‹ Enseignement primaire élémentaire: méthode de langue française (volume 2)Chapitre 370 sur 373 · GRAMMAIRE: LA CERTITUDE ET LE DOUTE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE: LA CERTITUDE ET LE DOUTE

Dans la lettre de M. Denis à M. Tournefort (Voir la lecture, page 349), on lit: Je suis désolé que vous ayez eu un chagrin; le mot désolé exprime un sentiment, le verbe qui en dépend, ayez eu, se met au subjonctif, o \ Mais dans : il est sûr qu'on vous a rapporté un propos ... l'adjectif H \ sûr n'exprime point de sentiment ou de volonté qui puisse avoir une influence sur la proposition qui suit; ce mot marque la certitude d'un fait, à savoir qu'on a rapporté un propos. Le verbe qui exprime ce fait est au mode de la certitude, à l'indicatif.

Au contraire, dans : // n'est pas sûr du tout que ce propos soit exact, la chose cesse d'être sûre, la certitude est remplacée par le doute; le mode de la subordonnée redevient celui du doute, le subjonctif.

Quand une proposition dépend d'un verbe, d'un nom, d'un adjectif exprimant la certitude, la réalité, le verbe de cette proposition se met à l'indicatif :

Je crois, j'affirme, j'espère ... que le malade est mieux ... ira mieux. La pensée, la persuasion ... qu'il est mieux me réjouit. Persuadés qu'ils le garderont, ses parents oublient leurs inquiétudes. Au contraire quand une proposition dépend d'un mot qui, par lui-même, exprime l'incertitude, le doute, le verbe de cette proposition se met au subjonctif :

Je nie, je doute, j'ai peine à croire ... que la chose aille si vite. o ^ Si une négation est ajoutée à un mot exprimant la certitude, elle en change le sens, et s'il y a vraiment doute, le subjonctif se met dans la subordonnée : '^

Je ne crois pas, je ne pense pas ... qu'il soit guéri. Quand la proposition complément dépend d'une interrogative, on peut employer l'un ou l'autre des modes, mais le subjonctif exprime mieux le doute.

Croyez-vous qu'il guérira ... qu'il guérisse complètement? Remarque. — Il arrive que le même verbe marque la certitude ou la volonté; le mode de la proposition qui suit dépend du sens : (certitude) : je dis que vous prenez bien des précautions. (volonté) : je dis que vous preniez beaucoup de précautions.

Ex. 1582. V Justifiez le mode em- ? dant le croissant aient autant de valeur

ployé dans chaque subordonnée : l et de durée que ceux qu'on a coupés

Linfluence de la Luae. | pendant les deux derniers quartiers.

Les savants ont démontré que la | , « ., .

Lune a une action sur le flux et le [E^- î»83-] ,"^ Montrez que le mode

reflux de la mer; mais ils ne vont pas «'«P%^ dans la subordonnée dépend

plus loin; ils n'admettent pas, par ^u sens attache a la principale :

exemple, que les changements de temps > Sage précaution !

puissent dépendre des phases diverses | Le flis du maréchal de Bassompierre

de la Lune. Le peuple, lui, est autre- | dit qu'une nuit il fut réveillé par un

ment hardi. Vous n'ùterez jamais de s coup de pistolet qu'on tira dans sa

l'esprit d'un jardinier que la lune s chambre. « Qu'est-ce que cela? — C'est,

roussegrilleimpitoyablementiesjeunes s Monsieur, répondit son valet, que j'ai

feuilles. Beaucoup de vieux forestiers ne l eu peur qu'une souris vous réveillât,

pensent pas que les bois abattus pen- \ et je l'ai tuée. »

Langue française. — Troisième livre. 349

1584. LECTURE : Loyale explication.

On avait affirmé à M. Tournefort qu'un propos désobligeant avait été tenu sur son compte par un de ses amis, M. Denis, et il en était très irrité. L'ayant appris, ce dernier, au lieu de s'emporter à son tour, écrivit la lettre suivante :

Cher Monsieur,

J'apprends que vous êtes irrité contre moi, et vous auriez tout lieu de l'être, si j'avais réellement parlé de vous comme on vous a dit que je l'avais fait. Mais, en toute sincérité, je ne comprends pas que vous ayez accueilli d'emblée et sans aucune vérification une pareille histoire.

Il est sûr malheureusement qu'on vous a rapporté un piopos soidisant tenu par moi, il n'est heureusement pas sûr du tout que ce propos soit exact. Admettez-vous que, pendant de longues années, j'aie feint pour vous une sympathie que je n'aurais pas éprouvée réellement? Non, n'est-ce pas? Je ne suis ni un fourbe, ni un menteur. Alors croyez-vous que j'aie brusquement changé de sentiments à votre égard?

Rélléchissez-y et renseignez-vous. Je ne doute pas que vous n'arriviez à vous convaincre qu'on vous a trompé. Quand vous en serez certain, je ne veux d'excuse d'aucune sorte; je suis trop désolé que vous ayez eu un chagrin dont j'ai été la cause involontaire; mais il me sera très doux que nous nous serrions cordialement la main comme autrefois.

Ex. 1585. "^ Copiez les verbes au i mode en recherchant les mois qui subjonctif et justifiez l'emploi de ce \ marquent le doute.

1586. COMPOSITION FRANÇAISE: N'afûrmer qu'avsc réserve.

M""* X... a entendu dire que sa voisine avait volé dans un magasin; elle ne se renseigne pas et colporte cet on-dit. Si elle trouve de l'incrédulité chez les personnes qui l'écoutent, elle renchérit : « J'en suis sûre, parole d'honneur, vous pouvez me croire ».

Souvent le désir de convaincre les autres ou celui de paraître bien renseigné fait ainsi affirmer des choses dont on n'est pas certain. La plus élémentaire honnêteté conseillerait d'affirmer avec plus de réserve.

CONSEIL : Lorsque nous ne sommes pas tout à fait sûrs d'un fait, gardons-nous de l'afârmer sans réserves; ne lui donnons que le degré de certitude qu'il a. Propager une erreur est aussi dangereux que de propager une maladie.

Ex. 1587. °^ La Chine. l Ex. 1588. "^ Accusations téméraires.

PLAN < PLAN

Ce que vous en savez tout à fait s Georges affirme qu'on lui a pris son

bien : sa position géographique, sa | porte-plume. Ernest insinue que c'est

vaste superficie, la race qui l'habile. \ le voisin Paul, médiocrement noté, qui

Ce que vous savez moins : chiffre de \ a volé cet objet. Le maître et les élèves

sa population, organisation politique \ croient Paul coupable,

et sociale, richesses du sol. < Un instant après, Georges retrouve

Ce que vous savez très peu : ses \ son porte-plume dans un cahier,

projets de transformation, son avenir. | Racontez cela et appréciez-le.

Brunot et Bony. Troisième livre. i2.

350 Méthode Brunot-Bony.

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