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CHAPITRE IV

DES MOYENS EMPLOYÉS POUR PARVENIR A LA CONNAISSANCE DES INSECTES ET À LEUR CLASSIFICATION.

Comme les moyens d'étude en histoire naturelle sont les mêmes dans toutes les parties de la science qui a plus particulièrement pour but la connaissance des corps organisés, nous sommes dans la nécessité de répéter ici ce que nous en avons dit dans la plupart de nos ouvrages, lorsque nous avons eu à traiter des éléments de l’une des parties de la zoologie. Toutes les fois que l’on s'occupe d'objets divers, et que leur très-grand nombre peut mettre en défaut la mémoire, même la plus heureuse, on a besoin de se servir d’un ordre, d’un arrangement, d'une méthode quelconque pour disposer ces objets dans les collections où l’on veut les conserver. On use de ce procédé, quand on inscrit le nom des choses ou les termes qui les désignent, dans une sorte d'inventaire, de répertoire, afin de pouvoir retrouver facilement l'indication de la place qu'elles occupent réellement et de les rencontrer, pour ainsi dire, forcément. Telles sont les tables méthodiques de nos ouvrages, et les classifications alphabétiques des mots dans nos dictionnaires; tels sont encore les

registres qui donnent des renseignements sur les choses et sur les personnes au civil, comme dans les circonscriptions militaires.

C’est surtout en histoire naturelle que la nécessité de cet ordre se fait vivement sentir. Si l’examen des corps de la nature était limité, toujours isolé et spécial, cela permettrait de reconnaître les objets à la première vue. Il serait inutile de les observer bien attentivement pour acquérir des idées exactes sur leur nature; mais il en est autrement quand les êtres ont entre eux beaucoup d’analogie : il faut alors les rapprocher pour les comparer, afin de les distinguer les uns des autres et surtout pour préciser en quoi consistent leurs véritables différences, malgré leur ressemblance.

Dans l'intention de surmonter cette grande difficulté, on a employé des procédés divers à l’aide desquels les recherches ont été facilitées; on s’est servi d’un procédé utile, qui a pour but de diriger l’examen et de régler les recherches et le jugement. C’est une sorte de logique, dont les préceptes adoptés ou établis d’avance conduisent à l’observation où au moins à la connaissance première, en fournissant lesmoyens de comparaison; ces indications donnent, il est vrai, une idée d’abord incomplète de l’objet que l’on a sous les yeux, mais suffisante pour le faire distinguer de tout autre qui pourrait lui ressembler.

On a appliqué des noms différents à cette marche proposée pour diriger l'observation en histoirenaturelle, afin de donner la connaissance première de la chose qu'on examine. D’après les procédés dont on fait usage, on les distingue en trois principaux modes; on distingue les procédés dont on fait usage qu sont : le système, la méthode et l'analyse. Voici le sens

ou les idées que l’on peut attacher à chacune de ces expressions que nous développerons successivement.

1° Le SysrÈme. — On peut comprendre sous ce nom une sorte de classification arbitraire, ou, comme l’étymologie l’indique, des coupes de l'ensemble, d’après quelques règles établies ou adoptées d’avance et dont on est convenu. Tel est l'arrangement des mots dans un vocabulaire, où les termes se suivent par ordre alphabétique; le dépôt des livres dans les compartiments numérotés d’une grande bibliothèque; tels sont encore les paradigmes des nombres, les registres d’adresses des personnes par ordre d’état ou de fonctions, ete. Ce sont des tables fort commodes, indispensables et d’un usage très-facile. En histoire naturelle, on a imaginé beaucoup de systèmes, en observant spécialement les objets dans leurs parties analogues et en les subdivisant arbitrairement d’après des bases établies d’avance et comparées entre elles. Adanson en a proposé cinquante-six, tous différents, pour les botanistes. Par ce procédé, un corps présentant des qualités, des propriétés spéciales peut être distingué de tous les autres, s’il a été bien observé d'avance et comparé avec eux. Au moyen de certains ouvrages, qui sont comme des catalogues, des recensements raisonnés, on apprend à reconnaître d’abord le nom de l’objet, et, à l’aide ou à l'occasion de ce nom, un article spécial fait savoir plus ou moins complétement tout ce qui lui est relatif et, autant que possible, tout ce qui a pu être dit d’important sur cet objet par d’autres observateurs concernant son histoire particulière.

2% La Mérnove.— L'idée qu'on peut attacher à ce mot se trouve pour ainsi dire signalée par son étymologie même.

