures des repas.
Quand l'écrivain de la Revue alla visiter ce cours, il y trouva une soixantaine environ d'instituteurs occupés avec la plus grande
attention à un travail tout nouveau pour eux. ‘Loin de déchoir de leur dignité de maîtres ès-choses de l'esprit, ils m'ont paru au contraire s'élever et s’honorer pour cette attention savante et cette application virile à des exercices où l’art se mêle au métier, et sans lesquels, confessons-le humblement, un homme n’est pas tout à fait un homme, souple de corps et habile de ses mains comme de son intelligence.”
A l'entrée des salles se trouvaient exposés des spécimens de tout ce que fabriquent ces ouvriers d’un nouveau genre: ustensiles et meubles de bois, tables, bancs, vases, brouettes, armoires, etc. En voyant ces travaux, on ne pouvait jamais croire qu'ils eussent été exécutés après un apprentissage de quatre semaines seulement.”
Voici l'organisation de ce cours pour les instituteurs. Dès leur arrivée, on les répartit en deux sections entre lesquelles ils optent : l’une, du modelage et de l'ébénisterie ; l’autre, de la menuiserie et du cartonnage avec reliure. Ils prennent l'ouvrage à l'état rudimentaire, et marchent de degré en degré, jusqu’à l'achèvement. Tout le travail est sous la présidence d’un directeur venu de Bâle et qui a déjà fait ses preuves. Dans chaque section ou division de section, un maître ouvrier, ou un instituteur déjà expert, initie ces apprentis d’un nouveau genre aux éléments, surveille leurs travaux et leurs dessins préparatoires. ‘ L'expérience a prouvé que les meilleurs guides pour avancer vite et sûrement ne sont pas les gens de profession, mais les hommes d’écoles: seuls ils savent expliquer, commencer par le commencement, rendre compte des procédés; l’ouvrier est là, moins pour enseigner que pour dégrossir l'ouvrage et montrer l'exemple. Au reste, la critique mutuelle vient sans cesse compléter ou devancer le jugement du chef de service, et ce n’est pas le moindre avantage de cette réunion de jeunes gens de bonne volonté que ce franc échange de critiques et d’éloges.”
Ces quatre semaines si bien remplies, pendant lesquelles ces instituteurs arrivent à être capables de donner l’enseignement manuel, tendent à fonder entre gens du même métier, jusqu'alors étrangers les uns aux autres, d'excellentes relations de camaraderie, ce qui est un grand bien.
Le gouvernement fédéral leur alloue une faible indemnité de séjour, et, pour leur éviter des frais de logement, des lits leur sont donnés dans les casernes ou les colléges vides à cette époque.
On ne peut qu'applaudir à l'institution de ce cours de travail manuel pour les instituteurs car, à leur tour, ils répandront l’habitude de l’habilité de ce travail parmi les élèves. L’hygiène, des distractions honnêtes, la dignité du travail manuel relevée, enfin et surtout un moyen de défense industrielle dans la concurrence entre les nations, tels seront les résultats des exercices manuels dans l'école.
On doit aussi applaudir à la simplicité des exercices auxquels on initie le maître et qu'il est chargé de transmettre à ses élèves, “Rien où ne puisse atteindre aisément et en peu de temps un
homme intelligent et assidu, Rien que le maître d'école ne puisse enseigner sans se trop écarter de sa profession spirituelle ; rien qui fasso de lui le rival de l’ouvrier de métier; rien non plus qui ne soit pratique et simple, approprié aux commodités ou à Vaushesns d’un intérieur bourgeois ou populaire. Et dans ces limites assez larges encore, nul doute qu’un homme habitué à enseigner, à rendre compte des choses à soi-même et aux autres, à marcher du simple au composé, du facile au difficile, ne soit particulièrement apte à abréger l'apprentissage élémentaire qu'il est permis de souhaiter pour les fils des riches non moins que pour ceux des pauvres.”
De plus, on ouvrant des cours pour les instituteurs déjà en fonctions, la Suisse a donné un exemple précieux à toutes les nations. Exemple précieux, d'abord parce qu'il fournit le moyen d'arriver plus vite à l'introduction de l’enseignement manuel dans les écoles, et en second lieu, parce que ce moyen est peu dispendieux. En effet, dans tous les pays, ainsi qu’en Suisse, les lycées. les écoles normales vides, pendant les vacances, peuvent donner l'hospitalité de leurs salles, de leurs dortoirs, de leurs collections.