Genre SITARIDE. S/TARIS. (Latreille
CaracrÈREs : Coléoptères hétéromérés, à élytres durs, rétrécis, laissant voir à nu les ailes membraneuses ; à antennes en fil et courtes.
Ce genre, établi par Latreille sous ce nom dont l’étymologie nous est inconnue, avait été, en raison de l’espèce unique qu'il renferme, rapporté tantôt aux Cantharides, tantôt aux Nécydales, car il fait pour ainsi dire le passage entre ces deux genres et même entre les deux familles dont il se rapproche beaucoup.
Cette espèce est la
Sitaride humérale. Sitaris kumeralis. Noire, à l'exception de ses élytres, dont la base est jaune, comme coupée transversalement. C’est la Cantharide à bandes jaunes de Geoffroy, la Nécydale humérale de Fabricius.
Comme nous avons beaucoup de détails à présenter sur les métamorphoses de ces insectes, qui ont été très-heureusement suivies et décrites par M. Fabre d'Avignon , dans le courant de cette année, avant de présenter l'analyse détaillée de ce Mémoire, nous copierons ici ce que nous avions dit de cet insecte à l’article Sirarine du Dictionnaire des Sciences naturelles, p.343. .
« Nous avons trouvé très-souvent cet insecte dans les nids d’abeilles « construits dans l'argile, ou dans les murs d’enceinte faits avec de la terre. « Il est surtout très-commun à Amiens. Il est probable que la larve est éle- « vée en parasite , ou qu’elle dévore celles des abeilles.» Voilà ce qui se trouve pleinement confirmé par l'analyse que nous avons faite d'un Hémoire de M. Fabre d'Avignon sur l’hypermétamorphose et les mœurs des Méloïdes, dans un rapportont nous avions été chargé par l'Académie des sciences, que nous y avons lu le 22 mars 1858, et dont nous allons présenter un extrait.
On savait déjà que les Cantharides à bande jaune de Geoffroy pro-
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viennent très-probablement de larves qui se développent dans les loges ou les cellules que les abeilles maçonnes construisent dans les terrains argileux coupés à pic de certaines localités; mais on ignorait complétement les particularités de leurs mœurs et de leur développement. C’est ce mode extraordinaire de métamorphose que M. Fabre a étudié pendant près de quatre années de suite avec une sagacité et une patience admirables. Voici le détail des états divers que subit insecte depuis sa sortie de œuf jusqu'à
sa perfection en Coléoptère ailé.
PREMIER ÉTAT. Ayant trouvé, dans les galeries sinueuses qui livrent passage aux abeilles pour arriver dans leurs cellules, une masse uniforme d’une matière blanchâtre et demi-transparente, il reconnut, à l’aide de la loupe, qu’elle était composée par un amas d’œufs agglomérés dont le nombre , évalué au microscope, pouvait être de deux milliers; leur forme était ovale et leur longueur des deux tiers d’un millimètre au plus. Il recueillit cette masse et il la déposa dans un tube de verre avec beaucoup de soins. Il put ainsi observer chaque jour ce que ces œufs deviendraient ; car, heureusement, ils étaient fécondés : leur éclosion n’eut lieu qu’un mois après, et peut-être à compter du jour de la ponte.
Deuxième Érar. Les petits êtres vivants et agiles qui en sortaient avaient à peine un millimètre de longueur. Examinés à l’aide d’un fort grossissement, leurs pattes étaient bien formées, mais ils ne quittèrent pas la masse des œufs, où ils demeurèrent confondus pêle-mêle avec les dépouilles blanchâtres des coques dont ils provenaient. Ils restèrent ainsi dans cette sorte de poussière animée pendant tout l'hiver, jusqu’à la fin d’avril. Une de ces jeunes larves, dont M. Fabre a donné une figure amplifiée, est absolument semblable aux poux des abeilles décrits par Réaumur, t. IV, p. 91, pl. xxxvrr; par Frish, de Geer et M. Léon Dufour. Ce dernier en avait trouvé des individus vivants accrochés aux poils du corselet de quelques abeilles, et les avait fait connaître comme un ciron parasite pouvant former un genre, le Triongulin des Andrènes. Ÿ
M. Fabre a représenté ce petit insecte qui n’a pas un millimètre de longueur, qui est très-vif, très-actif quand on lisole ou quand on l’enlève du point où il s’est fixé. Sa tête est bien distincte , garnie de mâächoires, d’yeux et de longues antennes en fil et très-grêles. Son tronc est composé de douze segments dont les trois premiers sont plus larges, portent les pattes, et les deux derniers anneaux sont munis, Fun de deux crochets, et le
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dernier de longs poils qui ne sont visibles qu'avec le microscope, et dont ilest bon de reconnaitre la présence; car, comme nous le verrons, elle devient fort utile.
L'auteur s’est assuré que l’un, ou plusieurs de ces animalcules, ont l’instinct de saisir le moment où les mâles des abeilles, qui se métamorphosent avant les femelles, viennent à passer par la galerie, pour s’y accrocher et parvenir à se fourrer dans les poils dont leur corselet estrevêtu, surtout en dessus près de l'articulation des ailes. Dès lors ils se trouvent entraînés avec l'abeille dans son vol et partout où ses mouvements la dirigent. Voilà donc le second état de l’insecte. Ce sont donc les mâles des abeilles qui transportent, sans le savoir, plusieurs de ces parasites. Probablement, ce sont eux qui, en allant butiner dans les fleurs, les y laissent comme en dépôt, car c’est de là qu’ils se communiquent ou se transmettent sur le corps des abeilles femelles, où l’on peut aisément les retrouver. Cela explique comment, en particulier, une de ces femelles les introduit dans la cellule qu’elle a construite et approvisionnée d’un liquide mielleux destiné à la nourriture de la larve unique qui sortira de l'œuf qu’elle va y pondre. Cet œuf de l'abeille, relativement assez volumineux, surnage à la surface de la matière sucrée, parce qu'il est spécifiquement plus léger ; mais à l'instant même le parasite agile est assez leste pour venir se cramponner sur cet œuf dont il augmente à peine le poids.