Cette expression, empruntée du grec Méfoÿos d'abord par les Latins, a passé ensuite dans plusieurs autres langues; elle signifie textuellement suivant la route, le bon chemin, la voie véritable. C’est un terme composé, une figure, une sorte de métaphore qui, appliquée aux sciences didactiques, et à toutes les connaissances quand elles sont transmises ou enseignées, indique la voie la plus directe, le chemin le plus court, la route la plus convenable, la moins fatigante pour arriver au but. La méthode est donc un moyen de transmission de la science; aussi Linné, qui avait apprécié tous les avantages de la méthode, a-t-il dit qu'elle doit être le but constant des travaux des naturalistes et qu'elle est la perfection de la science. Ce procédé n'est pas produit par l’art; il résulte de la comparaison et du jugement suivis dans les rapports et les différences des êtres afin de joindre, de rassembler ceux qui ont entre eux la plus grande analogie. La méthode est au système à peu près ce queles grammaires raisonnées d’une langue sont aux dictionnaires. Dans les méthodes naturelles, on observe les corps de manière à bien connaître leurs formes, leur structure, leurs combinaisons, leur composition, leurs propriétés. A l’aide de ces observations, on découvre la place qu’ils paraissent devoir occuper, si on veut les ranger, soit le plus près qu'il est possible de ceux dont ils se rapprochent le plus, soit loin de ceux dont ils diffèrent davantage.

3° L’Anazyse semble participer aux avantages réunis du système et de la méthode. C’est une marche mixte qui procure à l'observateur les moyens d'arriver facilement au nom et à la connaissance d’un corps qu'il a sous les yeux, par le simple examen de quelques-unes de ses qualités principales,

à l'aide du système. Nous allons insister sur ce procédé, car cest celui qui a concouru à la rédaction de cet ouvrage.

Le but essentiel du naturaliste est la connaissance des objets dont se compose notre univers. Pour que l'un de ces corps soit bien étudié, il doit être considéré isolément; mais l'observateur éprouve bientôt la nécessité de rapprocher cet être isolé de ceux avec lesquels il peut être confondu afin d'apprécier d’abord leur analogie, et afin de bien constater leur dissemblance et de la désigner d’une manière évidente, car un corps n'est différent d’un autre que parce qu’il offre quelque particularité qui l’en distingue.

Deux problèmes à résoudre s'offrent, en effet, à tout observateur. L'un, qui est le premier pas de la science, pourrait être exposé comme il suit : Un corps présentant nécessairement des qualités et des propriétés, le distinguer par cela même de tous les autres à l’aide des livres, afin d’apprendre le nom qui lui a été imposé et par suite son histoire ou tout ce qui a été écrit sur ce sujet.

L'autre problème serait ainsi énoncé : Observer un corps de manière à reconnaître sa nature, c’est-à-dire sa composition, sa structure et son organisation, pour assigner ou indiquer la place qu'il doit occuper près des êtres dont il se rapproche le plus, et afin de le distinguer de ceux dont il s'éloigne réellement.

La solution du premier problème est fournie par des bases établies d'avance dans une série de combinaisons que l’on connaît déjà, car la plupart des corps de la nature ont été classés on disposés dans certains ouvrages, d'après l’observation, mais cette observation n’a été dirigée que sur certaines parties qui ne tiennent pas essentiellement à l’analogie

réelle. Ce sont des coupes arbitraires, servant comme des paradigmes, des dictionnaires, des tables d'un usage facile pour indiquer, au moins par leurs noms, les corps désignés dans ces sortes de catalogues où ils ont été rangés artificiellement dans un ordre systématique, ainsi que nous l'avons énoncé plus haut.

On satisfait au second problème par la méthode proprement dite; nous cherchons à la suivre dans la marche que nous regardons comme la plus naturelle. Ce procédé consiste dans les moyens d'établir une comparaison régulière d’après les rapports et les différences des êtres, en faisant en sorte de conserver les affinités pour grouper le plus près possible les uns des autres ceux qui ont entre eux la plus grande conformité. La méthode est établie, non pas en formant d'avance des divisions principales pour servir de base et d’in dication aux recherches ; mais en considérant, en étudiant les objets eux-mêmes, en les comparant entre eux et avec ceux qu'on a déjà eu occasion de reconnaître. Ce procédé analytique indique, en outre, la place qu'un corps en particulier doit occuper auprès de ceux qui lui ressemblent le plus.

