Genre CÉTOINE. CETONTA. (Fabricius
CaracTÈres : Coléoptères pentamérés ; à antennes en masse lamellée ; à chaperon large, carré; à élytres durs ; corselet convexe, trapézoïidal; une pièce cornée triangulaire à la base extérieure des élytres ; sternum du mésothorax proé-
minent.
Les Cétoines étaient comprises par Linné dans le genre nombreux des Scarabées avant que Fabricius ait eu l’idée heureuse de reconnaître qu’elles devaient former un genre particulier sous le nom dont l’étymologie nous est inconnue. Fa-
bricius, qui la emprunté du Dictionnaire d’'Hesychius, l'indique cependant comme étant grec et obscur.
Les Coléoptères de ce genre sont presque tous ornés de couleurs métalliques ou rembrunies qui contrastent d’une manière remarquable avec leurs habitudes douces et tranquilles, surtout si l’on vient à les comparer aux espèces brillantes et carnassières de la famille des Créophages, quoique en effet le bronze antique, le vert, le cuivre et l'or à reflet de leur parure, et même quelques cornes dressées sur le chaperon de certaines espèces semblent indiquer des armes et des penchants à l’attaque, ils ne savent même pas disputer leur proie. Leurs mâchoires et toutes les parties de leur bouche ne paraissent destinées qu’à ramasser le pollen ou le nectar des fleurs. Paisibles habitants des bois, de nos bosquets et de nos jardins, on les trouve comme endormis dans le calice des
COLÉOPTÈRES. PÉTALOCÈRES. G. CÉTOINE. 357
fleurs, étendus sur les étamines ; tantôt groupés sur les cimes des sureaux, au milieu des corymbes, des cornouillers et des viornes; ou isolés dans le calice et dans les pétales des rosiers et des pivoines, dont ils font relever l'éclat.
L'organisation des Cétoines est parfaitement d'accord avec ces sortes d’habitudes nonchalantes; ou plutôt leurs mœurs ne sont nécessairement que le résultat de cette organisation. Leurs antennes, composées de dix articles, offrent un premier segment plus développé que ceux qui suivent; les trois derniers, cependant, plus gros, rapprochés, constituent une petite masse feuilletée. Dans l'examen très-détaillé que l'on a fait des parties de leur bouche, qui faisait la base de la classification de Fabricius, on a décrit leurs mandibules comme étant membranenses et à deux lobes; leurs mâchoires ont deux petits crochets et sont terminées par un long faisceau de poils, disposition que l’on suppose très-favorable et propre à absorber le suc des fleurs. Les palpes sont courts, en fil, les maxillaires formés de quatre articles, les labiaux de trois; les lèvres peu saillantes, Au reste ces caractères tirés des parties de la bouche sont à peu près les mêmes que ceux des Trichies, et ce n’est que dans la forme différente de quelques parties du corps qu’on a trouvé moyen de distinguer les deux genres.
Le corps des Cétoines est en général de forme ovalaire, un peu déprimé en dessus, dans la région des élytres. Lenr tête est petite, prolongée par un chaperon plus long que large, un peu échancré, ou terminé par une sorte de corne. Le corselet, ou plutôt le prothorax, est grand, convexe en arrière et le plus souvent de forme trapézoidale. On doit remarquer surtout, en dehors et à la base des élytres, une sorte d'épau-
lette articulée, écailleuse, fixée sur le mésothorax dans une échancrure du bord externe et supérieur de l’élytre qui recouvre presque entièrement le ventre. Ce même mésothorax, ou cette région moyenne du corselet comme carénée en dessous, forme une sorte de sternum qui se prolonge sous le corselet. Les différentes parties des pattes, surtout les cuisses, sont aplaties et larges. Les postérieures s’articulent sous une lame écailleuse concave, écartée des autres et un peu mobile quand l’insecte remue les pattes, c'est une véritable hanche. Les jambes, surtout les antérieures, sont fortement dentelées; les tarses grèles, se terminent par deux erochets.