La ponte est faite; la cellule est close par la mère sans défiance, et dès ce moment, vont s’opérer les évolutions qui nous restent à faire connaître : le parasite n’est qu’un petit point noir qu’on voit courir sur la surface blanche de l’œuf de l’abeille. Il s’y accroche, s’y tient en équilibre à l’aide de ses longues antennes et des filets dont sa queue est garnie, qui sont de longs poils imperceptibles flottant sur le miel et qui lui servent de points d'appui. Il se fixe solidement par ses pattes, et, saisissant avec les crocs aigus de ses mâehoires l'enveloppe délicate de l’œuf qui le supporte, il Pincise pour en faire sortir les sucs dont il s’abreuve avec avidité. Dès ce moment, la vie de l’œuf de l’Hyménoptère qu'il devait produire est détruite à son profit, et la provision de miel qui lui était destinée est devenue celle du parasite. Les humeurs que l’œuf contenait avaient suffi pendant une huitaine de jours à la nourriture de ce petit animal. Alors la coque épuisée ne forme plus qu'une pellicule aride, flottant insubmersible, qui s’étale comme un frêle esquif servant de nacelle à notre petit animal, dont les dimensions sont cependant à peu près doublées.
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TROISIÈME ÉTAT. Maintenant commence à s’opérer une sorte de mue, car la peau de la tête et des trois premiers segments du tronc se fendent en dessus, et l’on voit sortir de cet être actif, un globule blanc, sorte d'œuf, qui tombe sur le miel, y reste immobile en surnageant, de manière cependant à pouvoir y respirer au moyen des stigmates qu’on peut observer sur sa région supérieure. Ce corpuscule, d’un blanc laiteux, inerte en apparence, restant à la surface du miel, peut avoir alors 2 millimètres de longueur. A l’aide d’une loupe, on y reconnaît une sorte de bouche, et, à cause de sa transparence, un canal ou tube digestif sans courbures, et la double rangée des stigmates. C’est une sorte de larve analogue à celles de certains diptères qui, en trente ou quarante jours, absorbe la totalité du miel dans lequel elle était plongée. ,
QUATRIÈME ÉTAT. C’est dans la première quinzaine de juillet que cette larve replète, ayant alors 12 à 15 millimètres de long et 6 de large, se vide entièrement d’une matière rougeûtre, et redevient tout à fait blanche. Examinée alors, on peut y reconnaître une petite tête avec de courtes antennes, des mandibules excavées, une lèvre inférieure et deux palpes ; mais on n’y découvre pas d’yeux. Qui pourrait reconnaître dans cette masse animalisée, molle, lourde , aveugle, à ventre dodu, n’ayant que des moignons, l’état primitif de l’animaleule pris pour un ciron, pourvu d'organes admirablement construits pour exécuter sans périls et par l’intermède d’autres insectes ailés les étonnantes migrations qui ont eu lieu par les procédés instinctifs que nous venons de faire connaître? Les provisions étant, comme nous l’avons dit, complétement épuisées, cette larve, restée stationnaire pendant un petit nombre de jours, se contracte, se ramasse sur elle-même, et se dessèche ; il se détache de sa superficie une pellicule très-mince , chiffonnée , une sorte de spectre transparent qui conserve les empreintes de toutes les parties préexistantes ; enfin c’est une véritable mue semblable à celle qui s’opère chez les chenilles des Lépidoptères. C’est dans cette enveloppe épidermique que vont se produire les remarquables phénomènes de nympbhalisation. .
CiNQUIÈME Érar. Il y a alors un état d’immobilité, qui correspond et ressemble à la pupe de la plupart des insectes à deux ailes (puisqu'on n’aperçoit au dehors aucun relief indicateur de la présence des ailes ou des pattes’. C’est cet état que l’auteur a voulu désigner sous le nom de pseudonymphe.
SIXIÈME ÉTAT. Pendant cet état de mollesse, la transformation en:
insecte parfait ou à élytres se prépare. Chacune des parties s’allonge, se modèle, se solidifie. On y distingue la tête inclinée en avant, la bouche en bas, les antennes couchées en dehors de l'articulation des pattes, dont les tarses hétéromérés sont dirigés en arrière et sont complétement développés.
HuITIÈME ET DERNIER ÉTAT. Enfin, paraît l’insecte parfait tel que nous l’avons fait connaître au commencement de cet article.
Si nous avons développé avec tant de détails l’histoire de cet insecte, c’est qu'elle est très-propre à éclairer celles des autres Coléoptères épispastiques, et en particulier les métamorphoses des Cantharides et des Méloës, dont on soupçonne depuis longtemps que la manière de vivre des larves est celle des parasites. Les observations intéressantes de M. Fabre pourront servir de guide à des observateurs qui auront le loisir, la patience et le talent de ce naturaliste.