La marche de l'analyse exige la comparaison poursuivie d'une manière continue, par une suite de questions qui ne laissent de choix qu'entre deux propositions contradictoires, successivement moins importantes; ainsi, l’une de ces conditions étant reconnue vraie ou affirmative, l’autre se trouve nécessairement exclue. Cette méthode, inventée par Ramus en 1650, présente une progression géométrique, de sorte qu'un objet, confondu entre huit mille cent quatre-vingtdouze autres, est reconnu et distrait nécessairement en moins

de douze questions auxquelles il faut répondre, et qui se T. XXXI. 24

succèdent dans cette série numérique : 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 125, 256, 1024, 2048, 4096, 8192.

L'analyse offre une réunion du système et de la méthode combinés ou appliqués simultanément. Son procédé ne consistant qu’en deux questions, l’une affirmative, l’autre négative, l’a fait à cause de cela désigner sous le nom d’analyse dichotomique ou bifourchue, c’est-à-dire divisée successivement de deux en deux. Tout être ne pouvant être distingué d’un autre qu'autant qu’il en diffère, il s’agit de saisir et d’exprimer cette différence. En observant ainsi successivement ce qui est commun à un grand nombre et ce qui est propre à quelques-uns seulement, on descend par des degrés ménagés et diversement espacés, de manière à opérer de véritables soustractions, à arriver définitivement à l'unité, à trouver par cela même l'indication positive de l’objet spécial que l’on cherche à connaître.

Dans ces trois procédés, employés généralement pour l’étude des différentes branches de l’histoire naturelle, on se sert de diverses dénominations ou de termes dont le sens est convenu; ils sont peu nombreux , mais il faut bien connaître l’idée spéciale, ou le sens qu'on y attache. Voici les courtes définitions qu'on peut en donner et qui deviennent des règles de nomenclature applicables à l'histoire des végétaux comme à celle des animaux.

On nomme caractères les notes précises indiquant les différences, ou ce qui distingue un être de tous les autres, comme portant sur lui une marque, un signe inscrit d'avance qu'on peut comparer à une lettre solide employée dans limprimerie, signe qu'il faut absolument y reconnaître. On trace ces caractères au moyen de phrases courtes ou de définitions

abrégées qui dénotent les résultats d’une comparaison déjà établie, afin de faire rapidement distinguer les formes et la structuré, de sorte que ces caractères sont toujours relatifs ou comparatifs. Il en est qu’on nomme gradués, d’après la constance des rapports; c’est une sorte de subordination. Ainsi, tout être vivant est appelé, par la disposition de ses organes, à ne remplir que certains modes de fonctions pour exécuter des actes qui lui sont propres. Tels sont, par exemple, pour n'indiquer que des faits bien connus, les caractères de certains mammifères qui ont les pieds fourchus ou garnis de sabots, et par suite des habitudes particulières de locomotion. Ils manquent de dents incisives à la mâchoire supérieure ; leurs molaires sont à couronne plate; leur estomac, divisé en quatre loges, est destiné à la rumination, et les organes des sens sont, chez tous, disposés de la même manière. Îl en est ainsi pour les formes et la composition des parties de la bouche chez les Insectes d’après lesquelles on a établi les différents ordres parmi ceux qui peuvent broyer leurs aliments et parmi ceux qui sont forcés de les introduire sous forme liquide au moyen d'appareils parfaitement appropriés à la nature de ces matières nutritives.

On a mis un grand intérêt à distinguer ces caractères; ainsi, il en est que l’on nomme naturels : ils comprendraient tous les détails importants, sans aucune omission; mais les descriptions très-utiles qu'ils exigeraient seraient trop longués et entraîneraient à des répétitions. Voilà pourquoi on ne s'en sert que dans quelques études particulières d'objets très-peu connus jusqu'alors, et dont on pourra extraire des notions fort utiles pour la science. Il est d’autres caractères que les naturalistes appellent essentiels. Geux-là

sont momentanément très-bous, tant qu’ils n’ont pas encore été observés sur d’autres êtres, mais ils perdent de leur valeur par suite des nouvelles découvertes. Comme il faut alors les modifier, ils sont par le fait variables. Il en est qui sont tirés de l’apparence générale , et en particulier de la dissemblance des dimensions, des couleurs, du facies,du port, des habitudes, des régions où vit l’animal, du séjour terrestre ou aquatique, ete. Voilà pourquoi on les nomme quelquefois caractères habituels. C’est encore ainsi que l’on appelle caractères raisonnés, arbitraires ou factices, ceux qui ont servi autrefois de base aux classifications des animaux, dits alors marcheurs, sauteurs, grimpeurs, volatiles, reptiles, nageurs, terrestres, aquatiques, etc.

