‹ Entomologie analytiqueChapitre 22 sur 204 · ÉD · texte numérisé non relu

ÉD

d’abord très-substantiel, et puis successivement plus grossier.

Toutes les familles des plantes et leurs parties diverses deviennent l'alimentation de certaines espèces d'insectes en particulier. Les unes se nourrissent dans les racines, les tiges, les feuilles, lesfleurs, dans différentes sortes de fruits, de graines ou de semences, et elles se bornent à cette pâture. D'autres recherchent les animaux morts ou vivants; elles restent tantôt à leur surface, tantôt dans leur intérieur. Chaque espèce semble être attachée à telle ou telle race: citons par exemple les Oëstres , les Hippobosques, les Tiques, les Puces, les Poux, les Ricins, les Cirons, les Cousins, les Stomoxes, les Asiles, les Libellules, les Carabes, les Cicindèles, les Staphylins, les Coccinelles, les Mantes, les Punaises, les Réduves, les Notonectes, etc., qui sucent ou rongent les animaux, tandis que ceux-ci vivent encore, tandis que d’autres en détruisent les dépouilles, ou ne les attaquent qu'après leur mort et dans toutes les circonstances possibles: dans l’eau, dans la terre et dans l’air atmosphérique. Tels sont entre autres les Dermestes, les Silphes, les Nécrophores, les Nécrobies, les Ptines,les Anthrènes, les Blattes, les Teignes, etc. Quelques-unes se développent dans le corps des animaux vivants, comme les larves des Oestres, des Conops, des Échinomyes, des Ichneumons, des Chalcides, etc.

Quant aux organes mêmes de la digestion ou au canal alimentaire, nous trouvons les plus grandes modifications, non-seulement dans les différents ordres et presque dans chaque genre, lorsque le rapprochement des espèces qu'ils indiquent est très-naturel, mais même sous les différentes formes que les Insectes prennent quand ils subissent leurs

métamorphoses, puisque souvent leurs mœurs ou leur manière de vivre ont été complétement changées.

On distingue pour l'étude, parmi les organes digestifs, la bouche (1), l’œsophage ou le conduit plus ou moins long, étendu de l'entrée de la bouche à l’estomac; cet estomac lui-même, qui est plus ou moins compliqué dans sa structure et ses annexes; le canal ou le tube intestinal; les canaux salivaires , pancréatiques, biliaires, urétiques , représentés pas des tuyaux très-déliés qui ne sont pas réunis en véritables glandes sécrétoires. En général dans les Insectes, très-probablement par suite de l’absence de vaisseaux circulatoires, la nutrition des parties paraissant s’opérer par imbibition ou par endosmose, on ne trouve pas de glandes conglobées ou agglomérées. La salive, la soie, la bile, et le sperme même, semblent se former dans des tubes ou des tuyaux qui aboutissent aux organes auxquels ces humeurs doivent se rapporter, comme les tuyaux salivaires à la bouche, ainsi que ceux de la soie chez un grand nombre de Chenilles ; la bile au jabot, au gésier etle plus souvent à l’estomac; le sperme ou la liqueur prolifique, par des tuyaux testiculaires avec des dilatations ou des réservoirs au pénis; le venin de certains Hyménoptères, à leur aiguillon abdominal).

Déjà, à l'occasion des formes, nous avons indiqué les principales modifications des parties de la bouche, en n’en con sidé-

(4) Nous avons fait connaître, en traitant des formes, les modifications nombreuses que subissent les parties de la bouche dans les grandes divisions de la classe des Insectes (page 16).

rant que leur disposition apparente; nous ne nous étendrons donc pas beaucoup sur ce sujet, parce que nous devons en présenter les détails par la suite. Le plus souvent, en effet, ces organes ont fourni les noms et les caractères des ordres, et, dans certains cas, ceux de quelques familles et des genres, quoiqu'on ait beaucoup abusé, au détriment de la science, de l'étude minutieuse qui a servi de base à la classification d'après Fabricius, qui avait employé uniquement les parties de la bouche, pour être conséquent à l’un des préceptes de ce qu'il appelait sa philosophie.

Arrétons-nous à l'examen des autres régions du système digestif ou du canal dans lequel les insectes transportent avec eux les matières dont ils doivent extraire leur nourriture.

L'œsophage vient immédiatement après l’arrière-bouche ; c’est un tuyau musculaire, plus ou moins prolongé, suivant que l'insecte a le corselet ou les trois segments qui forment cette région du corps plus étendus de devant en arrière; ce canal, à son origine, est constamment embrassé, comme nous l'avons dit, par les deux cordons nerveux qui proviennent du premier ganglion dérivant de cette sorte de moelle épinière contenue dans le crâne, et qu'on regarde comme le cerveau. C’est au-dessous de cet œsophage, et ensuite sous toute l'étendue du tube intestinal, que se trouve le premier tubercule nerveux de la portion inférieure du cordon longitudinal, et qu'on distingue successivement, dans chacun des anneaux qui forment les trois segments du corselet, les trois ganglions suivants, désignés sous le nom de thoraciques.

Cet œsophage est musculeux ou à fibres contractiles. On y voit, à l’aide de la loupe principalement, celles qui sont dis-

tribuées sur la longueur. Il est vrai que ce canal, étant sujet à se dilater partiellement en une sorte de jabot pour laisser passer le bol alimentaire, se trouve pour ainsi dire cahbré suivant les dimensions du pharynx ; de sorte que dans quelques cas il offre aussi des rides annulaires lorsqu'il n'est pas rempli. Au surplus, d’après la remarque de M. Marcel de Serres (1), ces fibres circulaires de l'œsophage sont beaucoup moins visibles que celles qu’on voit sur le tube digestif lorsqu'il sort de l'estomac, et dans cette région qu’on a comparée au duodénum de certains vertébrés.

L’estomac varie beaucoup, comme on le concoit, d’après la nature des aliments que les Insectes y font parvenir. Ces modifications tiennent à la forme, à l'étendue, à la structure et surtout au nombre des poches où des renflements qu'il présente. Ainsi, il y a un véritable gésier ou une poche musculeuse, à fibres très-distinctes, dans les insectes qui avalent goulüment leurs aliments, sans se donner le temps nécessaire pour les broyer; la matière est introduite dans une portion du canal dilaté nommée jabot, et, après avoir été ramollie dans la bouche et unie à une humeur salivaire, pénètre dans une sorte de muscle creux qui est, chez quelques espèces, garni à l’intérieur de petites lames de matière cornée ou d'écailles à bords tranchants et crénelés. On a reconnu ces sortes de gésiers dans des herbivores et chez des espèces carnassières ; mais on ne les rencontre que dans des insectes mâcheurs et très-voraces. On croit que quelquesuns, comme parmi les Orthoptères, sont de véritables ruminants, c’est-à-dire qu'ils font revenir à la bouche les aliments

(4) Annales du Muséum, 1813.

ramollis, pour les remâcher à loisir. Cet estomac est souvent très-simple; il n'offre qu'une légère dilatation de l’œæsophage , dont il est à peine distinct. Chez d’autres, il forme un sac membraneux très-dilaté; tel on le trouve en partieulier dans les insectes qui, sous leur dernier état, ne font que pomper le nectar desfleurs, chez les Abeilles, par exemple, les Papillons ; chez d’autres insectes suceurs, mais qui ne pompent que les humeurs animales, comme les Zoadelges parmi les Hémiptères, on trouve un estomac simple encore; cependant les parois en sont plus manifestement contractiles ou musculeuses.

Très-souvent on remarque des appendices ou des prolongements tubulaires qui sont distribués très-régulièrement suivant les diverses régions de l'estomac; mais on regarde ces tuyaux comme des canaux biliaires ou panceréatiques. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des sécrétions.

Le tube intestinal est d’autant plus long ou plus volumineux que les insectes chez lesquels on observe cette circonstance sont moins carnassiers. C’est, au reste, une observation qui est commune aux animaux de toutes les classes. Les espèces se nourrissant de matières végétales sont obligées d'en ingérer une plus grande quantité pour en obtenir une alimentation égale; car, sur un poids donné, il ya infiniment plus de matière alibile ou propre à la nutrition dans une substance animale que dans celles que contiennent les plantes. Aussi les Lapins, les Ruminants, tels que les Vaches, les Moutons, par exemple, ont-ils le ventre plus volumineux et les intestins plus longs qu’on ne les trouve dans le Lonp, la Belette, le Lion, etc. Au reste, ce cas général est démontré par quelques circonstances propres à la vie

des Insectes sous leurs différents états. Ainsi, comme nous l'avons dit ci-dessus, chez les larves des Hydrophiles qui sont carnassières, le tube intestinal n’a guère que la longueur totale du corps, mais l’insecte parfait est herbivore et ses intestins, roulés en spirale, offrent quatre fois la longueur de la larve. Les tétards des Grenouilles nous présentent un exemple, en sens inverse, d'un animal, d'abord herbivore, qui devient zoophage avec les modifications contraires.

On distingue dans les intestins la portion qui vient immédiatement après l'estomac tantôt unique, tantôt multiple composé de plusieurs poches, et une autre extrémité voisine de Janus. La première, par analogie, a reçu quelquefois , mais très-improprement, des entomotomistes le nom de duodénum, comme l’autre est appelée rectale. Les prolongements sous formes de canaux sont des impasses imperforées dans leur extrémité libre; on les a fait connaître le plus souvent sous le nom de cœcums, mais par leur structure ils paraissent destinés à sécréter une humeur qu’on s’accorde aujourd'hui à regarder comme une sorte de bile ou de suc pancréatique; il se rend, en effet, sur ces canaux des filaments nerveux ; il s'y opère une sécrétion d'humeur que l'on suppose destinée à faciliter la digestion ou la dissolution des éléments renfermés dans les matières ingérées.

Cependant on observe souvent un autre appareil de filaments ou de petits canaux plus longs et plus grêles qui, par leur rapprochement, forment une sorte de houppe pour aboutir à un tuyau simple, qu'on a regardé comme un canal cholédoque ; il se rend, en effet, dans le canal digestif, qu'il perfore en s'y terminant, et ce seraient ces derniers

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vaisseaux qui fourniraient une véritable bile et remplaceraient le foie (1).

Le rectum, où mieux la dernière portion du tube intestinal, est celle qui aboutit à la terminaison commune des voies digestives et excrétoires, et qu'on pourrait nommer le cloaque; il offre le plus souvent des fibres charnues ou musculaires formant là un bourrelet qui tient lieu de sphincter. On y observe en outre des lignes saillantes qui, dans quelques espèces de Chenilles, sont des reliefs sur lesquels se moulent et s'impriment en creux, les matières excrémentitielles lorsqu'elles sortent du corps de l’insecte; car, trouvées sur le sol, elles présentent alors des indices d’après lesquels, en examinant ces résidus de la digestion, il est facile de savoir d'avance quelle sorte de Chenille, de Sphinx ou de Bombyce se nourrit et doit se trouver sur le végétal qu'on observe.

On a cru longtemps, et M. Léon Dufour a combattu cette opinion, que ces mêmes canaux hépatiques aboutissaient aussi au rectum pour y fournir un liquide qu’on supposait être une sorte d'urine dans laquelle on avait constaté la présence de l'acide urique. On sait maintenant que beaucoup d’insectes ont en effet des filaments creux qui, ainsi que pour les autres sécrétions opérées chez les insectes, représentent de véritables glandes déroulées, comme le seraient les tuyaux spermatiques des testicules. Ces canaux, situés dans le voisinage du cloaque où ils s’abouchent, sont des organes spéciaux qui sécrètent des acides et d’autres humeurs odorantes

(4) Voir, pour les détails, Léon Dufour, Ann. des Scien. natur., 2 série, t. XIX, p. 146, pl. 6, 7, 8.

bien distinctes dans les Carabes, les Brachyns, les Staphylins, les Boucliers, etc.

Tels sont les organes de la digestion chez les insectes. Nous aurions pu présenter beaucoup plus de détails, car les entomotomistes s’en sont beaucoup occupés dans ces derniers temps ; mais ils ne sont pas tout à fait d'accord entre eux sur les usages qu'ils attribuent à quelques-unes de ces parties. Il est vrai que leur structure présente dans les genres, et même chez quelques espèces, un si grand nombre de modifications, qu’on serait tenté d'en renvoyer l'examen à l'étude de chacun des genres, car l'appareil organique ne se trouve pas tout à fait semblable dans ceux du même ordre ou dans les grandes divisions principales, ces organes variant dans les formes autant que par les apparences extérieures.

Il n'y a pas le moindre doute que la nutrition, considérée dans son but général, ne s'opère aux dépens des aliments qui doivent fournir aux parties constituantes du corps, non-seulement la possibilité de se réparer, mais surtout de s’accroître et de donner aux organes les moyens de remplir leurs fonctions; mais comment s'opère cette absorption? Voilà une grande question qui a donné lieu à beaucoup de débats dans ces dernières années. Voici au reste ce que dit Lyonet en terminant son chapitre sur le cœur, page 428 : « Je n’ai jamais découvert ni veines ni artères que j'y ai cherchées inutilement jusqu'ici; ce qui me ferait soupçonner que la nutrition S'y fait par une autre voie que par la liqueur renfermée dans le vaisseau dorsal; et comme il n’y a peut-être aucune partie intérieure qui ne communique, par des fibrilles, avec le corps graisseux qui y est répandu partout, je ne serais pas éloigné de croire que ce corps n'y fit des fonctions ana-

logues à celles de la terre, et que comme les plantes tirent leur nourriture de la terre par leurs racines, les parties de la Chenille ne la tirent de même de la graisse par ces fibrilles ; et en ce cas il faudrait chercher au cœur de cet animal d’autres usages. » Et il dit plus haut : « Je n’ai pu ôter à ce viscère le nom de cœur, quoiqu'il me semble fort douteux qu'il lui convienne en effet.» Cuvier aexposé les raisons qui le portent à penser que dans les insectes cette absorpton s'opérait par une sorte d’imbibition, parce que ces animaux sont privés d'organes circulatoires ou de vaisseaux lymphatiques, artériels et veineux. Il est vrai que Cuvier arrive à cette opinion par des indications négatives; mais il y est tellement conduit d’après l'observation des faits et surtout par l’analogie, que ses raisonnements, établis sur des observations exactes, deviennent une sorte de preuve concluante. M. Léon Dufour et moi, nous avons constamment partagé la même opinion et professé les mêmes idées.

