SCÈNE QUATRIÈME Les mêmes, le bossu
Le Bossu, entrant tout à coup: Une lettre, monsieur le courtier. Un individu trop pressé pour entrer, vient de me la remettre, et il s’est mis à courir, et il tournait la tête de temps en temps, pour voir si j’entrais; je le suppose, du moins.
Boivin: Ou peut-être pour regarder ce que tu portais sur ton dos.
Le CourTIER, examinant l'adresse: Si c’était une lettre de mon garçon!
Mais non, ce n’est pas son écriture. Et puis, le timbre de Seattle. Seattle, ce n’est pas Dawson... Voyons toujours. (Il ouvre la lettre et lit.) Seattle, le 9 juin, 1909...(Hum! ce.n’est pas d’hier.) “Monsieur, votre fils est ici, à l’hôpital, depuis quelques jours. Le danger est passé. Il a été attaqué, battu et volé par des brigands...
BrroN: Je me doutais de ça. Ils arrivent bien à propos, ces brigandslà, mille tonnerres!
Borvin: Le garçon ne reviendra jamais, on peut dire adieu à notre argent.
Le CourTIER, découragé: La ruine!...O mon Dieu! C’est la ruine!.. la ruine de mon honneur, surtout! (I continue à lire.) Il pourra se remettre en route bientôt.
Biron Pour venir ou pour s’en retourner?
Le Courrier, troublé: Parlez dur, j'entends fort.
BrRoON, assez bas: Le voilà à l'envers, à cette heure. (Haut). Pour venir où pour s’en retorurr?
Le Courrier: La lettre ne le dit pas.
Boivin: Bien sûr qu’il est parti pour le Yukon; s’il avait pris le chemin de Québec, il serait arrivé aujourd’hui.
Le Bossu: La journée n’est pas finie.
BolviN: Quand je dis “aujourd’hui: on sait ce que cela veut dire. Le Bossu: Oui, ça veut dire hier.
(Biron et Boivin causent ensemble à voix basse.)
LE VOURTIER; marchant tête basse: Si j'avais sul... Moi, moi, passer pour un malhonnête homme!...Tout vendre quoi!...tout vendre!... Il ne sera pas dit... .que je partirai avec une tache au front.
Le Bossu, à l'auditoire: Les voilà bien inquiets de leurs sous... Heureux les gueux comme moi! Je n’ai que ma bosse, et personne ne songe à me l’escamoter.
LA SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA
(I chante.) Lorsque ma bourse devient mince, Et que je n’ai rien dans l'casier, C’est avec d’l'eau pur’ que j’me rince Le gosier.
Dans une croute ou dans un’ pomme,
Ça m'est égal, j'mords à bell’ dent,
J'me pense au paradis, tout comme L’père Adam.
BIRON, au bossu: Veux-tu bien te taire, toi, mon vilain bossu?. Si.
Le Bossu: Si.. .quoi?...Si
; c’est une note qui manque À mon nom, je l'ai dit déjà.
BiRoN: Il t’en manque peut-être une autre, le de nous, une bonne gifle va te la donner.
Le Bossu: Le Sol?
Sol, et si tu te moques
BrRoN: Oui, oui, le Sol.
Le Bossu: Alors, si je tombe, au lieu de prendre un parachute, je prendrai un parasol.
Le Courrier: Voyons! voyons! mes amis, entendons-nous.
Le Bossu: Je pensais m’amuser en venant ici, mais je vois que je me suis trompé. Alors mon utilité cesse, et je décampe, Adieu, (11 fait quelques pas vers la porte, puis il revient.) Tenez! je vous laisse un souvenir. Je veux que vous pensiez à moi longtemps. Je vous fais cadeau de ma bosse. (Il détache sa bosse et la dépose sur la table. Ilen sort des valeurs de toutes sortes. Il enlève barbe et perruque, puis se jette dans les bras du courtier en s’écriant.) Mon père, vous allez être heureux.
Le Courier: Rémi! .. C’est Rémi, mon fils. .Que Dieu est bon! (Il presse Rémi sur son cœur.)
Borvix, à Biron: C’est Rémi Falardeau!.. le garçon du courtier!. En voilà un tour! et. un bon!.…
BIRoN, chantant: Ré mi Fa lar do:;.
--Oh! le drôle! il pouvait bien s’apneler la gamme.
Le Bossu, au ccurtier: Mon père, si le badinage a été trop cruel, je
vous demande pardon, et (montrant la bosse éventrée) je vous dédommage de mon mieux.
Tous: Entendons-nous! entendons-nous!
| ji Èl
[LeMay]