La vérité est que la science du naturaliste observateur consiste dans l'emploi de tous les moyens dont il dispose pour étudier les êtres afin d'abord de les reconnaître, en les distinguant les uns des autres, et de manière à pouvoir indiquer en quoi ils se ressemblent, puis comment ils diffèrent entre eux et surtout de ceux dont ils se rapprochent le plus; car c’est d’après ces caractères qu’on a établi : 1° les classes, 2° les ordres, 3° les familles, 4° les genres, 5° les espèces, 6° les variétés , et ces dénominations sont des expressions que nous allons essayer de définir. La plupart ont été introduites par Linné, que l’on considère comme le principal législateur de la science.

1° La classe, division principale et telle qu'on est convenu de la nommer, correspond au groupe le plus élevé; elle représente une des plus grandes sections de la science des végétaux et des animaux. C'est une des premières répartitions des êtres, celle qui réunit généralement et tout à la

fois un grand nombre de particularités importantes, soit dans la méthode naturelle, soit dans les systèmes.

2° Les ordres sont les divisions de la classe qui viennent en première ligne. C’est un partage secondaire ayant pour but de réunir les êtres par un caractère moins important, mais inhérent à chacun des individus de cet assemblage, ou du moins au plus grand nombre; mais il est suffisant pour autoriser cette séparation entre ceux de la même classe. Il serait facile d'en citer quelques exemples comme nous nous attachions à le faire dans nos lecons publiques.

3° Les familles ne sont reconnues et ainsi appelées que dans les méthodes naturelles. Ce sont des divisions proposées dans les différents ordres; on leur donne un nom colilectif, qui sert à indiquer, autant que possible, ou la conformation de la plupart des genres, ou leur analogie avec celui qui a été le premier désigné, et dont il a suffi de changer le nom par sa désinence, soit pour annoncer et faciliter les rapprochements; soit plutôt, ce qui est dès lors fort heureux, pour faire connaître les analogies dans les formes, dans l’organisation; et surtout la similitude des mœurs et des habitudes. C’est une distribution tertiaire qui comprend, sous des caractères généraux, des groupes d’espèces ou d'individus répartis eux-mêmes dans les divisions ou sections suivantes. Les dénominations qu’on donne à ces familles, employées en apparence comme des substantifs, ne sont véritablement que des adjectifs qu'il faut le plus souvent inscrire à la suite du nom de l’ordre dont ils dépendent. 3

4° On nomme genre, une réunion d'espèces ou d'individus qui sont semblables entre eux d’après certaines conforma-

tions de parties ou d'organes. Le caractère générique exprime cette ressemblance, la fait saillir, ressortir ; il est désigné alors par un nom qui est collectif, ou commun à toutes les espèces, car il convient et il est applicable à tous les individus qu'il réunit et auxquels on l’assigne. On peut considérer le nom substantif du genre, comme correspondant à celui dont nous faisons l'emploi dans notre état social, quand nous l’appliquons à la désignation d'un père d'enfants plus ou moins nombreux que l’on distingue les uns des autres par des prénoms différents, mais, toujours associés à celui qu’on regarde comme patronymique, et qui appartient à tous les descendants d’un même père. Ce nom est toujours un substantif, ou il le devient dans le sens de son application.

Tournefort, en 1694, et même dès 1686, a, l’un des premiers, attaché à ce nom de genre l’idée d’une réunion d'êtres semblables par toutes les parties essentielles, et le grand Linné, le véritable législateur de l’histoire naturelle, en employant, en 1753, ce nom de genre pour les plantes en particulier, suppose qu'il existe entre tous les végétaux, ainsi rapprochés, la plus grande analogie dans tous les organes reproducteurs, organes qu’il a choisis comme la base de son système sexuel. Malheureusement, les auteurs ne se sont pas toujours conformés à cet utile précepte, et notre intention est de revenir par la suite, quand l’occasion s’en présentera, sur les idées que l’on doit attacher aux divisions génériques.

5° Les espèces constituent les divisions essentielles, car elles sont établies d’après ce que les individus offrent de plus positif. Leur détermination est le but, l’objet direct de la science. Les espèces forment une race d'individus

semblables, qui, sous un nom collectif, se propagent et se continuent en restant identiquement les mêmes. On les désigne par un terme adjectif, sorte de surnom, d’épithète qui signale, autant que cela devient possible, quelques particularités dans leur manière d’être, dans les habitudes , les mœurs, la coloration, le prolongement ou le rAccOurCIsSement apparents de certaines parties, etc., enfin par tout ce qui peut être ajouté à une espèce, pour annoncer une modification.