Nous croyons devoir présenter ici un extrait du premier travail de Cuvier sur ce sujet. Il a été inséré en l’année 1799 dans les H/émoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, CH ADS 4:

Il est de fait qu'on n'observe aucun vaisseau sanguin, ou supposé tel, dans les Insectes, excepté le cordon noueux qui règne le long de la ligne moyenne du dos et qu’on distingue même à travers la peau dans le dos des Chenilles et sur beaucoup d’autres insectes où cette région est transparente. On peut même constater qu’il y a dans sa longueur une sorte de mouvement de systole ou des contractions successives, et de diastole, soit de dilatation, qui semblent s'opérer de la tête à la queue; mais on n'a jamais pu y observer ou v in-

jecter des canaux qui formeraient des branches ou des racines destinées à la circulation ou au transport d’un fluide liquide.

D'un autre côté, lorsqu'on sait de quelle manière s'opère dans les insectes l'acte de la respiration, on ne voit pas une aussi grande nécessité que chez les autres animaux de la présence d’un agent central de la circulation, ni des canaux propres à porter les humeurs absorbées vers le lieu ou vers les organes dans lesquels l'air doit se mettre spécialement en contact avec elles. C’est ce que nous chercherons à mieux faire connaître par la suite en traitant de la respiration chez les Insectes.

Sécrérions. — Enfin, par cela même qu'il y a des animaux doués d’organes de la circulation, c'est-à-dire de vaisseaux artériels et veineux qui viennent du cœur ou quis’y rendent, on conçoit qu'il doit exister chez eux des glandes conglomérées, destinées à opérer des sécrétions, un foie, un pancréas, des glandes parotides, salivaires, des testicules, etc. ; mais cela devait être autrement chez les animaux privés de la circulation : aussi n’y a-t-il pas de glandes destinées à ces fonctions. Comme nous l'avons vu, ces organes sécréteurs sont formés de filaments nombreux ou de longs et minces canaux distincts. Ce sont des tubes qui plongent au milieu même du fluide nourricier dans lequel, soit par endosmose, soit par simple imbibition spongieuse, ces organes absorbent des matériaux pour les travailler et les préparer, chacun d’une manière diverse, suivant le mode de sécrétion ou d'emploi auquel il est destiné.

Voilà comment il semble que, dans l'état actuel des connaissances anatomiques et physiologiques, on peut raisonnablement penser que la nutrition s'opère dans les Insectes.

C’est par la porosité du tube intestinal que les matériaux les plus propres à l'alimentation se trouvent séparés de la masse ingérée ; leur division est telle qu’ils forment alors une sorte de vapeur dont les molécules, peut-être encore plus fluides que les liquides, sont de suite absorbées, vraisemblablement combinées sous forme de gaz, et mises en rapport avec l'air atmosphérique que contiennent alors les nombreuses trachées dont le tube intestinal se trouve revêtu.

Cependant, comme nous avons eu déjà occasion de l’énoncer, d'autres sécrétions ont lieu dans les Insectes ; mais le mode de cette séparation des humeurs est à peu près ignoré. Nous savons, par exemple, que l'acide produit par certaines Fourmis est analogue à celui du vinaigre et qu'il est dégorgé par elles ; que plusieurs autres insectes vomissent ainsi à volonté ou dégorgent quelques matières soit fétides, soit nuisibles au moment où ils se croient en danger. C’est ainsi que les Silphes ou Boucliers, les Carabes, diverses Chenilles ou larves rendent par la bouche une humeur propre à dégoûter les animaux qui voudraient en faire leur proie. D’autres, comme les Cétoines, les Blaps, laissent sortir de leur cloaque quelque déjection fétide; les Méloés, les Chrysomèles font suinter une humeur onctueuse et colorée de toutes leurs articulations, une sorte d’huile imprégnée d’une odeur qui probablement est très-désagréable. Les Coccinelles, les Malachies exhalent des bords de leur corselet un liquide d’un jaune rongeâtre, d’une grande volatilité et d’une saveur amère. Plusieurs larves, comme celles de la Chrysomèle du peuplier, les Chenilles des papillons Podalire et Machaon, celle du Bombyce à queue fourchue ou Vinule, font jaillir à l'extrémité des tentacules ou de leur surface un fluide

particulier. Les Staphylins font également sortir de l'anus deux vésicules d’où semble transsuder un acide très-odorant. Chez les Brachins, les espèces qu'on nomme pétard, pistolet et fumant, lancent avec bruit et explosion de leur abdomen, au moment où elles sont saisies, une vapeur roussâtre, un gaz acide produit par une humeur contenue dans deux vésicules transparentes. En effet, au moment où l'on pique ces sortes de réservoirs pour en faire sortir le liquide qu'ils renferment, celui-ci bouillonne ou forme de petites bulles qui résultent de la transformation d’un acide qui passe à l’état du gaz par défaut de la pression qu’il subissait dans la vésicule où il était contenu sans en altérer les parois. Quelques autres insectes portent des odeurs plus ou moins fortes; ainsi l'Hémérobe aux yeux d’or (Chrysops) exhale, au moment du danger, l'odeur infecte des excréments humains; les Pentatomes et les Punaises répandent les émanations fétides les plus désagréables, qui imprégnent tous les corps qui les touchent, tandis que plusieurs Capricornes, les Cicindèles, les Fourmi-lions et divers insectes qui vivent sur les sables portent, au moment où on les saisit, une odeur d’ambre, de rose ou d’éther. Chez les Nécrophores, c’est une odeur de musc très-prononcée.

C’est dans cette catégorie des produits de sécrétion qu'il faut également ranger les fils déliés des cocons que produisent les Hydrophiles, quelques Ichneumons qu’on nomme à coton, la plupart des Chenilles des Lépidoptères nocturnes, telles que celles des Bombyces, des Teignes , etc., en particulier la Chenille du mürier qui nous donne la soie.

Les sécrétions de la laque, de la cire, de l'humeur véneneuse de l’aiguillon de la Guèpe, des Abeilles et de plusieurs

autres, celle de la trompe des Réduves, des Naucores, la liqueur phosphorique de quelques Scolopendres, de la Fulgore dite porte-lanternes, des Taupins, des Lampyres ou vers luisants; la graisse qui se sécrète et qui s’amasse dans le corps des larves pour l'époque de léthargie où aura lieu la métamorphose, afin de pouvoir passer à l'état de nymphe, offrent un autre exemple de véritable sécrétion. Il est certain que chez tous les insectes qui subissent une transformation complète, chez ceux dont la larve seule prend peu à peu de l'accroissement, et dont la nymphe doit rester immobile et dans une sorte d'inertie pendant plusieurs mois, et souvent au delà d'une année, on trouve, en étudiant leur anatomie, une accumulation de matière crémeuse, blanche, une sorte d'huile ou de graisse mise en réserve comme une matière nutritive pour le temps de la somnolence où du sommeil plus ou moins prolongé de la léthargie. Cette graisse disparaît peu à peu; elle semble s'être convertie en d’autres organes, ou avoir été absorbée pour l'augmentation du volume des œufs chez les femelles, et de l'humeur prolifique chez les mâles. Il est certain aussi que les larves des Ichneumons et d'autres espèces parasites se nourrissent uniquement de cette graisse Jusqu'au moment où l’insecte est près de se métamorphoser.

RespiRATION. — Passons maintenant à l'étude de la respiration chez les Insectes. Nous avons déjà eu occasion de parler des orifices par lesquels l’air pénètre dans leur corps ; nous savons que ces ouvertures, qu'on nomme les stigmates ou les spiracules, sont à peu près au nombre de seize ou de dix-huit, correspondant chacune à l'un des côtés des segments du corselet et des anneaux de l'abdomen. Ces

stigmates sont les véritables origines ou les ouvertures des trachées, des vaisseaux aériens, dont la structure anatomique est des plus singulières. La plupart sont formés d’une lame mince, élastique, contournée en spirale sur ellemême, de maniere à former un tube continu. Pour en donner une idée fort exacte, nous avons souvent dit qu'on pouvait se figurer un fil de soie ou de lin, couvert d’une lame trèsmince d’or, d'argent ou de cuivre (comme on le sait, cette lame provenant d’un cordon métallique qui, ayant passé sous des cylindres, y a été aplatie, puis excessivement amincie, est celle dont on se sert pour former des galons). Si l’on vient à soumettre à l’action du feu un de ces fils ainsi disposé , la matière animale ou végétale qui en était recouverte se brüle, se réduit en cendres, et cette cendre peut sortir en poussière par les deux extrémités du tube ou du tuyau qui reste alors creux et constitué par une lame en spirale dont les tranches sont parfaitement en rapports les unes avec les autres. Telles sont les trachées chez la plupart des insectes; ce sont des tubes creux remplis d'air dont l’enveloppe est formée par des lames élastiques. En effet, si l’on exerce sur l’un des bouts du tube une traction, à l’aide d’une petite pince, on voit les lames se détordre ou se défiler, et, abandonnées à elles-mêmes, tendre à reprendre leur disposition première en spirale. C'est à cette propriété élastique qu'est due leur aptitude à former des tuyaux qui se soutiennent par eux - mêmes, et restent toujours perméables ou propres à recevoir l’air qui y pénètre, à ce qu'il paraît, par sa propre pesanteur ou par la pression barométrique, et surtout par sa fluidité extrême.

Ces canaux aériens sont, en général, comme nous l'avons

dit, cylindriques dans une certaine étendue de leur longueur; cependant il en est qui sont comme étranglés et dilatés d'espace en espace, pour former alors une série de vésicules plus ou moins renflées, arrondies ou allongées, ovales ou sphériques. Les larves ont des trachées, comme les insectes parfaits ; mais il s'opère dans ces organes, à l’époque de la métamorphose, un changement presque aussi étonnant que celui qui a lieu dans le reste du corps. Quelques insectes aquatiques en particulier, et quelques larves de différents ordres, ont, en effet, une manière de respirer tout à fait différente sous les trois états de larve, de nymphe et d'insecte parfait. Ainsi les Dytiques et les Hydrophiles, sous l’état parfait de Coléoptères, sont obligés de continuer à vivre dans l’eau, et cependant, comme ils doivent humer l'air atmosphérique, ils viennent le chercher à la surface, en faisant émerger la région postérieure de leur corps qui s'éloigne alors des élytres. Par ce procédé, l'abdomen remplit l'office d’une lame de soufflet pneumatique; il attire et emprisonne une certaine quantité d’air que l'insecte, au moment où il plonge, entraîne avec lui, sous les élytres, pour le respirer à son aise, à l’aide des stigmates qui correspondent à chacun des anneaux, car ce sont les orifices des trachées.

Quant aux larves de ces mêmes insectes, qui vivent aussi dans l’eau, on sait qu'elles respirent également en venant à la surface, et en y appliquant, le corps étant renversé la tête en bas, leur extrémité pointue et postérieure dans l'air atmosphérique, pour mettre en contact les orifices des deux trachées principales avec le fluide gazeux.

On voit dans un grand nombre de Diptères, lorsqu'ils sont encore sous l’état de larve, les orifices des trachées

groupés très-diversement vers les derniers anneaux du corps. Chez les larves des Mouches armées ou Stratiomys, par exemple, on remarque une sorte d’aigrette formée de poils barbus, comme ceux qui couronnent les semences de la dent de lion et des autres graines des Lactucées. C’est au centre de cette aigrette, comme huilée et imperméable à l'eau, que s’observe l’orifice respiratoire. Dans les larves et les nymphes des Libellules ou Demoiselles, le mode de respiration est encore plus extraordinaire. L'eau, par l’action des muscles qui dilatent le ventre, pénètre dans leur gros intestin qui est le rectum ; cet effet produit comme une sorte d'aspiration : il est probable que le liquide abandonne là le gaz oxygène qui s’y trouvait combiné. On trouve dans l'épaisseur des parois de ce rectum un grand nombre de saillies représentant là cinq grandes feuilles avec des nervures composées de petites trachées qui se rendent dans quatre troncs principaux, dont deux, plus gros encore que les autres, se subdivisent dans toutes les parties du corps. On rend évident, et sensible à l'œil, ce mode de respiration des larves dont nous parlons en laissant séjourner un de ces animaux pendant quelques minutes dans une eau colorée artificiellement avec du lait, de l'encre, ou de toute autre teinte, puis en le transportant dans une eau très-limpide. À chaque mouvement d'expiration, l'eau sort par un jet continu, mais imprégnée de la couleur dont elle s’est chargée, parce qu’elle a servi à laver ainsi les tuniques de l'intestin. D'ailleurs l’insecte emploie ce mode de respiration pour faciliter son transport ou son mouvement dans l’eau, en profitant de la résistance que le jet, sortant de l’anus, éprouve sur la masse du liquide ambiant. Le corps de l’insecte trouve ainsien arrière un point d'appui; il

avance, étant repoussé dans le sens opposé ou du côté de la tête. Dans les larves des Éphémères, dans celles des Phryganes, des Cousins, des Tourniquets, dans plusieurs chenilles de Lépidoptères aquatiques (4ydrocampa), il faut avouer qu'il semble exister de véritables branchies, car elles sont tuujours animées de mouvements vibratiles continus quand l'insecte respire : c’est une sorte d’anomalie parmiles insectes, qui mérite l'attention toute particulière des physiologistes, surtout dans les Éphémères, si, comme Swammerdam l’a indiqué, ces insectes ont, en outre, la faculté de féconder les œufs après qu'ils sont séparés en une seule masse du corps de leur mère, sorte d’analogie marquée avec les poissons et quelques reptiles batraciens.