Les larves des Cétoines, à en juger par celle de l’espèce qu’on nomme la dorée, qui est la mieux connue, ont beaucoup de ressemblance avec celles des Hannetons.Cette larve a quinze à vingt millimètres de long ; son corps, d’un blanc sale, est composé de douze anneaux couverts de poils rares et roux, garni de chaque côté de neuf stigmates; la tête large et écailleuse est armée de deux mächoires, de palpes et d'antennes. On la rencontre quelquefois dans les terres humides; elle choisit de préférence le terreau qui se forme au-dessous des fourmihères et les insectes industrieux qui ramassent tant de débris de végétaux ne paraissent pas s'inquiéter beaucoup de ce voisinage. La larve de la Cétoine fait beaucoup moins de tort aux racines des plantes que celles du Hanneton. Le terreau et quelques débris de végétaux peuvent suffire à sa nourriture. Au bout de trois ou quatre ans elle s'enfonce en terre assez profondément pour être à l'abri des gelées ; elle s’'enveloppe d’une coque très-solide qu’elle construit en y agglutinant des grains de sable, de petites pierres et même ses excréments. C'est dans cette retraite qu’elle passe une ou plusieurs an-
” rer
COLÉOPTÈRES. PÉTALOCÈRES. G. CÉTOINE. 359
nées avant de paraître sous sa dernière métamorphose. Si cette habitude de se construire ainsi une coque était commune à toutes les Cétoines, ce serait encore une nouvelle différence entre ce genre et celui des Trichies; car nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'observer les nymphes des espèces nommées Verdet et Hémiptère. Elles n'étaient jamais enveloppées et toujours libres dans la poussière des bois morts ; il est probable qu’il en est de même pour les Cétoines dont les larves vivent dans le bois altéré.
Le genre Cétoine comprend un très-grand nombre d'espèces. Déjà Fabricius, dans son premier volume sur les Coléoptères qu’il nomme Éleuthérates , y en avait inscrit plus de cent vingt, provenant de l’un et de l’autre continent, et MM. Gory et Percheron, dans leur monographie des Cétoines, ayant réduit ce genre aux seules espèces qu'ils earactérisent comme ayant le lobe terminal des mâchoires membraneux, velu, et les élytres fortement sinués, y ont inscrit cent quatre-vingt-six espèces; les autres étant réparties dans vingt et un autres genres. Nous ne parlerons ici que des espèces inscrites dans le genre Cétoine, quoique nous ayons ailleurs fait connaître quelques espèces des genres nommés Goliath, Schizorhine, Gnathocère, Crémastocheile, Diplognathe, qui sont tous étrangers à notre pays.
1. Cétoine fastueuse. Cetonia fastuosa. Percheron, p. 222, pl. x, fig. 5. D'un vert doré, avec des reflets brillants en dessus, d’un vert cuivreux en dessous, les élytres sans taches.
Le chaperon est plane, à bords relevés et non échancrés; le corselet et le chaperon sont d’un vert doré éclatant comme les élytres sur lesquels on remarque une forte dépression avec plusieurs rangées de points. Le dessus du corps est aussi cuivreux, mais comme azuré.On l’a trouvée dans le midi de la France.
300 ENTOMOLOGIE ANALYYIQUE.
2. Céloine marbrée., C. marmorata. Percheron, p. 197, n° 4, pl. xxxv, fig. 5. Corps oblong, d’un vert obscur bronzé; élytres et corselet avec de petits enfoncements et des traits gris irréguliers. Les petites taches grises qu’on observe sur le corselet et sur les élytres qui n’ont pas de nervures saillantes ni de points visibles du côté de l’écusson, font reconnaitre cette* espèce commune à Paris.
3. Céloine dorée. C. aurata. Percheron, p. 240; pl. xLy, fig. 5. Elle est aussi d’un vért doré et bronzé en dessus ; son corps est déprimé, ses élytres carrés, avec des taches ou des atomes nchitress : que points blancs sous les derniers segments du ventre.
Cette espèce est la plus commune; on la trouve sur les fleurs. Lorsqu'on la saisit, elle laisse sortir du cloaque une humeur brune ou blanchâtre fétide. Quelques analogies de couleur avec les cantharides lui ont fait aussi donner ce nom; mais elle n’a aucune propriété vésicante. Cest l'Éméraudine de Geoffroy, t. I, p. 73. Elle varie beaucoup pour la couleur. MM. Gory et Percheron assurent qu’elle produit des espèces hybrides qui sont causes de ces variétés de couleur, M. Léon Dufour, dans un Mémoire inséré, en 1842, t. XVIII de la 2 série des Annales de Zoologie, a décrit, p. 662 et figuré pl. 1v, l'anatomie de la Cétoine dorée, pour prouver que ce Pétalocère diffère beaucoup des Priocères tels que les Lucanides.
