‹ Enseignement universel (volume 2)Chapitre 9 sur 31 · DEUXIEME EXERCICE · texte numérisé non relu

DEUXIEME EXERCICE

Le maître : Qu'est-ce qu'une déesse ?

L'élève : C'est un être immortel servi par des

nymphes.

Le maître : Est-ce que toutes les déesses sont

servies par des nymphes ?

L'élève : Je ne sais.

Le maître : Pourquoi l'avez-vous dit ? L^élève : Pour répondre.

Le maître : Il fallait dire : Calypso était servie par des nymphes ; mais j'ignore si toutes les déesses avaient des nymphes pour les servir.

Ne faites jamais que des questions dont Ja réponse soit dans le livre qu'on sait, n'importe où. Quand même les éléniens de la solution seraient épars, c'est à la mémoire à les rassembler. L'esprit voit toujours bien ce qu'il voit ; mais on parle souvent de ce qu'on n'a pas vu : et s'il y a un homme qui ait plus de génie qu'un autre , ce que je ne crois pas, il doit déraisonner comme le plus sot ( s'il y a des sots ) quand il parle de ce qu'il ignore. Le Journal de Paris lui-même s'est trompé en parlant de l'enseignement universel.

Exercez l'élève à généraliser- je ne dis pas, apprenez -lui à généraliser : c'est une faculté commune à tous les hommes. Montrez-lui qu'il est distrait , qu'il a parlé sans Voir , et il raisonnera aussi bien que vous. Nous ne nous trompons jamais que par distraction. Dans la vieille méthode on excuse une faute de distraction comme une faute d'orthographe : cela rend l'esprit trop prompt à juger légèrement avant d'avoir examiné. On dit qu'on se trompe aussi par ignorance ; sans doute : mais quelle plus grande distraction que celle de

( ^ ) l'orgueil , de Pamour-propre , d'une passion quelconque enfin qui nous fait oublier notre ignorance, et parler sans savoir ce que nous disons!

Je ne veux pas dire qu'il soit possible à l'homme de n'être pas distrait ; je veux dire que la distraction, dans l'acception la plus étendue de ce inot^ est l'unique cause de nos erreurs ; c'est notre plus grand ennemi : nous ne pouvons trop nous exercer à un combat qu'il faut renouveler sans cesse. Tout 'vice vient dy ânerie , dit-on : cela est vrai dans un sens , c'est-à-dire que la colère , par exemple , nous rend semblables à la bête. Mais nos passions ne nous rendent pas bêtes en effet ; ïa bête ne sait pas qu'elle est en fureur : l'homme le sait, et voilà sa supériorité. On pourrait d'après cela définir l'homme un animal qui peut être raisonnable , et cela serait vrai sous certains rapports ; alors on renverserait l'axiome , tout vice vient d'ânerie, et on dirait , toute ânerie vient de vice > c'est-à-dire d'une passion , d'une distraction qui nous empêche de considérer la chose sous toutes ses faces. Ce n'est donc jamais l'intelligence , mais l'attention qui est en défaut.

Page 1