Il résulte des recherches anatomiques que, comme les Insectes n’ont ni Cœur ni vaisseaux, ce n’est pas le sang qui va chercher l'air, mais bien l’air, qui se porte partout où se trouvent les humeurs; de sorte que, par le fait, le résultat est le même, puisque les deux fonctions s’exécutent réellement, de la mème manière que deux nombres qui sont multipliés l’un par l’autre, ou réciproquement, donnent absolument le même produit.

D'après les expériences de Vauquelin (insérées dans les Annales de chimie, t. XF, p. 273), il a été constaté que l'oxygène est nécessaire à la respiration des Insectes; que ce gaz est absorbé par ces animaux ; que l'acide carbonique est dégagé dans l'expiration, et que la matière de la chaleur se développe par suite de l'acte de cette grande fonction. Il faut remarquer a cet égard que, si leur température paraît être à peu près la même que celle de l'atmosphère, on doit avouer qu'on ne la connaît pas positivement : d’une part, parce qu’il

est très-difficile de l'apprécier et de l’observer isolément dans de si petits êtres, et que, de l’autre, la température du corps de l’insecte est bientôt nrise en équilibre avec toutes Îles matières avec lesquelles cet animal se trouve en contact.

Cependant on a observé que les insectes qui vivent en société, dans nos climats, comme les Fourmis et les Abeilles, lorsqu'elles sont réunies, développent dans leur demeure une température presque égale à celle de l’homme, si elle ne la dépasse pas. Un thermomètre placé pendant l'hiver au centre d’une ruche y est resté constamment élevé à 28° ou 30° Réaumur, ou à 100° Fahrenheit; et quand on cite ces insectes, leur respiration devenant plus active, ils développent, presque subitement, une température qui monte à > ou % au-dessus de celle qu’ils indiquaient d’abord.

Les insectes peuvent supporter des degrés de chaleur fort élevés. On a souvent occasion de saisir sur les sables exposés à l’action brülante du soleil des Coléoptères et des Hyménoptères qui font éprouver à la main qui les saisit une température de plus de 50 degrés thermométriques. Ils résistent également aux froids de 5 où 20 degrés au-dessous de zéro; mais ils entrent dans une sorte d’engourdissement. léthargique, et l’on a eu occasion d'observer des Chenilles qui, par l'effet d'un froid très-violent, étaient devenues tout à fait solides, reprendre leur vitalité, lorsque par un passage lent et gradué, on les avait laissées se ramollir et renaître, pour ainsi dire, pour passer à l'état de chrysalide et subir les suites de leur métamorphose.

Voix. — Nous croyons devoir traiter ici de la voix, ou plutôt des bruits que peuvent produire beaucoup d'insectes ; car Ja plupart des sons que ces animaux impriment à l'air, et

qu'ils semblent émettre, ne proviennent pas toujours du gaz qui sort de leur corps. Quand nous parlerons du bourdonnement dans les Abeilles, nous rapporterons plusieurs faits qui semblent porter à croire que la vibration communiquée à l'air est due à l’ébranlement de celui qui sort des stigmates du corselet. En parlant de l’ouie, nous avons déja exposé quelques cas relatifs aux bruits que les insectes produisent. La plupart sont dus à des frottements ou à des mouvements rapides communiqués, soit aux corps voisins, soit à certains organes conformés de manière à représenter des cordes ou des membranes qui font l'office de tables sonores ou de tympans; aussi a-t-on dit en parlant de la voix des insectes : Ænimalia muta, nisi alio proprio instrumento sonora. Les uns font mouvoir la tête sur leur corselet, ou cette région sur les élytres, comme les Capricornes, les Criocères ; d’autres font vibrer l’extrémité libre de ces mêmes élytres quand elles sont frottées par le bout de l'abdomen, tels sont les Trox, les Atenches. Chez quelques-uns, c'est un bouquet de poils roides qui se meut comme une brosse contre un corps solide, ce qui a lieu dans les Blaps; d'autres, comme les Taupins, les Vrillettes (1), frappent fortement avec quelques parties de la tête le bois qu'ils rongent. Chez les Cigales mâles, c'est une sorte de tambour ou de cymbale sous la forme d’une lame sèche et concave. On a cru longtemps, mais à tort, que l'air s’'échappait de l'ouverture des stigmates sur laquelle roule une portion de cylindre garnie de lignes saillantes ou de cordes; ce que l’on peut comparer à l’accompagne-

(4) Voir le genre Vrillette (Anobium), famille des Térédyles, qu’on a nommé Sonocéphale.

mentexécuté sur une corde vibrante pendantqued'autres sons distincts sont obtenus mécaniquement ainsi que cela se produit dans le jeu de l’instrument de musique qu'on nomme la vielle. Les mâles d’un grand nombre d'Orthoptères, les Sauterelles, les Criquets, font résonner quelques parties de leurs élytres, en les croisant rapidement ou en les agitant par les dentelures de leurs jambes postérieures, comme certains instruments à cordes sont mus par l’archet qui les fait vibrer.

Il est évident que les mouvements excessivement rapides que certains insectes à deux ailes impriment à l'air en les agitant, produisent ce sifflement aigu, en raison de la vitesse avec laquelle le déplacement s'opère, et qui fait frémir et vibrer les membranes sèches formant les ailes des Cousins et de plusieurs Éristales, tels que les Syrphes (Perdulus et Pipiens de Fabricius).

Au reste, cette sorte de moyens de relation, entre les insectes de sexe différent, se trouvera exposée avec plus de détails quand nous aurons à parler des genres et de quelques espèces. ,

4° GÉNÉRATION. — Après avoir étudié chez les Insectes les actes qui, à l’aide des mouvements et des sensations, les mettent en relations réciproques et en rapport avec les objets extérieurs; après avoir fait connaître également les moyens de nutrition destinés à leur accroissement et à la réparation des matériaux nécessaires pour exécuter toutes leurs fonctions, il nous reste à parler de leur faculté reproductrice.

La sécrétion la plus importante qui s'opère chez eux, comme dans tous les autres animaux, est, sans contredit, celle qui leur sert à propager la vie et à reproduire des in-

dividus en tout semblables à eux-mêmes, ou destinés à le devenir ; et parmi les êtres vivants, les Insectes sont ceux chez lesquels la fonction génératrice offre les modifications les plus variées et les plus intéressantes à étudier, ainsi que je vais l’exposer.

En remontant à l’origine des êtres vivants, ou de l’un d'eux eu particulier, on arrive à une paire d’individus de sexe différent. En descendant dans la série des générations, on ne trouve qu’une filiation progressive des mêmes espèces.

Ainsi, la reproduction des êtres organisés n’est que le développement successif d’une suite d'espèces, dont les premières semblent avoir été primitivement identiques en tout point à celles que nous voyons aujourd’hui. Alors disparaissent les idées de générations spontanées, de germes combinés qui se reproduiraient dans l’espace ; de toutes les opinions accréditées pendant une longue suite de siècles, il ne reste que cette vérité constante, établie par l'expérience et l’observation : chaque être vivant et complétement organisé reproduit son semblable.

Le physiologiste, en cherchant les causes premières de la génération, n'y a reconnu qu'une sécrétion produite par l'excès de la vie, par l'exubérance nutritive de tous les moyens d'action et d’accroissement. L'anatomiste, en étudiant l’organisation des parties destinées à cette fonction particulière, n'a vu que les appareils ou les vaisseaux propres à extraire, à séparer dans l'individu, ou à contenir, pendant un certain temps, les fluides qui devront un jour être animés et jouir d'une vie propre et isolée. Le naturaliste, en outre, a reconnu les différences extérieures que présentent les mäles et les femelles ; en s'attachant spécialement à l’étude des mœurs, il

a observé les faits qui se passent dans l'acte même de la fécondation et dans la reproduction de la race.

Puissent toutes ces recherches réunies jeter quelques lumières sur cette importante fonction, sur cette origine de la vie, qui semble avoir préexisté dans un liquide!

Tous les préliminaires de l’acte générateur doivent ètre considérés comme des stimulants nécessaires à la séparation des germes. Nous avons cherché à en rappeler quelques-uns en donnant des détails sur les circonstances qui annoncent, chez les individus mâles et femelles, l’époque de la fécondation.

La classe des Insectes est sans contredit celle de tous les animaux où, en raison de la quantité et de la variété des formes que présentent les individus dont elle se compose, on remarque le plus grand nombre de modifications et de particularités sous le rapport de la génération. Qu'y a-t-il, en effet, de plus étonnant que cette fonte d’un animal dans un autre; que ce changement incroyable dans la configuration et dans la structure d'un être qui deviendra tout à coup si différent de ce qu’il était d’abord, sans cesser cependant d'être luimême! Il semble qu'il y ait là un mode de transformation diversifié pour chaque ordre, pour chaque genre ; une manière de vivre, des goûts, des habitudes propres à chaque espèce, et surtout un instinct particulier dans les amours et dans le mode suivant lequel s’accomplit le rapprochement des sexes.

Lorsque la voix impérieuse de la nature, qui semble ordonner et exiger la reproduction et la conservation de la race, s’est fait entendre, les Insectes, comme tous les autres animaux, manifestent le besoin et expriment la volonté du

rapprochement des sexes ; ils cherchent réciproquement à se communiquer leurs désirs, à étendre et à faire connaître au loin leur existence sur un plus grand espace. Les uns, à l’aide des instruments que nous avons décrits en parlant des bruits qu'ils font entendre et des organes dont le Créateur ne semble les avoir doués que dans ce seul but, font retentir et répètent au loin leurs épithalames ou chants d'amour, dans le silence et l'obscurité des nuits. D'autres, et le plus souvent ce sont des mâles, en étalant pendant le jour les couleurs les plus vives et leurs coquettes décorations, dénotent leur sexe par Ja richesse et l'éclat de leurs ailes. Quelques-uns font briller certaines parties de leur corps d’une lumière phosphorique ou électrique et cherchent ainsi à provoquer l’attention du sexe dont ils semblent implorer les secours et l’appui. Plusieurs exhalent dans les airs des émanations qui décèlent et font désirer leur présence et leur approche. Tous ont leurs signaux, leur langage télégraphique.

Ainsi, en parlant de la voix des Insectes, ou plutôt des bruits qu'ils peuvent produire, nous avons dit combien la présence et la destination de l'organe de l’ouie semblent se rapporter à cet acte de la vie. En voici encore quelques exemples. Chez les Coléoptères lucifuges, comme dans les Blaps, les Pimélies à élytres soudés, dont le corps est épais, la démarche lente, et qui par conséquent sont privés de la faculté de se transporter facilement vers le lieu où leurs désirs pourraient être satisfaits, presque toutes les femelles portent un instrument garni d'une sorte d’archet, constitué par un faisceau de poils roides. Cet archet correspond à une table sonore de corne élastique, dont les ébranlements sont produits par un mouvement alternatif et qui remplit l'office

d'une peau de tambour. Lorsque l’insecte femelle fait frotter cette brosse sur quelque corps solide, il résulte de cette friction un bruit très-sensible. On voit alors sortir de leurs sombres retraites les mâles, qui, malgré leur lenteur naturelle, ne sont point sourds à cet appel et aux besoins impérieux qu'il excite.

Dans des circonstances semblables et dans le même but, presque toutes les espèces de Coléoptères Perce-bois ou Térédyles font entendre, dans l’intérieur des boiseries qu’elles ont rongées, un mouvement très-singulier. L'insecte parfait, cramponné solidement par les pattes dans l’intérieur de la mine ou de la galerie qu’il s’est creusée, communique à sa tête un mouvement très-rapide; il frappe ainsi par intervalles, à cinq ou six reprises diverses, et produit, de cette facon, un bruit de tic-tac que l’on a comparé à celui que fait entendre l’échappement d'une montre; puis il reste quelques instants immobile, et si aucun individu ne sort des trous voisins, il se transporte à une certaine distance pour recommencer le même trémoussement oscillatoire. C’est probablement à de semblables intentions qu’on doit attribuer ce petit bruit que le vulgaire superstitieux attribue à ce qu'il nomme l'horloge de la mort, et qui paraît être dû à un petit Termite, appelé le Psoque ou le Pou du bois.

Nous ne citons que ces exemples de sons résultant des vibrations transmises au moyen des corps extérieurs; mais d’autres insectes peuvent produire par eux-mêmes une sorte de mélodie que rendent fort ennuyeuse son uniformité et sa continuelle répétition. Nous avons fait connaître les organes destinés à cet usage dans les Cigales, les Sauterelles, les Grillons, en parlant de la fonction respiratoire.