4. Cétoine Morio. C. Morio. Percheron, p. 225, pl. xs, fig. 3. D’un noir violet velounté en dessus, luisant et poli en dessous; élytres portant une ligne saillante, terminée en arrière par un petit tubereule, avec quelques atomes d’un gris sale.
Nous avons trouvé cette espèce à Fontainebleau : on dit qu’elle est commune dans le Midi.
5. Cétoine velue. C. hirta. Percheron, p. 289, pl. zvr, fig. 4. Varie pour la couleur brune ou bronzée ; les élytres ont des traits blancs sur trois rangs ; tout le corps est couvert de poils jaunâtres.
C’est une petite espèce qu’on trouve sur les fleurs des Chardons.
6. Céloine stictique. C. sticlica. Perchéron, p. 291, pl. Lvr, fig. 6. C’est le Drap mortuaire de Geoffroy. Semblable à la précédente, mais son corselet n’est pas caréné ; le dessous de l'abdomen porte quelques points argentés, peut-être dans l’un des sexes; celles qui ne les portent pas ont été regardées comme espèces distinctes sous le nom de funestis.
COLÉOPTÈRES. PÉTALOCÈRES. G. TRICHIE. 361
3%. GENRE TRICHIE, TRICHIUS, (Fabricius.)
CaracrÈREs : Coléoptères pentamérés pétalocères ; tete dont le chaperon est plus long que large ; corselet arrondi ; élytres sans épaulette ou épimere & leur bord externe et
supérieur.
Le nom de Trichie vient évidemment du verbe grec, que Fabricius avait choisi d’abord parce que plusieurs espèces de ce genre sont très-velues et qu'elles offrent de la différence dans les mächoires qui sont terminées par un
crochet, le verbe rayé signifiant je rends velu, pilosum reddo.
Pour nous la marque distinctive d’avec les Cétoines, c’est l'absence de la pièce triangulaire mobile à l’angle externe de chaque élytre, comme on s'en convainera en consultant la Table analytique dans laquelle nous avons comparé les Trichies avec tous les genres de la famille des Pétalocères. D'ailleurs ces insectes ont les mêmes mœurs que les Cétoines. Nous ne ferons connaître que quatre des espèces principales de ce genre, que l’on à subdivisé en dix autres.
1. Trichieermite. Trichius eremita. D'un noir cuivreux; corselet bosselé, à deux carènes ; un sillon longitudinal sur l’écusson. C’est la plus grande espèce des environs de Paris; on la trouve dans le terreau qui remplit la cavité des vieux troncs d’arbres cariés des saules et des poiriers. Elle est rare : Geoffroy ne l’a pas connue.
2. La Trichie noble. T. nobilis. D’un vert doré très-brillant avec des poils d’un gris jaunâtre en dessous; des points argentés sur une ligne médiane du ventre. &
T'XRXE do
C’est le Verdet de Geoffroy ; on la trouve sur les fleurs en corymbe, et sur celles des ombellifères.
3. La Trichie à bandes. T. fasciatus. Corps noir, mais couvert d’un duvet épais de poils jaunes; élytres jaunes, avec trois bandes noires interrompues vers la suture. Geoffroy la décrite sous le nom assez bizarre de la livrée d’Ancre, parce que le célèbre marquis de ce nom faisait revêtir ses valets en habits jaunes, bordés de galons alternativement verts et jaunes.
C'est l’espèce la plus commune à Paris; elle dort pendant le jour : on la trouve le plus souvent engourdie dans les roses. Sa larve paraît le plus ordinairement vivre dans le terreau qui se forme sur le tronc des bouleaux.
4. Trichie hémiplére. T. hemipterus. D'un brun noirâtre; corselet avec deux sillons en longueur ; élytres courts.
Cette espèce, que Geoffroy a nommée le Scarabée à tarière, a le dernier anneau du ventre prolongé, au moins dans la femelle; c’est un tube de corne qui lui sert à introduire ses œufs dans le tronc des arbres dont ce tronc altéré a été, par cela même, ramolli par un commencement de décomposition.
