Sages paroles de Mentor
Mentor se leva. C’était un des plus fidèles amis d’Ulysse et celui à qui, en s’embarquant pour Troie, il avait confié le soin de toute sa maison, afin qu’il la conduisit sous les ordres du bon Laërte. Il parla en ces termes inspirés par leur intérêt :
« Écoutez-moi, peuples d’Ithaque : qui est le roi qui désormais voudra être modéré, clément et juste? Qui
L’ODYSSÉE D'HOM ÈRE est celui, au contraire, qui ne sera pas dur, emporté, violent, et qui ne s’abandonnera pas à toutes sortes d’injustices, lorsque nous voyons que, parmi tant dépeuples qui étaient soumis au divin Ulysse et qui ont toujours trouvé en lui un père plein de douceur, il n’y a pas un seul homme qui se souvienne de lui et qui n’ait oublié ses bienfaits? Je n’en veux point ici aux tiers poursuivants, qui commettent dans ce palais toutes sortes de violences par la corruption et la dépravation de leur esprit; car c’est au péril de leur tête qu’ils dissipent les biens d’Ulysse, quoiqu’ils espèrent qu'ils ne le verront jamais de retour. Mais je suis véritablement indigné contre son peuple, de voir que vous vous tenez tous dans un honteux silence, et que vous n’avez pas le courage de vous opposer, au moins par vos paroles, aux injustices de ses ennemis, quoique vous soyez en très grand nombre et qu’ils soient bien moins forts que vous. » [Le peuple reste silencieux et Léocrite rompt l’assemblée.]