6° Les variétés font supposer une faible différence entre les individus d’une même espèce dans les parties où ne réside pas le caractère dit spécifique. Ainsi Linné, en parlant des plantes, a dit : Il y a autant de variétés que de végétaux différents produits par la semence ou par la graine d’une même plante, et cette idée a servi de règle pour la zoologie; cependant il y a des variétés qui se propagent et se perpétuent pour former des races. On le voit, parmi les mammifères, pour la race des chevaux, des chiens; parmi les oiseaux, pour les espèces domestiques, telles que les poules, les pigeons, les dindons, et parmi les insectes, pour les vers à soie, les abeilles.

7 Enfin les noms, ou les dénominations qui ont été 1mposées aux objets, sont devenus des moyens rapides de transmission de la science en les appliquant à chacune des divisions principales que nous venons d'indiquer ; tels sont ceux d'ordres, dans la classe; de familles ou de tribus dans les ordres qui peuvent être quelquefois partagés en sousordres; de genres et de sous-genres, dans la famille ; puis d’espèces. Ces derniers noms sont dits spécifiques ; le plus souvent on emploie des adjectifs qui dénotent une qualité ou une

propriété; il en est qu’on nomme triviaux ou vulgaires, quand ils ont été admis depuis longtemps dans le langage commun, ou quand ils ont été employés plus anciennement par les princes de la science.

En adoptant toutes ces idées, avec le sens particulier qui reste attaché aux expressions où aux termes dont je me suis constamment servi, à l'exemple des maîtres, pour les employer comme titres des divisions successives, il m'a été possible de profiter de la double combinaison du système et de la méthode. Il y a longtemps déjà que j'ai essayé de l’appliquer à l'étude collective, d’abord, de la grande classe des Insectes (1); puis, en 1805, dans la Zoologie analytique (2), qui a été imprimée sur le manuscrit que j'avais laissé à Paris, lorsque J'ai été envoyé en Espagne par le premier consul pour étudier la fièvre jaune. J'ai appliqué depuis la même méthode à l’histoire complète des Reptiles en dix tomes, l'Erpétologie générale, publiée en vingt années. Enfin, en 1856, l'Académie des sciences a bien voulu admettre dans ses

(4) Voici ce que disait Blainville dans un rapport imprimé fait à l’Académie des sciences et signé par Latreille, le 2 octobre 1826.

C’est encore l’un de nous, M. Duméril, qui eut le premier cette idée de l’établissement et de la dénomination des familles et de les tirer de quelques points de l’organisation. Il l’exécuta à la fin de l’année 1799 et depuis dans sa Zoologie analytique, etc.

(2) Je disais dans la préface de cet ouvrage, qui est datée de Cordoue, le 17 septembre 1805, page xx1v, que la classification des insectes s’y trouvait présentée d’après une méthode tout à fait nouvelle à laquelle je travaillais depuis plus de douze ans, c’est-à-dire depuis 1793, je dois faire remarquer que le Précis des caractères génériques des insectes de Latreille n’a été imprimé à Brives qu’en

Mémoires un volume in-4°, de plus de 5oo pages, sur la classification des Poissons sous le titre d’Zchthyologie analytique. C'est pour terminer ces travaux auxquels j'ai consacré la plus grande partie de mon existence, qu'arrivé à l’âge avancé de quatre-vingt-cinq ans, et jouissant encore de toutes mes facultés, je suis revenu à mes premières études comme je le fais connaître dans la notice historique personnelle un peu longue, que j'ai cru cependant devoir placer ie (1).

(4) Je mets quelque importance à consigner ici en note les dates de mes publications, d’après la méthode que j'ai le premier employée pour la classification des insectes, parce que la plupartdes bibliographes n’ont paseu connaissance, à cequ'il paraît, de la partie qui en traite dans ma Zoologie analytique (1805). Cependant, comme on le reconnaitra par la citation que je vais faire, en la copiant du Bulletin de la Société philomathique du 3 brumaire an IX, on verra que, dès l’année 1799, j'avais présenté à cette Société une Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, petit volume que je conserve et dont les feuillets ont été paraphés par le secrétaire de ces amis des sciences qui, auprès de leurs noms, avaient fait inscrire le mien.

