GRAMMAIRE: L'AFFIRMATION ATTÉNUÉE
Un vol a été commis chez la vieille mère Lacroix. Le petit Georges, qui gardait les oies près de là, a vu un homme qui cachait quelque chose sous sa blouse. Les gendarmes viennent faire une enquête. Le brigadier interroge Georges tout doucement, pour ne pas l'effrayer :
« Mon petit ami, je vengiis~ seulement savoir si vous avez gardé les oies hier. — Oui, Monsieur. — Etait-il tard quand vous êtes rentré? — // était peut-être cinq heures. — Pourquoi êtes-vous revenu si tôt ce jourlà ? Vous aurez eu peur?— Oui, Monsieur. — Je voudrais savoir de quoi vous avez eu peur; vouclriez-^ons me le dire ? — D'un homme en blouse. » El le gamin, mis en confiance, raconte tout ce qu'il sait.
Le brigadier s'informe auprès des voisins. « L'enfant n'est pas menteur? — Oh! non. Monsieur, je ne sache pas qu'on l'ait pris à mentir. » Le gendarme rédige alors son rapport : « D'après l'enquête, un enfant du village aurait vu sortir furtivement un homme en blouse qui dissimulait un paquet; il est vraisemblable que ce paquet contenait les effets dérobés. Cet homme peut avoir une cinquantaine d'années, il serait passé par la forêt. C'est probablement le malfaiteur ; mais il est douteux qu'on le retrouve, le signalement est trop vague. »
On a parfois besoin d'atténuer l'expression d'un désir. Le gendarme, ne voulant pas effrayer l'enfant, lui dit, non pas : je viens savoir..., je veux savoir, mais : je venais savoir... je voudrais savoir...
Il devine ensuite pourquoi l'enfant est rentré; toutefois il ne présente pas cette raison comme certaine, mais comme possible : vous aurez eu peur? Enfin le même homme donne les résultats de son enquête comme incertains, non plus par politesse, mais parce qu'ils le sont réellement : un enfant aurait vu... cet homme peut avoir une cinquantaine d'années.
Pour rapporter des faits qui ne sont pas sûrs, on peut employer une subordonnée qui dépende d'un mot exprimant cette incertitude : Il est possible, douteux ... qu'on le retrouve.
Ou bien on ajoute au verbe d'une proposition isolée des adverbes exprimant une réserve :
On le retrouvera peut-être, sans doute, probablement. On emploie aussi :
1" le futur antérieur au lieu du passé : Vous aurez eu peur? 2° le conditionnel au lieu de l'indicatif: Un enfant aurait vu sortir un homme, celui-ci serait passé par la forêt. 3° le verbe pouvoir, qui devient une sorte d'auxiliaire :
Cet homme peut avoir cinquante ans.
On peut et on doit employer des atténuations analogues en exprimant des faits certains, lorsque, par convenance, on veut les présenter avec réserve :
Je venais savoir si vous avez gardé les oies hier. On atténue de même l'expression d'un désir, d'une demande : Je voudrais savoir cela. Voudriez-i'ous me passer le sel?
Ex. 1590. °f Dans l'exemplk, re- S on a atténué l'affirmation ou la decherchez tous les moyens par lesqueU ' mande.
1591. VOCABOLAIRE : Mots convenables et mots grossiers.
« Charles, tu m'ennuies. Je ne joue plus avec toi; lu es trop brutal, tu bouscules les autres, tu leur donnes des coups ou les jettes à terre; et s'ils protestent, tu t'en moques. Par contre, dès que tu reçois une bourrade, tu te fâches et cries comme un aveugle. Eh bien! tu joueras seul maintenant; tant pis pour toi! »
C'est ainsi qu'un enfant bien élevé doit parler, même s'il s'adresse à un camarade, même s'il est fâché. Trop souvent, à quelques-uns de ces mots : tu m'ennuies, ta donnes des coups..., on substitue des teimes grossiers, que vous devez soigneusement éviter.
Au contraire, il ne faut pas, par excès de délicatesse, proscrire des termes simples, exacts, bien français, ou ne les employer qu'avec des restrictions ridicules : le petit est allé, sauf votre respect, garder les vaches.
Ex. 1592. °lf Au lieu du nom cochon, mettez le mot enfant, et changez les mots qui cessent de convenir :
Les Leroux n'ont pas de chance :
leur cochon vient de crever. Hier il était pourtant comme d'habitude; dans la nuit, on ne l'a pas entendu grogner; et voilà que ce matin on le trouve vautré sur son fumier, les pattes raides, la gueule ouverte! On suppose qu'il avait trop de lard et que la graisse l'aura étouffé. Comme il avait depuis quelque temps les boyaux en mauvais état, il a plutôt succombé à une crise de colique.
[Ex. 1593.] "f Au lieu du bébé de la fermière, mettez le petit de la chienne, et remplacez par des équivalents les mots qui ne conviennent plus :
Le bébé de la fermière est tout à fait charmant. Déjà il se tient très droit sur ses pieds; il est robuste; ses yeux brillent sous des touffes de cheveux noirs. Il comprend tout ce qu'on lui dit et s'essaye à parler, d'une petite voix aiguë. Sans cesse, il tend vers sa maman son petit visage rose, et sa maman l'embrasse avec un air ravi.
Tout heureux, l'enfant gazouille un remerciment en agitant les bras.
1594. COMPOSITION FRANÇAISE : S'exprimer avec modestie.
Certaines gens abusent du moi : « Tel est mon avis. Je pense, moi, que vous avez tort d'agir ainsi. »
11 y a de la prétention à affirmer si catégoriquement ses opinions, à étaler ainsi sa personnalité. C'est un man(|ue de prudence, car nous ne sommes jamais absolument sûrs de posséder la vérité ; c'est aussi un manque de tact, car il faut se garder de froisser les autres, quand on diffère d'avis avec eux, en réfutant trop àprement leurs opinions.
Il est bien entendu que cette réserve dans les affirmations et ce souci de rester convenable avec autrui', ne doivent pas être poussés trop loin : dans certains cas, il faut aussi savoir défendre avec courage la vérité dénaturée par des gens prévenus ou obstinés.
CONSEIL : Si l'on doit toujours dire courageusement ce qu'on pense, il faut l'exprimer avec les réserves de forme qu'imposent la modestie et la politesse.
Ex. 1595. °)f Votre père s'est blessé; il veut laver sa plaie avec de l'eau non bouillie. Vous lui expliquez poliment les dangers auxquels il s'exposerait et les avantages de l'antisepsie.
Ex. 1596. "f Un de vos amis a coutume de dire :
«Après moi le déluge. »
Ecrivez-lui ce que vous pensez de cette manière de comprendre la vie.