Nous avons décrit ailleurs, en parlant des moyens de défense qu'emploient les insectes pour conserver leur existence, les singuliers manéges de cet insecte. D'abord ses mouvements saccadés et comme convulsifs par lesquels il se transporte d’un endroit à l’autre ; son attitude chancelante, suite de l’allongement excessif des pattes postérieures; le port vertical où redressé de celles-ci, qui, par leur étonnante direction, gènent beaucoup moins la marche que dirigentles quatre autres pattes. Tout, dans cetinsecte, est digne des réflexions de l’observateur. C’est surtout l’artifice, l’adresse, que cet insecte emploie pour échapper à la mort en feignant lui-même d’être dans cet état. Aussitôt qu’il se sent enlevé, ses membres se roïdissent et persistent à rester dans l’immobilité la plus complète. Le corps, abandonné à lui-même, porte à faux de quelque côté qu’il tombe, car ses pattes ne se fléchissent plus. On peut bien en faire plier les articulations ; mais elles restent en état de catalepsie ou dans l'inflexion qu’on leur a donnée : rien ne trahit sa volonté, son astuce, probablement afin d'échapper à la voracité des oiseaux ; car leur corps qui paraît desséché, peu succulent, ne semble contenir aucune matière nourrissante.
COLÉOPTÈRES. PRIOCERES. 363
CINQUIÈME FAMILLE : LES PRIOCÈRES où SERRICORNES.
Nous avons désigné dans la Zoologie analytique, dès 1805, sous les noms de PrIOCERES où Serricornes, cette petite famille d'insectes Coléoptères qui ont cinq articles à tous leurs tarses, dont les’ élytres sont durs, longs, et les antennes terminées par une masse feuilletée, d’un seul côté, ou fortement dentelées en dedans, vers leur extrémité libre. C’est ce que nous avons cherché à indiquer par les expressions tirées, l’une du grec et l'autre du latin : de zgiov, qui correspond au mot scie, et de xésa, antennes; et l’autre de serra et de cornu, qui en sont la traduction.
[y a beaucoup de rapports entre Îes insectes compris dans cette famille, avec celle des Pétalocères. Leurs mœurs, surtout celles des derniers genres, tels que les Cétoines, sont les mêmes ; leurs larves se développent aussi dans les substances végétales’ privées de la vie; cependant elles paraisserit préférer celles qui ne sont que malades ou altérées dans quelques parties, et qui ne sont pas encore décomposées. Les Priocères vivent principalement dans les troncs, les souches et les racines. Sous leur dernier état, ils recherchent la séve qui s'écoule des écorces, et ils peuvent sucer ces humeurs, parce qu'on trouve dans l’organisation particulière de leur bouche des moyens d'attirer et de pomper les liquides. Ils ne volent guère que le soir où à la tombée de la nuit. Souvent les femelles sont assez différentes de leurs mâles, ordinairement plus petits, plus sveltes, avec des organes plus ou moins développés, soit dans les mandibules, soit dans les antennes ou les pattes.
Pour distinguer les quatre genres qui sont réunis dans cette famille, et pour les faire reconnaître, il suffit de comparer leur forme générale. D'abord il est des espèces dont le corps arrondi et allongé offre en même temps un corselet comme tronqué, ou coupé obliquement du côté de la tête; ce sont les Syrnodendres. Les trois autres genres ont un corps déprimé ou aplati le long du ventre : tantôt alors les antennes sont courbées en dedans, ou, comme on les dit, arquées, c’est le cas des Passales ; tantôt ces antennes sont articulées en angles ou coudées, avec un corselet dont les bords sont relevés, on les nomme ?latycères ; où bien ce corselet n'est pas rebordé et les mandibules sont toujours plus ou moins développées et très-solides; c’est le cas des Lucanes.
Voici au reste le tableau synoptique qui représente ces particularités.
CINQUIÈME FAMILLE : LES PRIOCÈRES ou SERRICORNES (1).
CaracTÈRES: Coléoptères pentamérés ; à élytres dursc, ouvrant la totalité du dos; à antennes en masse allongée, feuilletée d'un seul côté et en dedans.
presque cylindrique, allongé ; corselet comme tronqué..... 4 Synopenpne.
A corps (xebordés .... 2 PLATYCÈRE. Fest ; corselet |
déprimé, plat; antennes non rehordé.. 1 Lucane.
larduées:. ÉTAT ADT 122 dcc 5 Passare.
(1) De xpiwv, scie, et de xéçus, corne.
COLÉOPTÈRES. PRIOCÈRES. G. LUCANE. 365