Voici le titre du mémoire particulier que je lui présentai, et tel qu’il a été publié : Exposilion d'une méthode naturelle pour l'étude et la classification des insectes. J’en copie le texte, qui est tout à fait historique. « La recherche des insectes, et surtout celle des papillons, fut un des amusements de mon enfance. J'en avais recueilli un assez grand nombre et je les avais disposés méthodiquement, comme par instinct, longtemps avant d’être instruit que ces animaux peuvent devenir le sujet d’une étude sérieuse et utile. J’ignorais alors que quelques hommes célèbres avaient consacré la majeure partie de leur vie à faire connaître les mœurs et la structure intérieure de ces petits êtres; qu’ils avaient réuni leurs observations en un corps de doctrine, dont ils avaient ainsi fait une science, qui peut conduire à des résultats très-importants dans l’étude de la nature en général et dans ses applications aux avantages et aux besoins de l’homme en particulier.

« J’eus occasion, par la suite, de consulter ces ouvrages et je des étudiai. Aidé des conseils des amateurs plus instruits, j’appris à connaître les noms et

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Voici, d'une manière généralé, comment, à l’aide du pro-

cédé analytiqué, on arrive successivement à établir qu’il y à

parfois l’histoire des espèces que je m'étais procurées. J’abandonnai, non sans regrèts, l’ordre naturel que l’instinct m'avait dicté et d’après lequel j'avais disposé ma petite collection, mes premières richesses, et j’adoptai le système de classification des auteurs.

« Mais depuis dix ans à peu près que cette branche de l’histoire naturelle est devenue plus particulièrement l’objet de mes délassements, j'ai souvent éprouvé combien il était difficile de communiquer aux autres le peu que je savais, je regrettais même la peine que j'avais prise pour parvenir, avec le secours des livres, au point peu avancé où je me trouvais.

« Je me hiai à Paris avec les entomologistes les plus connus, je profitai beaucoup de leur instruction; mais j'eus aussi occasion d’être convaincu de la difficulté des systèmes adoptés jusqu'ici. C’est alors que j’essayai, avec le citoyen Cuvier, d'appliquer à cette science une méthode plus facile...

« Les premières ten{atives, insérées sous la forme d’un grand tableau synoptique et analytique, ont été placées à la fin du premier volume des Leçons de l'anatomie comparée, dont la rédaction nr’avait été confiée par mon ami, et, cet essai ayant obtenu quelque succès auprès des naturalistes, ce fut pour moi un grand motif d'encouragement.

« Aidé des avis de Cuvier et consultant toujours les ouvrages de Linné, de Fabricius, d'Olivier et de Latreille, dont je ne connaissais alors que le Précis des caractères génériques (1796), je repris ce premier plan, je le soumis à de nouvelles recherches, je changeai l’ordre dans lequel j'avais rangé certaines familles, j'en ajoutai quelques-unes; je distribuai dans plusieurs, des genres oubliés ; j’en ai établi d’autres, d’après des caractères très-évidents ; enfin, je suis parvenu à terminer mon travail dans le courant de cette année. Je viens l’offrir aujourd’hui à la Société et lui demander la permission de lui en exposer quelques détails ; mais auparavant, je profiterai de la franchise qui règne entre les membres qui la composent pour leur faire un aveu qui servira d’exeuse à la précipitation que je parais mettre à faire connaître mon travail.

« Livré par la place que j’occupe (chef des travaux anatomiques à l'École de santé) à des recherches pénibles, qui me permettent peu de distractions, j'ignore quand je pourrai publier mon ouvrage. Cependant, avant d'abandonner ces

nd si

lieu de partager la classe des Insectes en huit ordres très-différents les uns des autres. Le plus grand nombre ont des ailes; ceux qui n'en ont pas sont rangés dans le dernier embranchement sous le nom d’APrères. Tous les autres sont supposés avoir des ailes sous l’état parfait; un seul ordre, qui sera le septième dans l’ordre de l'exposition que nous devons en faire, porte le nom de Diprères, parce qu'il est caractérisé par la présence de deux ailes seulement. Dans les ordres suivants, le nombre des ailes étant de quatre, les insectes sont dits, par cela même, TÉrraPprÈères. [ls sont bien faciles à séparer les uns des autres par la manière dont leur bouche se trouve conformée, car deux des ordres principaux n’ont jamais de mandibules ou de mâchoires. Ce sont les HÉMIPTÈRES, qui sont caractérisés par la présence d’un becallongé ou courbé, très-pointu à l'extrémité; tandis que chez les autres, qui forment l’ordre des LépinoprÈères, la bouche consiste en une sorte de langue cornée, contournée en spirale sur ellemême, dont l'extrémité est roulée en dedans.

