GENRE HANNETON. HJELOLONTHA
CaracrÈres : Coléoptères pentamérés ; à antennes terminées par une masse feuilletée ; à chaperon large, carré et al-
longé.
Ces caractères distinguent ces insectes de tous les autres genres de Coléoptères qui appartiennent à la même famille; mais comme leur histoire est très-importante à connaître, nous donnerons beaucoup plus de details en cette occasion.
Nous ignorons l’étymologie française du mot Hanneton : on prétend qu’autrefois on éerivait
COLÉOPTÈRES. PÉTALOCERES. G. HANNETON. 349 alleton qui avait pour origine deux mots latins «la et tonus, à cause du bruit que les Hannetons font eu volant. Quant au nom de Melolontha donné à ce genre par Fabricius, il a été employé par Aristophane et par Aristote pour désigner les Coléoptères et peut-être plus particulièrement les Scarabées, uno VON, wnkdkovbæ, unAdhovboz, wehoxén; on en ignore l’origine : c'est surtout Bochard, dans son Aistoire des animaux de l'Écriture sainte (Hierozoicon), qui a cru reconnaître l'identité de notre Hanneton avec le Mélolonthe d’Aristophane, parce que ce poëte, dans sa comédie des Vuées, fait dire à Socrate (vers 761) : « Laissez aller votre pensée comme le Mélolonthe qu'on lâche en l'air avec un fil à la patte.» Quoiqu'il en soit, ce nom de Mélolonthe donné par Fabricius, a été adopté par tous les auteurs systématiques, quoique Geoffroy sen soit servi avant lui pour un genre de Coléoptère phytophage qui comprend les Gribouris, Cryptocephalus, et les Clytres, Clytra.
Les Hannetons ont en général le port, la conformation et les mœurs des Scarabées ou plutôt des Pétalocères, parmi lesquels Linné les avait placés. Cependant leur corps est moins déprimé; il est convexe ou relevé en dessus et en dessous du côté du ventre, ce qui le rend comme bossu. La tête est engagée dans le corselet qui est un peu plus étroit en devant et le plus souvent accolé aux élytres en arrière, Les antennes en masse lamellée sont composées de dix articles dont les derniers seuls forment à l'extrémité une sorte de panache que l'insecte resserre ou étale à volonté. Ces lames, quelquefois au nombre de sept, sont chez les mâles, plus larges et mieux développées, les élytres étant en général
moins longs que le ventre qui souvent se termine en pointe.
Le corps des Hannetons est le plus ordinairement velu et couvert de longs poils ou de petites écailles imbriquées, colorées diversement comme celles des Lépidoptères. Certaines espèces sont mème très-brillantes et ornées de couleurs nacrées et métalliques qui reflètent les teintes les plus agréables; tels sont l'Écailleux violet de Gvoffroy, l'Argenté, le Pulvérulent.
Les Hannetons, sous l’état parfait, mangent les feuilles et les fleurs; mais quand ils avaient la forme de larves ils se nourrissaient de racines ou de tiges souterraines, et souvent, au moins pour quelques espèces, ces larves conservent cette forme pendant plusieurs années, on connaît celles-ci sous les noms de vers blancs ou de Mans. L'insecte parfait conserve tout au plus pendant deux mois sa dernière forme; mais comme la race de certaines espèces est très-multipliée et qu'elle arrive à la perfection à la même époque de l’année où les feuilles sont encore très-tendres, elles détruisent celles de plusieurs arbres et surtout des chênes, au premier, printemps, de manière à faire le plus grand tort aux forêts et aux nouvelles plantations, de sorte que dans certaines années et par époques successives de trois en trois ans, où leur race est beaucoup plus abondante, elle devient un véritable fléau pour les campagnes.
Les principales espèces du genre Hanneton sont les sni-
vantes :
1. Le Hanneton foulon. Melolontha fullo. 1 est d’une couleur brune testacée, marquetée de blanc, son corselet porte deux taches blanches; la masse des antennes est composée de sept feuillets lâches et très-mobiles, surtout dans les mâles.
