‹ Entomologie analytiqueChapitre 105 sur 204 · GENRE CANTHARIDE. CANTHARIS. (Linné · texte numérisé non relu

GENRE CANTHARIDE. CANTHARIS. (Linné

CaracrÈres : Coléoptères à quatre articles aux tarses postérieurs et à cinq aux antérieurs ; à élytres mous, flexibles ; antennes en fil de la longueur de la moitié du corps au

moins , dont les articles sont inégaux.

Ce nom de Cantharide, dont la signification est si claire pour nous autres Français, n’est cependant pas l'expression technique que nous devrions employer; mais l'usage a prévalu, et il nous serait impossible maintenant d’introduire dans le langage vulgaire le nom scientifique de Lytta dont Fabricius s'est servi et qui, au reste, n'a aucun sens, quoique tiré du grec, car 1l indiquerait la rage, au lieu que l'expression de can-

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tharide ou xabapis, employée par Aristote dans son /Zistoire des animaux, liv. IV, chap. 1x, indique au moins un Coléoptère, insecte qui a des ailes dans un étui. À la vérité c'était alors un nom vague ou général, comme nous en employons de semblables avec le vulgaire, en parlant des Mouches, des Papillons, des Scarabées, que l’on applique indifféremment aux Hyménoptères, aux Diptères, aux Névroptères, aux Lépidoptères et enfin aux Coléoptères.

Linné ne s'était servi du terme de Cantharide que d’une manière générale et non pour désigner l'insecte que l’on appelle ainsi dans les officines des pharmaciens. D’après Ray et d’autres anciens compilateurs, comme Jonston, Gesner, il l'avait appliqué à differents Coléoptères. Il est résulté de là une assez grande confusion que nous allons chercher à faire connaître et à débrouiller.

Geoffroy fut le premier qui, ne voulant pas adopter le genre que Linné désignait comme Cantharis, et désirant conserver ce nom pour notre Cantharide des boutiques. substitua celui de Cicindela aux espèces dites Cantharides par le Pline suédois. Or, le nom de Cicindèle était déjà consacré par Linné comme celui d’un genre voisin des Carabes, insectes créophages que Geoffroy appelait Buprestes. Fabricius, suivant les idées de son maître Linné, ne se soumit pas à l'opinion de Geoffroy; il sépara le genre Cantharis en deux autres, dont l’un prit le nom de Malachius ; mais, avant lui, de Geer avait publié des détails fort curieux sur quelques-uns des insectes de ce même genre Cantharide, et il avait proposé de le désigner sous le nom nouveau de Téléphore, qui fut ensuite adopté par Olivier et par tous les auteurs modernes.

Ces difficultés de nomenclature, malheureusement trop communes, devaient être indiquées ; nous allons maintenant revenir à l’histoire du genre Cantharide des Français, en le comparant avec ceux dont il paraît se rapprocher davantage.

Les Cantharides, qui ont des antennes en fil, différent en cela des Cérocomes et des Mylabres chez lesquels ces organes sont terminés par une portion plus volumineuse et des Méloës, Notoxes, Anthices, Lagries et Dasytes, dont les articles des antennes sont grenus ou en chapelet. Ces antennes atteignent à peu près la longueur de la moitié des élytres et c'est en cela que les Cantharides diffèrent des Apales chez lesquels elles n'ont guère que le tiers de l'étendue du corps. Resteraient donc les Zonites, chez lesquels le dernier article des antennes est très-court et globuleux.

Quoiqu'on ait de fortes. raisons de soupconner que les larves des Cantharides soient parasites et carnassières, on a peine à concevoir comment, tout à coup et à la même époque, des milliers d'individus parfaits viennent se réunir par familles sur un même arbre et en particulier sur les frènes, dont elles rongent les feuilles et où l’industrie va les recueillir pour les usages de la pharmacie. Geoffroy et de Geer ont fait des recherches inutiles pour les découvrir. Nous dirons où en est la science, quand, ainsi que nous l’avons annoncé en traitant des Méloës, nous rapporterons les observations de M. Fabre, d'Avignon, sur les larves des Sitarides. Quelques auteurs français ont avancé que les Cantharides étaient sous terre à l'état de larve; mais les deseriptions qu’ils en ont faites conviennent à tous les Coléoptères qui passent par cet état avant de devenir des nymphes.

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Ce genre comprend maintenant près de cent espèces ;

le plus grand nombre vivent dans les régions les plus chaudes

des quatre parties du monde. Nous n'en connaissons que

deux ou trois dans nos contrées dont une seule se trouve

très-communément, au mois de juin, sur les frênes. En voici l'histoire détaillée.