L'impatient besoin de la reproduction se manifeste chez l’un et chez l’autre sexe de beaucoup d’autres manières : il s'adresse à tous les sens. Nous venons d'indiquer différents cas dans lesquels il implore, avec instance, l'organe de l’ouie. D'autres fois, comme nous l'avons fait connaître en parlant de la vue chez les Insectes, quelques-uns, dès que commence l'obscurité du jour, font briller au loin, s'il est permis de s'exprimer ainsi, les flambeaux de l’amour. Ce sont des fanaux plus ou moins éclatants, à l’aide desquels ils signalent leur existence à travers l’espace. Certaines espèces, des contrées brülantes du Midi, jouissent à un très-haut degré de cette faculté de produire de la lumière. Plusieurs Taupins, des Fulgores, dites Porte-lanternes, nos vers luisants ou Lampyres sont dans ce cas; mais le siége des organes lumineux n'est pas le même chez tous. Ici, ce sont des taches ou des plaques transparentes, qui occupent les côtés ou le dessus du corselet; là, ce feu semble émaner du prolongement d’un front vésiculeux; ailleurs la présence de cette lumière se manifeste à l'extrémité du ventre; enfin, quelques Myriapodes paraissent complétement phosphoriques ou resplendissants d’une couche électrique sur toute leur surface : mais c’est toujours et seulement à l’époque de la reproduction, de sorte que cette manifestation toute spéciale et provocatrice peut être considérée comme un stimulant nécessaire à la séparation des germes.

C’est donc uniquement à l’époque où ces insectes sont devenus aptes à la procréation, dans une seule et même saison, qu'ils illuminent ainsi le théâtre de la nature. Ce sont surtout les Lampyres femelles et sans ailes de notre pays, qui semblent nous prouver le véritable but ou le motif

de cette faculté phosphorescente. N'était-il pas, en effet, digne de la prévoyance infinie, d'accorder à cette mère future, devenue presque impotente par le développement excessif des œufs nombreux que renferme son abdomen, un moyen particulier d'attirer près d’elle le mâle agile et sv elte, dont le vol rapide et direct peut être guidé par les splendeurs de cette sorte de phare? Aussi, la lueur brillante que projette la femelle devient-elle plus vive et plus ardente à son approche. Souvent même, chez d’autres espèces de ce genre Lampyre, le mâle se dénonce-t-il tout à coup dans les airs en lançant quelques étincelles dispersées; mais aussitôt que la fécondation a été opérée, les feux ont cessé, les organes ont perdu leur éelat, ils sont désormais inutiles : le vœu de la nature est accompli.

Nous ne pouvons pas bien apprécier, comme nous l'avons dit ailleurs, la nature des odeurs ou des émanations volatiles que développent certains msectes à cette mème époque de leur existence; mais il est positif que plusieurs en produisent. Nous en avons rapporté des exemplestrès-remarquables en parlant du sens de l’odorat, et nous ne croyons pas devoir les rappeler ici.

Tout est calculé, prévu, dans la conformation des Insectes, afin que l'acte de la reproduction puisse s'opérer avec le moins de difficultés. En traitant de la structure des parties, nous avons indiqué comment les organes mâles et mous sont enveloppés par un étui de plusieurs pièces solides, formant des valves mobiles et dilatables, qui doivent servir à introduire, à diriger la liqueur prolifique dans les organes femelles sans aucune déperdition; nous avons signalé diverses modifications dans la forme ou dans la situation quelquefois

insolite des organes extérieurs dans les mâles ou chez les femelles.

Le plus ordinairement, ainsi que nous l’avons dit, les sexes sont distincts et séparés sur des individus qui, dans une même espèce d'insectes, sont quelquefois très-différents par les formes, la taille ou les couleurs. Le nombre relatif des mâles et des femelles est souvent variable. IT est assez rare que ces insectes se réunissent par paires, véritablement associés dans leur manière de vivre en commun et pour l'éducation de leurs petits, qu'ils ne sont presque jamais appelés à voir ‘ vivants. En général, les mâles ne s'occupent guère de la préparation des nids et ne montrent pas la prévoyance que les mères manifestent toujours dans les soins qu’elles prennent afin de pouvoir y déposer leurs œufs avec sécurité. Elles seules ont cet instinct admirable qui les dirige, soit quand elles en confient par trahison le développement à d’autres espèces, soit quand elles placent leurs germes dans des lieux ou immédiatement sur les substances qui conviendront le mieux au séjour et à l'alimentation primitive des larves, dont souvent la nourriture doit être différente et de tout autre nature que celle qui convient mieux aux insectes parfaits. Ce sont là des soins et des prévenances dont les détails ne peuvent être trop admirés et que nous n'avons pas oublié de faire connaître.

Plusieurs cas de polygamie nous sont offerts dans les deux sexes, parmi les Hyménoptères, tels que les Abeilles, les Guêpes, les Fourmis, et chez les Termites dans l’ordre des Névroptères. On observe, dans ces sortes de républiques, qu'un certain nombre d'individus y naissent, ou plutôt s’y développent, condamnés d'avance à la stérilité, par

l’effet d’une alimentation que l’on suppose avoir été insuffisante pour le développement complet de leurs organes sexuels. Dans quelques-uns de ces genres , de nombreuses femelles sont ainsi frappées de cette impuissance génératrice et regardées comme neutres, parce qu’elles n’ont pas les organes extérieurs qui permettent le rapprochement intime des sexes; mais elles paraissent douées de l'instinct de l'amour maternel. Elles restent alors uniquement consacrées à l’éducation physique de la race : les unes se consacrent aux soins généraux que réclament la demeure commune, la nourriture et l’approvisionnement de toute la famille ; les autres s’attachent comme des nourrices dévouées par la nature à une ou à plusieurs femelles fécondes, pour se charger complétement de tous les soins d’une vraie mère : celle-ci nes’occupe même pas de la construction de l'édifice de la demeure commune, de sa défense, de sa conservation, ni même des soins incessants et de toute nature qu’exigent les larves qui lui doivent leur naissance.

Comme on le prévoit, tous ces insectes sont obligés de vivre en sociétés nombreuses; ils nous donnent à observer des alliances singulières que nous pourrions appeler, ainsi que l'ont fait les botanistes, d’après Linné, pour certaines fleurs synanthérées , tantôt une polyandrie - monogynique (beaucoup de mâles pour une seule femelle), comme les Abeilles de nos ruches, quelques Guèpes, des Fourmis, des Termites; tantôt une polygynie-monandrique (beaucoup de femelles pour un seul mâle), tels que certains Bombyces, le Disparate, ou, plus rarement, une véritable monoécie (un couple constant et unique habitant la même demeure).

Les mâles sont généralement plus petits, plus vifs, plus

actifs que les femelles; la forme et la longueur de leurs antennes, les couleurs de leurs ailes, les dimensions des yeux sont surtout les parties qui varient; il y a également des différences dans l'extrémité libre de leur abdomen où résident les organes sexuels des mâles, et, chez les femelles, les instruments destinés à déposer les œufs, suivant certaines circonstances obligées et les plus favorables à leur développement ultérieur. Ainsi, les mâles des Fourmis, des Cochenilles, des Pucerons, de quelques Coléoptères herbivores, de plusieurs Bombyces, sont excessivement grêles, si on les compare à leurs femelles, qui sont énormes et inertes. Leurs antennes offrent surtout de très-grandes modifications d’après leur conformation. Il suffit de citer les Drilles, les Rhipiphores, les Phalènes, etc. Il y a même des Insectes hétérogynes, qui sont tout à fait sans ailes, tandis que les mâles ont des moyens de transport très-développés : tels sont les Mutilles, les Doryles, les Psychés, les Cébrions et beaucoup d’autres.

Le plus grand nombre des Insectes n’arrive à l’état parfait que pour vaquer à l’œuvre essentielle de la reproduction. Le mâle épuisé périt après un seul ou plusieurs accouplements; il précipite, pour ainsi dire, le moment de sa mort par le nombre ou par l'effet de ses jouissances, de sorte qu’il peut la retarder, continuer, ou prolonger sa vie souvent près d’une année, quand il n’a pu satisfaire à ce grand acte de la génération dont il a conservé en lui la faculté vivifiante.

Le mâle cesse de vivre presque au moment où il vient de perdre ses organes générateurs externes, ce qui arrive après l’acte du rapprochement des sexes; comme ces parties ne peuvent servir qu'une fois, elles sont devenues inutiles désormais

et elles restent très-souvent arrêtées ou retenues dans le corps de la femelle. De même que les étamines se flétrissent et tombent avec les pétales de toutes les fleurs, tandis que l'ovaire ou le fruit fécondé continue à se développer jusqu’à la parfaite maturité des graines, nous voyons la femelle fécondée continuer de vivre jusqu'à la ponte, ou lorsqu'elle a déposé la totalité de ses œufs. Le plus ordinairement elle survit à sa non-fécondation, comme cela arrive à plusieurs de nos plantes annuelles, qui n’ont pas donné de fleurs.

11 semble qu'il n’y ait que les sucs, ou les humeurs élaborées pendant l’âge de la croissance ou lorsque l’insecte était encore à l’état de larve, qui puissent servir à l’œuvre de la génération; car c’est toujours et uniquement sous leur dernière forme que ces petits animaux peuvent transmettre ou recevoir cette sorte d’effluescence qui communique et propage la vie, les matériaux en ayant toujours été préparés d’avance et mis en réserve pour que le but de la nature, qui est la perpétuation de la race, soit atteint et que le grand et dernier acte de l’existence individuelle puisse être accompli.

Aussitôt qu’un insecte n’a plus à croître sous l'apparence d’une larve et lorsqu'il est près de revêtir les enveloppes de sa dernière forme, celle sous laquelle ses parents lui ont eux-mêmes transmis l'existence, ce petit être est déjà tellement terminé et si parfait à l'intérieur, que souvent il n’éprouve plus le besoin et n’a même plus les moyens de pourvoir à sa nourriture. Il peut dès lors, suivant son sexe, communiquer ou recevoir les liquides dont l’intime connexité est nécessaire pour transmettre toute l’activité de la vie.

L’excès de la fonction nutritive semble avoir isolé ou mis

à part quelques-unes des particules essentielles des aliments qui sont déposées ou accumulées sous la forme d’un tissu graisseux que nous trouvons constamment dans le dernier âge des chenilles et des larves, mais dont nous pouvons aussi constater la disparition chez les nympbhes et les chrysalides. Ces précieuses provisions n'avaient été, en effet, ainsi mises en réserve que dans la perspective du sommeil léthargique plus ou moins prolongé, pendant lequel elles seront absorbées et transportées en grande partie dans les organes générateurs internes. Elles doivent désormais servir chez les deux sexes, non-seulement à la conservation de l’individu, mais elles ont encore pour but d’assurer la reproduction de sa race.

Lorsque la réunion des sexes a eu lieu, le but principal et définitif de l'existence des individus est atteint. Engendrer est le dernier acte de la vie pour un insecte. [l en a hâté la fin, en obéissant à cette nécessité imposée par la nature : prendre une forme définitive, s’accoupier, pondre et mourir. Voilà les dernières phases d’une existence accomplie et terminée en quelques heures pour une Éphémère, un Hémérobe, une Phrygane, insectes qui ont passé deux ou trois années sous une forme toute différente, n'ayant eu, pendant ce temps, d’autres passions, d’autres volontés que celles de veiller à leur propre conservation et de subvenir aux seuls besoins de la vie nutritive.

[l est certain cependant que plusieurs femelles d’insectes ont pondu des œufs qui ont été féconds, quoiqu’elles eussent été elles-mêmes placées dans des conditions telles, qu'elles n'avaient pu recevoir les approches du mâle. C’est un fait bien constaté que celui de la superfétation de séries succes-

sives et nombreuses dans le genre des Pucerons. C’est un de ces cas singuliers que M. Owen a proposé de désigner comme un phénomène de génération opéré chez des vierges, une parthénogénésie (Lucina sine concubitu), et ceux que M. Siebold et divers autres naturalistes ont vus plusieurs fois reproduits par quelques femelles de Lépidoptères, telles que des Bombyces, des Psychés et des Sphinx, comme celles du troëne et du peuplier.

On a pu observer aussi différents insectes véritablement hermaphrodites. C’étaient des monstruosités tératologiques. Ainsi, dans quelques Papillons, Sphinx, Phalènes, etc., genres chez lesquels les mâles sont souvent colorés autrement que leurs femelles, on a remarqué assez fréquemment des individus, d’une espèce bien déterminée, qui portaient sur les ailes, d’un côté, la livrée ou les insignes du sexe mâle, et, du côté opposé, ceux du sexe femelle, ainsi que sur les parties médianes et correspondantes de leur corps. On a constaté aussi cette sorte d’hermaphrodisme par les dimensions comparées de certaines régions, par les taches et les couleurs des élytres, les formes et les proportions des antennes, les dilatations de quelques parties des membres, dont les modifications sont caractéristiques des sexes et souvent en rapport avec les divers modes du rapprochement intime qu'exige l'acte de la propagation.

L'acte de la reproduction s'opère dans les Insectes par la conjonction intime des individus, et par le contact ou le séjour plus ou moins prolongé des organes qui pénètrent les uns dans les autres, de manière que l'humeur prolifique du mâle puisse aller vivifier les œufs dont les germes préexistent dans les ovaires, soit lorsque ces œufs descendent successive-

ment dans une poche copulatrice, sorte de réservoir ou de dépôt pour le liquide séminal et dans lequel on a constaté l'existence des zoospermes, de sorte que cette humeur les féconde au moment de leur passage.