études, et de m'exposer à ne plus être au courant des progrès rapides qu’elles paraissent destinées à faire, j'ai mis par écrit tout ce que je savais, je l’ai communiqué à quelques entomologistes; j'ai même laissé copier ces cahiers à quelques-uns de mes élèves dans les leçons publiques aux Écoles centrales (a). Is ont étudié les insectes de ma collection, disposés dans l’ordre que j'ai adopté. Vous devez sentir qu'il est assez naturel que je mette quelque intérêt à prendre date du peu que j'ai fait pour la science, afin de m'assurer de la portion de mérite qu’on pourra peut-être y trouver. « (Extrait du Magasin encyclopédique de Millin, an VI (1799), tome Ier, page 289.)

(a) Je me suis procuré, chez un bouquiniste, un manuscrit relié, petit in-4°, rédigé par l'un de mes élèves aux Écoles centrales du Panthéon. C'est une rédaction complète de mon Cours d'entomologie, avec tous les tableaux analytiques, à peu près semblables à ceux que j'ai publiés dans la Zoologie analytique. Ce manuscrit est d’un docteur en médecine, nommé Le Page, qui a soutenu une thèse sous le n° 149, en 1813, sur la médecine des Chinois.

ll 96 ENTOMOLOGIE ANALYTIQUE:

Restent donc à caractériser les quatre ordres ayant de véritables mâchoires qui entrent dans la composition de Ja bouche. Ici, les ailes étant fort différentes entreelles, suffisent d'abord pour faire distinguer les groupes. Lorsque les ailes supérieures, sont d’égale consistance, garnies de nervures distribuées en mailles ou en réseaux; ces insectes forment l’ordre des NÉvRoPrÈRES. Quand ces nervures des ailes membraneuses sont principalement distribuées en côtes longitudinales, ce sont les HymÉnoprères, et cet ordre occupe le quatrième rang, celui qui, pour la facilité de l’étude seulement , précède ici l'ordre des Névroptères.

Il reste donc deux ordres parmi les Tétraptères, dont les ailes de dessus ne sont pas semblables entièrement à celles qu'elles recouvrent et dont la disposition est fort différente, car tantôt les ailes inférieures sont pliées en travers pour être cachées par les élytres, dans l’état de repos : ce sont les Co- LÉOPTÈRES, qui ont été rangés dans le premier ordre de la classe; tantôt les ailes inférieures ne sont pas pliées, mais restent étendues sur toute leur longueur; c’est ce qu’on voit chez les ORTHOPTÈRES, qui occupent le second rang dans la classe des insectes.

Le tableau synoptique, inséré à la page 201, présente le résultat très-abrégé de cette analyse.

EXPOSITION DE LA MÉTHODE ANALYTIQUE POUR L'ÉTUDE ET LA CLASSIFICATION DES INSECTES.

Quoique la classe des insectes réunisse à elle seule un plus grand nombre d'espèces bien connues que n'en comprennent ensemble les autres sections du règne animal, et peut-être même, relativement à celui des individus, plus que toutes celles auxquelles on rapporte le reste des autres animaux sans vertèbres, nous pouvons assurer qu'aucune de ces classes n’est plus facile à étudier, parce que les insectes présentent une diversité de caractères extérieurs, qui permet au naturaliste de les comparer sous un plus grand nombre d’aspects pour les distinguer les uns des autres.

Nous avons déjà exposé dans le premier chapitre de cet ouvrage, consacré à des considérations générales, comment les insectes diffèrent des autres animaux supérieurs par le défaut de vertèbres et de tous par la disposition des organes du mouvement. Ils offrent des articulations nombreuses dans la partie centrale du corps et dans leurs appendices articulés ou membres, en mème temps que tous respirent par des trous latéraux ou des orifices extérieurs nombreux, nommés stigmates, livrant passage à l'air qui pénètre dans des canaux élastiques subdivisés dans toutes les parties du corps sous le nom de trachées. Ainsi, le caractère essentiel d'un insecte peut être ainsi exprimé : ANIMAL SANS VER- TÈBRES, AVEC DES MEMBRES ARTICULÉS ET RESPIRANT PAR DES. TRACHÉES.

La classe des insectes, comme on vient de le voir, a été partagée en huit ordres, qui ont recu leur dénomination d’après le nombre et la structure des ailes. Nous devons entrer dans plus de détails sur ce sujet, car ces organes présentent plusieurs modifications principales , correspondantes à celles des autres fonctions. En effet, les ailes, en facilitant le transport volontaire de l'animal, augmentent pour ainsi dire ses facultés locomotrices, qui produisent un des actes principaux de la vie de relation. On peut done distinguer les insectes en ceux qui ont des ailes, disposition la la plus ordinaire et en ceux qui n’en ont pas, mais senlement quand l'individu est arrivé à l’époque de sa perfection ou dans son dernier développement. Ce défaut des ailes réunit, comme nous le verrons, des insectes fort différents les uns des autres; cependant c’est un moyen commode, employé pour faire distingner certains groupes en familles, qu'on a réunis sous un nom commun, quoiqu'il n’indique que cette absence des ailes, parcæqu'’elle est constante à toutes les époques de la vie dans certaines espèces qui forment ainsi l'ordre des APTÈRES, que nous regardons et placons comme le dernier ou le huitième de la classe.