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Sa taille est double de celle du Hanneton commun; sa couleur, pendant la vie, est d’un rouge brun, marron clair. Les élytres sont parsemés de. points et de taches blanches irrégulières, mais symétriques à droite el à gauche. On voit beaucoup de poils sous le corselet et à la poitrine, de sorte que ces régions paraissent comme velues ; le dessous du ventre est cendré.
Get insecte se rencontre principalement dans les sables secs et les dunes des bords de la mer, en ltalie, en Provence. On assure Pavoir recueilli il y a plus de soixante ans dans le Marquenterre en Picardie, puis dans les dunes de Dunkerque. On dit aussi l’avoir recueilli à Fontainebleau. Jamais nous ne l’avons trouvé aux environs de Paris.
D. Hanneton commun. M. vulgaris. H est noir; les élytres et les pattes sont d’un brun rougeâtre; l'abdomen est terminé par un prolongement corné du dernier segment, et on voit sur les côtés de chaque anneau une petite tache blanche triangulaire.
C'est un des insectes les plus nuisibles ; voilà pourquoi nous croyons devoir exposer son histoire avec plus de détails que pour tout autre.
Les larves des Hannetons qu’on nomme vuülgairement vers blane dans nos campagnes ou des Hans, ressemblent à celies des Scarabées; mais elles sont bien plus à redouter, parce que ces dernières n’attaquent que les végétaux altérés à la suite de leur mort naturelle, ou les résidus de ces mêmes plantes dont les autres animaux avaient fait leur nourriture, tandis que les Mans s'attachent aux racines des plantes vivantes, surtout à celles que nous cultivons, ainsi qu’à celles des arbres près de leur chevelu et en pleine végétation, ce qui souvent les fait périr, On peut voir dans les Mémoires de la Société d'agriculture de Paris pour les années 1787 et 1791 de très-bonnes observations dont nous croyons devoir extraire quelques-
- uns des faits principaux.
Les larves vivent trois ou quatre ans dans cet état; elles ne mangent ce-
pendant que dans la belle saison, En automne, elles s'enfoncent plus pro-
- fondément dans la terre, afin de se mettre à l’abri des gelées. A cette époque on les trouve engourdies dans une sorte de sommeil ou d’hibernation pendant lesquels elles ne font aucun mouvement et ne prennent pas de nourriture.
Au printemps elles sortent de cet état pour se rapprocher de la surface du sol. Il paraît qu’elles muent ou changent de peau plusieurs fois, et surtout au commencement de chaque réveil naturel. Ce n’est qu’à la fin de
leur troisième année, et lorsqu'elles ont pris tout leur accroissement, qu’elles se préparent à la métamorphose. Elles cessent alors de manger, se vident même du résidu de leurs aliments. Cependant elles restent obèses dans toute la force du terme, parce que leur peau est tellement gonflée et étendue par une sorte de graisse blanche qu’elle est près de crever. Si on déchire ou si on incise cette peau, il en sort une masse d’un tissu blanc comme de la crême, qui devient même huiïleux par l'effet de la chaleur, etqui surnage à la surface de l’eau dans laquelle on a fait bouillir ces larves. Cette matière graisseuse parait avoir été mise en réserve pour servir au développement ultérieur des organes ou à l’alimentation de animal. pendant l’espace de temps, à peu près de six mois, que l'insecte doit conserver sa forme de nymphe et rester immobile dans la coque qu'il s’est construite.
Ces larves, avant de subir leur transformation, s’enfoncent assez profondément dans la terre, quelquefois à plus de 6 décimètres, pour s'y creuser une loge arrondie, un espace vide dont elles ont consolidé les parois en y dégorgeant une bave glutineuse ; on dit même qu’elles y entremêlent quelques fils d’une soie grossière qu’elles sécrètent. Lorsque l’insecte a fait ce travail, il semble malade et reste tranquille, il se gonfle et se raccou-cit; il éprouve une dernière mue, et à la place de la peau qui le recouvrait, on voit une nymphe molle dont tous les membres ratatinés, situés constament de la même manière, laissent cependant reconnaitre les rudiments des élytres comme emmaillottant les membres dans un état de flexion et de rapprochement forcé, ainsi que les antennes. Peu à peu cette nymphe prend de la consistance ; elle se colore de plus en plus en brun. Ce west qu'au mois de février que l'insecte peut quitter la peau mince qui Penveloppait ; mais le Hanneton est alors encore très-mou, d'une teinte jaunâtre. 11 prend de jour en jour plus de consistance ; vers le mois d'avril ou de mai, suivant le climat de la contrée, il gagne, en la creusant, la surface de la terre, et ce n’est guère qu’à la fin du premier mois, ou au commencement de mai, qu'il apparaît, ce qui l’a fait même nommer en allemand Maikaefer, Scarabée de mai.