Le plus souvent, comme nous l’avons déjà dit, ce sont les organes mâles solides et cornés, qui commencent à s’introduire dans le cloaque de la femelle; ils se présentent d’abord sous un petit volume, mais leur mécanisme compliqué et très-varié permet aux pièces qui les constituent de s’écarter comme le ferait un gorgeret dilatateur dont les valves pourraient se renverser et s’accrocher de manière à ce que la séparation des deux individus ne puisse plus s’opérer, à moins que la fécondation n'ait été complétement terminée. Mais cette configuration des organes mâles et femelles varie trop, non-seulement dans les ordres, mais dans les genres et même dans les espèces, pour que nous puissions en donner une idée générale. Nous dirons simplement que chez les mâles on trouve des testicules, mais ce ne sont pas des glandes conglomérées; ils ont la forme de très-longs canaux trèsgrèles et flottants, qui sont fort gonflés par une humeur dont la couleur varie : ces vaisseaux, dont la longueur excède de beaucoup celle de la totalité du corps, le plus souvent de douze ou quinze fois, sont pliés et repliés sur eux-mêmes, comme des pelotons de fils entremêlés et cependant toujours distincts; car ils ne sont jamais joints entre eux par un tissu cellulaire : ils se réunissent en faisceaux ou par paquets de trois à cinq sur un même tronc, ou tube principal. Leur masse occupe alors une grande partie de la cavité abdominale, et se termine dans un réservoir commun dilaté en vésicules séminales, qu'on a comparées à des prostates, à des

épididymes, à des canaux déférents. Ceux-ci se rendent, plus ou moins médiatement, à cette sorte de pénis mou, qui à pour gaîne un fourreau solide produit par les écailles ou les lames cornées dont la réunion, comme nous l'avons dit, sert de moyen d'introduction et le fait pénétrer dans la cavité génitale de l'individu femelle. ;

Dans le cloaque de la femelle destiné à admettre l'appareil compliqué de l'organe mâle, il existe fort souvent un autre assemblage de pièces accessoires appelées à faciliter la ponte ou à opérer des incisions, des piqüres, des traits de scie, afin de livrer passage ou de permettre l'intromission des œufs dans les divers corps ou substances dans lesquels ces germes doivent être déposés pour servir à la nourriture ultérieure des larves. Ces instruments ne sont que des accessoires à la véritable vulve, sorte de réservoir commun où aboutissent à la fois, d’abord l'extrémité du tube intestinal pour la défécation, et souvent, en outre, des canaux excrétoires de diverses humeurs destinées, les unes à faire parvenir une sorte de venin dans l’aiguillon, comme chez les Abeilles ; les autres à protéger les œufs au moment de leur expulsion, ou à faciliter cette issue, car c’est dans ce même espace que se trouvent l'entrée ou la sortie des oviductes dont les prolongements représentent aussi des canaux très-flexueux analogues aux vaisseaux spermatiques des mâles, mais beaucoup plus gros. On y distingue les œufs qui sont placés les uns à la suite des autres, comme des grains de chapelet. Ces œufs sont d'autant plus développés qu'ils sont plus voisins du canal commun qui les dirige vers le cloaque. Il est, comme nous l’avons dit, des insectes femelles qui pondent tous leurs œufs à la fois en une où deux masses

gluantes formant un tas; le plus souvent, ces œufs passent successivement, mais rapidement, un à un, par l’orifice du cloaque pour être déposés d'une manière isolée.

Les pondoirs ou les oviscaptes ont, tantôt la forme de couteaux, de sabres, de scies, de gouges, de vrilles, de percoirs, d’alènes ou de sondes creuses, C'est ce qu'on observe dans les Sauterelles, les Grillons, les Tenthrèdes, dites mouches à scie, les Ichneumons, les Chalcides, les Évanies, les Leucopsides, les Nèpes, les Panorpes, quelques Trichies, les Priones, les Cossus.

Les organes sexuels des insectes ne deviennent réellement manifestes que lorsque ces animaux ont subi leur dernière transformation. Le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, ils sont situés à l'extrémité de l'abdomen. Chez les mâles, ils font rarement saillie, excepté dans l’acte mème de la copulation ; chez les femelles, au contraire, les organes dénotent leur existence à l'extérieur par la présence accessoire de ces instruments, dont nous venons d'indiquer les formes, et qui sont prédisposés pour faire parvenir ou pour introduire les œufs fécondés dans les matières organiques, soit vivantes, soit privées de la vie, et destinées à servir à l'alimentation de la larve qui en proviendra.

C'est ainsi que le mode du rapprochement des individus de sexe différent est favorisé ou permis par la configuration générale du corps ou de certaines parties du corselet, de l'abdomen, des pattes ou des élytres. Le mâle est ordinairement placé sur le dos de la femelle, dont le corps est plus volumineux et plus solidement constitué. La Puce et quelques Diptères nous offrent une exception. Plusieurs mâles, comme on l’observe dans les Clythres, diverses Cétoines et

d'autres, tels que ceux des Dytiques, de Hydrophiles, des Crabrons, ont plusieurs articles de leurs tarses dilatés, garnis de houppes, de brosses, de lames ou d’écailles rapprochées pour s'appliquer et adhérer surle corps de la femelle, dont les élytres, ou le corselet, auraient été trop lisses, et qui semblent même quelquefois avoir été sillonnés, soit en travers, soit sur leur longueur, dans cette intention, tandis que les élytres des mâles ne le sont pas ; ce qui les fait distinguer au premier aspect. Dans les Libellules, certaines espèces mâles saisissent leurs femelles par le cou, ou dans l’espace libre qui se voit entre la tête et le corselet, au moyen de deux crochets, faisant l'office d’une tenaille annulaire, qui sont placés à l’extrémité de l'abdomen allongé. Le mâle entraîne ainsi la femelle dans son vol, ou bien celle-ci semble le diriger, car elle est la plus forte, mais il ne la quitte pas avant qu'elle soit venue appliquer l'extrémité de son ventre, où est l’orifice de sa vulve, contre l’organé excitateur de son sexe mäle, qui est situé à la base de l'abdomen; car celui-ci ne la laisse libre que lorsqu'il s’est ainsi assuré de la fécondation.

Dans l'acte de l’accouplement, le plus souvent les Insectes restent tranquilles ou immobiles pendant un espace de temps qui varie beaucoup selon les espèces. D’autres continuent de marcher ou de voler. Quelques-uns, comme les Hannetons, prennent une position singulière : le mâle se retournant en sens inverse, renversé sur le dos, les pattes en l'air et se faisant ainsi traîner par la femelle plus volumineuse, qui souvent continue de manger les feuilles qu’elle dévore. Dans les Bombyces, comme nous le voyons dans celui dun mürier à soie, les têtes du mâle et de la femelle sont alors en sens opposé, et le rapprochement,

comme forcé par la disposition des organes, persiste, ou dure plus ou moins de temps; car souvent il se prolonge pendant des journées entières dans une sorte d’engourdissement léthargique. Nous croyons même que les Éphémères n'ont pas de véritable accouplement, mais que les mâles spermatisent rapidement la masse des œufs pondus tous à la fois sur la surface des eaux dans lesquelles ces œufs se précipitent après avoir été fécondés, à peu près de la même manière que s'opère la vivification du frai des poissons et celui de la plupart des Batraciens.

MÉramorpnoses. — Nous avons cru devoir exposer ici, comme une suite de la fonction reproductrice, l’histoire des changements qui se succèdent dans les Insectes depuis l’instant où ils sortent de l'œuf, jusqu’à celui où ils sont aptes à perpétuer leur espèce ou à propager leur race.

Chez la plupart de ces animaux, les changements s’opèrent dans des espaces de temps déterminés, qui peuvent être rapportés à des époques, suivies souvent d'apparences et même de configurations diverses. Considérée d’une manière générale, cette succession de formes et de structure a lieu pendant la durée de leur existence. C’est une vie continuée, mais qui se trouve partagée en quatre périodes distinctes chez un même individu. Cet insecte doit être successivement tout autre, sans cesser d'appartenir à la même espèce d'animal. Cependant il vivra et revêtira des formes diverses et même il offrira des modes d'organisation intérieure très-différents sous l'apparence successive d'OEuf, de Larve, de Nymphe et d’insecte parfait. Ce sont autant d'enveloppes, de figures et même de structures intérieures, qui semblent avoir été incluses les unes dans les autres, dont

FONCTIONS DES INSECTES. REPRODUCTION, MÉTAMORPHOSES. 153 la première qui est l’originaire, aurait été primitivement contenue dans deux liquides différents avant de s'être trouvés conjoints et renfermés dans la coque de l’œuf.

Cette transformation ou transmutation se nomme la Métamorphose, mot grec conservé en français et en latin, Meraudogusis, composé lui-même de meta, préposition qui correspond aux termes au delà, après, et de morphosis, formation. Aujourd’hui,oncomprend sous cenom les divers étatssous lesquels on peut observer le même insecte ou tout autre animal qui offre ainsi plusieurs formes ou apparences pendant son existence. Pour les Insectes en particulier, c’est, premièrement, sous la forme d'un œuf; secondement, il sort de cette enveloppe une apparence de ver, qu’on nomme une Larve ou une Chenille; troisièmement, cette larve passe à l'état de Nymphe, qu’on appelle encore Pupe, Chrysalide ou Aurélie; quatrièmement, enfin, quand l’insecte est arrivé au dernier terme de son existence, et lorsqu'il peut reproduire des individus semblables à lui, on dit qu'il est déclaré, qu'il s’est révélé; en un mot, qu'il est complet, qu’il est parfait dans son sexe. Il offre alors son véritable et dernier état, celui sous lequel il peut perpétuer sa race ou produire des individus de son espèce. C’est ce que les auteurs nomment la véritable représentation (iëmago revelata).

Les métamorphoses des Insectes ont été connues, mais imparfaitement, par les plus anciens auteurs, comme on le voit par plusieurs passages de l’Æistoire des animaux, d’Aristote; lorsqu’en particulier il parle des Chenilles que nous nommons Géomètres ou Arpenteuses, ou lorsqu'il raconte la naissance des Scarabées, des Papillons, des Abeilles, il s'explique très-positivement sur ces transformations, comme

nous le reproduisons ici en note (1). Cependant ce n’est guère que depuis les belles observations de Swammerdam, de Rédi, de Malpighi, de Leeuwenhoeck et de Vallisnieri que les changements subis par la plupart des Insectes ont été positivement constatés.

Outre les mutations notables que les Insectes subissent dans leurs formes extérieures, il en est d’autres qui s’opèrent sous les trois états postérieurs à leur éclosion ou à leur sortie de l'œuf. Ils changent plusieurs fois de peau, et souvent ceux de ces téguments qui se succèdent, et dont l'animal se dépouille, lui donnent une tout autre apparence que celle sous laquelle on l'avait vu d’abord. Ainsi, ilya des Chenilles de plusieurs Lépidoptères, comme il est trèsfacile de s’en assurer en suivant l'histoire du Bombyce du mürier ou du ver à soie, qui sont velues ou couvertes de poils en sortant de l'œuf, et puis, dans les quatre ou cinq

(4) Voici l’un de ces passages que nous empruntons à la traduction de Camus, livre V, chap. 18. Il est très-remarquable.

« Les Papillons proviennent de Chenilles. C’est d’abord moins qu’un grain de « millet ; ensuite un petit ver qui grossit et qui, au bout de trois jours, est une « petite Chenille. Quand ces Chenilles ont acquis leur croissance, elles perdent « le mouvement et changent de forme. On les appelle alors chrysalides. Elles « sont alors enveloppées d’un étui ferme. Cependant, si on les touche, elles re- « muent. Les chrysalides sont enfermées dans des cavités faites d’une matière « qui ressemble aux fils d’Araignées. Elles n’ont pas de bouche, ni d’autres par- « ties distinctes. Peu de temps après, l’étui se rompt et il en sort un animal vo- « lant que nous nommons un Papillon. Dans son premier état, celui de Che- « nille, il mangeait et rendait des excréments ; devenu une chrysalide, il ne

« prend et ne rend rien. Il en est de même de tous les animaux qui viennent de ONErS.. »

mues ou changements de peau qui ont lieu à mesure qu'elles prennent plus de volume, ces chenilles restent rases ou sans poils, mais elles présentent alors certains tubercules ou des verrues constantes avec des teintes diverses qui sont indicatives de leur âge.

On pourrait ranger en diverses catégories les transformations subies par les larves des Insectes de différents ordres, suivant que leurs métamorphoses sont plus ou moins complètes. Ainsi, dans l’une on placerait les larves des Coléoptères , des Lépidoptères et des Diptères, car celles-là, sous leur premier état, n'ont aucun rapport de formes avec l'animal qu’elles doivent reproduire. Une seconde série comprendrait les Hyménoptères dont les uns, et ce sont les plus nombreux, proviennent de larves qui n’ont pas de membres articulés, ou chez lesquelles ils sont si courts qu'ils ne peuvent servir à la locomotion; aussi ces larves, au sortir de l'œuf, sont-elles nourries activement, et jour par jour, par leurs parents, à moins que ceux-ci, comme dans la plupart des cas, ne les aient déposées sous la forme d'œufs dans des corps organisés ou à leur proximité, afin que les larves qui en proviendront n'aient pas besoin d’aller chercher ailleurs leur aliment; tandis que d’autres larves d'insectes de ce même ordre des Hyménoptères, celles qui appartiennent à la famille des Uropristes, naissant sous la forme de fausses Chenilles, et ayant alors des pattes, étant libres et actives dans leurs mouvements, peuvent vivre sur les végétaux ou dans l'intérieur de leurs tiges et changer de lieu à volonté.