Tous les autres insectes ont des ailes, mais leur nombre varie; dans l’un des ordres, facile à reconnaître, sont réunies les espèces qui n’en ont jamais que deux, c'est le septième de la classe, celui des Diprères, chez lesquels on peut observer beaucoup d’autres caractères bien plus importants que celui de la présence de ces deux ailes; mais c’est un premier moyen d'arriver à cette distinction.

On constate l'existence de quatre ailes chez tous les autres insectes, qu’on a même désignés à cause de cela sous le

nom de tétraptères; mais cette section trop nombreuse se trouve heureusement subdivisée en six ordres bien distincts. Elle l’est d'abord, par la nature ou la simple consistance des aliments que ces animaux sont obligés de rechercher. Plusieurs de ces insectes ne peuvent se nourrir que de matières actuellement liquides, des sues ou des humeurs qu’ils pompent et absorbent soit, à la surface, soit dans l’intérieur des corps organisés : ceux-là doivent être considérés comme des Suceurs, et ils forment naturellement deux ordres.

Dans un cas, la bouche consiste en un bec: articulé (rostrum), formé de pièces simplement coudées ou courbées, qui peuvent rentrer les unes dans les autres, et le plus souvent on observe alors dans leurs ailes une différence notable : les supérieures, étant à demi coriaces, ressemblent souvent à des demi-étuis, ce qui les a fait nommer des HémiPrères ; dans un autre cas, ces insectes à quatre ailes et sans mächoires, sont munies d’une sorte de trompe ou de langue roulée en spirale sur elle-même. Fabricius a proposé pour l’ordre auquel on les rapporte le nom de Glossates ; mais comme en général dans ces insectes les quatre ailes sont revêtues de petites écailles ou de lamelles colorées, placées en recouvrement les unes au-dessus des autres, à la manière des écailles de poissons, on les a, le plus généralement, désignés sous le nom de LÉpinoPrÈRes, c’est-à-dire à ailes écailleuses.

Tous les autres insectes à quatre ailes ont la bouche composée de mâchoires et de mandibules agissant de dehors en dedans, et destinées à diviser les corps solides dont ils font leur nourriture, et l'on peut dire qu'ils sont Hacheurs. On les a partagés en quatre ordres, dont les noms sont tirés de la forme, de la consistance et de la disposition des ailes.

Ainsi, chez les uns, les ailes supérieures sont plus épaisses que les inférieures auxquelles elles servent comme de gaînes ou d’étuis protecteurs, celles-ci étant membraneuses, toujours pliées en travers. C’est ce qui se voit chez les Corrop- TÈRES, rapportés au premier et au plus nombreux des ordres de la classe.

Quand les ailes inférieures sont plissées sur leur longueur, et le plus souvent non pliées, ni entièrement couvertes par les élytres, parce qu’elles sont beaucoup plus longues, on range ces insectes dans un second ordre, sous la dénomination d'ORrTHOPTÈRES; mais c’est surtout par la différence des métamorphoses que cette division se trouve bien mieux établie.

Chez les’autres insectes à quatre ailes dont la consistance est à peu près semblable dans les deux paires, on distingue cependant une assez grande différence dans leur texture. Cette particularité a servi pour les faire diviser en deux autres ordres.

On 2 nommé NéÉvroprÈres tous les genres qui ont les ailes comme formées de mailles dont les nervures partagent la surface en petits espaces transparents ou en réseau ; cette structure se trouve correspondre à un autre mode d’existence et à une transformation tout à fait différente.

Les insectes à quatre ailes nues et membraneuses, dont les nervures ou les lignes saillantes forment des côtes sur la longueur et chez lesquels les supérieures sont ordinairement plus larges et accrochées aux inférieures, fortement l’ordre désigné sous la dénomination d'HymÉNoPrèRes.

Tels sont les caractères et les noms assignés aux huit ordres auxquels on rapporte toutes les espèces d'insectes, et voici un tableau analytique destiné à représenter les notes

CLASSIFICATION DES INSECTES. 201 caractéristiques qui peuvent rappeler cette classification d’une

manière très-rapide par les comparaisons qu'il indique.

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