1. Cantharide des boutiques. Cantharis vesicaloria. D’un vert doré, avec des reflets rougeâtres ; les antennes et les tarses sont noirs. Le mâle est de moitié moins volumineux que la femelle.

Tout le monde connaît, au moins de nom, cette espèce qui, en France, est presque synonyme de vésicatoire. On s’en sert en effet comme d’une médication énergique toutes les fois qu'ou veut exciter la sensibilité dans une région du corps ou la détourner d’un organe important à la vie, qui se trouve affecté d’une iritation nerveuse ou d’inflammation. On l’emploie aussi comme un puissant excitant de certaines fonctions, et surtout comme topique suppuratif.

Il ne paraît pas certain que l’insecte dont nous parlons soit absolument le même que celui qu’on employait autrefois dans le même.but ou dans des circonstances semblables, Il est évident, d'après les œuvres de Pline et de Dioscoride , que les insectes dont on se sert encore aujourd’hui en Arabie, dans tout l’Orient et à la Chine, sont des espèces du genre Mylabre, et en particulier de celle dite Mylabre de la chicorée.

Comme nous venons de le dire , on les recueille à la fin de mai ou en juin, sur les frènes, et quelquefois sur certains lilas de Perse, les troënes , rarement sur les chèvrefeuilles, les sureaux. L'odeur désagréable et nauséabonde qu’elles répandent dans l’air décèle bientôt leur présence , car elles se trouvent toujours en grand nombre fixées sur le même végétal, où elles restent pendant une quinzaine de jours au plus, occupées à dévorer les feuilles avec une telle voracité que bientôt ces arbres sont entièrement dépouillés de leur verdure. Les mâles périssent presque aussitôt que la fécondation est terminée, et les femelles ne survivent que pour s'enfoncer dans la terre, où elles pondent en tas et pêle-mêle une quantité considé rable de petits œufs allongés et agglutinés qui paraissent avoir beaucoup de rapport avec ceux des Sitarides, dont on a suivi le développement trèscurieux par la série des métamorphoses qu’elles subissent.

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On récolte peu de Cantharides en France ; celles que les droguistes se procurent proviennent de l'Italie ou de l'Espagne. On prend quelques précautions pour en faire la récolte, carelle à produit des accidents assezgraves, attribués à leur odeur malfaisante. Pour les obtenir, on pose des draps sous les arbres dont on secoue les branches; on place de suite ces insectes, qui sont lents et engourdis, sur des tamis de crin soutenus au-dessus de la vapeur d'un vase qui contient du vinaigre maintenu en ébullition. Quand les insectes sont privés de la vie, on les fait sécher. Leur poids diminue considérablement ; de sorte qu’on a calculé que dans un demi-kilogramme il peut entrer le nombre de six mille quatre cents individus.

Les Cantharides séchées conservent leurs propriétés pendant très longtemps ; nous en avons employé qui étaient conservées depuis plus de vingtquatre ans dans les magasins, et qui avaient encore toute leur énergie. Il parait que les larves des insectes destructeurs qui les attaquent et les réduisent en poussière, telles que celles des Ptines, des Anthrènes et des Dermestes, ne mangent que la partie non vésicante, car cette poussière est encore très-active et peut être employée dans les préparations pharmaceutiques.

On avait fait Panalyse des Cantharides par divers procédés chimiques ; mais on doit à M. Bretonneau et à M. Robiquet père d'avoir isolé le principe vésicant. Ils l’ont obtenu sous la forme de‘petites lames brillantes parfaitement incolores, solubles dans l’éther et dans les huiles. Parmi les procédés, voici Pindication de celui qui est le plus simple et seulement propre à la démonstration. On fait macérer dans un petit tube de verre, avec une quantité proportionnée d’éther, la poudre obtenue des Cantharides ou d’autres espèces également épispastiques ; il suffit de faire passer le résultat de la macération à travers une boulette de coton par la pression à l’aide d’une baguette de verre. La liqueur qui traverse ce coton se trouve ainsi filtrée pour être recueillie, et il suffit de la faire tomber sur de l’eau un peu chaude à la surface de laquelle elle se porte, car bientôt la chaleur fait évaporer léther. Il ne reste qu’une sorte d'huile en gouttelettes qu'on peut enlever avec la barbe d’une plume précédemment mouillée, et l'on dépose ces gouttelettes sur un papier blanc non collé ou bibule ; lhuile est absorbée et il reste de petits cristaux brillants, qui sont de là Cantharidine pure. Ge principe jouit de la propriété vésicante à un si haut degré qu'un atome de cette matière appliqué sur la peau, et en particulier sur la lèvre inférieure, détermine à l’instant même la soulevure de l’épiderme et une vésicule remplie de sérosités. S

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