On observe également, dans l’ordre des Névroptères, deux modes différents de transformation. Ainsi, les larves des Libellules ou Demoiselles sont à peu près semblables, par

leurs formes générales, aux insectes qu’elles doivent produire et qui seront pourvus d’ailes très-bien développées ; d’autres larves, comme celles des Fourmi-lions, des Hémérobes, des Phryganes, sont, au contraire, absolument différentes pour la forme de ce que deviendront ces insectes en passant à leur dernier état.

Enfin, les Hémiptères et tous les Orthoptères, tels que les Punaises et quelques Sauterelles, restent constamment semblables à elles-mêmes, dès le momentde leur sortie de l'œuf, sauf les développements des parties : il ne leur manque que des ailes dont on voit apparaître successivement les rudiments; mais tous ces insectes restent motiles ou sont doués du mouvement. Ils continuent, sous ces divers états de larves, de nymphes et de perfection, de se nourrir de la même manière et avec des aliments liquides de la même nature.

Fabricius, dans l'ouvrage qui a pour titre Philosophie entomologique (1), a consacré une section entière de ce livre aux modifications de la métamorphose chez les insectes; c’était en 1778 : la zoologie a fait de grands progrès depuis, et beaucoup d’autres auteurs ont publié des observations fort curieuses sur des modes de transformations qu'on n'avait point soupçonnés, et qui se sont étendues aux autres classes des animaux invertébrés, surtout sur les Crustacés, les Mollusques et les Vers intestinaux. Cependant, comme ce premier travail de Fabricius rapprochait un grand nombre de

(1) J'ai traduit moi-même, en 1795, cet ouvrage, dont j'ai conservé le manuscrit, inscrit dans ma bibliothèque (0. f. 1901 bis); je avais communiqué à Fabricius, que j'ai particulièrement connu. Il m'avait fort engagé à le publier en français, en m’indiquant quelques nouvelles observations sur les conformations.

faits qui permettent de les comparer, nous allons en presenter une courte analyse.

Voici d’abord la définition que cet auteur donne de la larve. C’est l’enfance de l’insecte dès le moment où il sort de l'œuf. Cette larve, toujours stérile, est molle et ne s’occupe qu’à manger. Elle est très-vorace; à mesure qu’elle grossit, elle sé dépouille de sa peau qui ne peut plus suivre et s'étendre comme l'exige le développement de tous ses organes. A sa dernière mue, qui est une opération laborieuse, maladive et douloureuse, l’insecte subit une sorte d’accouchement ou de parturition; la larve change de forme. Le plus souvent, elle prend les noms de pupe, de nymphe, de chrysalide. C’est, dit Fabricius, l'adolescence de l'insecte. Il ne croît plus, il se durcit; quelquefois cette nymphe reste immobile, et, pendant ce repos, il se passe dans son intérieur de grands changements. Sa structure et ses enveloppes, très-variées, prennent plus de consistance.

Fabricius distinguait cinq ordres de métamorphoses, d'après les modifications de formes et de mouvements de la larve et de la nymphe.

Dans le premier, qu'il a nommé la métamorphose complète, ne reconnaissait pas de différence entre les larves, les nymphes et les insectes parfaits ; et il y rangeait les Araignées, et même, à cette époque, presque tous les Crustacés; il désignait comme semi-complète la transformation des Punaises et des Libellules, dont les larves ont six pattes et sont agiles et sans ailes, pour prendre ensuite des rudiments d'ailes et enfin des ailes bien développées. II nommait métamorphose incomplète celle où les larves, munies de pattes, ont les mouvements lents et le corps mou, et qui ont ensuite une

nymphe à pattes bien indiquées, mais immobiles et restant ainsi dans le repos ; et il inscrivait dans cette catégorie les Scarabées, les Abeilles et les Fourmis. Dans une quatrième section, qu'il désignait comme obtéctée, il rangeait tous les Lépidoptères, les Glossates dont les Chenilles ont plusieurs pattes, sont agiles et molles, et dont la pupe sans pieds, restant dans le repos, a cependant une enveloppe sur laquelle on distingue les formes du corselet, des pattes et de l’abdomen. Enfin, dans une cinquième division, qu’il nommait coarctée, il plaçait essentiellement les insectes à deux ailes provenant d’une larve sans pattes, composée d’anneaux mobiles, dont la pupe ou la nymphe reste immobile, comme réduite en une masse arrondie, à la surface de laquelle on ne distingue aucune des parties de l'animal qu'elle recouvre.

Ces dénominations n'étaient ni suffisantes, ni heureuses. On leur à donné depuis beaucoup d’autres développements ; nous allons en faire connaître quelques-unes que nous extrairons de l’article que nous avons inséré dans le XX X° volume du Dictionnaire des Sciences naturelles.

Ours. — Nous commencerons par rappeler quela larve, la chenille ou lever, car on lui donne aussi, maisimproprement, ce dernier nom, provient presque constamment d’un œuf. C'est une enveloppe qui renferme les rudiments de l’insecte encore liquides, mais dont le germe a été fécondé le plus souvent dans le corps de la mère et avant la ponte. Cette coque varie infiniment pour la forme, la consistance et la couleur, suivant chaque espèce. Dans les premiers instants de son émission du corps de la mère, cet œuf ne contient qu’une sorte de bouillie ou de matière visqueuse dans laquelle, à l’aide des instruments d'optique amplifiants, on reconnaît un bulbe

d'une autre teinte dont la substance, comme huileuse, doit servir de nourriture à un germe qui s'y développe, en devenant un petit être vivant. I s'opère évidemment sous cette enveloppe un travail d'organisation pendant lequel les humeurs se solidifient et donnent une forme toute nouvelle aux parties constituantes. Il se crée là, pour ainsi dire , un être animé qui manifeste, plus ou moins rapidement, la plupart des actes de la vie, mais qui ne ressemble nullement aux insectes qui l’ont produit, ou qui l'ont précédé sous une tout autre forme, et qui est destiné à éprouver lui-même par la suite plusieurs autres transformations.

Nous avons déjà parlé des précautions que prend la mère pour déposer ses œufs d’une manière convenable et dans le lieu le plus propice au développement des larves qui doivent en sortir, suivant la nature de l'aliment qui leur est nécessaire, et qui est souvent tout autre que la nourriture recherchée par les êtres dont elles proviennent.

La configuration de ces œufs et la manière dont ils sont pondus ou déposés dans les circonstances et les matières les plus en rapport avec les besoins futurs de l’insecte qui en proviendra, quand il sortira de la coque, est un des faits de prévoyance dont l'étude de ces animaux offre un très-grand. nombre d'exemples admirables. Ces œufs, au moment où ils sont poussés hors du corps de la mère, sont tantôt recouverts d’une coque molle et flexible , tantôt leur enveloppe prend presque aussitôt une très-grande solidité. Les uns sont agglomérés en masse et collés les uns aux autres; tantôt ils sont pondus séparément, comme disséminés sur de très-petits espaces, et tantôt rapprochés dans un même lieu, comme pour constituer une même famille, afin que les petits êtres

qu'ils produiront puissent se nourrir et se défendre en commun; il est rare cependant qu'ils soient protégés activement par leur mère.

Ces œufs présentent beaucoup de particularités pour la couleur et même dans leur configuration. Le plus souvent, au moment où ils viennent d’être pondus, ils sont blancs ou ris, quelquefois de la teinte des feuilles sur lesquelles ils sont déposés. Rarement ils sont bleus, rouges ou jaunes, rayés, bariolés, piquetés ou tachetés de noir. C’est surtout dans la forme qu'on peut observer le plus de variétés. La plupart sont sphériques ou tout à fait globuleux ; il en est d'ovales, de cylindriques, plus ou moins allongés comme de petites fioles à col rétréci et accotées verticalement les unes aux autres; quelques-uns se gonflent ou deviennent plus gros ; mais ordinairement leur coque s’affaisse ou se déprime en se desséchant. Ceux des Hémérobes, par exemple, sont ovales, mais supportés sur un long pédicule, mince, flexible, etils ressemblent aux urnes ou aux fruits de certaines mousses. On connaît quelques-uns de ces œufs qui, dans différents Orthoptères; par exemple, sont anguleux et rendus prismatiques par une matière qui les agglutine et y reste adhérente.

Quelques-uns de ces œufs sont enveloppés d’une matière protectrice destinée à les garantir de l’action nuisible de la lumière, de l'humidité, du froid ou de la trop grande chaleur, ou bien à en éloigner les animaux, tantôt à l’aide d’émanations odorantes ou d’humeurs âcres et corrosives, de tuniques avec des poils hérissés ou couchés sur toute la longueur de leur masse, destinés à masquer leur présence et dont la mère a dépouillé son corps pour en revêtir sa pro-

géniture. Quelquefois la mère périt au moment même où elle vient de pondre ses œufs, et son corps, desséché, recouvre leur assemblage et devient ainsi un toit, une sorte de bouclier protecteur pendant toute la saison froide ou jusqu’au moment de l’éclosion.

Il y a des femelles qui filent autour de leurs œufs une sorte de bourre ou de matière cotonneuse, comme le font les Perce-oreilles. Dans d’autres circonstances, après avoir ainsi emmailloté leurs œufs réunis en globule, les Trypoxylons fixent cette masse sur quelque corps solide, après l'avoir recouverte de terre, de sable ou de poussière, qu'ils y agglutinent et qu’ils abandonnent après avoir pris toutes ces précautions. Quelquefois, comme on sait que cela a lieu chez les Blattes, les œufs sortent du corps réunis et renfermés au nombre de huit ou dix dans une même coque solide et lisse qui simule une sorte de légume ou de péricarpe sec avec une suture latérale et quelques saillies extérieures qui indiqueraient la présence des graines ou plutôt des œufs qu'elle renferme. Parmi les nombreux exemples de procédés employés par la nature que nous pourrions encore relater, nous n'oublierons pas que, comme les Cloportes, les Cochenilles gardent et portent réunis ces œufs sous leur corps, jusqu’à l’époque où les petits en sortent assez développés pour subvenir à tous leurs besoins.

Le nombre des œufs est souvent considérable et mème si prodigieux dans certains Névroptères, comme chez les Termites, qu'on a calculé qu'une seule femelle pouvaiten pondre 96,400 en un seul jour;une Abeille de ruche 4oet même 50,000 en unesaison; un Lépidoptère, tel que le Cossus, un millier. Mais ces nombres varient trop pour que nous puissions les

préciser pour chaque genre ou même pour une seule espèce.

Quelques-uns de ces œufs éclosent dans le ventre de leur mère; c'est ce qui arrive aux Pucerons à certaines époques de l’année, à la Mouche bleue de la viande, aux Hippobosques, aux Strepsiptères, qui pondent des nymphes; enfin dans toutes les espèces d'insectes que l’on a nommés ovovivipares Où pupipares.

Les œufs ont été presque constamment fécondés dans l’intérieur du corps de leur mère par suite d’un accouplement immédiat entre les deux sexes, et ils sont pondus successivement à la suite les uns des autres. Cependant les Éphémères, les Cousins et quelques genres analogues, les expulsent subitement, tantôt comme une masse compacte, glutineuse ; tantôt arrangés en une sorte de nacelle flottante. On croit que, pour les premiers, la vivification se fait en dehors, comme chez les poissons.

On a constaté que les œufs présentent beaucoup de modifications et presque autant de variétés que chez les oiseaux , soit par leurs couleurs et leurs enveloppes, soit par les soins que la mère prend pour les déposer et les garantir des dangers, suivant qu'ils se trouvent disséminés, rapprochés ou réunis. Leurs formes sont en rapport avec ces circonstances diverses. Il serait trop long de rapporter ici toutes ces particularités, car elles diffèrent, non-seulement pour les faits relatifs à certains genres d’un même ordre, mais aussi aux espèces d’un même genre. La plupart cependant sont arrondis, mous et de formes très - variables au moment où ils sortent du corps de leur mère; mais la coque qui les enveloppe prend souvent assez de consistance. Quand on a examiné, à l’aide du microscope, le contenu de l’un de

ces œufs, comme on l’a souvent répété d’après Swammerdam, on y a pu observer une humeur visqueuse, dans laquelle ‘semblent être plongés un petit corps plus opaque qu'on a regardé comme un vitellus et une particule granuleuse, transparente, enveloppée d'une très-mince membrane recourbée, dans laquelle on a cru reconnaître l'embryon de la larve. Peu à peu, et suivant la durée du temps antérieur à l’éclosion pendant laquelle s'opère le développement des rudiments de l’insecte qui paraît devoir rester en rapport avec l'atmosphère extérieure à travers les parois de la coque, on y a reconnu des vaisseaux aériens ou des ramuscules de trachées, distribués régulièrement, et successivement des fibres motrices, un canal digestif et un tissu nerveux : telles sont les observations faites sous la lentille microscopique.

