‹ Enseignement secondaire moderne. Homère. L'Odyssée, traduction française de Madame Dacier, revue et corrigée avec analyse et extraitsChapitre 12 sur 93 · Télémaque et le fils de Nestor sont reçus à Lacédémone · texte numérisé non relu

Télémaque et le fils de Nestor sont reçus à Lacédémone

dans le palais de Ménélas.

Télémaque et le fils du sage Nestor arrivent à la grande ville de Lacédémone, environnée de montagnes: ils entrent dans le palais de Ménélas, et trouvent ce prince qui célébrait avec de nombreux amis le festin des noces de son fils et de celles de sa fille, qu’il mariait le même jour. Car il envoyait sa fille Hermione au fils d’Achille; il la lui avait promise dès le temps qu’ils étaient encore devant Troie, etles dieux accomplissaient alors ce mariage qui avait été arrêté. Il se préparait donc à envoyer cette princesse à Néoptolème, dans la ville fameuse des Myrmidons, avec un grand train de chars et de chevaux. Et pour son fils unique, le vaillant Mégapenthès, qu’il avait eu d’une esclave (car les dieux n’avaient point donné à Hélène d’autres enfants après Hermione, qui avait la beauté de Vénus), il le mariait à une princesse de Sparte même, à la fille d'Alector. Ménélas était à table avec ses amis et ses voisins; le palais retentissait de cris de joie mêlés au son des instruments et des voix, et au bruit des danses. Un chantre divin chantait au milieu d’eux en jouant de la lyre; et au milieu d’un grand cercle, deux sauteurs entonnant des airs faisaient des sauts merveilleux qui attiraient l’admiration de l’assemblée.

Télémaque et le fils de Nestor, montés sur leur char, entrent dans la cour du palais. Etéonée, serviteur zélé de Ménélas, va annoncer leur arrivée au prince, et, s’approchant, il lui dit : « Divin Ménélas, deux étrangers viennent d’entrer dans la cour; on les prendrait aisément tous deux pour le fils du grand Jupiter : ordonnez si nous irons dételer leur char, ou si nous les prierons d’aller chercher ailleurs des hôtes qui soient en état de les recevoir. »

Ménélas, offensé de ce discours, lui répondit : « Fils de Boéthotis, jusqu’ici vous ne m’aviez pas paru dépourvu de sens; mais aujourd’hui je vous trouve très insensé de me venir faire une telle demande. En vérité, nous avons souvent tous deux mangé à la table des autres et reçu d’eux l’hospitalité avant de revenir ici; et veuille le grand Jupiter que désormais mes peines soient finies ! Allez donc promptement dételer les chevaux de ces hôtes et les introduire eux-mêmes pour qu’ils prennent part au festin. »

Il dit, et Etéonée part sans répliquer, et il ordonne aux autres esclaves de le suivre. Ils détellent les chevaux qui étaient tout couverts de sueur, les font entrer dans de superbes écuries, et leur prodiguent l’épeautre mêlée avec de l’orge blanche. Ils mettent le char dans une remise dont l’éclat éblouit les yeux. Et ensuite ils conduisent les deux princes dans les appartements. Télémaque et Pisistrate ne peuvent se lasser d’en admirer la richesse; l’or y éclatait partout et les rendait aussi resplendissants que le soleil. Quand ils furent rassasiés de voir et d’admirer toute cette magnificence, ils furent conduits dans des bains d’une extrême propreté. Les plus belles esclaves du palais les baignèrent, les frottèrent d’huile, leur donnèrent les plus beaux habits, et les menèrent à la salle du festin, où elles les placèrent auprès du roi sur de beaux sièges à marchepied. Une autre esclave apporta en même temps dans un bassin d’argent une aiguière d’or admirablement bien travaillée, donna à laver à ces deux princes, et dressa devant eux une belle table, que la maîtresse de l’office couvrit de mets pour régaler ces hôtes, en leur prodiguant tout ce qu’elle avait de plus exquis. Le maître d’hôtel leur servit des bassins de toutes sortes de viandes, et mit près d’eux des coupes d’or.

Alors Ménélas, leur tendant les mains, leur parla en ces termes : « Soyez les bienvenus, mes hôtes; mangez et recevez agréablement ce que nous vous offrons. Après votre repas nous vous demanderons qui vous êtes. Sans doute vous n'êtes pas d’une naissance obscure; vous êtes assurément fils de rois à qui Jupiter a confié le sceptre; des hommes du commun n’ont point d’enfants faits comme vous. »

En achevant ces mots, il leur servit lui-même le dos d’un bœuf rôti, qu’on avait mis devant lui comme la portion la plus honorable. Ils choisirent dans cette diversité de mets ce qui leur plut davantage; et sur la fin du repas, Télémaque, s’approchant de l'oreille du fils de Nestor, lui dit tout bas, pour n’être pas entendu de ceux qui étaient à table : « Mon cher Pisistrate, prenez-vous garde à l’éclat et à la magnificence de ce vaste palais? L’or, l’airain, l’argent, les métaux les plus rares et l’ivoire y brillent de toutes parts; tel doit être sans doute le palais du dieu qui lance le tonnerre. Quelles richesses infinies! Je suis saisi d’admiration ! »

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