Sous l’état parfait, les Hannetons passent, le plus souvent, lamajeure partie de la journée dans une sorte de sommeil et d’immobilité sur les feuilles des arbres dont ils se nourrissent avec avidité. Cependant, quand la trop grande lumière ou la chaleur du soleil les gènent, ils se réveillent et volent pour se mettre à l'abri et à l'ombre; mais le soir, à la chute du jour, presque tous les individus, surtout les mâles, s’élancent dans l'air, soit
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pour remplirle grand acte de la reproduction, soit pour aller chercher leur nourriture. Le vol de ces insectes est lourd et bruyant; il a lieu presque toujours vent arrière, et l’insecte en est si peu maître, qu'il a peine à se diriger, heurte et s’abat sur tous les corps solides qu’il rencontre sur sa route : c’est peut-être à cause :de cette circonslance, qu ’on attribue à un défaut de prévoyance, qu’en France on dit proverbialement : Étourdi comme un Hanneton.
L’accouplement des Hannetons présente quelques particularités. Le mâle, quiest en général plus petit que la femelle, est toujours reconnaissable par le plus grand développement de la masse feuilletée de ses antennes. Avant l'acte, il est excessivement ardent et très-vif; mais aussitôt que l’intromission s’est opérée, il tombe dans une sorte d’anéantissement et de sommeil comme léthargique. La femelle, alors, le transporte avec elle en changean de place; mais dans une position renversée, le dos en dessous et comme traîné à la remorque ayant les pattes en l'air.
Les organes mâles de la génération sont aussi fort singuliers ; ils sont construits de manière à ce que l’organe conducteur de humeur séminale, qui est mou de sa nature, mais érectile, puisse s’introduire au moyen d’un gorgeret dilatateur, formé de deux valves cornées qui sortent du cloaque comme une sorte de tige roide, mais mousse à la pointe. A peine introduit dans le corps de la femelle, les valves s’écartent l’une de l’autre, et des muscles placés dans leur intérieur les tiennent dilatées. Ces lames ainsi écartées maintiennent les deux sexes dans un état d’adhérence qui ne cesse que lorsque la fécondation a été complète.
Quand les Hannetons ont opéré ce grand acte de la fécondation, ils ne tardent pas à périr. Ils ne mangent plus, et ils meurent de faim ou de faiblesse. La femelle, fécondée, quitte aussi les arbres; elle s’abat sur la terre, et, à l’aide de ses pattes, elle se creuse une sorte de canal à un double décimètre de profondeur pour aller y déposer ses œufs, qui sont ovales, fort gros et au nombre de 50 à 80. On prétend que ces femelles sortent de terre après leur ponte pour vivre deux ou trois jours , et qu’elles prennent encore de la nourriture sur les arbres ; mais nous n'avons pu vérifier ce fait.
Les œufs ne tardent pas à éclore; les jeunes larves ou les vers blancs qui en proviennent se nourrissent des racines qu’elles trouvent sur les routes ou dansles galeries qu’elles se creusent. Elles emploient, comme nous l’avons dit, quatre années pour passer à l’état parfait ; de sorte que tous les trois ans la race se perpétue, et non d’année en année. Il résulte de là qu’il y a,
comme on le répète, des années aux Hannetons, tandis que dans certaines autres ces insectes sont beaucoup plus rares. Mais tant de circonstances peuvent faciliter, retarder ou empêcher la propagation d’une race que ces pronostications n’ont pas toujours été vérifiées par des observations continues.