Ilest un petit nombre d'insectes qui présentent des exceptions à cet égard, soit que l'œuf, fait assez rare, éclose dans le corps de la mère, soit même que la larve y subisse ses premiers changements. La Mouche bleue de la viande ou vivipare est dans ce cas; elle pond des larves qui se meuvent et mangent aussitôt. C’est un animal ovovivipare comme la Vipère. Les Cochenilles femelles conservent, en sedesséchant sur les plantes, leurs œufs en dehors, comme les Syngnathes parmi les poissons. D'autres insectes, tels que les Pucerons, restent et se succèdent constamment femelles, sans que l’accouplement leur soit nécessaire pour être fécondés pendant une douzainede générations successives. Ces femelles pondent ou plutôt produisent des individus vivants et parfaits, qui n'ont besoin que de sucer leur nourriture pour croître et se reproduire isolément sans le secours des mâles et restant sponta-

nément prolifères. On a reconnu que plusieurs femelles de Lépidoptères nocturnes , comme les Bombyces disparate, minime à bandes et du mürier, avaient pondu des œufs féconds sans avoir été rapprochées des mâles. Plusieurs Sphynx femelles ont offert la même particularité. Pour M. R. Owen, ce sont des Parthénogénésies ( Lucina sine concubitu, les accouchements des vierges). Enfin il en est, comme les Strepsiptères, les Hippobosques, et plusieurs autres espèces de genres analogues, qui conservent une larve dans l’intérieur de leur corps jusqu'à ce qu’elle ait acquis tout son développement et qu’elle soit revêtue de sa tunique de nymphe, telle qu'on la retrouve dans la plupart des Diptères; alors le corps de la mère s’entr'ouvre, et la pupe se sépare sous l'apparence d’un gros œuf, d’abord mou et blanc, bientôt durci et bruni, d’où provient un insecte qui a dès ce moment la forme de ses parents, dont il imite ou plutôt dont il a tout à fait les mœurs et l’organisation.

Lanves. — Les insectes qui subissent des transformations ou, comme on le dit des métamorphoses, ne prennent, dès le moment où ils sortent de l'œuf, qu’une forme provisoire et passagère. [ls semblent n'avoir reçu le nom de /arves, sous lequel on les désigne, que parce que ce mot indique que ces êtres n'ont alors qu'un masque ou une figure d'emprunt. Leterme de larva était appliqué par les Latins au masque dont les acteurs se couvraient la face, afin de représenter tel ou tel personnage sur la scène où ils se montraient au publie. Cette enveloppe transitoire semble en effet travestir ou masquer entièrement l’insecte qui s’en trouve complétement revêtu. Mais cette conformation du premier âge est constamment la même pour tous les individus de la même race.

Ces larves varient pour la structure générale, la forme, les mœurs et les habitudes, suivant les espèces des différents ordres; telles sont les Chenilles pour les Lépi.loptères ; quelques Hyménoptères, tels que les Uropristes et tout ce qu'on nommait vers, tels que ceux qui produisent les Hannetons, les Abeilles, les Mouches dans leur premier âge. Ces petits animaux, sous cette première configuration, ont chacun une appétence particulière pour l'aliment qui lui convient et auprès duquel la mère a placé ses œufs, afin que, en se développant, le petit être qui en sort puisse se nourrir et croître dans un espace de temps prévu, limité, et prolongé ou diminué par diverses causes. Car c'est seulement sous cette forme que l'insecte prend son accroissement, et, lorsqu'il a quitté cette première enveloppe, il n’augmente jamais de volume, à moins qu'il ne prenne des formes tout à fait différentes, à l'exemple du Fourmi-lion.

Au reste, les Insectes ne sont pas les seuls êtres du règne animal qui subissent des transformations et qui aient par conséquent des larves. Parmi les Reptiles, la plupart des Batraciens offrent dans leurs tétards de véritables larves. On sait que beaucoup de crustacés sont dans le même cas, et dans ces derniers temps on à reconnu que, la Lamproie, les Helminthes ou Vers intestinaux, et différents zoophytes sont dans le même cas.

Nous nous bornerons ici, ayant déjà traité des métamorphoses, à indiquer les principales différences que présentent les larves sous le rapport des formes et des mœurs.

Dans le premier état, que l’on regarde comme l'enfance de l’insecte, et à mesure que la larve se développe et grossit, elle est obligée de changer plusieurs fois de peau. C'était un

vêtement trop étroit : il était nécessaire qu'il lui en fût substitué un autre plus large, mais absolument préparé d’avance sur le même patron. Cependant ce n’est pas une véritable peau, mais un épiderme complet pour toutes les parties du corps. Cette phase de la vie est assez souvent critique et pénible; c’est ce qu'on nomme la mue. Elle arrive à des époques de développement déterminées, soit par une plus grande abondance de nourriture dans un temps donné, ou par la difficulté de se la procurer, soit par l'état variable de la température.

La plupart des larves changent de peau ou d’épiderme quatre ou cinq fois pendant cette période de leur existence plus ou moins prolongée. Elle constitue un état de travail laborieux et peut-être une maladie, une sorte de crise pendant laquelle l'animal paraît souffrir et reste parfois immobile, surtout dans la dernière mue, dans laquelle il succombe souvent. Quelquefois cette surpeau est très-différente et de celle qui l’a précédée, et de celle qui lui succédera, soit par la manière dont elle est colorée, soit même par les annexes qui sont les marques distinctives de certaines espèces. C'est ainsi, par exemple, qu'à la sortie de l'œuf, quelques Chenilles sont velues, et qu’ensuite leur corps devient tout à fait ras, et que d’autres présentent une disposition inverse.

Voici comment les larves des ordres différents sont conformées et par cela même assez faciles à reconnaître; elles peuvent, en outre, servir quelquefois à faire distinguer ies genres.

Chez les Coléoptères, quoiqueles formes varient beaucoup, elles ont l'apparence de vers mous, mais avec six pattes écailleuses, courtes le plus ordinairement, mais mobiles et arti-

tint Soc te

nait

culées, très-rapprochées de la tête, ayant leur attache sur les trois premiers anneaux ou articles qui la suivent. Cette tète est écailleuse; elle offre une sorte de crâne, souvent coloré, comme une sorte de calotte solide; la bouche est à peu près composée des mêmes organes que celle des insectes parfaits, mais généralement moins développés. Ainsi, parmi les pièces doubles ou symétriques, on y distingue les mandibules, les mâchoires, les palpes articulés et ensuite les lèvres ; la supérieure supportée par le chaperon, et l’inférieure par la ganache. Quand cette larve a subi toutes ses mues, et qu’elle doit changer de forme, le plus souvent elle se blottit, se creuse, s'arrange de manière à consolider un petit espace libre, qu'elle raffermit dans ses parois, à l’aide de quelques fils, au moins chez certaines espèces; c'est une sorte de coque ou de tombeau dans lequel elle reste ensevelie emmaillotée et immobile, pour y prendre la forme de nymphe à membres distincts, mais contractés, repliés et immobiles, jusqu’à ce que tout le corps ait acquis la consistance nécessaire pour qu’elle puisse vivre comme tous les insectes parfaits. Tels sont les Scarabées, les Carabes, les Charansons.

Les Orthoptères, dont l'historique doit suivre, n’éprouvent pas une métamorphose aussi complète ou aussi réelle; car, en sortant de l'œuf, la larve ne diffère souvent que par son peu de développement de la nymphe ou de l’insecte parfait qu’elle reproduit. Par ses mœurs, ses habitudes, ses organes de la nutrition, elle leur est absolument identique. La nymphe est agile; elle n'est reconnaissable qu'aux rudiments des ailes, réunies en un moignon; elle ne diffère de linsecte parfait que par ces mêmes ailes, élytres et organes membraneux ; encore ces derniers n'existent pas dans toutes

les espèces, dont quelques-unes restent aptères ou totalement privées d'ailes.

La plupart des Hyménoptères proviennent de larves sans pattes, que leurs parents sont obligés de nourrir dans le premier âge, comme les Abeilles, les Guëpes, les Bembèces ; ou bien ces larves ou les œufs qui doivent les produire sont déposés soit auprès d’une certaine quantité d'aliments, soit dans le corps des végétaux ou des animaux, car c’est là qu'elles se développent en parasites. Elles sont encore alors Apodes ; tels sont les Ichneumons, les Cynips, etc. Enfin, ilest des larves d'Hyménopteres, telles que celles des Uropristes, Mouches à scie, Sirèces, qui ont l'apparence, les formes et les couleurs des Chenilles dont elles partagent les mœurs. Elles se nourrissent de végétaux dont elles rongent les feuilles ou le bois ; cependant, chez tous, les métamorphoses ont beaucoup plus de rapports avec celles des Coléoptères ; car leurs nymphes offrent en dehors tous leurs membres distincts, quoique très-mous et immobiles, ne prenant que peu à peu la consistance nécessaire à l’état d’insecte parfait. Tels sont tous les Hyménoptères qui, pour la plupart, se filent un cocon dans lequel on trouve la nymphe.

Les Névroptères diffèrent beaucoup entre eux sous le rapport des métamorphoses, surtout pour les larves, dans les diverses familles. Ainsi dans les Demoiselles, ou Libellules, la métamorphose est à peu près la même que celle des Orthoptères, c’est-à-dire qu'elles ont des membres semblables à ceux qu'elles conserveront, à l'exception des ailes ou de leurs rudiments. D’autres, comme les Fourmi-lions, les Hémérobes, subissent une transformation complète, comme les Coléoptères, quoique leurs larves soient très-differentes.

Enfin il en est, comme les Phryganes, les Éphémères, dont les larves s’éloignent moins des nymphes; car, sous leur premier état, elles sont agiles et ne se distinguent de l’état parfait que par leur mode de respiration et par le développement apparent de leurs ailes.

Les Hémiptères présentent aussi beaucoup de modifications dans la métamorphose, suivant les diverses familles. La plupart des larves, en sortant de l’œuf, ont à peu près la forme qu'elles conserveront par la suite, au défaut près de rudiments d’ailes, et plusieurs même ne prennent jamais ces organes du vol. Telles sont la plupart des Punaises ou des Rhinostomes, mais il n’en est pas de même des Cigales et surtout des Cochenilles ou Gallinsectes, qui ont souvent des nymphes immobiles et ne prennent aucune nourriture sous cette forme.

Chez les Lépidoptères, les larves, qu'on nomme généralement des Chenilles, offrent de grandes différences avec les insectes parfaits ; aussi a-t-on dit qu'ils ont la métamorphose la plus complète : la plupart subissent plus de quatre changements de peau. Elles ont six pattes écailleuses articulées et un nombre variable de tubercules contractiles et garnis de crochets mobiles, distribués par paires le plus souvent, huit ou dix de chaque côté, dont la situation relative et la disposition ainsi que la forme varient beaucoup , car tout est différent entre la Chenille et le Lépidoptère parfait: la tête, la bouche, les intestins, les organes du mouvement et de la sensibilité , et surtout le genre de vie et l'habitation.

Les Diptères, comme les Mouches, proviennent de larves sans pattes et qui ont quelque analogie pour la forme, au

premier aperçu, avec celles des Hyménoptères. On leur a T. XXXI. 22

donné le plus souvent le nom de Vers, en particulier à celles qui fournissent aux pêcheurs les Asticots ou vers de la viande. La plupart se développent au milieu des substances où leurs œufs ont été déposés, dans les eaux corrompues, dans les matières qui se décomposent; plusieurs dans le corps des animaux, dans l’intérieur des végétaux vivants et surtout dans les cadavres. Cependant, dans cet ordre, les larves présentent de grandes différences; ainsi, celles des Tipules et de beaucoup d’autres Hydromies ont quelques rapports avec les Chenilles; les vers qui se changent en Stratiomes ou Mouches armées, sont aplatis comme des Sangsues et nagent sur le plat comme des Annelides ; celles de quelques Syrphes semblent être de petits Lombrics; mais ce sont surtout les nymphes des insectes de cet ordre qui présentent le plus de variétés.

Enfin, parmi les Aptères, à l'exception de la Puce, il n’y a pas de véritable métamorphose ; quelques-uns prennent une

ou plusieurs paires de pattes à l’époque où ils deviennent -

aptes à la reproduction de leur espèce, mais ce n'est pas là une véritable transmutation.

Les insectes méritent une étude toute particulière sous l'état de larves, et c’est véritablement une omission fâcheuse que l’entomologie a faite en négligeant cette période de la vie qu’avaient si bien suivie Réaumur ainsi que Degéer, et dont MM. Chapuis et Chandèze, de Liége, ont donné, en 1853, un catalogue pour les Coléoptères. Nous aurons soin, dans chacun des genres, de rappeler les notions acquises sur les métamorphoses qui nous seront connues.

D'après ce que nous venons de faire connaître des formes

que prennent successivement les insectes, en passant de l'œuf

à la forme de larve, nous savons d'avance qu'il y a un état

ou une configuration intermédiaire à celle d'insectes parfaits. On leur donne, sous cette manière d’être, quelques noms suivant que les espèces présentent des apparences différentes, ce qui se voit dans plusieurs ordres de cette classe. C'est ainsi qu'on désigne ces Nymphes comme Chrysalides, Aurélies ou Fèves chez des Lépidoptères; qu'on les nomme Pupes ou plus généralement Nymphes agiles quand linsecte jouit de ses mouvements. Lorsqu'il passe ainsi de cet état de larve à celui d’insecte parfait ou d'Image, l'animal ne croît plus. Souvent il s'opère, à l'époque de la transformation dans la chrysalide qui doit rester entièrement immobile, une sorte de fonte ou de dissolution des organes. C’est un ramollissement des parties solides se transformant aussi à l’intérieur, ce qui amène les changements les plus incompréhensibles. Tous les organes du mouvement changent dans la Chenille; les pattes, les ailes, la bouche, tout est créé de nouveau ou tellement modifié que les organes ne sont plus reconnaissables, et cependant chacun de ces êtres conserve son individualité. Dans plusieurs ordres, les nymphes mobiles continuent de se nourrir ; mais elles participent tout à fait à la forme et aux habitudes que l’insecte conservera et dont il porte déjà l’ébauche, surtout dans les moignons des ailes. Chez un grand nombre de nymphes, on reconnaît sur l'insecte immobile toutes les parties, tantôt libres, mais trop faibles pour agir ; tantôt on aperçoit ses membres et ses ailes, qui sont comme emmaillottés sous une enveloppe où l'on ne distingue que les traits correspondants aux organes qu'ils représentent comme ébauchés.

