Le cheval de bois
Le chantre rempli de l’esprit du dieu se mit à chanter, commençant au moment où les Grecs, faisant semblant de se retirer, montèrent sur leurs vaisseaux, après avoir mis le feu à leurs tentes. Ulysse et tous les guerriers d’élite, enfermés dans ce cheval, étaient au milieu de la place ; car les Troyens eux-mêmes l’avaient traîné jusque dans la citadelle. Ce cheval était là au milieu, et les Troyens assemblés tout autour discouraient et proposaient plusieurs choses sans pouvoirs'accorder. Il y avait trois avis principaux: les uns voulaient que l’on mit en pièces cette énorme machine; les autres conseillaient qu’on la traînât au haut de la citadelle et qu’on la précipitât des murailles ; et le troisième parti était de ceux qui soutenaient qu’elle devait être inviolable, et qu'il fallait la laisser comme une offrande agréable aux dieux et capable de les apaiser. Et ce dernier avis l’emporta ; car c’était l’ordre des destinées que Troie pérît, puisqu’elle avait reçu dans ses murs cette grande machine, pleine de tant de braves capitaines qui portaient aux Troyens la ruine et la mort. Il chanta ensuite comment les Grecs, sortis du ventre du cheval, comme d’une vaste caverne, saccagèrent la ville; il représenta ces braves chefs répandus dans tous les quartiers, et portant partout le fer et la flamme. Il raconta comment Ulysse, accompagné de Ménélas et semblable au dieu Mars, alla dans le palais de Déiphobus, et soutint là un grand combat qui fut longtemps douteux, et dont la victoire leur demeura enfin par le secours de Minerve.