On a proposé divers moyens pour s'opposer aux ravages des Hannetons ; mais la plupart ont été reconnus inefficaces ou inexécutables. Le meilleur serait sans doute de faire recueillir, dans une sorte de battue générale, le plus grand nombre possible de ces insectes parfaits par des femmes et des enfants pendant quatre années consécutives, dans chaque canton. Ce serait une assez grande dépense, à moins qu'on ne trouvât moyen de tirer quelque parti de ce nombre immense d’insectes qu'on aurait recueillis, de manière à intéresser à leur récolte : on s’opposerait avec plus d’efficacité à leurs ravages. Il est probable qu’après les avoir exposés à la vapeur de l’eau bouillante, ils formeraient un excellent engrais. Peut-être pourrait-on en retirer une sorte d'huile animale qui serait employée dans les arts ou dans Péconomie domestique.
3. Hanneton cotonneux. Melolontha villosa. I est d’un fauve châtain ; son écusson est blanc, ses élytres couverts d’une sorte de duvet farineux; le dessous du corps est très-velu, ainsi que les cuisses.
On le trouve aux environs de Paris ; un peu plus tard, vers le mois de juin, il est certainement moins nombreux ; mais il forme bien une espèce constante,
%. Hanneton solsticial. M. solsticialis. Ses élytres sont d’un jaune très-pâle, ainsi ‘que tout le corps qu’on dit testacé ; l'abdomen est obtus ou sans pointe; la masse des antennes n’a que trois feuillets.
C’est le petit Hanneton d’automne de Geoffroy. Il est très-commun dans les prâiries où il voltige au jour tombant. Nous avons remarqué que le point où il s’abat sur le gazon est presque toujours celui qui a reçu quelque excrément d'oiseau remarquable par sa couleur blanche, qui est de l’urate d’ammoniaque très-odorant.
5. Hanneton de la vigne. M. vitis. D'un vert métallique, surtout en dessous ; bords du corselet jaunes. On le trouve sur les vignes, dont il détruit les jeunes feuilles au printemps.
G. Hannelon de Frisch. M. Frischii. I ressemble au précédent; mais les
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élytres sont testacés et non d’un vert doré. Il est beaucoup plus commun; peut-être celui de la vigne n’en est-il qu’une variété.
1. Hanneton variable. M. variabilis. Il est de forme ovale, souvent d’un noir soyeux ; ses élytres sont striés.
C’est le Scarabée couleur de suie de Geoffroy, t. 1, p. 80, n° 45. Il est quelquefois de couleur jaune paille ; on le trouve dans les troncs pourris de certains arbres.
8. Hanneton ruricole. M. ruricola. H est noir, velu; ses élytres striés sont testacés et bordés de noir.
C'est le Scarabée à bordures de Geoffroy, n° 15.
9. Hanneton kuméral. M. humeralis. est noir, couvert de petits poils ou d’une sorte de duvet ; ses élytres striés sont jaunâtres, avec une tache noire à la base externe, comme une épaulette.
10. Hanneton horticole. M. horticola. D'un noir bronzé; tête et corselet verts ; élytres fauves sans taches.
11. Hanneton farineux. M. farinosa. D'un jaune verdâtre, couvert d’une poussière vert argenté ; le dessous du corps est argenté. On le trouve à Fontainebleau sur les feuille de la ronce.
12. Hanneton écailleux. M. squammosa. D'une teinte violet métallique, chatoyant, d’un blanc métallique brillant en dessous.
C'est, sans contredit, le plus bel insecte de France. Geoffroy la décrit sous le nom d'Écailleux violet. 11 se trouve sur le tronc des saules altérés, et quelquefois sur les fleurs des arbrisseaux des prairies humides.
Le genre Hanneton comprend aujourd’hui plus de deux cents espèces. Fabricius, sous le nom de Mélolonthe, en a décrit plus de cent cinquante. Latreille en a fait trois subdivisions, suivant que la bouche est plus ou moins recouverte par le chaperon, et que les mandibules sont plus ou moins solides ou dentelées. Tels sont les GLapnyres, comme les Mélolonthes du chardon, de la serratule, le Maure de Fabricius ; les Ampurcomes, tels que ceux nommés »elas, vulpes, viltala, abdominalis, Bombylius, Cyanipennis, et les Anisonyx, tels que les Hannetons à crinière , à trompe, ours, lynx, qui sont presque tous d'Afrique, et particulièrement du cap de Bonne-Espérance, et dont Olivier a donné de bonnes figures.