Parmi ces nymphes qui sont agiles et qui continuent de s'alimenter comme le faisaient les larves, sont celles des

Orthoptères en général, et, parmi les Hémiptères, des Hydocorées et des Punaises. On observe les mêmes particularités chez plusieurs Névroptères, comme dansles Éphémères, les Libellules ; mais dans ce dernier ordre, d’autres espèces, telles que les Fourmi-lions, les Hémérobes, les Phryganes, proviennent de nymphes tout à fait différentes de leurs larves.

C'est principalement d’après les modifications que les insectes éprouvent à l’époque où ils prennent la forme de nymphes que l’on a cherché à les distinguer par des dénominations spéciales ; mais, pour ne pas donner lieu à des confusions, nous avons préféré employer à peu près les mêmes termes que ceux qui avaient été indiqués par Fabricius, en présentant à cet égard quelques détails explicatifs.

Aünsi, nous avons dit que Fabricius désignait comme complet le mode de métamorphose dans lequel les insectes ne subissent de changements que dans le nombre de leurs pattes et dans le développement de leurs organes sexuels. Ce sont donc des insectes immuables (ëmmutabilia insecta). La plupart des véritables Aptères sont dans ce cas: c'est une sorte d’Æmorphose; ils muent, ou plutôt ils changent de peau, à la vérité, mais non de forme ou de figure; il désignait ainsi les Araignées, les Scorpions, les Faucheurs, et de plus, les Scolopendres ou Myriapodes, les Poux, les Forbicines, les Podures, etc. Quelques-uns prennent plusieurs membres de plus, tels sont les Cirons, les Jules, les Glomérides ; de sorte que, parmi ces Aptères, on ne distingue pas les trois états de larve, de nymphe et d'image parfaite; mais il est bon de faire observer, comme nous l’indiquerons en traitant de l’ordre des Aptères, que beaucoup d'insectes qui ne prennent jamais d’ailes, comme certains Ichneumons,

les neutres des Fourmis, des Termites, quelques femelles de Coléoptères, de Lépidoptères, subissent une métamorphose véritable; anomalie dont nous avons dû nous occuper dans la classification analytique de l’ordres des Aptères.

C’est à la métamorphose demi-complète que Fabricius rapportait la série des changements qu'éprouvent, dans les phases de leur existence, les espèces d'insectes dont les formes restent à peu près les mêmes, parce que les nymphes ne diffèrent des larves que par la taille et les dimensions des autres parties, ou par la présence du rudiment ou des enveloppes des ailes, en conservant, sous leurs trois états, les mœurs, les habitudes et le même mode d’alimentation. Les Orthoptères, les Hémiptères et quelques Névroptères sont de cette catégorie que nous nommerions Æmmorphose (1) (tenant de la formation primitive), parce qué l’insecte conserve la forme de l'espèce pendant toute la durée de son existence, quoiqu’on puisse lui reconnaître des états réels et distincts de larve et de nymphe.

Le troisième mode de métamorphose est celui qu’offrent les insectes qui, comme les Coléoptères et la plupart des Hyménoptères, proviennent de larves plus ou moins motiles, suivant qu’elles sont appelées à se nourrir par elles-mêmes, ou qu’elles sont alimentées d'avance journellement par leurs parents, jusqu'à l'époque où, après les diverses mues que l'accroissement de leur corps semble exiger, elles passent à cet état de nymphe que Fabricius appelait zzcomplète ; c’està-dire que la larve, changeant tout à coup de forme dans sa

(1) ‘Euuoogwst, habens formæ speciem.

dernière mue, se présente alors avec les dehors de l’insecte parfait; mais dans un état de mollesse extrême, qui ne se solidifie et ne se colore que peu à peu. L'animal apparaît alors muni de tous ses membres, de ses six pattes, de ses ailes, mais dans une sorte de flexion et d’immobilité absolue, et comme frappé de paralysie. C’est un état de nymphe dont l'insecte ne sort qu’en se dépouillant d’une surpeau très-fine, sorte de sac épidermique, moulé sur toutes ses parties constituantes, qui les tenait dans une immobilité forcée. On pourrait désigner cette sorte de transformation sous le nom d’Æcinémorphose (1) (forme immobile), pour indiquer aussi ce qui se passe dans la transformation en nymphe des larves de la puce parmi les Aptères, de beaucoup d'Hydromies, telles que les Tipules; des Fourmi-lions, des Éphémères, des Phryganes parmi les Névroptères.

Le quatrième mode principal de transformation nous est offert par les Lépidoptères et surtout par les papillons, dont les chenilles se changent en chrysalides. C’est cette sorte de nymphe que Fabricius nommait obtectée et qu'on appelle généralement en français pupe ou aurélie, et vulgairement fêve, parce qu'on la compare à cette semence, au moment où l’insecte quitte pour la dernière fois sa peau de chenille, quand il paraît sous une tout autre forme que celle qu’il aura par la suite. C’est une masse indivise, de figure variable, le plus ordinairement conique vers l’une de ses extrémités, et présentant sur une face de la portion qui est la plus vo-

(1) Acinémorphose, à privatif, ztvéw, mouvoir : ayant la forme, sans le mouvement.

lumineuse des traits saillants et des rainures qui dessinent et indiquent plusieurs parties de l’insecte, telles que les antennes, les pattes et les ailes, mais dans un état de rapprochement, de contraction extrême et d'immobilité (1). C'est ce qu’on nomme la Chrysalide, sorte de nymphe, dont toutes les parties sont comme des momies emmaillottées et cependant dont les formes sont indiquées par certains compartiments de James de corne. Ce nom, ainsi que celui d’Aurélie qui en est le synonyme français provient de ce que plusieurs de ces pupes portent en dehors des taches et des surfaces polies et brillantes, d’un éclat métallique, poli, doré ou argenté; c’est ce qu'on observe surtout pour quelques espèces de papillons de jour. Le mot pupe lui-même exprimait chez les Latins ces sortes de petites figures humaines imitées par des statuettes de bois, de carton ou de cire que nous nommons des poupées et que les petites filles s’amusaient à recouvrir de langes, qu’elles conservaient et soignaient comme leurs petits enfants, et qu’elles déposaient et consacraient à Vénus, à l'époque où elles avaient atteint l’âge de la puberté (2). Quant au nom de Chrysalis, il est indiqué par Pline et avec la même application (3).

(1) On a proposé de désigner cette sorte de conformation comme une promorphose (de xp, particule augmentative, comme præ).

(2) Dicite, Pontifices, in sacris quid facit aurum?

Nempe hoc quod Veneri donatæ a virgine pupæ.

Perse, satire If.

(3) Eruca : quæ adjectis diebus accrescit immobilis, duro cortice : ad tactum

tantüm movetur, araneo accreta, quam chrysalidem appellant. Pline, lib. XI, cap. 37, 1.

Erucæ genus est… quæ , ruplo cortice cui includitur, fit papilio. Hist., Lib. Il, cap. 23.

Les Chrysalides ne sont pas toujours exposées à l'air libre. Parmi les Lépidoptères, quelques-uns des genres, et même plusieurs espèces, qui sembleraient avoir entre elles le plus d’analogie, sont tout à fait différentes par leurs habitudes et par leur mode de transformation. Les papillons de jour, tels que les Vanesses, qui proviennent de chenilles épineuses, se métamorphosent en s'accrochant par l'extrémité du corps opposée à la tête, au moyen de quelques fils de soie, de manière que leur chrysalide reste suspendue, soit verticalement, la tête en bas et dans une position renversée ; d’autres, comme les chenilles soit du Flambé, soit du Podalyre ou Machaon, celles qui vivent sur les Choux, et qui produisent les Danaïdes blanches, ont la précaution, après s'être aussi accrochées par la queue, de passer une sorte de ceinture de fils de soie autour de leur corps, restant ainsi sanglées en travers, la tête en haut, ce qui empèche qu'elles ne soient ballottées sur les corps solides, choisis par elles pour s’y suspendre. Un grand nombre, comme les chenilles de plusieurs Sphinx et de Noctuelles, se creusent dans la terre une sorte de tombeau ou de voûte, d'espace caverneux, dont elles affermissent les parois en y dégorgeant une matière agglutinante, sorte de vernis imperméable à l’humidité; d’autres, comme les chenilles de la plupart des Bombyces, se construisent un cocon, un follicule d’une soie plus ou moins serrée qui les protége contre les piqüres de certains insectes dont les larves sont des parasites et contre le bec des oiseaux. Il est encore d'autres Lépidoptères qui, comme les Teignes, les Lithosies, les Psychés, se métamorphosent dans l'étui même qui protégeait leur chenille, c’est Un fourreau ou un habillement qui, dans le premier état,

leur sert de refuge et de masque protecteur. Enfin quelques chrysalides, au moment où elles sont près de se servir de leurs ailes, reprennent du mouvement et s’aident des pointes roides dont les anneaux de leur corps est garni, pour se porter hors de la galerie qu’elles ont creusée et à l’orifice de laquelle elles laissent les dépouilles de leur chrysalide; c’est ce que font les Cossus, quelques Sésies, et probablement la plupart des Oëstres et les nymphes de certaines Tipules. Le cinquième et dernier mode de métamorphose nous est représenté par la pupe de la plupart des insectes à deux ailes. C'est cette nymphe que Fabricius désignait sous le nom de Coarctée et que nous appellerions formation sans modèle apparent, atypomorphose (1). Les larves de ces insectes, que l’on nomme des Vers ou Asticots, sont privées de pattes, et se meuvent cependant, ou se trainent avec plus ou moins d’agilité, à l’aide de quelques moyens particuliers. La plupart se développent dans des lieux humides, dans les chairs des animaux, quelquefois même dans des liquides ; elles changent de peau au fur et à mesure qu'elles grossissent, mais à l’époque de leur dernière mue, elles perdent tout à fait leurs formes primitives. Leur corps se raccourcit, se contracte de manière à présenter une sorte de coque ou de boule allongée, dont l'enveloppe, qui est celle de la peau, d'abord molle et blanchâtre, se durcit et brunit ensuite, en ne laissant apparaître au dehors ni trace, ni linéament, ni indice quelconque de l’insecte qu’elle renferme. Cette coque

(4) ‘Asumocs, sans impression, sans indication.

est, en effet, une sorte de coquille de corne, tout à fait indépendante de l'animal qu’elle protége. Lorsqu'on l'ouvre dès les premiers jours, on trouve dans son intérieur des filaments solides qui flottent au milieu de matières liquides, comme le germe du petit oiseau se forme au milieu de la glaire dans l'œuf qui le renferme ; mais peu à peu il s'y développe un insecte; c’est alors une nymphe tout à fait analogue à celle des Coléoptères et des Hyménoptères. Quand il a pris assez de consistance, cet insecte fait des efforts sur les parois de sa prison, qui se déchire le plus souvent en travers et circulairement comme une boîte à savonnette, de manière à laisser sortir le corps du Diptère. Il est d’abord tout humide; ses ailes sont molles, non développées, mais elles ne tardent pas à s'étendre convenablement pour permettre à la mouche de s'envoler, afin qu'elle subvienne à ses nouveaux besoins et à la propagation de sa race.

Telles sont les principales métamorphoses des insectes. Il en est quelques-unes qui participent de plusieurs des modes que nous venons de faire connaître. L'étude de cette période de la vie des insectes est une des plus curieuses et des plus admirables, dont le naturaliste puisse être le témoin. Chez quelques espèces en particulier, le changement de la nymphe en insecte parfait s'opère avec une rapidité extrême, et l’observateur peut, à son gré, accélérer ou retarder cette opération naturelle, de manière à la voir se produire à volonté sous ses yeux et dans un espace de temps qui dure à peine une minute. C’est ce que nous exposerons en détail quand nous traiterons du genre Phrygane.

La durée de la vie offre quelques particularités : il est des espèces, dont l'existence persiste pendant les deux saisons du

printemps à l'automne; d’autres ne paraissent sous leur forme dernière que dans les premiers beaux jours de l’année, comme les Hannetons, les Hirtées; mais ils proviennent de larves ayant passé une ou deux saisons de l’année dans les matières qui leur servaient de nourriture et qui deviennent ensuite une sorte d’abri pour leurs nymphes, dont la solidité augmente pendant leur sommeil léthargique. Il en est de même des chenilles de certains Uropristes, telles que celles des Urocères, et de quelques Xylophages, qui ont évidemment vécu pendant quatre ou cinq années et peut-être davantage dans les matières ligneuses ; car elles ont pu être ainsi transportées au loin avec les solives, les planches et les meubles confectionnés dans des lieux très-éloignés où l’on a eu occasion de les observer vivants après ces fortuites émigrations. Nous en citerons plusieurs exemples quand nous serons appelés à traiter de certains genres, parmi les Coléoptères, tels que les Xylophages, les Sternoxes, et en particulier lorsque nous parlerons des Urocères, qui entrent dans le dernier ordre des Hyménoptères.

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